POLYPHONTE
Madame, il faut enfin que mon cœur se déploie....
Ce bras qui vous servit m’ouvre au trône une voie....
Et les chefs de l’e'tat , tout près de prononcer.
Me font entre nous deux l’honneur de balancer....
Nos ennemis communs , l’amour de la patrie ,
Le devoir , l’intérêt , la raison , tout nous lie ,
Tout vous dit qu’un guerrier, vengeur de votre époux, S’il aspire à régner , peut aspirer à vous. . . .
Je me connais : je sais que , blanchi sous les armes ,
Ce front triste et sévère a pour vous peu de charmes.
Je sais que vos appas encor dans leur printemps Pourraient s’effaroucher de l’hiver de mes ans :
Mais la raison d’état connaît peu ces caprices. . . .
Et de ce front guerrier les nobles cicatrices Ne peuvent se couvrir que du bandeau des rois... .
Je veux le sceptre et vous , pour prix de mes exploits. . .. N’en croyez pas , madame , un orgueil téméraire. . . . Vous êtes de nos rois et la fille et la mère ,
Mais l’état veut un maître. . . . et vous devez songer Que , pour garder vos droits , il les faut partager....
MÉRO PE.
Le ciel , qui m’accabla du poids de sa disgrâce,
Ne m’a point préparée à ce comble d’audace. . . . Sujet de mon époux , vous mîosez proposer De trahir sa mémoire et de vous épouser !...
Moi , j’irais de mon fils , du seul bien qui me reste , Déchirer avec vous l’héritage funeste !...
Je ne prétends pas qu’il faille abuser de cette liberté de lier les vers, surtout dans la tragédie, dont la marche et le débit doivent être plus lents que dans la comédie ; mais il faut en faire usage toutes les fois que le sens le permet, et que la phrase n’en souffre point. Plutôt que de torturer la raison , il vaut mieux faire éprouver à l’oreille un léger désagrément. Quelque scrupuleuse attention qu’on apporte a la liaison des vers , dans un récit , il en reste toujours trop que la nécessité oblige à séparer par la constitution même des phrases et la nature de la versification. Il est des choses que le goût indique, et sur lesquelles il est impossible d’établir des règles.
Lorsque deux ou plusieurs sentimens agitent lame, ils doivent se peindre en même
temps dans les traits et dans la voix, à travers les efforts qu’on fait pour dissimuler, dit M. de Marmontel. 11 n’est pas de leçon qui puisse enseigner ces nuances d’expression de sentiment qui se combattent : on est certain de les saisir, quand on est pénétré de l’esprit de son rôle.
Dans ce vers de Néron,
Avec Britannicus je me réconcilie ,
Néron est bien éloigné de penser ce qu’il dit : sa physionomie exprime la vérité, et le mensonge est dans son cœur : il faut qu’il persuade à Antiochus et à Agrippine que ces paroles sont l’expression d’un sentiment qu’il éprouve, et que le spectateur, comme Cléopâtre, soit convaincu du contraire. Le sublime de l’art est d’être deviné par un jeu muet et des uns et des autres ; enfin, s’il est permis de se servir d’une pareille expression, c’est de faire parler son silence. Cette manière de s’exprimer est la science de tout acteur qui se trouve en scène. Rien de ce qui s’y passe ne doit lui être étranger. On ne saurait écouter un discours dont on est ému , sans le faire paraître : la situation dans laquelle on se trouve ne permet pas de
l’interrompre : le jeu des muscles de la physionomie doit alors remplacer la parole.
Mademoiselle Clairon dans Pénélope ( tragédie de l’abbé Genest , donnée pour la première fois en 1684 ), aeu l’art de faire d’un défaut de vraisemblance insoutenable à la lecture , dit encore M. de Marmontel, un tableau théâtral de la plus grande beauté. Ulysse parle â Pénélope sous le nom d’un étranger. Le poète pour filer la reconnaissance, a obligé l’actrice a ne pas lever les yeux sur son interlocuteur ; mais à mesure quelle entend cette voix, les gradations de la surprise, de l’espérance et de la joie , se peignent sur son visage avec tant de vivacité et de naturel ; le saisissement qui la rend immobile tient le spectateur lui-même dans une telle suspension, que la contrainte de l’art devient l’expression de la nature.
Il n’est pas de rôle, quelque indifférent qu’il paraisse , qui ne puisse donner des preuves d’intelligence dans Facteur ou l’actrice qui le représente. Tels sont ceux de confîdens et de confidentes : ils demandent dans le débit un ton de simplicité noble. Vouloir dans ces rôles y mettre une sorte de prétention, et plus de chaleur ou d’intérêt qu’ils n’exigent , c’est les
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jouer a contre-sens. Nous n éprouvons *pas, dans un événement qui n’a avec nous qu*un rapport indirect, la même impression, ni le même degré de douleur ou de joie que nous éprouverions s’il nous était personnel. Le serviteur le plus zélé se sacrifie pour prouver à son maître l’attachement qu’il a pour lui : mais si l’ambition, si l’amour, si la vengeance, etc. etc. sont les passions qui animent son maître, ces sentimens n’étant point propres à ce serviteur, ils ne peuvent être, en résultat pour lui, que des moyens de servir les intérêts de celui auquel il est attaché ; ils ne sauraient influer sur son propre caractère : il ne doit pas s’exprimer comme celui dont l’ambition, l’amour ou la vengeance animent le cœur. De même si, dévoré par un chagrin profond, son maître s’abandonne à l’excès de sa douleur en faisant le tableau du chagrin qu’éprouve ce personnage auquel il est attaché, doit-il feindre la même douleur ? Non sans doute. C’est donc à tort que la plupart des confîdens et confidentes viennent larmoyer sur la scène, ou se livrer à d’autres mouvemens passionnés , comme s’ils étaient les héros ou les héroïnes de la pièce. Quiconque a vu Lekain remplir le rôle de
Pirithoüs dans Ariane 3 sait quel ton de vérité il fàut mettre dans de pareils rôles pour les rendre importans, quelque peu qu’ils paraissent l’être par eux-mêmes. Vérité, noble simplicité, voilà l’art qu’employait Lekain dans ce rôle qui semble n’être pas digne de l’attention de ceux qui en sont ordinairement chargés, et dans lequel il était applaudi avec le même enthousiasme qu’il l’était dans les rôles d’Orosmane, de Mahomet, etc. etc.
Dans tout, il faut conserver ce ton noble et simple ; point d’affectation dans votre manière de réciter un ou plusieurs vers parce qu’ils présentent une pensée sublime. Pour la saisir, le spectateur n’a pas besoin de cette espèce d’avertissement qui ne tient point à l’esprit de votre rôle.
Par exemple, lorsque le comte d’Essex rend son épée au garde qui vient le désarmer , et qu’il lui dit :
Vous avez dans vos mains ce que toute la terre
A vu plus d’une fois utile à l’Angleterre ;
ces deux vers seraient inconvenans dans la bouche d’un véritable guerrier, s’ils étaient répétés avec emphase. Le comte d’Essex, sen-
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sible au traitement qu’il éprouve, prétend moins vanter sa valeur que rappeler des services rendus a la patrie, et qu’on semble avoir oubliés. Un ton de fermeté, et non une déclamation fastueuse, convient non seulement au débit de ces deux vers , mais au rôle en général. Le comte d’Essex est un héros intéressant, et non un fanfaron de bravoure.
Si Britannicus surpris par Néron aux pieds de Junie n’adoucissait pas le ton de sa voix, la dureté et la hauteur de ses réponses, quand il lui dit :
.... Rome met-elle au nombre de vos droits Tout ce qu’a de cruel l’injustice et la force ,
Les emprisonnemens , le rapt et le divorce?
il manquerait d’abord aux convenances reçues : quoique frère de l’empereur, il est son sujet. Revêtue de cette dignité, la personne de Néron est sacrée pour lui comme pour les autres : ensuite il démentirait son caractère de douceur, il affaiblirait l’intérêt qu’il inspire, et justifierait en quelque sorte la barbarie exercée envers lui par l’empereur. Une vérité dure ne perd rien pour être exprimée avec une sorte de modération.
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Lorsque Àgamemnon adresse à Clytemnestre cet ordre ,
Madame , je le veux et je vous le commande ;
l’acteur qui représente ce personnage doit mettre dans sa manière de prononcer ce vers un certain lénitif qui en diminue l’âpreté. Àgamemnon n’est point un despote farouche qui, dans tout, ne connaît de lois que sa volonté , quelque absurde quelle soit.
C’est dans la nature qu’il faut chercher ses inflexions ; l’art n’est rien près de ses inspirations : motrice de toutes nos actions, elle doit nous guider : c’est à elle que l’acteur doit ses plus beaux mouvemens.
Quand pour la première fois mademoiselle Dumesnil , dans le rôle de Mérope, osa traverser rapidement la scène pour voler au secours d’Egisthe en s’écriant :
Barbare! il est mon fils,
tous les spectateurs furent surpris de ce mouvement si contraire aux usages reçus jusqu’alors. On s’était imaginé que la tragédie aurait perdu de sa noblesse , si l’acteur , en marchant, n’avait pas mesuré et cadencé ses pas.
L’inspiration du moment produit quelque-
fois un effet surprenant : on peut s’y abandonner , mais ce sont de ces ëpreuves qu’il faut bien se garder de répéter.
Dans le beau tableau des proscriptions que Cinna fait à Émilie, un acteur dans le cours de ce récit, avait, peut-être sans y songer, tenu son casque, surmonté d’un panache rouge, caché aux yeux des spectateurs , en prononçant ces vers :
Le fils, tout dégouttant du meurtre de son père,
Et sa tête à la main , demandant son salaire. . . .
Il éléva précipitamment ce casque, et l’agitant vivement il sembla montrer aux spectateurs la tête et la chevelure sanglante dont il venait de parler. Cette image frappa de terreur tous les esprits : c’était l’effet du moment : attendue , elle ne produirait aucune sensation.
La déclamation théâtrale étant l’art d’exprimer sur la scène, par la voix, l’attitude, le geste et la physionomie, les sentimens d’un personnage avec la vérité et la justesse qu’exige la situation dans laquelle il se trouve, il est facile , d’après ses propres sensations , de donner à celui qu’on représente ce ton de vérité.
L’abattement de la douleur ne nous permet que bien peu de gestes : nous sommes tout à l’objet qui la cause; la réflexion profonde n’en veut aucun ; les yeux et le visage expriment bien mieux le mépris ou l’indignation, ou une fureur concentrée , que ne le feraient des gestes : la dignité n’en a pas : Auguste tend simplement la main à Ginna , lorsqu’il lui dit :
Soyons amis , Ginna , c’est moi qui t’en convie.
L’inflexion de la voix est l’âme de ce vers. Tout autre geste que ferait Auguste en détruirait le charme.
On ne saurait trop le répéter , la prodigalité des gestes nuit à la grâce du débit, et lorsqu’ils ne sont pas puisés dans la nature, ils deviennent de véritables contre-sens.
D’un geste toujours simple appuyez vos discours :
L’auguste vérité n’a pas besoin d’atours.
Dorât.
Que notre figure parle avant de prononcer un mot , et qu’elle annonce ce que nous avons a dire. Il faut qu’on lise sur le front d’Alvarès, dans ses regards abattus, et jusque dans sa démarche, qu’il vient annoncer à Zamore et à Alzire l’arrêt cruel qui les a condamnés.
DE PREVILLE.
Brizard, dont le jeu muet était si éloquent et si vrai , lorsqu'il paraissait dans cette scène , faisait éprouver aux spectateurs, avant d’avoir prononcé un seul mot , le degré de sensibilité dont lui-même paraissait pénétré. On devinait ce qu’il allait dire.
Lorsque Ariane lit le billet de Thésée, les caractères tracés par la main du perfide doivent, pour ainsi dire, se réfléchir sur sa figure, et se peindre dans ses yeux.
Des observations plus étendues sur la manière de réciter la tragédie deviennent inutiles : ce n’est pas en multipliant les exemples qu’on instruit : il suffit de mettre sur la voie des applications celui qui veut réfléchir.
Passons maintenant à la comédie.
Moins exigeante que la tragédie, la comédie ne veut pas être déclamée : mais elle n’eri présente pas moins de difficultés pour être bien jouée. Les fautes du comédien ne pouvant pas se masquer sous les dehors d’un débit pompeux , échappent rarement aux yeux ainsi qu’à l’oreille du spectateur. Nous avons toujours des objets de comparaison pour juger l’acteur comique, nous n’en avons point pour juger Facteur tragique. Les grâces du beau naturel,
la finesse de l’expression , de la sensibilité, la vérité dans Faction , telles sont les qualités que doit posséder Facteur comique. La plupart de ces qualités s’acquièrent dans l’étude du monde : c’est dans ce tableau qu’il faut étudier les mœurs, les caractères, les nuances qui différencient les mêmes passions.
Elles se déguisent sous mille formes diverses : il faut savoir saisir celle qui convient : il faut surtout la saisir rapidement, quand le personnage qu’on représente, conservant toujours dans le fond son même caractère, le déguise cependant suivant l’esprit de son rôle. Dans V École des femmes , Arnolphe , d’abord combattu par la curiosité de savoir ce qui intéresse son amour, ensuite par la crainte d’apprendre que son amour est trahi, finit par se livrer à tous les tour mens de son extravagante passion, lorsque Agnès lui avoue ingénument qu’elle ne peut l’aimer, il prie, il menace; tour à tour fier et rampant, il jure de se venger, puis de tout oublier. Ce qu’il dit, il l’éprouve dans le moment : c’est le tableau de son âme qu’il expose aux yeux d’Agnès. Pour s’exprimer comme Arnolphe, il faudrait éprouver les mêmes sensations , et
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ne les éprouvant pas, il faut tromper le spectateur par une imitation qui trompe la nature elle-même : voilà Fart du comédien.
Le don de plier son âme à des impressions contraires est encore plus nécessaire dans la comédie que dans la tragédie. Toutes les passions sont de son domaine, tous les caractères sont de son ressort. Une joie folle, les transports d’un vif chagrin , un amour extravagant, la colère d’un jaloux, le ton digne, la fatuité, le sentiment tendre : tour à tour joueur, dissipateur, généreux, méchant, menteur, libertin, tel doit être sur la scène Facteur comique. Que de travail! que d’étude! quelle connaissance approfondie de tout ce qui se passe dans la société lui est nécessaire ! car, encore faut-il que les nuances de ces divers caractères soient copiées d’après le rang des personnages. Un grand seigneur n’est ni méchant, ni menteur, ni libertin, ni même joueur, comme un homme né dans une classe inférieure ; l’orgueil de son rang perce à travers toutes ses actions. En morale il foule aux pieds toutes les bienséances : il trompe son père, sa maîtresse, son meilleur ami; et ses défauts, comme ses vices, sont cependant
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masques , presque malgré lui , par ce ton qui tient à l’éducation.
Souvent forcé de répéter les mêmes idées et de me servir des mêmes expressions , puisqu’il existe une analogie entre tous les rôles , soit tragiques, soit comiques, c’est moins à la manière dont ces idées sont rendues qu’au sens qu’elles renferment , que le lecteur doit faire attention. En didactique il n’est guère possible de varier ses tons sans devenir obscur ; il vaut donc mieux se répéter pour tâcher d’être entendu.
La première de toutes les qualités pour le comédien, c’est d’avoir la figure de son rôle : point de spectacle sans illusion. Un jeune homme sous des cheveux blancs, et vice versa , ressemble plus à une caricature qu’au personnage qu’on veut représenter. Le spectateur ne reconnaît pas l’étourdi sous les traits prononcés de l’âge; il ne reconnaît point Géronte sous ceux de la jeunesse. L imitation de la nature peut remédier, dans quelques points, à ce qui manque pour figurer un personnage ; mais, en général, comme il est plus facile de se donner des années que de s’en ôter, c’est surtout lorsqu’il s’agit de rôles jeunes qu’il faut
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avoir la figure cle la jeunesse : disons aussi que l’on a rarement un air grave quand on n’est pas encore parvenu à l’âge où les traits de la physionomie sont entièrement formes.
A la figure de son rôle, l’acteur doit réunir l’esprit de discussion et d’analyse. 11 faut que sa mémoire embrasse d’un seul coup d’œil tout ce qu’il doit dire non seulement dans le moment actuel , mais tout ce qu’il dira dans la scène qu’il joue, afin de pouvoir régler ses mouvemens, ses tons, son maintien, sur le discours présent, comme sur celui qui va suivre. Cet esprit d’analyse et de discussion, il ne l’aurait pas, s’il se contentait de ne savoir que son rôle ; il doit savoir , au moins eu partie, les rôles des interlocuteurs avec lesquels il se trouve en scène. Lorsqu’il possède ces qualités essentielles , il peut débuter avec succès, s’il monte son imagination au point de se persuader que le théâtre n’est qu’un salon dans lequel il figure parmi les personnages qui s’y trouvent réunis. Qu’il règle alors son ton sur la gravité, ou le peu d’importance du sujet dont on s’entretient , il remplira bien son rôle.
Le monde, voilà le véritable tableau que
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le comédien doit avoir sans cesse sous les yeux.
Là, sur la scène, en habits difïerens,
Brillent prélats, ministres, conquérans.
L’homme du grand air est souvent plus comédien que celui qui ne l’est qu’à certaines heures du jour : il joue les amoureux, les maris , les honnêtes gens, le fat, le glorieux, mieux que l’acteur cité pour bien remplir ces rôles : il les joue d’après nature, et surtout d’après le ton du jour.
Molière fut le père de la bonne comédie ; ses caractères principaux seront de tous les temps ; mais ses tableaux accessoires ont changé avec nos usages. Expliquons-nous pins clairement. Les financiers du siècle de Louis xiv, les médecins de la même époque, les courtisans même , ne ressemblent plus aux nôtres. En les représentant aujourd’hui sur la scène tels qu’ils étaient autrefois , ce serait mettre sous les yeux du spectateur des êtres de raison. On est naturellement habitué à juger par comparaison. Si, par exemple , Facteur qui remplit le rôle de Turcaret n’en adoucissait pas les couleurs ; si par la finesse
de son jeu il ne couvrait pas le ridicule du personnage qu’on pouvait montrer dans toute sa vérité à l’époque où cette pièce parut , ce rôle charmant ne serait aujourd’hui qu’une caricature rebutante.
Le Sage, en composant Turcaret , s’était abandonné à la fougue d’une imagination ulcérée contre une classe d’hommes dont il avait à se plaindre ; les traitans étaient sans doute alors tels que cet auteur les peint. Mais ceux d’aujourd’hui n’ayant aucune espèce de ressemblance avec leurs prédécesseurs, c’est par cette raison que , sans être en dissonance avec le rôle, j’ai dit qu’il fallait en polir un peu l’écorce.
Ce n’est pas l’objet en lui-même que le spectateur va chercher à la comédie, mais simplement limitation; et quoiqu’on exige de la conformité entre l’original et la copie, on verrait avec dégoût les défauts dont le comédien offre l’image, si la copie était aussi désagréable que l’original.
Cette observation se porte sur tous les rôles dont le comique est autant en action qu’en
Un homme qui se présenterait ivre sur la