‹ Mémoires de Préville et de DazincourtChapitre 8 sur 22 · scène, y serait fort mal reçu, meme en y jouant un rôle d’ivrogne · texte numérisé non relu

scène, y serait fort mal reçu, meme en y jouant un rôle d’ivrogne

Dans les rôles comiques, les uns nous amusent par la seule imitation de certains ridicules, les autres par le contraste qui existe entre le personnage et celui qu’il représente. L’erreur d’une dupe , qui prend un valet pour un homme de qualité, ne sera véritablement plaisante que lorsque la bonne mine du valet pourra faire excuser cette erreur; si , au contraire, rien ne la justifie, cette dupe sera aux yeux du spectateur tout simplement un homme qui, volontairement, se prête à une supposition qui choque la vraisemblance.

Je sais qu’on ne porte pas toujours dans la société le cachet de son état sur sa physionomie : un homme de la plus haute qualité peut avoir la figure basse, fausse, ou ignoble, et un valet l’avoir très distinguée. Mais sur le théâtre, je le répète, les dons extérieurs de la nature sont nécessaires : s’ils ne font pas partie du talent, au moins sans eux une partie du talent se trouve enfouie. La prévention l’étouffe. Je me rappelle, à ce sujet, d’avoir vu un jeune homme , éminemment protégé par le maréchal duc de Richelieu , se présenter au Théâtre

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Français. ïl avait choisi pour son début le rôle d’Achille , dans Y Iphigénie de Racine. Ce malheureux jeune homme , qui n’était pas sans talent, joignait a une figure féminine une stature au-dessous de la plus petite taille ; il était en même temps si fluet , qu’il ressemblait à ces poupées déshabillées qui servent de joujoux aux enfans. Assurément il ne pouvait pas faire un plus mauvais choix pour son début que le rôle que je viens de citer, ou, pour mieux dire, aucun ne lui convenait dans la tragédie. Les comédiens firent à son sujet quelques représentations au maréchal; mais force leur fut de le laisser paraître une fois, bien certains que le public en ferait justice.

Soutenu par une cabale assez puissante, et, il faut l’avouer, par une diction pure et l’entente de son rôle , ce débutant fut écouté jusqu’au dernier couplet de la sixième scène du troisième acte ; mais quand il prononça ce vers , dans lequel il mit cependant le ton convenable ,

Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère, etc.

ce fut une huée générale et des ris tels que je n’en ai entendu de ma vie. Ils se prolongé-

rent au point qu’on fut forcé de baisser le rideau : la tragédie ne fut point achevée.

L’exiguité de la personne d’Achille , a cote de la figure imposante de l’acteur qui représentait Agamemnon (Laiûve), produisirent ce rire universel : on eût dit un pygmée défiant un géant. Le malheureux débutant profita de la leçon, et ce fut un grand bonheur pour lui. S’il eût persisté a vouloir être acteur, malgré le vœu prononcé de la nature, dans mille rôles il aurait été abreuvé de désagrémens. Il est rare que le public manque une application personnelle. Ce jeune homme, qui était peintre et élève de Lagrenée, reprit ses pinceaux, et s’est distingué dans une carrière pour laquelle il était né. Il est aujourd’hui premier peintre d’un des plus grands souverains de l’Europe.

Je viens de dire que le comédien devait avoir la figure de son rôle. S’il en remplit un dans le comique noble , il doit assurément mettre dans son maintien, comme dans sa diction, une différence réelle entre la manière de rendre ce rôle et celle qu’il mettrait, s’il en rem^ plissait un dans le comique d’un genre opposé, puisque l’un nous montre la nature polie par

réducation , et que l’autre nous la montre privée de cette culture. Dans le genre noble , l’acteur nous instruit ; il cherche à nous corriger en nous faisant la peinture des égaremens de l’esprit , des faiblesses du cœur. Dans le genre opposé, lacteur excite notre gaîté, ou par l’air risible qu’il prête au personnage qu’il représente, ou par son talent, en nous faisant rire des autres personnages de la pièce. Le rôle que remplit un acteur doit imprimer sur sa figure l’esprit de ce rôle.

L’envieux doit donc avoir l’air chagrin et

brusque : il doit conserver ce ton dans tout ce qu’il dit et fait.

Le suffisant titré a l’air distrait, et ne regarde que rarement celui à qui il adresse la parole.

Un robin petit maître affecte des manières précieuses et empesées.

Dans tous les rôles il faut prendre les tics communs aux personnages qu’on représente. Avez vous à jouer celui du valet d’un riche impertinent, faites ressortir ce que peut produire sur un domestique le mauvais exemple que lui donne son maître : empruntez son ton et ses manières. Vous êtes en scène avec un des honnêtes artisans qui travaillent pour lui,

il faut qu’on lise dans vos yeux et dans votre action le plaisir que vous avez a humilier quelqu’un que sa position force à vous ménager , dans la persuasion où il est que vous pourriez lui nuire près de ce maître.

Profitez toujours avec avantage de la ressource que l’auteur vous donne souvent de nous égayer aux dépens des autres personnages de la comédie, soit en les parodiant, soit en nous peignant d’une manière comique leurs défauts les plus apparens; comme lorsque Pasquin , dans V Homme à bonnes fortunes, affectant le ton su ffisant de son maître , adresse à Marton les mêmes discours tenusparMoncade à cette suivante : « Suis-je bien, Marton? . . .

Adieu, mon enfant . Je vous souhaite le

bonjour. »

Mais il faut que ces imitations soient rendues avec finesse; autrement, elles seraient froides et insipides.

Quand une pièce ne fournit pas par ellemême un motif à Facteur pour déployer la science de son jeu , il faut qu’il le cherche dans son propre génie : c’est un maître qui ne saurait l’éparer.

Souvent c’est un contre -temps qui nous

paraît plaisant en raison de l’impatience naturelle que montre le personnage qu’il contrarie. Par exemple, deux personnes s’introduisent dans une maison : il importe à l’une qu’on ignore qu’elle est entrée ; mais l’autre, qui n’a pas la même précaution à prendre, s’annonce d’une manière bruyante, et ce n’est qu’après une explication aussi tranquille d’un côté , qu’elle est vive de l’autre, que celui qui a intérêt à n’être point découvert parvient à se faire entendre.

Ce jeu demande de la part des acteurs en scène un naturel parfait, sans lequel une pareille scène, au lieu d’être plaisante, deviendrait très maussade.

Un maître, impatient de lire une réponse que lui rapporte son valet, trépigne de la lenteur que celui-ci met à lui donner cette lettre : il la cherche dans toutes ses poches, et en tire un tas de papiers ployés qu’il présente à son maître les uns après les autres; le maître les rejette avec une sorte de violence concentrée , que son valet augmente encore , en feignant d’avoir perdu la lettre : enfin il la retrouve.

Ce jeu de part et d’autre doit être une pantomime courte, mais expressive.

Eraste , dans les Folies amoureuses , ouvre avec empressement le billet qu’ Agathe, à la faveur d’un feint délire musical , a trouvé le moyen de lui remettre : on croit qu’il va lire ce billet tranquillement; mais Crispin l’interrompt en répétant à plusieurs reprises les dernières notes chantées par la pupille d’Albert. Cette saillie est d’autant plus comique qu’elle est dans la nature. Si nous sortons d’un concert ne fredonnons-nous pas presque malgré nous l’air qui nous a le plus frappé? Rien n’est donc plus naturel que de voir Crispin chercher à se rappeler quelques unes des notes qui retentissent encore à ses oreilles.

Souvent un acteur donne à son personnage plus d’esprit qu’il n’est censé en avoir : ou bien il met dans ce qu’il dit une finesse qui suppose en lui une entière liberté de raison , quand par la texture de son rôle il est censé éprouver un trouble intérieur qui ne lui permet pas de réfléchir, ni à ce qu’il dit ni à ce qu’il fait. Ce sont des contre-sens qu’il faut éviter : ils prouvent que l’on est entièrement hors de l’esprit de ces rôles.

Il faut mieux jouer ce qu’on appelle en terme de l’art sagement que de hasarder un

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jeu faux, en cherchant à mettre dans ce que l’on dit de la finesse.

On distingue deux sortes de jeux fins sur la scène : l’un consiste dans les phrases ou les mots : le spectateur n’a besoin que d’écouter pour être excité a la gaîté par celui-ci ; l’autre a besoin d’être vu pour qu’on en éprouve une sensation agréable ; il est destiné a l’amusement des yeux. On le nomme jeu de théâtre. Finesse dans la manière de dire, finesse dans la pantomime sont les deux grands ressorts du comédien. Dans la tragédie comme dans la comédie , le premier de ces moyens , pour plaire au spectateur, doit être employé suivant les nuances du rôle qu’on remplit : le second appartient particulièrement a la comédie.

Dans la tragédie il est nécessaire que ce qu’on nomme jeu de théâtre soit intimement lié a l’action : on peut être moins sévère dans la comédie, pourvu toutefois qu’on ne sorte pas de la vraisemblance, et que l’acteur ne s’avilisse pas jusqu’à ces manières triviales qui ne sont supportables que sur les tréteaux de la Foire.

Le jeu de théâtre s’exécute ou par une seule

personne , comme dans ie rôle de Sosie, etc. , ou par le concours de plusieurs acteurs.

Dans le premier cas , le génie du comédien qui est seul en scène lui dicte ce qu’il a à faire.

Dans le second, il est nécessaire que les acteurs se concertent pour qu’il règne dans le rapport de leurs positions et de leurs mouvemens toute la précision nécessaire. L’extrême vivacité d’un personnage fait éclater l’extrême sang-froid de l’autre. Plus un maître dira à son valet, avec l’emportement de la colère :

Comment ! double coquin : me tromper de la sorte,

plus le valet mettra de sang-froid dans sa réponse ,

Je m’y suis vu contraint, ou le diable m’emporte,

et mieux cette plaisanterie ressortira.

Ce comique de situation se fera mieux sentir dans la situation suivante : lorsque Mascarille, maltraité quelques instans auparavant par Lélio , sent le besoi n que celui-ci a de ses services , plus Lélio lui fait de supplications , et plus il marque d’indifférence. C’est dans ses réponses brèves et hautaines qu’il doit surtout mettre ces nuances sans lesquelles leur ridicule ne paraîtrait pas aussi plaisant qu’il l’est en effet.

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11 est des situations dans lesquelles un silence bien ménagé exprime mille fois mieux que tout ce qu’on pourrait dire. Dans le troisième acte de la Métromanie > l’étonnement des trois acteurs, exprimé par leur silence, est plus plaisant sans doute que des mots qu’il faut attendre ; mais si les traits du visage sont muets et sans expression, si tout dans l’acteur, jusqu’à la position, ne parle pas aux yeux, ce sera le plus affreux contre-sens qu’il puisse commettre.

Et dans la même pièce, au cinquième acte , lorsque Baliveau , impatienté et excédé de la méprise de Francaleu, lui dit avec humeur ;

. . Non , nous ne tenons rien ’

Puisqu’il faut vous le dire , en cet homme de bien

Est le pendard à qui j’en yeux .

Baliveau doit garder un moment le silence, comme un homme atterré en apprenant une nouvelle imprévue, avant de répondre,

Est-il possible !

En faisant suivre immédiatement sa réponse, il se trouverait en contradiction avec les lois de la nature : car nous éprouvons toujours une émotion qui nous ôte, au moins pour un moment, la faculté de parler lorsqu’on

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nous apprend une chose défavorable et qui nous touche de près.

Ces oppositions sont la magie de l’art : Facteur intelligent les saisira à force d’étudier la scène ; mais comme on n’enseigne point ce qui ne peut pas se réduire en principes , quoiqu’on écrive sur ce sujet , il restera beaucoup à faire à Facteur qui ambitionne la gloire de son état.

J’ai dit qu’il valait mieux jouer sagement que de hasarder un jeu faux. Si par ce mot sagement on entendait l imitation exacte de la nature commune, on serait d’autant plus dans l’erreur, qu’une pareille manière de jouer dans tout le cours de son rôle serait fade et insipide. 11 est des rôles qui exigent une véhémence de déclamation , et dont le débit par conséquent serait faux, si l’on n’outrait pas en pareil cas la nature. Il en est d’autres qui exigent plus encore. ... le dirai-je. . . . d’être chargés : ces sortes de rôles sont l’écueil ordinaire des acteurs. Employer la charge avec une sorte de sobriété qui ne descend pas , comme je le disais tout à l’heure, jusqu’à la trivialité, est le talent le plus rare qui puisse se rencontrer.

Dans les Fourberies de S cap in , lorsque Sca-

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pin contrefait Argante , s’il ne calque pas son ton, ses gestes, son maintien et presque sa figure, enfin s’il ne s’identifie pas avec le père d’Octave, vieillard ridicule, avare et emporté, comment fera-t-il illusion à ce jeune amant au point de lui persuader qu’il voit le redoutable Argante dans sa personne ?

Les rôles de Crispin, tous tracés dans le genre burlesque , perdraient de leur gaîté s’ils n’étaient pas étayés par la charge. Crispin est ordinairement un bravache, courageux lorsqu’il ne court aucun danger, tremblant pour peu qu’on lui tienne tète, parlant de ses bonnes fortunes qui peuvent être rangées sur la même ligne que ses hauts faits d’armes , et se vantant, surtout avec une impudence sans égale. On juge bien qu’un pareil personnage doit enfler ses tons comme ses gestes. Que serait, par exemple , ce vers des Folies amoureuses dans la bouche de Crispin ,

Savez-vous bien , monsieur, que j’étais dans Crémone ?

s’il le débitait simplement? Ce vers doit être prononcé d’une manière emphatique. Crispin, comme tous les faux braves, s’imagine que plus il appuie sur ce qu’il dit de sa bravoure, et plus il persuade ceux devant qui il en parle.

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C’est surtout pour remplir les rôles de Crispin qu’il faut être pourvu de ces grâces , de ces gentillesses naturelles que l’art ne saurait donner : elles ne s’imitent pas.

Tout rôle qui tient à ce genre (le burlesque), tel que Tout-à-bas, dans le Joueur ; Harpagon, dans l’Avare ; M. Jourdain, dans le Bourgeois gentilhomme , etc. etc. permet à l’acteur qui le remplit de s’abandonner à une sorte d’exagération dans son débit comme dans son jeu muet; mais pour réussir complètement à la rendre alors agréable aux spectateurs, il faut qu’il ait l’art de les conduire â une sorte d’ivresse qui les mette hors d’état de pouvoir le juger avec la même sévérité que s’ils étaient de sang-froid. 11 faut enfin qu’ils soient pour ainsi dire de moitié avec lui, et que le plus ou moins de gaîté qu’il leur inspire soit le thermomètre sur lequel il se règle pour se taire, agir, ou parler. Si Tout-à-bas , dont le débit doit être vif et sémillant, s’avisait, en terminant l’éloge qu’il fait de son talent dans l’art de professer le trictrac , de dire d’un ton ordinaire :

.... Vous plairait-il de m’avancer le mois?

ce que cette demande a de vraiment bouffon ne produirait aucun effet.

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Si Harpagon n’est pas animé d’une violente colère, si la défiance qu’il a du valet de son fils ne semble pas lui avoir troublé la cervelle, que signifiera, après avoir visité les mains de ce valet, cette demande plaisante, montre-moi les autres ? Il ne serait pas naturel que de sangfroid , il oubliât qu’il parle des mains de Laflèche , et que pensant aux poches de ce valet, il exigeât voir les autres.

Il s’ensuit de ces observations qu’il est des rôles dans lesquels l’acteur serait insupportable s’il se contentait de les débiter sagement, et que la charge , loin d’être un défaut , est au contraire un degré de perfection dans la manière de rendre ces rôles.

S’il est des pièces dans lesquelles le comique peut se livrer â la bouffonnerie , il en est beaucoup d’autres où l’acteur serait loin du rôle, s’il cherchait â l’outrer. Le Sganarelle, par exemple , du Festin de Pierre serait très mal joué s’il ne l’était pas avec la plus grande simplicité. Le comique de ce rôle repose sur un air de crédulité et de bonne foi qu’il est difficile d’atteindre. C’était un de ceux dans lesquels Armand se distinguait le plus.

Son œil étincelait du feu de la gaîté ,

Mais, rempli de l’objet qu’il avait h nous peindre , Sous un flegme éloquent il savait là contraindre ; Au plaisir qu’il donnait, il savait se borner,

Et, sans montrer le sien, le laissait soupçonner.

J’ajouterai sur cet acteur sublime, que, de tous ses rôles, Pasquin dans V Homme à bonnes fortunes était celui dans lequel il est resté inimitable. La nature lui avait donné le masque le plus heureux pour les valets adroits et fourbes.

Le valet et la soubrette des Fausses Confidences nous offrent encore un exemple du même genre. L’esprit que l’auteur a répandu dans les rôles de l’amant et de la maîtresse forme un contraste si étonnant entre les lazzis et les bouffonneries maniérés , dont les rôles du valet et de la soubrette sont remplis, qu’il faut un tact bien délicat pour faire rire sans s’avilir jusqu’à la farce.

Les Ménechmes ont un comique de situation que rien ne pourrait altérer s’il était possible que cette pièce fût représentée par deux personnages d’une parfaite ressemblance. Ils n’ont alors qu’à se montrer pour dérider le front de l’homme le plus atrabilaire.

Mais comme on ne doit pas compter sur une pareille fortune lorsqu’on joue cette pièce , et qu’il est toujours à présumer qu’on se trouve

en scène avec un acteur d’un genre de figure different de la sienne, il ne faut compter que sur le comique du style. Le dialogue et les details de cette pièce sont si gais , qu’avec de la chaleur, du naturel et de l’ensemble, on parvient à produire de l’illusion.

Le style le moins noble a pourtant sa noblesse ,

a dit Boileau. Les valets et les soubrettes de la haute comédie doivent s’appliquer ce principe. Dans leur plus grande familiarité, ils doivent conserver, s’il est permis de s’exprimer ainsi, la noblesse théâtrale.

Dorine, dans le Tartufe , doit se conformer au ton du jour. Du temps de Molière il existait dans les mots une sorte de liberté qui , n’effarouchant pas les oreilles, ne demandait alors aucun adoucissement. Devenus plus délicats, nous ne trouvons aujourd’hui rien de comique dans ces expressions : au contraire, elles nous choquent. L’actrice doit donc adoucir, par sa diction, la liberté du langage dans certains endroits au lieu de le faire ressortir. C’est ce qu’on appelle connaître les convenances.

Dans les Fourberies de Scapin, dont j’ai parlé un peu plus haut, son rôle se compose

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de deux caractères, dont l’un n’est que folie, mais dont l’autre cache, sous le même masque, un raisonnement profond. Sa tirade sur les dangers de la chicane exige dans Facteur un ton de persuasion qui semble peu coïncider avec le fond de l’esprit de son rôle.

Vérité dans le personnage qu’il représente, c’est ce qu’on 11e saurait trop répéter à Facteur, ïl n’en est pas un dont il ne puisse rencontrer le modèle sur la scène du monde. Qu’il le cherche, il le trouvera.

Si Facteur chargé de jouer le rôle de l’Homme à bonnes fortunes, s’en reposant uniquement sur l’esprit dans lequel il est conçu, n’y ajoutait pas celui que Fauteur n’a pu y mettre, il le remplirait, sans doute, de manière à être à Fabri de la critique , mais il ne satisferait pas ceux à qui les nuances de ce rôle ne sauraient échapper.

Il renferme une sorte de magie, indépendante de Fesprit qui le compose. L’Homme à bonnes fortunes est un fat qui ne croit à la vertu d’aucune femme, et qui, cachant des désirs vrais ou faux sous le masque de l’amour , croit devoir triompher du moment qu’il s’est montré. Son bonheur n’est pas de

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posséder une femme, cest de persuader qu’il la possède.

Baron , auteur de cette pièce , jouait ce rôle d’après nature : c’était son portrait qu’il avait fait, et les traits qu’il n’avait pas pu peindre dans sa pièce , il les faisait ressortir à la représentation, avec d’autant plus de naturel qu’il répétait ce qu’il se proposait peut-être de faire en réalité au sortir de la scène.

Doué d’une figure charmante et d’un genre d’esprit très aimable, plus d’une femme de haut parage l’avait avoué pour son amant, et peut-être eût-il été plus discret, si l’on n’eût pas ainsi flatté l’orgueil naturel à tout homme qui possède le don de plaire. Le sien s’en était accru au point qu’il croyait que nulle femme ne devait lui résister. La belle duchesse de M . . . . qu’il rencontra chez une dame qui avait des bontés pour lui, ayant repoussé avec hauteur quelques complimens galans qu’il lui adressait, il jura de s’en venger, et dès le même soir il envoya sa voiture , bien reconnaissable, passer la nuit près de l’hôtel de la duchesse, et répéta ce manège jusqu’à ce qu’enfin sa voiture fût remarquée. Il ne fut bruit alors à Paris et à la cour que de cette

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nouvelle bonne fortune de Baron. Ce trait d’insolente et coupable fatuité a plus d’une fois été répété par cet acteur. Dans l’âge où les passions sont éteintes, il avouait à ses amis, que , dans sa jeunesse , donner à croire qu’il avait été favorisé d’une femme de cour, était pour lui un triomphe plus parfait que s’il en eût été véritablement favorisé et forcé à la discrétion.

Dans les arts utiles comme dans ceux qui ne sont qu’agréables , on peut former un exceb* lent élève du sujet qui semble n’avoir d’abord aucune aptitude pour celui qu’on lui enseigne. La raison en est simple : les arts utiles, et quelques uns même des arts agréables, tien-^ lient à l’imitation. A force de méditer son modèle, on parvient à en faire des copies dont les défauts sont corrigés par le maître, qui a l’attention de toujours rappeler aux principes, et d’amener ainsi son écolier à l’étude réfléchie de ces principes qui le conduisent enlîn à la perfection.

Voilà le matériel des arts d’imitation dans lesquels on peut exceller sans que la nature ait fait pour celui qui s’y livre d’autres efforts que celui de l’armer de patience. L’esprit entre

pour bien peu de chose dans la culture d’un de ces arts.

Il n’en est pas de même de l’art de la comédie : on ne saurait l’enseigner. Il faut naître comédien : et alors on a besoin d’un guide et non d’un maître, (i)

(1) J’ai entendu raconter à Préville l’anecdote qu’on va lire s

On l’avait engagé à venir passer à Rouen le temps des vacances du Théâtre Français , à l’effet d’j donner quelques représentations. En y arrivant il monta une pièce qui 11’avait pas encore été donnée dans cette ville : elle était demandée par les personnes les plus distinguées. Le rôle d’amoureuse devait être joué par une actrice dont le talent était très exalté : une légère incommodité l’avait empêchée , depuis que Préville était à Rouen , de paraître sur la scène , en sorte qu’il ne pouvait juger de son talent que sur la foi des autres. A la première répétition de cette pièce , il trouva que cette actrice ne mettait pas dans son rôle la tendresse qu’il exigeait, et il se permit de lui faire quelques observations qu’elle reçut avec reconnaissance : elle le supplia même de vouloir bien lui indiquer ses fautes , et enfin de lui faire la grâce de lui donner des leçons qui la missent en état de jouer son rôle de manière à figurer dignement près d’un comédien du Théâtre Français : cette j)hrase est littéralement la sienne, et je 11e la rapporte que pour prouver qu’elle était bien

Mon expérience sur l’art dramatique , et les observations que j’ai été a portée de faire , m’ont convaincu d’une vérité qui paraîtra peut-être paradoxale a bien des gens : c’est qu’au théâtre on peut exprimer toutes les passions sans les avoir jamais éprouvées par soi-

convaincue qu’elle devait à sa charmante figure et à son organe , vraiment séduisant , plutôt qu’à un véritable talent , la réputation dont elle jouissait.

Les leçons de Préville ne purent lui donner ce qui lui manquait. La première représentation de la pièce était annoncée , et pour la dernière fois il lui faisait répéter son rôle. Fatigué du peu de progrès qu’elle avait faits : « Ce que je vous demande , lui dit cet ac- « teur , est pourtant bien facile. Dans la pièce vous « êtes éprise d’un feu violent pour un infidèle : voilà « tout l’esprit de votre rôle. Et bien supposez que vous

« êtes trahie par M . (c’était un jeune homme dont

« on la disait éperdument amoureuse), et qu’il vous « abandonne 3 que feriez-vous? — Moi , répondit-elle , « je chercherais au plus tôt un autre amant pour me « venger de lui. »

O11 ne pouvait guère s’attendre à cette réponse naïve. « E11 ce cas, lui répliqua Préville, nous avons « perdu tous deux nos peines j jamais vous ne jouerez « bien un rôle qui exigera de la sensibilité , jamais vous « n’exprimerez les délicatesses de l’amour. »

( Note de la première édition . )

mêmes, l’amour excepté. L’homme le plus doux représentera très bien un personnage cruel : avec le plus profond mépris pour la fatuité, un acteur copiera parfaitement tous les ridicules d’un petit maître ; et celui qui sera doué du caractère le plus pacifique contrefera facilement l’emportement d’un bourru et ses manières bizarres ; mais l’expression de la tendresse n’étant point du ressort de l’art, il me paraît impossible de l’atteindre si jamais on 11’a éprouvé ce sentiment , et lorsqu’on l’a éprouvé, comme il s’affaiblit avec l’âge , c’est aussi quand l’âge heureux d’aimer est passé qu’il faut renoncer à l’emploi des amoureux. On ne les joue plus alors que par souvenir, et dans ce cas, le souvenir nous sert toujours mal.

L’esprit d’un rôle est marqué d’une manière invariable dans les comédies de caractère. L’acteur n’a qu’à suivre pas à pas le chemin qui lui est tracé par l’auteur : qu’il soit toujours vrai, toujours naturel, qu’il ne cherche pas à mettre dans ses rôles ou une finesse d’expression, ou une finesse de jeu muet qui n’y existe pas , il sera toujours sûr de les jouer d’une manière à mériter de justes applaudissemens.

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Il n’en est pas de même des pièces d’intrigue. Ce genre de come'die n’est ordinairement compose que de jolies pensées , de situations plaisantes, de reparties agréables, de fines saillies renfermées dans un cadre léger qu’on aperçoit a peine. Quelquefois une teinte de philosophie se trouve mêlée à ces détails charmans .

Telles sont entre autres les comédies de Marivaux, que l’on peut regarder comme le créateur de cette nouvelle école. Presque toutes ces pièces péchant par le peu d’intérêt qu’elles présentent, et l’esprit remplaçant partout cet intérêt , l ame de la comédie , il s’ensuit que le dialogue, tout spirituel qu’il est, ne peut capter l’attention du spectateur que par une sorte de magie dans la manière de le débiter. C’est dans ces pièces surtout qu’il faut un ensemble parfait : un seul défaut de mémoire de la part d’un des acteurs suffirait pour détruire l’illusion de la scène, puisque tout ce qui se dit alors est, dans le personnage, le jet de l’esprit et non celui de la réflexion.

De toutes les pièces de Marivaux, sa comédie des Fausses Confidences est celle dont le dialogue est le plus naturel : c’est aussi celle dans laquelle les rôles du valet et de la sou-

brette sont le mieux tracés. Cependant le rôle de cette soubrette ne ressemble point en tout a ceux des soubrettes ordinaires de la comédie; il faut dans celui-ci, outre la grâce, l’aisance et le naturel aimable , qualités exigées des actrices qui tiennent cet emploi , un ton de décence qui élève le rôle presque au rang des amoureuses de la haute comédie.

Il est encore un autre genre de comédie : le drame dont La Chaussée ne fut pas l’inventeur , comme beaucoup de gens le croient , mais qu’il fit revivre d’une manière assez brillante pour élever dans la république des lettres des discussions lumineuses sur ce nouveau genre qui eut dès lors des détracteurs ardens , des sectateurs zélés et des imitateurs que leur mérite avait placés au nombre des plus beaux esprits.

Je ne hasarderai point mon jugement particulier sur ce genre de comédie, mais je n’ai jamais vu à Paris, comme dans la province, Mélanide y V Enfant prodigue , JSanine , le Philosophe sans le savoir > le Père de famille , Eugénie y les deux Amis , manquer Feffet que les auteurs de ces diverses pièces s’en étaient promis. Partout j’ai vu couler des larmes à la

représentation de ces drames. Il est donc vrai que la peinture touchante d’un malheur domestique est plus puissante sur nous que celle d’un malheur qui ne saurait nous atteindre. C’est, en général, le tableau de ce malheur si éloigné de nous que nous représente la tragédie.

Le drame, bien moins exigeant encore que la tragédie et la haute comédie, n’a besoin que d’être parlé. Ce sont absolument des scènes de société dont le ton est marqué par le caractère des personnages : il n’y a point d’acteur dans le salon de Vanderk (i), il faut que le public les perde de vue. C’est ici le cas de faire observer aux acteurs de province qu’ils dénaturent le rôle d’Antoine en en faisant une espèce de niais, et en se donnant la torture pour rendre plaisant un rôle qui par lui-même n’a rien que d’attendrissant.

Au reste , ce genre de comédie est celui qui demande le moins de talent dans un acteur. C’est aussi celui dans lequel, avec peu de connaissance de l’art de la comédie , on réussit le mieux. Quelle en est la cause? Je laisse au lecteur à la décider.

f i ) Principal personnage du Philosophe sans le savoir .

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(( Ceux qui ne sont qu’apprentis dans l’art de la déclamation , ne devraient jamais nous exposer à la nécessité de les entendre; car, s’il était possible , il faudrait être maître la première fois qu’on se présente pour parler en public. »

Cette pensée de Riccoboni me paraît judicieuse : on ne doit point exiger du spectateur qu’il ait la patience d’attendre que l’acteur ait atteint le sublime de son art : il doit lui plaire des son début, et ce début, il ne doit le risquer que lorsque les leçons du maître auront perfectionné en lui les qualités naturelles qu’il a apportées en naissant ; sûr de ses moyens , la première fois qu’il paraîtra en scène il aura cette noble assurance que donne la certitude du talent , et ne se laissera pas vaincre par cette timidité qui en dénote la faiblesse. C’est respecter le public que de se montrera ses yeux digne de lui plaire , et de ne devoir les premiers applaudissemens qu’à la justesse de son jeu, et non à la faiblesse qu’on lui montre, en restant interdit par sa présence.

On sent parfaitement que la noble assurance que j’exige du débutant, comme de l’acteur consommé , n’est point cette hardiesse qui

semble tout braver , et à laquelle serait encore préférable la timidité qui atténué tous les moyens. L’une révolte le spectateur le plus bénévole ; l’autre au moins inspire quelque intérêt, mais cet intérêt approche si fort de la pitié, qu’il faut faire en sorte de ne jamais le mériter.

Je viens de citer Riccoboni: c’est une occasion de m’étendre un peu plus à son sujet. Tout en rendant justice à ses connaissances étendues sur l’art de la déclamation, il est un point cependant sur lequel je ne saurais être d’accord avec lui.

« L’acteur, dit-il, ne doit pas faire le moindre effort pour arrêter ses larmes (dans un morceau pathétique) , si elles viennent naturellement; elles touchent et emportent le suffrage des spectateurs. »

Je vais laisser au fils l’honneur de relever cette assertion du père , qui est entièrement contraire à mon opinion.

« Si dans un endroit d’attendrissement vous vous laissez emporter au sentiment de votre rôle , votre cœur se trouvera tout à coup serré, votre voix s’étouffera presque entièrement ; s’il tombe une seule larme de vos yeux, des

DE FREVILLE. t^fj

sanglots involontaires vous embarrasseront le gosier, et il vous sera impossible de prononcer un mot sans des hoquets ridicules. Si vous devez alors passer subitement a la plus grande colère, cela vous sera-t-il possible? Non, sans doute. Vous chercherez a vous remettre d’un état qui vous ôte la faculté de poursuivre. Un froid mortel s’emparera de tous vos sens , et vous ne jouerez plus que machinalement. Que deviendra alors l’expression d’un sentiment qui demande beaucoup plus de chaleur et d’expression que le premier? etc. etc. »

Cette opinion de Riccoboni fils coïncide d’autant mieux avec la mienne que l’expérience m’a prouvé qu’elle était fondée. J’ai vu nombre d’acteurs forcés d’abandonner le genre pathétique en raison de cette pente excessive à l’attendrissement , et à leur trop de facilité à répandre des larmes. On éprouve, sans doute, une très vive émotion en jouant les morceaux de sensibilité ; mais l’art du véritable comédien consiste à connaître parfaitement quels sont les mouvemens de la nature dans les autres , et à demeurer toujours assez maître de son âme , pour la faire ; a son gré , ressembler à celle d’autrui.

On pourrait, sans doute, donner plus d’extension aux principes de Fart théâtral , mais je crois en avoir assez dit pour celui qui se destine à la scène française, étant doué de tous les dons nécessaires pour y réussir, et dix volumes sur cet art divin ne feraient pas un comédien de l’homme à qui la nature aurait refusé ce qu’elle a accordé au caméléon, je veux dire le pouvoir de se montrer sous toutes les formes.

Je ne prétends pas, cependant, détourner du théâtre celui qui ne réunirait pas la multiplicité des dispositions nécessaires pour remplir tous les caractères en général . La nature est avare de ces phénomènes qui paraissent une fois dans un siècle, et c’en est un, sans doute, qu’un comédien qui possède un pareil talent. Pour notre siècle ce phénomène était réservé à F Angleterre : Garrick n’eut de rival dans aucun pays, et le titre qu’il mérita est encore vacant. Mais il y a des degrés dans les arts , comme dans les divers états ,* sans être comédien dans toute F étendue du terme y on peut être acteur sublime, et sous ce rapport occuper un rang distingué sur la scène française. Lors même qu’on est incapa-

ble de remplir un premier rôle , on peut briller au second rang, et se faire une réputation dans les raisonneurs f les confidens et autres rôles subalternes. 11 n’en est pas un seul qui soit a dédaigner; ceux qui paraissent peu importans sont souvent ceux qui ont coûté le plus de peine à leur auteur; et ils peuvent encore donner la preuve du talent de Facteur, si celui-ci ne se néglige pas, comme cela n’est que trop ordinaire , dans la manière de les débitef.

J’ai cru devoir ajouter ici quelques observations particulières qui ne tiennent pas a la déclamation, mais seulement aux convenances 5 tant personnelles à l’acteur que théâtrales.

Un acteur, qui n’ayant jamais paru sur aucun théâtre, choisirait pour son début un de ces rôles marqués au coin de la plus noire méchanceté, tels que Narcisse, Atrée, Anténor, le Tartufe, etc. commettrait une maladresse. Mieux il aurait rempli l’un de ces rôles, et plus l’idée qu’il n’en a fait choix que par une sorte d’anologie avec sa manière de penser s’imprimerait dans l’imagination de certaines gens qui croient qu’on ne joue bien qu’autant qu’on est, par caractère, dans F es-

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prit de son rôle. C’est, sans doute, parmi le plus petit nombre des spectateurs que se rencontre une pareille manière de juger; mais encore faut-il éviter ce léger écueil. L’acteur qui débute doit capter son auditoire entier : il faut donc qu’il choisisse un rôle qui intéresse en sa faveur.

Floridor, acteur généralement chéri et estimé du public, avait été chargé, lorsqu’on donna B rit an ni eus , du rôle de Néron : on ne lui vit remplir un aussi méchant caractère qu’avec répugnance ; ce rôle fut donné à un autre acteur moins aimé, la pièce parut y gagner et n’en fut que plus applaudie.

On souffre en voyant un acteur auquel on s’intéresse chargé d’un personnage odieux (i). Cette seule raison est décisive en faveur de mon observation.

Précédé par sa réputation personnelle , l’ac-

(i) Préville, lorsqu’il joua pour la première fois dans le rôle du Vindicatif, parut fort au dessous de son talent. C’était la plus forte preuve que le public pouvait lui donner de l’estime qu’il avait pour sa personne : car, dans ce rôle comme dans tous les autres , Fréville se montrait grand comédien.

( Note de la première édition. )

DE PREVILLE.

leur gagne souvent à remplir certains rôles. S’il est connu pour avoir de bonnes mœurs, il inspirera aux spectateurs un double interet, s’il paraît en scène sous le masque heureux d’un personnage vertueux. Le public saisit avec empressement l’esprit des rôles pour en faire l’application, s’il y a lieu, à l’acteur ou à l’actrice qui les représentent.

Par exemple , si l’actrice chargée du rôle de Rosalie dans le Barnevelt français , qui ne se joue qu’en province , est reconnue publiquement pour avoir des mœurs licencieuses; si, à cette prévention générale, elle joint une manière de jouer ce rôle tel qu’effectivemeut il doit être joué, elle aura, sans doute , le mérite honteux (i) de l’avoir parfaitement rempli; mais la pièce révoltera encore plus les honnêtes gens par le dégoût de voir ainsi îe personnage et l’actrice sous un point de vue aussi odieux.

(1) C’est faire tomber le masque d’un lépreux que de mettre en scène un rôle tel que celui de Rosalie.

( Note de la première édition.)

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