‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnel (volume 2)Chapitre 20 sur 27 · DISCOURS DE MARAT · texte numérisé non relu

DISCOURS DE MARAT

J'ai dans cette assemblée un grand nombre d'ennemis personnels (tous / tous ! s'écrie l'assemblée entière, en se levant avec indignation) (i). J'ai dans cette assemblée un grand nombre d'ennemis; jeies rappelle à la pudeur, et à ne pas opposer de vaines clameurs, des huées ni des menaces à un homme qui s'est dévoué pour la patrie et pour leur propre salut. Qu'il» m'ëcoutent un instant en silence , je n'abuserai pas de leur patience. Je rendà grâces à la main cachée qui a jeté au milieu dé nous un vain fantôme pour intimider les âmes faibles, pour diviser les citoyens, et jeter de la défaveur sur la déj^ulatien de Paris. On a osé l'accuser d'asptrer au tribunat. Cette inculpatiop ne peut avoir aucune couleur, si ce n'est parce que j'en suis membre. £h bien I je dois à la justice dé déclarer que mes collègues, nommément Robespierre, Danton, ainsi que tous les autres, ont constamment improuvé Tidée^ soit d'un tribunat, soit d'un trîum-

(i) Je copié te MorUteur, qui ^tait alors rëdigë par Rahault Saint- Êtienne. Ceat aasez dire que je ne prends pas sur moi les mouTemenU qui sont souyenl d'un« extrême inexactitude.

virât, soit d'une dictature. Si quelqu'un est coupable d'avoir jeté dans le public ces idées, c'est *?• moi. J'appelle sur ma tête la vengeance de la na-

tion : maïs avant de faire tomber l'opprobre ou le glaive^ daignez m'entendre.

Au milieu des machinations, des trahisons dont la patrie était sans cesse environnée ; à la vue des complots atroces d'une cour perfide , à la vue des menées secrètes des traîtres renfermés dans le sein niémé de l'assemblée législative*, enfin, à la vue des suppôts du despotisme qui siégeaient dans l'assemblée , me ferez -vous un crime d'avoir proposé le seul moyen que je crusse propre à nous retenir au bord de l'abîme entr'ouvert ? Lorsque les autorités constituées ne servaient plus qu'à enchaîner la liberté, qu'à égorger les patriotes sous le nom de la loi, me ferez -vous un crime d'avoir proposé le seul moyen que je crusse propre à nous retenir au bord de l'abimé entr'ouvert ? Lorsque les autorités constituées ne servaient plus qu'à enchaîner la liberté^ qu'à égorger les patriotes sous le nom de la loi » me ferez -vous un crime d'avoir provoqué sur la tète des traîtres la hache vengeresse du peu-; pie ? Non , si vous me l'imputiez à crime , le peuple vous démentirait; car, obéissant à ma voix, il a senti que le moyen que je lui proposais était le seul pour sauver la patrie ; et devenu dictateur lui-même, il a su se débarrasser des traîtres.

PIÈCES MISTIVIOATITBS. 53liJ

J'ai frëml mo^mème des mouvements impétoenx et désordonnés du peuple lorsque je les vis se prolongeir, et pour que ces mouvements ne fussent pas éternellement vains ^ et qu'il ne se trouvât pas dans la nécessité de les reeommencer^ j'ai demandé qu'il nommât un b6n citoyen ^ *^S^f juste et ferme y connu par son ardent amour de la liberté ^ pour diviser les mouvements et les faire servir au salut public. Si le peuple avait pu sentir la sagesse de cette mesure, et s'il l'eût adoptée dans toute sa pléojtude^ le jour même où la Bastille fut conquise^ il aurait abattu à ma voix cinq cents têtes de maehinateurs ; tout aujourd'hui serait tranquille y Igs traîtres auraient frémi ^ et la liberté et la justice seraient établies aujourd'hui dans no» murs. J'ai donc plusieurs fois proposé de donner une autorité instantanée à un homme sage et fort^ sous la dénomination de tribun du peuple, de dictateur, etc.; le titre n'y fait rien. Mais une preuve que je voulais Tenchamer à la patrie, c'est que JQ voulais qu'on lui mît un boulet aux pieds, et qu'il n'eût d'autorité que pour abattre les tètes criminelles; telle a été ihon opinion; je ne l'ai point propagée dans les cercles^ je l'ai imprimée dans mes écrits; j'y ai mis mon nom, et je n'en rougis point. Si vous n'êtes pas encore à la hauteur de^ m'entendre , tant pis pour vou^ ; les troubles ne sont pas jBnîs; déjà cent «mille patriotes ont é<^ égorgés, parce qu'on n^a pas assez tôt écouté ma voix ; cent mâle autres seront égorgés encore' oil

528 PIÈGES JUSTimrCATI'VÏS.

soDt menacés de l'être; et, si le peuple .faiblit^ Tanarchie n'aura point de fin. J'ai jeté dans le public ces opinions; si elles sont dangereuses^ c'était aux hommes éclairés à me réfuter les preuves à la .main, à instruire le public. Moi-même j'aurais été le premier à adopter leurs idées et à donner une preuve que je veux la paix , l'ordre , le régne des lois lorsqu'elles seront justes.

M'accusera- 1- on de vues ambitieuses? Je ne descendrai pas jusqu'à une justification j voyezmoi et jugez-moi. Si j'avais voulu mettre ^un prix à mon silence , si j'avais voulu quelque place ^ j'aurais pu être l'objet des faveurs de la cour; mais quel a été mon sort? je me suis jeté dans dp cachots^ /je me suis condamné à la misère, à tous les dangers. Le glaive de vingt mille assassins était suspendu sur moi^ et je prêchais la vérité la tête sur le billot.

Je ne vous demande en ce moment que d'ouvrir les yeux; ne voyez -vous pas un complot formé pour jeter la discorde et distraire l'assemblée des grands objets qui doivent l'occuper. Que ceux qui ont fait revivre aujourd'hui le fantôme de la dictature se réunissent à moi; qu'ils s'unissent à tous les bons patriotes^ et qu'ils pressent l'assemblée de marcher vers les grandes mesures qui doivent assurer le bonheur du peuple, pour lequel je m'immolerais tous les jours de ma vie. Je demande que^ faisant cesser ces discussions scandaleuses^ l'assemblée s'occupe de corriger la déclaration des

droits^ afin que le salut du peuple ne soit plus en

suspens (i).

(Moniteur du 27 septembre 1792, n* 27i.)

(i) Voici donc ce fantôme de dictature que les amis de la Gironde ont fait durer jusqu'à nos jours, rëduit à sa juste valeur. Une séance suffisait pour expliquer ces bruits sans fondement. Trente-six ans n^ontpas pu détruire une calomnie absurde.

(iVb<e de VAiamr.^

35o PIÈCES JUSTIFIGATITSS.

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