T. V. II
par des freluquets ou des postillons qui, venant porter une nouvelle au vizir, s'enfermaient avec lui dans l'antre voûté de l'intrigue, et rapportaient ensuite l'ordre des opérations concertées avec lui de cette manière. Si je n'avais pas eu beaucoup de succès, je réponds au moins que l'ennemi n'en aurait jamais remporté de considérables, et que l'esprit de l'armée eût été conservé.
Tout cela ne m'a pas empêché d'offrir mes services avec qui et même sous qui l'on aurait voulu ; tout cela ne m'empêche pas d'attendre la bataille à laquelle il y a tant d'apparence et d'y chercher ma place, ainsi que j'ai déjà dit, où je puisse terminer et embellir ainsi ma carrière.
J'ai appris depuis que mylord Grenville, étant à Berlin au moment où la Belqique se remuait un peu deux ans après sa prise, avait envoyé un courrier à notre vizir pour me demander à la tête de l'armée sur le Rhin. On le renvoya sans en avertir même l'empereur.
Une autre fois, le comte de Castellafer me demanda de la part de son roi de Sardaigne qui , mécontent des autres généraux autrichiens, voulait, disait-il, quelqu'un de l'école de Loudon. Il ne voulait donner à commander des troupes qu'à moi et s'offrit de me donner les mêmes patentes et instructions que l'emreur. Thugut sourit agréablement ayant presque l'air d'y consentir, changera de conversation et fit la révérence. — Qu'avez-vous fait? dit le lendemain à M. de Castellafer le chevalier Eden qui se croyait
du triumvirat avec Ruzamoffsky et le vizir qui se moquait d'eux; on est fâché contre vous. On dit que vous vous avisez de donner des armées et à qui encore? au prince de Ligne, qui ferait exterminer celles du Piémont et de l'Autriche en une campagne.
La bêtise ou la malice des gens en faveur, les mauvais choix qu'ils ont faits, leur négligence des braves gens et des gens éclairés, ont détruit ma ferveur militaire que je n'aurais jamais cru pouvoir s'arrêter. J'ai brisé l'idole la plus chère à mon cœur : la gloire, et j'ai résolu de ne jamais essuyer un coup de fusil. Je ne me suis jamais vanté de tant de batailles et de quelques actions distinguées pendant douze campagnes , et j'ai ri et pleuré , lorsque j'ai vu à la tête de nos armées en Italie et aux Pays- Bas, quatre pauvres ignorants ou infirmes que j'ai eus sous mes ordres et à qui, excepté Clerfayt, je n'aurais jamais donné trois bataillons à commander. Car de toutes les marionnettes politiques qui ont paru sur le théâtre de cette guerre, la meilleure eût été Clerfayt, si la crainte de la responsabilité n'avait point paralysé souvent ses nombreux moyens.
Tous ceux qui ont perdu les Pays-Bas, l'Italie , et
qui travaillent à perdre le reste ; et tous ceux qui ont
joué un rôle bon ou mauvais dans cette guerre, ont
ous été sous mes ordres, et ne s'attendaient pas à
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m'ètre préférés. Je suis fâché d'en être vengé : ce n'est pas la vengeance que je veux. J'avoue que je reste au milieu de toutes ces ennuyeuses alarmes pour me venger en me rendant utile. Je trouverai peut-être un coin dans une redoute ou aux lignes si on les attaque, où je pourrai une dernière fois me faire honneur et rendre un grand service.
Je n'aurais jamais voulu qu'on tirât un coup de fusil en Empire, je l'aurais laissé à la soi-disant protection prussienne; mais j'aurais repris nos pays perdus. En Italie, je n'aurais jamais séparé mes colonnes pour faire des attaques combinées ; je ne me serais au moins jamais éloigné de mes voisins, de mes secours, de mes réserves. Beaucoup d'espions, de patrouilles, de chaînes, de troupes légères, de cartes détaillées, d'amour des habitants, d'activité pour connaître chaque sentier , de suite à surprendre, harceler, couper de petits postes pour prendre la supériorité sur l'ennemi, car le ton qu'on donne à une campagne fait beaucoup.
Au lieu de cela, je suis tranquille et fort heureux , et jouis du présent sans regretter tout ce que je viens de dire que j'aurais fait, et qui n'aurait peutêtre pas réussi aussi bien que je l'imagine. Je suis seul à ma montagne, et j'écris dans un joli petit belvédère, que j'appelle mon petit Belœil , et qui me