‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnel (volume 2)Chapitre 19 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Coalition dëpartementale.— * Gaerre contre le fëdëralisme. — Mort de Marat. •» Charlotte Corday. — - Barbaroox et Dupcrret.—- Rap^ port de Sàint-iJust. — Arrestation de Costines.

Pendant que nous organisions la constitution de la république , pendant que nous appliquions les principes de la plus pure démocratie aux destinées futures de la France , une partie des députés décrétés d'arrestation sonnaient dans les départements le tocsin contre nous^ et donnaient le signal de la guerre civile. Nous avons déjà vu, dans Tavant -dernier chapitre ^ comment ils cherchaient à réaliser les projets de coalition départementale qu'ils avaient annoncés long -temps avant le Si mai.

Cependant la convention^ conservant le calme et la dignité qui n'ont jamais cessé de caractériser la Montagne y continuait à s'occuper de ses importants travaux y se reposant sur le comité de salut public du soin de réprimer les excès de ses ennemis. Nous nous étions contentés d'appeler l'attention des départements sur le véritable état des choses par une proclamation explicative des mou*

vements du Si mai, et de décréter d'accusation Félix Wimpfen , notoirement traître à la patrie d'après le texte même (le ses audacieuses épitres au ministre de' la guerre. Nous répugnions toujours à traiter nos collègues en ennemis^ et nous, voulions surtout leur rendre une impartiale et indulgente justice; il suffirait pour le prouver de montrer avec quelle favéïit fat; accueillie, dans les premiers jours qui suivirent le 3i mai, la motion de donner des otages aux départements, que représentaient les députés détenus , et de rappeler l'empressement avec lequel Gouthon et Danton s'offrirent comme otages pour aller à Bordeaux^ que l'on présumait éjlrede toute la France la ville la moins bien disposée en faveur de l^ Montagne.

Malgré notre longue modération et notre loua-», ble mansuétude y on continua de nous chereher des ennemis y et force fut bientôt à la cQnventioa de punir ses adversaires pour se défendre contre leurs coups. Beaucoup de girondins , non compris dans le décret du 2 juin, s'étaient volontairement joints aux fugitifs, et soufflaient avec eux le feu de la révolte. Nous apprîmes que dans beaucoup de localités, les commissaires de la convention avaient couru de grands dangers. Rulh et Prieur de la Marne avaient même été incarcérés par ordre des administrations d'Eure-et-Loir et du Calvados, où était alors le siège de l'insurrection. Kulh annonça lui - même cette nouvelle à la con^

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veniion^ en persistant dans la généreuse résolution de rester en otage auprès du département qui ^e prétendait lésé par l'arrestation de ses députés. Quelques personnes émirent des doutes sur la sincérité des déclarations de Rulh ; il n'était peutêtre pas libre, remarquèrent-elles. « Jq connais Rulh y s'écria Cou thon; il serait libre en face dé toutes les bouches iféu de f Euwpe ! w Paroles sublimes, qui font également Félogé de celui qui les prononça et de celui qui en était Tobjet. Couthôn avait bien jugé Rulh en effet j car ce généreux montagnard resta, libre en présence de la réactiori thermidorienne flagrante. Il resta libi'e en préférant mourir njiartyr de la* liberté, passion de son noble cœur, que de servir les vengeances de quelques misérables, transfuges mercenaires ât )tous les partis.

Cependant il était urgent de mettre un terme à une insuarrection qui devenait formidable, et qui déjà partout quittait le masque du fédéralisme pour prendre sa couleur naturelle, celle du royalisme. Lacroix fut le premier à faire sentir cette nécessité à la convention assoupie : a Plusieurs départements, dit-il, s'occupent en ce moment de prendre des mesures liberticides. Plusieurs de nos collègues provoquent eux-mêmes ces atteintes portées à la liberté. Déjà plusieurs administrations de départements, de communes et de districts, ont réuni les assemblées primaires ; elles ont suspendu l'envoi des contributions dans le trésor

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public» Déjà elles ne reGonnaissent plus les décrets de la convention , ni la convention elle-même. Déjà elles ont pris des mesures, tendaat à anéantit; l'unité de la république. Plusieurs ont entreppi» d'ouvrir une correspondance avee tous les dépar-n tements pour opérjsr un^ coalition. Je propose à la convention de décréter que demain il sera fait ua appel de tous les membres dè^ convention, afin de eonnaitre ceux qui sont à leur poste ; que le surlendemain vin second appel sera fait pour cou** naître ceux qui sont allés conspirer dans lés départements^ Jo prc^ose de décréter que ceux-ci seront déclarés déchus de leurs fonctions de représentants du peuple et remplacés par leurs suppléants^ Il importe surtout que vous^ dépouilliez ces. indignes Français du caractère de représentants y dont ils se servent pour assurer le succès de leurs complots liberticides } alors ils resteront seuls livrés au mépris qu'ils méritent ; alors vous aurez à leur place des suppléants courageux qni viendront partager , noa nos dangers y car ils sont imaginaires, mais nos travaux. »

Lacroix terminait en proposant, par motion d'ordre, qu'il fût fait deux jours de suite un appel nominal pour découvrir quels étaient les membres absents; que les représentants qui ne seraient pas à leur poste fussent remplacés par leurs suppléants ; qu'il fût défendu aux corps administratifs de s'assembler, de délibérer, soit pour convoquer

DE RENÉ lEVASSEaR. 5oi

les assemblées primaires^ soit pour suspendre renvoi des décrets de la convention.

€es mesures, quelque rigoureuses qu'elles fussent /étaient légitimées par les circonstances graves dans lesquelles nous nous trouvions. Nul n'osera dire, sans doute ^ qu'elles ne fussent d'une justice rigoureuse^ mais exacte; cependant les débris du côté droit, Fermoni^ Ducos, Fonfrède, la combattirent avec cbâleur; ce dernier fit l'apologie du département de la Gironde et des Bordelais*

« Fonfrède, s'écria alors Danton, n'a pas fait complètement l'éloge des citoyens de Bordeaux ; jamais ils n'ont formé le projet de marcher ni contre Paris ni contre la convention ; il peut y avoir des intrigants à Bordeaux, mais les Bordelais sont et seront toujours de dignes Français. »

Après une xliscussion peu vive, le projet de décret de Lacroix, d'abord ajourné, fut adopté par la presque unanimité, et exécuté aussitôt. L'appel nominal donna pour résultat soixante-trois absents. Sur ces soixante-trois membres, trente-deux étaient décrétés d'arrestation ; il restait donc trente-un fugitifs volontaires , nombre imperceptible si l'on considère que la convention était composée de sept cent quarante^inq membres ; on disait cependant dans ces départements que la convention était mutilée, que la majorité refusait d'assister aux délibérations, et que cent cinquante membj^^ tout au plus, troupe factieuse et sans droit, gotrrernaieni la France.

En même temps le comité de salut public envoyait des troupes contre les rebelles. Pacy-sur- Eure était repris, et les volontaires conventionnels attaquaient Évreux. La plupart des autorités départementales commençaient à hésiter; quelquesunes même se rétractaient et délaissaient la cause de l'insurrection. Le mouvement insurrectionnel était bientôt arrêté à Marseille et même à Bordeaux; et les girondins, abandonnés à Toulon et à Lyon, laissaient ces deux villes dans les mains des royalistes, qui, dans la première, se jetaient dans les bras de Vétranger, et dans la seconde ville de France se livraient à d'horribles vengeances. D'un autre côté les fugitifs durent s'apercevoir qu'ils avaient en vain compté sur l'appui de l'armée. Ils savaient que la plupart des officiers, nobles d'origine, étaient comme Dumouriez plus portés en leur faveur que prêts à s'unir à nous; ils espéraient surtout la participation de Custines, Bouchard, Biron et Alexandre Beauharnais, et sans doute ils avaient raison de penser que ces généraux étaient bien disposés en leur faveur ; mais dans ces temps d'orage et d'enthousiasme un général ne pouvait rien sans l'assentiment du soldat^ et dand toutes les armées de la république les soldats étaient tout dévoués au gouvernement central placé entre les mains de la convention. Aussi les généraux^epoussèrent-ils avec une indignation feinte ou véritable les propositions de Wimpfen qui leur avait écrit une espèce de circulaire pour

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obtenir leur adhésion à la coalition ; une proclamation de la convention explicative des événements du 3i mai vînt rassurer les esprits ^ et presque partout les fédéralistes furent vaincus avant môme d'avoir eu à combattre. De tous côtés des adresses des départements^ des municipalités et des sociétés populaires qui passaient pour les plus prononcées en faveur de la coalition^ venaient féliciter la convention de ses résolutions courageuses, et jurer haine et vengeance aux conspirateurs. Le petit nombre d'autorités locales restées fidèles aux girondins étaient frappées de destitution ou d'accusation, et le calme ne tardait pas à renaître aux lieux même où l'on avait eu l'espoir le mieux fondé de porter le trouble et la terreur. *

Cependant le sort des députés décrétés d'arrestation n'était pas encore fixé. Déjà nous avions pressenti la nécessité de sévir avec rigueur contre les fugitifs du Calvados , mais nous espérions encore sauver ceux qui s'étaient résignés à obéir aux décrets du 2 juin. Un événement terrible et bien diversement jugé, soit en lygS, soit même de nos jours', vint précipiter le dénouement de ce drame terrible. Une jeune fille de Caen , dont le nom est devenu historique , Charlotte Corday, assassina dans son bain le représentant Marat. Cet acte, d'un fanatisme politique auquel on ne saurait refuser le nom d'héroïque, aurait pu, dans toute autre circonstance, être regardé comme sans im-

des athées, des hommeftsans morale, des hommes qui voulaient la loi agraire, le règne de l'anarchie et le rétablissemeot de la tyrannie ? Kh bien! ces mêmes hommes ont répondu à ces calomnies atroces en faisant une constitution républicaine, qui garantit la sûreté des propriétés, qui est un roc contre lequel se briseront les. entreprises de ceux qui voudraient rétablir la tyrannie l Répondez-moi, dis-je, vous qui êtes dans l'erreur ! je ne mésestime que ceux qui commettent le crime avec connaissance. Wavez-vous pas entendu Gua> det prc^oser de transférer le siège de la convention, d'abord à Bourges, et ensuite à Tours, à6a de pouvoir correapondre plus facilement avec les révoltés de la Vendée ?» ^

J'ajoutai, dans un transport d'indignation difEcile à décrire, en m'adressant au côté droit; M Malheureux ! vous souriez à la guerre civile ! Ah I Je voudrais pour toute punition que vous fussiez condamnés à ramasser sur le champ de bataille tous les membres épars et encore palpitants des défenseurs de la patrie I je voudrais que vous fussiez condamnés à les suivre dans les hôpitaux^ à être témoins des cruelles opérations qu'il faut faire pour sauver le corps aux dépens d'un membre. Malheureux ! vous souriez à la guerre civile I Je voudrais que vous fussiez condamnés à enterrer tous les morts., à recoDBtltre le fils tué par son père, et le père tu Lfils, à entendre lesj

cris des femmes qi k iia mari , ua

DE REVAMpifiYASSEUR. 3c>5

sur la constitution : c'est celui qui, dans ce froment ^ produira le plus prompt effet. Il faut en faire un grand nombre d'exemplaires. Je t'ai écrit par la voie de Rouen pour t'intéresser à une affaire qui regarde une de nos concitoyennes. La citoyenne qui te portera ce paquet s'intéresse à la même affaire. Tâche de lui procurer accès auprès « du ministre. Adieu , je t'embrasse. Ici, tout va bien ; nous ne tarderons pas à être sous les murs de Paris. Signé Barbaroux. » ^

Duperret avoua la réception du paquet et des écrits séditieux ; il avoua les avoir fait répandre , mais il nia toute participation à l'assassinat de Marat. Il n'avait vu Charlotte Corday que deux fois, et ne lui agait parlé que de l'affaire particulière qu'elle avait traitée avec le ministre. Il n'en demeurai t pas moins certain que les membres du côté droite restés parmi nous y intriguaient avec les fugitifs ; qu'ils continuaient à nous susciter des ennemis et à nourrir l'espoir de renverser la convention. Duperret l'avait ?ivoué avec franchise : il avait même dit qu'il était décidé à rejoindre à Gaen Barbaroux et ses collègues. C'en était assez pour montrer quels dangers nous entouraient. Aussi ce sinistre événement fit-il demander, par toute la Montagne, une prompte décision sur les députés incarcérés.

« S'il reste dans le côté droit, s'écria Coulhon,

quelques membres qui ne soient qu'égarés , qu'ils

me répondent. N'avez-vous pas entendu dire qu'il

n'y avait à la Montagne que des hommes de sang,

5o6 M^Mom»

des athées y des hommea saos morale, des hommes qui voulaient la loi agraire , le règne de Tanar* chie et le rétablissement de la tyrannie ? Eh bien! ces mêmes hommes ont répondu à ces calomnies atroces en faisant une constitution républicaine , qui garantit la sûreté des propriétés , qui est un roc contre lequel se briseront les, entreprises de ceux qui voudraient rétablir la tyrannie l Répondez-moiy dis-je, vous qui êtes dans l'erreur! je ne mésestime que ceux qui commettent le crime avec connaissance. N'avez-vous pas entendu Guadet proposer de transférer le siège de la convention^ d'abord à Bourges, et ensuite à Tours , Â6a de pouvoir correspondre plus facilement avec les révoltés de la Vendée ?» ^

J'ajoutai, dans un transport d'indignation difficile à décrire, en m'adressant au côté droit: ce Malheureux ! vous souriez à la guerre civile ! Ah ! je voudrais pour toute punition que vous fussiez condamnés à ramasser sur le champ de bataille tous les membres épars et encore palpitants des défenseurs de la patrie I je voudrais que vous fussiez condamnés à les suivre dans les hôpitaux , à être témoins des cruelles opérations qu'il faut faire pour sauver le corps aux dépens d!un membre. Malheureux! vous souriez à la guerre civile! Je voudrais que vous fussiez condamnés à enterrer tous les morts., à reconnaitre le fils tué par son père, et le père tué par son fils, à entendre les cris des femmes qui oôt* perdu un mari , un en-

DE BEil#XVrA08£UR. 5oj

fantî Est-ce vous qui les consoleriez, qui essuieriez leurs larmes? Pour remplir ces saints devoirs de l'humanité , il faut>^avoir les sentiments d'un homme, et vous n'avez que l'instinct d'un tigre altéré de sang !

Citoyens , je demande , par motion d'ordre , que les séances commencent tous les jours à six heures. Le poignard des assassins est levé sur nos têtes; doublons, s'il est possible, notre existence politique. 11 nous reste l'éducation publique à décréter, des lois populaires à faire, alors nous aurons assez vécu. » . -

A la suite de ce premier mouvement de terreur et d'indignation que nous fit éprouver l'assassinat d'un collègue , Duperret fut décrété d'accusation, et la convention décida qu'elle s'occuperait incessamment du sort des détenus. Nous assistâmes en corps aux funérailles de Marat, chez qui un inventaire exact n'avait fait trouver qu'un assignat de vingt-cinq sous. Réponse irrécusable à ceux qui l'accusaient de vénalité.

C'est ici le lieu de dire toute ma pensée sur Marat. Ce fou atrabilaire ne pouvait certes être l'ami d'aucun des montagnards sincèrement attachés à leur pays; mais il était également impossible, sans faire abnégation de sa raison, de le supposer de mauvaise foi. Fallait-il donc le repousser de notre sein , parce que son exagération nous était antipathique ; ou le persécuter, parce qu'il avait le malheur d'être irascibl^et soupçonneux ? Non,

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sans doute; il suffisait qu'il fût patriote , et que ses actes eussent toujours été exempts de délits ^ pour que nous fussions contraints de le recevoir dans nos rangs. D'ailleurs son exagération inofFensive n'était pas sans avantage. Jamais Marat n'exerça sur la convention une influence quelconque ; jamais même ses libelles n'opérèrent réellement sur le peuple. Ses folies étaient donc sans danger; mais en même temps elles étaient une espèce de maxi-* mum démocratique qu'il n'était point possible de dépasser, a Et y disait Camille Desmoulins ^ les aristocrates ne pourront nous perdre qu'en se faisant plus révolutionnaires que nous ; aussi tout le temps que je vois Marat , sur lequel on peut compter, dans notre sein , je ne saurais avoir de crainte , car celui-là au moins ne peut être dépassé. » Ce mot était à la fois ingénieux et profond. Marat était en effet une sorte de sauvegarde contre les popularités intéressées des démagogues aux gages de l'étranger. Cette sauvegarde une fois détruite , ils mirent la main à l'œuvre, et le démocratisme des Hébert , des Ghaumette et des Chabot, ne tarda pas à s'imprégner de telles couleurs qu'il fut impossible d'y méconnaître les traces de l'or de l'Angleterre et des intrigues de l'émigratioa.

Marat était mort ; il était politique d'exploiter au profit du mouvement républicain l'espèce de culte que lui voua le peuple, et de faire un mot d'ordre révolutionnaire de l'assassinat du martyr. Aussi vit -on lés hommes de la convention qui

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n'avaient jamais montré d'affection pour l'idole vivante , consentir à décerner des honneurs funêbres au représentant assassiné. Ainsi Danton et Robespierre, qui avaient toujours témoigné une répugnance bien marquée à l'ami du peuple, s'associèrent aux regrets publics qui l'accompagnèrent au tombeau. Il serait atrocement injuste d'attribuer aux hommes qui ont mêlé à leurs discours l'éloge de Marat assassiné une participation quelconque aux folies du pamphlétaire. On verra d'ailleurs bientôt que ces éloges funèbres furentde notre part renfermés dans de justes et déceiit-es limites y et que le culte rendu aux cendres de cethomme doit être , ainsi que les processions de la déesse Raison et les autres saturnales de la fin de gS, attribué tout entier à l'aristocratie et à la coalition. Bientôt nous serons sur les traces du parti de l'étraûger, et autant nous avons mis de chaleur à prouver qu'on a exagéré son influence coupable, autant nous nous empresserons de la signaler quand des lumières véritables et des pièces de conviction viendront nous la révéler.

Charlotte Corday apporta au tribunal révolutionnaire la mâle et noble attitude d^une républicaine qui croit avoir fait le bien, et qui est prête à subir les conséquences de son héroïsme. Ghauveau la défendait sur le refus du girondin Doulcet- Pontécoulant (i). J'aime à rendre ce public hpm-

(i) Charlotte Corday ayait choisi Doulcet-Pont&oalant jpoar

3l0 MÉMOIRES

mage a l'un des plus dignes martyrs d'une cause qui n'éiait point la nôtre. Ce n'est pas nous, vieux montagnards, qui aimons à calomnier, à avilir nos adversaires. Le républicanisme excite notre admiration sous quelque couleur qu'il se présente, et noua aimons à prodiguer nos hommages à. tous les courages, à tous les dévouements. Certes, l'a^ sassinat politique est un crime, et ce crime doit être puni. Les hommes ne peuvent juger les actes que d'après leur utilité, et la peine la plus forte qu'il leur soit permis d'appliquer (j'aime à croire que bientôt ce ne sera plus la mort) doit frapper celui qui a fait couler le sang de ses semblables hors du vœu de la loi, et de la nécessité d'une légitime défense; mais le aioralîsle philosophe ne peut juger l'homme que sur l'impulsion qui dirige ses actions. Or, jamais on ne regardera comme vil et coupable l'homme qui sacriiie volontairement sa vie à des idées, et qui commet même une action mauvaise en soi, quand il la croit bonne et qu'il dévoue son existence pour l'accomplir. Admirons donc Charlotte Corday comme une généreuse émule de Brutus; admirons-la, mais avouons qu'il était juste de la punir, et que son action serait moins glorieuse si la certitude du châtiment n'y eût pas été attachée.

avocat, parce qu'elle Is croyait moDUgnard ; mais elle était en celi ilans l'erreur, et c'est i ud de ncs amis du cùté droit qu'elle a inllige ce mol qui restera ; Doulcet-Pontécoulanl est un lâche ! {Note de VA

l'Auteur. ) ^H

G>& KBNtf 'EBVASSKtlR.

Presque lotis les (écrivains qui ont trace un tableau ries temps dont je reproduis une imparfaite esquisse , ont rapporté (jue l'un des bourreaux chargés de l'exécution de Charlotte Corday avait, en montrant sa (été au peuple, poussé la l&che férocité jusqu'au pointde lui donnerdes soufïlels. Le fait;e8l vrai en Ini-même; mais on a trouvé le moyen de meniii' en le reproduisant, puisqu'on me l'a reproduit que pour avoir l'occasion de déclamer contre la dé privation des mœurs en 1795, et contre l'inhumanité de la multitude. Or il est certain an contraire qu'un murmure d'indignation a accueilli celle atroce genlillesse de l'aide-bour- TeaU; et que ce misérable fut condamné en poirce correctionnelle pour outrage à la morale publique. On prétend pourtant faire de l'histoire avec le récit Ironqué de pareils faiis; heureusement toutes les pièces existent encore, et elles démontrent invinciblement qu'on ne saurait san^t injustice nous attribuer la' complicité de toutes les actions isolées de l'époque, de celles-là même qufi nOs lois et nos juges punissaient.

Je l'ai dit, l'assassinat de Marat lit hâter la décision du sort des députés détenus. Le comité de ' salut public chargea SainL-Just du rapport auquel Bi 11 an d-Va rennes ajouta quelques nouveaux déve- . loppeinentB. Ces deux pièces, fort remarquables, surtout le travail de Saint-'Jiist, présentaient sons leur véritable point de vue la conduite de la Gironde dans les dernière mois de la législatii'e , et

Sip MÉMOIRES

mage â^ l'un des plus dignes martyrs. d'une cause qui n'était point la nôtre. Ce n'est pa» nous, vieux montagnards, qui aimons à calomnier, à avilir nos adversaires. Le républicanisme excite notre admiration sous quelque couleur qu'il se présente, et nous aimons à prodiguer nos hommages à tous les courages, à tous les dévouements. Certes, l'assassinat politique est un crime, et ce crime doit être puni. Les hommes ne peuvent juger les actes que d'après leur utilité, et la peine la plus forte qu'il leur soit permis d'appliquer (j'aime à croire que bientôt ce ne sera plus la mort) doit frapper celui qui a fait couler le sang de ses semblables hors du vœu de la loi , et de la nécessité d'une légitime défense; mais le moraliste philosophe ne peut juger l'homme que sur l'impulsion qui .dirige ses actions. Or, jamais on ne regardera comme vil et coupable l'homme qui sacrifie volontaire-* ment sa vie à des idées, et qui commet même une action mauvaise en soi, quand il la croit bonne et qu'il dévoue son existence pour l'accomplir. Admirons donc Charlotte Corday comme une généreuse émule de Brutus; admirons-la, mais avouons qu'i^ était juste dé la punir, et que son action serait moins glorieuse si la certitude du châtiment n'y eût pas été attachée.

avocat , parce qu'elle le croyait montagnard ; mais elle était en cela dans Terreur, et c'est à un de ses amis du côte droit qu'elle a infligé ce mot qui restera : Doulcet-Pontécoulant est un lâche !

(JYote de V Auteur,)

DK RBNÉ LËYASSEUA. -Sfl

Presque tbuit les écrivains qiif^ ont tracé u#lip^ bleau des teqipft'dont je reproduis une impat*fâke esquijBse , oui rapporté que l-un dés bourreaux chargés* de l'exéculion de Charlotte Corday avait, en iqAontranft sa tête ati peuple > poussé la lâche férocité jusqli^au point de lui donner des soufflets. Le fait;e8t vrai en^ lui-même ; mais on a trouvé le moyen de mentir ^n le reproduisant^ puisqu'on ne 4^a .reproduit que pour avoir roccasimi^ de déclamer contre la dépravation des mœurs en 1795, et conftne l'inhumanité de la multitude. Or il est certain au contraire qu'ua teurmure d'indignation a accuèitti cette atroce gentillesse de l'aide-bourreail',*'et que- ce misérable fut condamné en police cdlK^èdionnëlle pour outragea la morale pubKqb^. On fwétend pourtant faire de l'histoire ; avec - le récitvrbnqué de pareils faits; heureusement tosteb leâ' pièces existent encore > en elles ^démonineiiit invinciblement qu'on ne saurait sans injustice fiGO§ a^ribuèr la* complicité de toutes les aciiohs i^léerde l'époque^ de ceOes-là méméque n^ loiB ^t-ttosp juge» punissaient. ' •! ♦

Je Vai 'dity l'^sassinat de Marat fit hâter la dé-^ ciskm du -sort des* députés détenus. Le comité de salut publîo chargea' Sainte Just du rapport auquel Billavd^Varenntô ajouta quelques nouveaux déve-^ loppements^ Cles deuK pièces^ fort remarquables, suïtoUt le 4mYàii ideifS»intHjtiM^^;'présémaieiil?^di leur véritàble^poinc devue la conduite deiâiGironde dans les^ derniieirs mois de la législative, et

"Siit MÉMOiRSS

'^ jli^COiDinencemeût de ia conventioB. Us reprodui- Mieot é^lement la coïncidence frappante de l'ingurreclaon vendéenne avec la coalition départementale , et prouvaient que le royalisme se glissait sous ce feint républicanisme des députés fugitifs. Us concluaient d'une multitude de faits accablants , que la Gironde avait organisé une conspiration contre la république > et médité le rétablissement du trône. Nous avons dû gémir depuis en

, acquérant la preuve que cette prétendue conspiration n'avait jamais existé ; mais en g5 il était impossible de ne point y être trompé. La trahison de Toulon y le royalisme de Lyon, l'alliance patente de Wimpfen avec la Vendée, le choix de cet homme et du chouan Fuysaie pour commander les troupes de la fédération , la joie même mani» festée par les émigrés et les étrangers dans les papiers anglais, où l'on disait formellement que l'insurrection menaçait la convention d'une prochaine destruction, et que la coalition départementale rétablirait infailliblement le trône de Louis XVII; tout devait concourir à nous induire en erreur et à nous faire regarder comme coupables des collègues plongés seulement dans un étrange aveuglement, et que quelques traîtres entraînaient à leur ruine. Il était impossible de se figurer sans preuve formelle combien l'entraînement de Tesprit de parti ferme les yeux des hommes les plus éclairés, et quelle action un petit nombre d'intrigants sans moyens peut avoir sur les enthousiastes passionnés^

VB HKNÉ LBVASSEUR. 1<N^*^

Je ne rapporterai pas ce rapport de Sainmli où les faits se présentent souvent sous le fepaix ji dont les circonstances les revêtaient nëcâsairement ; mais^je donnerai au lecteur une partie de la péroraison^ pour qu'il puisse juger de l'esprit qui dirigeait alors les membres influents de la Montagne : u Prononcez maintenant , disait le rapporteur du comité de salul public : vous devez mettre une grande différence entre, les déténi»; le plus grand nombre était trompé; et qui de nous peut se flatter de ne l'être jamais ? (Hélas ! nous l'étions alors sur une partie des collègues que la guerre civile a dévorés..) Les vrais coupables sont ceux qui ont fuir et vous ne leur devez plu3 rien ^puisqu'ils 4ésolent;leur patrie. C'est Lé feu de la liberté qui nous, aépurés comme^le bouil^ lonnement des métamx obasse du creuset, l'écume impure.. Vous ne pouviez pas sauver la. patrie avec eux : qu'ils- restent seuls ayec le crime qu'ils voulaient eommettre. Ils se plaignaient de l'anarchie, ils nous y plongeât; ils oùt troublé la paix des bons habitants d^ campagnes^ et vous, vqus avez fait des lois; que le peuple choisisse entre des rebelles qui lui font la guerre et vous qui soulagez ces maux Ils se plaignaient qu'on voulait diviser la république , ils se partagent ses lambeaux; ils diaenC qu'on :«;putragé les membres de la représentation, ils l'on tjrag^nt toot^ntière; ils étaient froids contre les brigands de la Vendée ; ils appelaient la^France:Oontre ypus, et trouvent fiujour-

Sllq MÉMOIRES

ii'ïl!!!»! désarmes pour combattre les lois et déehirei FempiiTe.....

xt .*•;.; Proscrivez ceux qui nous ont fui^ pour prendre les armes; leur fuite atteste le peu de rigueur de leur détention. Proscrivez-«les , non pour ce (ju'its ont dit, mais pour ce qu'ils ont fait, et pardonnes au plus grand nombre. L'erreur)ne doit pa&ê4re cônfondne avec le crime... L'autorité brisée au centré fait 'partout peser sesîdébris:; rétablissez • en: tQus liefix la justice et L'énergie du ^livèrnement ;, ralliez les Français autonnr de la constiti)tidn;'.::. ::;•;: ^.•■. ir ; ;•.< ;:.

.<( iiu.On a poussé l'oubli de la morale jusqu'ir proBcrirefKîet ouvrage^, fùt-ilfpropreà assurée le bdnheim* dû peiipie fraiîçà^^pàrce tpse queUpicoun&ri'y ont pas^'conckwiru.î..., • : ;■ r iii ni >! ; u Vous aveï etr lé droit- 'dféfttire -ai^êter ceuk d^entre' Voqs qui trabrî^saient) la république; Si'le souvéTÀJft était assemblé,' ne pôurrait-il'p^ sévir contre quelqués-un^ de 's6s membre»?:^. Lés^ détenus avaient ^onné 4es premiers l'exemple de^ là sévérité enverà Ites représentants du peuple; qu^ils subissent la loi qti-ils'ontfaitepout' les autres! ils sont des tyrans s'ils se prétendent au-dessus d'iellel )i ' •• ,/,.:;•

Ce rapport était suivi des charges; portées-centre leë inculpés; les unes étaielit^doliteuscià èO'onit été démenties par Je t^nps. Telles^ étaient lesi'aecusati<>ns de conjuration- tramée* chez Valaaié ]pbulr aMasslnèr les ^montagnards^* d'avoir voulue placer

DE RENE LEYASSEUR. !ltS

sur le trône le (ils de Louis XVI, etc. Msiis phi^ sieurs aussi étaient évidentes et sont demeurées avérées; telles sont les accusations d'avoir^ tenté de diviser d'opinion le nord et le midi de «la France, pour allumer la guerre civile, sous prétexte d'éteindre l'anarchie ;

D'avoir, dans le courant du moisde mai, excité à la révolte plusieurs administrations locales qui ont par suite arrêté les deniers |mblics «t proclamé leur indépendance;

D'avoir soulevé contre la convention - les ^Corps administratifs de Cor^e (t), des Bouches^du-Rhône , de l'Eure , du Galvadosi

Saint-^Just terminaft Son discours enr demandant que Buzot , Barbaroux , Gorsas , Lanjuinaisy Salles^ Louvét, Bourgoing, Biroteau , Pétion, fussent déclarés traîtres; à , la patrie.

, Que Gensonné y .Guade t , Vergniaud , Mollereau , Gardien, fussent décrétés d'accusation- comme pré^ venus de complicité avec les^ détenus qui ont pris la fuite et se sont mis em état de rébellion;

Et enfin que la cotivention rappelât «dans son sein tous les autres-proscrits* ^

(i) Paoli s'était mis à la tête d'un parti royaliste qui, à ce qu'il^ paratt^ aurait voulu rétablir la cÔDstitution cle 91 sous la djDastie d*0r1«ftins% : H ehassa- âe'Côrsè" lés- cémniissài^è^"éotfVentidDheIa,- et établit Pindépen^afioe :dési-9brps ad111iniAt2tttifa.de rtle.Xé.'jeiliie. BupnaparSe, qui était alors en Corse, se prononça contre PaoU pour le parti conventionnel.

- (^lé ïfe ^Auteur.)

5l6 MÉMOIRES

Ces conclusions furent adoptées sans discussion dans la séance du 28 juillet.

. Ce fut dans la même séance que , sur la proposition de Barrère, au nom du comité de salut public, la conveiition décréta d'accusation le général Custines, commandant en chef de l'armée du nord. Quoique cet oiScier eut refusé avec une certaine rudesse de s'unir à la coalition et de se mettre à la tète des soldats de Wimpfen , il s'était élevé depuis long-temps de graves soupçons contre lui. L'assurance avec laquelle les députés fugitifs avaient annoncé son accession à la coalition , les éloges qu'ils n'avaient cessé de lui prodiguer; la confiance que Wimpfen lui s portait , et la lettre mètne dans laquelle , l'appelant son cher maître, il lui proposait de venir commander à Gaen, avaient donné des doutes sur un général que plus d^un succès avaient avant ce temps rendu cher aux républicains. Une foule de dénonciations furent envoyées contre lui au comité de sûreté générale. Moi-même y comme mc^mbre du comité de correspondance, j'avais fait passer sur son compte plusieurs notes , qlti semblaient indiquer sa participation aux complots de la coalition. On écrivait, par exemple, de Bordeaux à la date du 23 juillet : « La mort de l'ami du peuple n'a pas fait ici beaucoup de sensation; mais on est dans l'attente de la reddition de Mayence et de Valenciennes, et des grands événements qui doivent eh être la suite. » Oh apprenait en même temps que Custines avait donné

DE R^NÉ LEVASSEUR. Sl^

à ses soldats ce mot d'ordre significatif : Condorscet , Paris , constitution ; le ministre de la guerre affirmait en outre qu'il avait dit insolemment que les décrets de la convention , au lieu d'être pour lui un motif d'obéissance y lui servaient à fai^re des papillotes. Il n'en fallait pas plus^ dans un temps où tant de chefs militaires y sortis des rangs de la noblesse , ne consentaient à combattre dans les armées républicaines que pour nous trahir; il n'eii fallait pas tant, dis -je , pour faire planer sur la tète du commandant de l'armée du nord la plus grave suspicion. Une suit? de défaites désastreuses vint ajouter un nouveau poids aux craintes qu'inspirait la présence de Custines à l'armée; on se rappelait que c'était aussi après des revers inattendus, et peut-être volontaires, que Dumouriez avait levé le masque. Custines fut rappelé à Paris par ordre du comité de salut public, et peu de jours après destitué.

Cependant ce chef, comme tous les hommes assez influents pour grouper les partis autour d'eux , devint, aussitôt qu'il nous fut suspect, le point de ralliement de l'aristocratie. Les sections de Paris, (i), qui avaient entouré La Fayette en juin 1792, €t Dumouriez en mars 1795, se pressaient autour de Custines, et le choisissaient, pour ainsi dire , pour chef. Des cris de vis^e Custines ! se mêlaient, au Palais-Royal, aux cris à ^^^ les jacobins !

(i) La Butte des Moulias et les Filles Saint-Thomas.

encore à concevoir comment on a pu si lestement nous condamner et l'absoudre ! Ou je suis dans le plus étrange et le plus persévérant aveuglement, ou la vue des pièces que je viens de rapporter suffirait pour motiver la mise en jugement d'un général couvert de lauriers dans un temps calme. Comment a-t-on pu nous reprocher d'avoir, dans un temps de trouble et de trahison , renvoyé aux tribunaux un homme que les faits, que les éloges des rebelles, que les cris de ses frères d'armes accusaient si hautement ?

Je reviendrai sur le procès de Custines dans la seconde partie de ces Mémoires, et j'essaierai de prouver jusqu'à l'évidence que cette prétendue victime de nos orages a été justement condamnée, et a porté la peine de ses trahisons. Ici finit la première partie de ma carrière révolutionnaire. L'arrestation de Custines, en m'éloignant de la convention pour m'investir auprès de l'armée du nord des pleins pouvoirs du proconsulat, m'a lancé quelque temps sur un moins grand théâtre, mais dans une position où ma conscience étant la seule règle de mes actions, ma responsabilité morale devenait immense. J'espère prouver que je me suis acquitté de ces hautes missions en bon citoyen, et, avant tout, en honnête homme.

C'est un beau jour pour la nation, c'est uu beau jour pour la république française, que celui qui ramène entre nous une explication Iraternelle. S'il ra des coupables, s'il existe un homme pervers ' qui veuille dominer despoliquement les représentants du peuple, sa tète tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictateurs, de triumvirat, cette imputation ne doit pas être une îm-

(i) Cet diverses pièces ae ratlachent à la première bccdg dca vinlentes dissensions de la MonUgne et du cdtê droit. J'ai cru devoir les Wpporter, pour montrer le vague de» accuaatîous de nos adversaires , ■t le défaut de bise de la liaioc prétendue vertueuse qiTila noua portaient. On doit recoanaitre moD impartial! lu, puisque je ne crois pas

L pouvoir mieux fuïre pour le triotnplie de la cause tju

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encore à concevoir comment on a pu si lestement nous condamner et l'absoudre ! Ou je suis dans le plus étrange et le plus persévérant aveuglement, ou la vue des pièces que je viens de rapporter suffirait pour motiver la mise en jugement d'un général couvert de lauriers dans un temps calme. Comment a-t-on pu nous reprocher d'avoir, dans un temps de trouble et de trahison , renvoyé aux tribunaux un homme que les faits, que les éloges des rebelles, que les cris de ses frères d'armes accusaient si hautement ?

Je reviendrai sur le procès de Custines dans la seconde partie de ces Mémoires, et j'essaierai de prouver jusqu'à l'évidence que cette prétendue victime de nos orages a été justement condamnée ^ et a porté la peine de ses trahisons. Ici finit la première partie de ma carrière révolutionnaire. L'arrestation de Custines, en m'éloignant de la convention pour m'investir auprès de l'armée du nord des pleins pouvoirs du proconsulat, m'a lancé quelque temps sur un moins grand théâtre^ mais dans une position ,où ma conscience étant la seule règle de mes actions, ma responsabilité morale devenait immense. J'espère prouver que je me suis acquitté de ces hautes missions en bon citoyen, et^ avant tout^ en honnête homme.

DISCOURS DE DANTOir.

C'est un beau jour pour la nation , c'est un beau jour pour la république française , que celui qui amène entre nous une explication fraternelle. S'il y a des coupables , s'il existe un homme pervers qui veuille dominer despotiquement les représeiltants du peuple^ sa tête tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictateurs ^ de trlumr virat^ cette imputation ne doit pas être une im-

(i) Ces diverses pièces se rattachent à la première scène des violentes dissensions de la Montagne et du côte' droit. J^ai cru devoir les rapporter, pour montrer le vague des accusations de nos adversaires , et le défaut de base de la haine pre'tendue vertueuse qu^ils nous portaient. On doit reconnaître mon impartialité, puisque je ne crois pas pouvoir mieux faire pour le triomphe de la cause que je défends , ffue de citer en entier les discours de nos plus violents ennemis : Louvet et Pétion^r On verra dans ces pièces que Danton a provoqué r accusation de Louvet ; on verra que Robespierre a terrassé son adversaire, en opposant des faits à de vagues inculpations. On verra enfin que Pétion, Pun des chefs de la Gironde, malgré tonte sa malveillance contre la Montagne en général, et Robespierre en particùlier, n^a pu que nous donner gain de cause toutes les fois quUl a voulu se livrer à Texamen des faits et à une discussion sérieuse.

(jVole de VAuteui\)

putation vague et indéterminée; celui qui l'a faite doit la signer : je le ferais, moi^ cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. Ce n'est pas la députation de Paris, prise collectivement, qu'il faut inculper; je ne chercherai pas non plus à justifier chacun de ses membres; je ne suis responsable pour personne : je ne vous parlerai donc que de moi.

Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. Depuis trois ans j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir fair<;^ pour la liberté. Fendant la durée de mon ministère , j'ai employé toute la vigueur de mon caractère, et j'ai apporté dans le conseil tout le zèle et toute l'activité du citoyen embrasé de l'amour de son pays. S'il y a quelqu'un qui puisse m'accuser à cet égard , qu'il se lève et qu'il parle. Il existe, il est vrai, dans la députation de Paris, un homme dont les opinions sont pour le parti républicain ce qu'étaient celles de Royou pour le parti aristocratique ; ' c'est Marat : assez et trop long -temps l'on m'a accusé d'être l'auteur des écrits de cet homme. J^invoque le témoignage du citoyen qui voiis présidé. Il lut, votre président, la lettre menaçante qui me fut adressée par ce citoyen; il a été témoin d'une altercation qui a eu lieu entre lui et moi à la mairie. Mais j'attribue ces exagérations aux vexations que ce citoyen a éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été enfermé ont ulcéré sou âme Il est très -vrai que d'excellents

PliCES JUSTIFICATIVES b 5^5

eitoyeus ont pu être républicains ureô^ièkcès) il £aut en convenir; mais n'accus6né pas^ potir quéW qikes individus égarés ^ une députation tout entière (i). Quant à moi> je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans un département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un sentiitient de plaisir; mais aucun de nous n'appartient à tèl'oti' tel département,. il appartient à laFrarUce entière. Faisons donc tourner dette discussion au profit de l'intérêt public.

Il est incontestable qu'il faut une loi vigÔttiréiisé contre ceux qui voudraient détruire la Irberté'^^u^' blique. £h bien ! portons^a cette loi, portons une loi qui prononce là. peiûe de mort contre quicon* que se déclarerait en faveur de là dictature ou du triumvirat ; mais après avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité , anéantissons cet esprit de parti qui nous perdyai^. On prétend qu'il est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de morceler la France : laissons disparaître dés idées absurdes, en prononçant la peine de mort contre

(i) n faut bien remarquer que citaient des opinions que l'on attaquait dans Marat^ or, Tinyiolabilitë des opinions des représentants du peuple a toujours été regardée comme un principe inviolable. Ce n'est pas pour leurs Opinions que nous avons décrété ■d'accusation les chefs de la Gironde : Saint-Just, an contraire , dans son rapport sur les trente -deux, a demandé la liberté et la réinté* gration dans tous leurs droits de ceux dont les opinions seules étaient

incriminées;

{JYote de VAuUur.)

324 PIÈCES JUSTIFIGATXTES.

leurs auteurs. La France tloit être un tout indivisible .:^lle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je demande donc la peine de mort contre quiconque voudrait détruire Tunité en France , et je |)rQpose de décréter que la convention nationale pose pour base du gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et d'exécution. Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens apprendront <^ette sainte harmonie.; alors ^ je vous jure^ vos enneÉnis sont morts (i}.

(^Extrait du Moniteur^ du 26 septembre 1792, 7^o 2:jç^)

(i) On voit, par la fia de ce discours, combien Danton «fait d^efibrts dès les premiers jôttrs de nôtre re'unioo , pour rëtai>lir parmi nous rharmonie.Oh voit aussi que Pàccusation de fêd^rali8Tn«ÎQ'a.paSy convpie le dit Louvet, été inventée après ie 3i mai par le eemitë dee sàliit public Elle planait sur les girondine dès nos premières séances,

(lYote de r Auteur.)

PIÈCES JUStTFICATITES. 5:>5

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