CHAPITRE PREMIER
But de cet ouvrage. — Ce ^u^ëtait Fancicn régime. — Premiers mouvements révolutionnaires. -» Enthousiasme général. — Voyage » Paris. — Fédération. — Coup d'oeil rapide sur les événements de 1789, 1790, 1791 et 1791; — 10 août. — a septembre. — Élection des membres de la convention. — Situation de la France lors de la réunion de cette assemblée.
Depuis trente -quatre an« ma carrière politique est terminée y et depuis trente-quatre ans mes ennemis ont défiguré les trois années que j'ai passées sur la scène publique^ et en ont fait contre moi une source féconde de calomnies. Malheureux débris d'un parti vaincu^ je n'ai point abandonné les principes que je professais lorsqu'il était triomphant; et mes accusateurs^ dédaignant de coordonner entre elles leurs imputations ^ m'ont
reproché jusqu^à ma constance. Si j'ai commit quelques fautes , elles ont été bien -cruellement rappelées, et T'on n'a pas jugé nécessaire- de me tenir compte de ce que j'ai fait de bien. La passion a en même temps aggravé mes erreurs et essayé de flétrir jusqu'à mes intentions généreuses. Les uns m'ont peint comme un agent obscur du despotisme de Robespierre; d'autres, comme un fanfaron de courage; d'autres, comme un fanatique énergumène , possédé de la sombre manie du terrorisme^ Depuis trente-quatre ans j'ai supporté toutes les calomnies sans me plaindre', attendant^ au sein de la retraite, le moment de faire entendre la vérité. Vieux et proscrit, j'ai déjà un pied dans la tombe. L'heure est en6n venue d'élever la voix. Aussi bien quelques mois de plus, et peut-être ne pourrais -je plus parler. Aujourd'hui une jeune génération , qui n'a point vu nos jours d'orages, a succédé à mes contemporains. Pour eux, nous autres, survivants affaiblis d'une ère que je ne crains pas tl'appeler glorieuse , nous sommes çn quelque sorte des personnages historiques auxquels aucune passion vivante ne se rapporte plus. Nous avons vu la postérité de notre vivant, et nous pouvons enfin être jugés par des hommes impartiaux, vierges d'esprit de parti, €t qui nous apprécieront d'après les faits, avec l'équité consciencieuse que les contemporains, acteurs comme nous dans le grand drame de la révolution, nous ont refusée.
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. C'est donc à vous, mes jeunes concitoyens^ que j'adresse mes Mémoires. Vous aussi , vous savez chérir la liberté qui fut la passion unique de toute ma vie, et j'ose dire, avec orçueil, que mes iravaux, et ceux de mes amis , ont contribué à vous former pour son noble culte. Si l'égalité règne parmi vous , si l'arbitraire et les vexations de tout gepre, qui formaient le iiontciux cortège de l'ancien régime, ont presque entièrement disparu, c'est à nous que vous le devez. Si dans mes écrits vous trouvez quelques sentiments qui sympathisent avec les vôtres, si vous y rencontrez une audace qui vous étonne, un patriotisme qui excite votre enthousiasme, vos pères, vos oncles, m'ont vu professer ces sentiments à la tribufie nationale, et faire. preuve de cette audace et de ce patriotisme dont je ressens encore les élans sous le poids des glacçs de l'âge, dans les luttes du Forum, et sur les champs de bataille. ^)rs trente millions de voix répétaient avec no^jne cri de liberté} Alors ce qu'on prei^i aujourd'hui pour le délire de quelques maniaques exaltés , était le sentiment commun de tout un peuple , et en quelque sorte sa manière d'exister! Centre de ce mouvement immense , nous étions entraînés par son énergie en cherchant à le diriger. Quel effet magique produisent encore sur moi ces souvenirs effacés de trop de mémoires ! Tout un peuple courait à la frontière pour repousser l'ennemi , tout un peuple avide de liberté et d'égalité s'enivrait de l'espoir
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de le8 voir régner seules ^ur la France. Cette hymne «larsoillaise, ces poésies de Chénier que vous regardez comme des sensations isolées , et dans lesquelles vous découvrez peut-être un peu d'emphase , c'était la manière de* sentir du plujs humble citoyen , l'hymne de toutes les heures , la pensée de tous les instants!... Cet élan est passé ! Plus la crise avait été vive, plus elle fut courte. Nous avions rêvé un monde enchanté, nous sommes retombés dans le monde réel , et alors ceux qui avaient partagé notre enivrement nous ont délaissés: Dans ce vaste tourbillon de gloire et de malheurs, on n'a plus vu que le sang des victimes, et Ton est venu nous en demander compte, à nous qui ne l'avions point versé. Représentants de cette fièvre républicaine, nous avons été méconnus quand on a cessé de sympathiser avec des idées trop absolues et trop généreuses pour être l'apanage des hommes ^e notre âge. Nous eussions été les héros de rhuimq[|p^é si le succès eût couronné notre généreuse tentative; on a voulu nous ravaler au niveau des brigands; mais nous en appelons à la postérité des arrêts d'une génération qui s'est fait notre juge sévère pour ne pas partager la complicité de nos actes I
L'intérêt sacré de mon honneur n'est pas le seul qui m'ait mis la plume à la main ; j'ai encore voulu défendre les hommes avec lesquels j'ai combattu pour des principes que je n'ai pas cessé de croire vrais. Je,, ne réclame aucune iodulgence, aucun
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intérêt pour mes chereux blancs* Que mes concitoyens lisent et jugent. Certain de n'être mu que par l's^mour de la vérité ^ je les en crois également animés. Il est impossible (fu'ils la méconnaissent quand elle leur est exposée avec simplicité et franchise.
Pour mieux montrer ce que nous avons voulu faire ^ et quel mobile si puissant a dirigé toutes nos actions, qu'il me soit permis de rappeler ce qu'était cet ancien régime que quelques hommes égarés ou corrompus regrettent encore aujourd'hui, et que la masse.a le bonheur de ne connaître que de nom.
Née au milieu de la barbarie du moyen âge, la monarchie française en portait dicore^ en 178g, les stigmates informes. Après huit siècles de combats entre la féodalité et le despotisme , le despotisme l'avait enfin emporté, et depuis le règne de Richelieu il ne connaissait plus de limites. Une volonté unique faisait les lois et les exécutait; c'est-à-dire qimJ'arbi traire sans contre^poids était le seul régulateur des destinées de la France. La noblesse et les derniers vestiges de la féodalité restaient debout pour vexer les petits sans pouvoir apporter d'obstacles à la volonté des grands; et le roi, gouverné par une cour impure, était le maître suprême d'un État sans base et sans droits.
Ce qui distinguait la monarchie du pouvoirsans bornes de Constantinople , c'était re;i(istence de
corporations^ appelées intermédiaires^ dont l'action /non légalement réglée^ était ou séditieuse ou impuissante. Les parlements prétendaient avoir un dnoit de remontrance dont on ne tenait pias compte, un droit d'enregistrement des édils que rendaient vain les lits de justice tenus par le monarque. Et tandis que les magistrats discutaient sur la résistance inerte et la résistance efficace, les lettres d'exil et d'emprisonnement mettaient un terme à leurs doctes et impuissants débats. Dans quelques parties de la France les impôts étaient répartis par des états que le moindre geste d'un intendant de province suffisait pour réduire au silence. Les lois changeaient suivant les provinces, et partout les usages, Tarbitraire des juges, masqués du nom de pouvoir discrétionnaire, suppléaient aux lois ou les remplaçaient même. La seule chose partout uniforme était la toute-puissance des lettres de cachet, confiées en blanc, dans Versailles, à des favoris ou à des maîtresses qui en disposaient suivant leur bon plaisir. Ainsi l'homme puissant faisait emprisonner le mari qu'il avait déshonoré, ou le créancier dont il avait amené la ruine. Toute réclamation était vaine dans de pareils cas; la justice ne pouvait rien contre les lettres de cachet, et l'on gémissait pendant un demi-siècle sous les verroux des prisons d'État, sans avoir été accusé même d'un délit, et sans qu'aucune autorité légale pût intervenir en votre faveur.
Outre cette suprême puiisance de l'autorité dea-
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potique , départie par la tourbe des courtisans et long-temps exercée par des êtres tçls que la Pompadour, la Dubarry, ou leurs protégés, cent fois plus yils qu'elles , puissance qui pesait égiilement sur toutes les têtes, le peuple, quali6é aloi^ de tiers- état, avait encore deux sortes de maîtres qui, écrasés par la cour, faisaient à leur tour gémir les petits sous une verge de fer. Je veux parler du clergé et de la noblesse.
Long-temps tout-puissant en Europe, le clergé avait passé sous le joug depuis la déclaration des quatre articles; mais pour être assujetti à la puissance royale, il n'en était pas moins éloigné du peuple, et son action n'en était ni moins outrageante ni moins dure : corps séparé du tiers, il possédait une grande partie de la fortune territo-^ riale; et, quoique plus riche que les deux autres ordres, il était «xempt de tout impôt. La noblesse, également exempte d'impôt, était élevée au-dessus du peuple par les préjugés non moins que par les lois : elle pouvait seule parvenir aux emplois civils, militaires, ecclésiastiques. Le cadet d'une famille illustre était à vingt ans colonel, évéque ou conseiller de parlement; tandis que le roturier instruit et laborieux végétait pendant toute une longue carrière de travaux et de services utiles dans les fonctions subalternes de l'Église, de l'administration et de l'armée.
A cette étrange organisation sociale , si onéreuse à la nation , se joignaient mille vexations de détails
plus insupportables peut-être. Le noble faisait sentir sa supériorité légale par des actes d'arrogance reproduits sous les formes les plus oppressives et les plus variées. Un homme de la caste privilégiée insultait-il gravemei^t un -citoyen du. tiers- état, il lui refusait la réparation de ses outrages , sous prétexte qu'on ne pouvait ^e battre qu'avec ses égaux. Un seigneur, dans ses parties de chasse, ruinait-il vingt paysans en faisant passer ses\che- Taux et ses meutes sur leurs propriétés, on se moquait du manant, et Ton voyait une agréable plaisanterie dans la brutalité stupide du gentilhomme. Un plébéien, au contraire, se permettait - il de tendre des pièges à quelques lapins ou àquelques moineaux, dans un parc féodal, les galères devenaient la punition de son audace. L'impôt des tailles frappait la population roturière que Ton soumettait encore à ces prestations en nature ou corvées, infâmes vestiges du gothique esclavage. Joignez à cela les derniers restes des droits féodaux, et l'intolérance du clergé catholique, et les querelles entre les prêtres et les parlements, dont le peuple payait toujours les frais en dernier résultat; ajoutez encore les folles dépenses de la cour, qu'aucun contrôle ne venait i^estreindre, et qui par le déficit des finances menaçaient toutes les fortunes; et ces banqueroutes partielles, tristes présages d'une banqueroute générale; et la censure permanente qui empêchait à toute vérité de se fi^àr» jour par la voie de la
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presse : et vous ^aurez un tableau^ sinon complet; du moins asse^.^ixact de l'état de Ja France avant la grande révolution de 1789. Certes , il y aurait cruauté et injustice à nous reprocher d'avoir désiré le renversement d'un, semblable ordre ée choses.
Je ne rappellera^ pas les troubles qui précédèrent la deuxième réunion* des notables, les querelles du ministère et du parlement, les mouvements insurrectionnels de plusieurs provinces , et ce vœu génër ralement manifesté d'une convocation des étatsgénéraux, vœu dont l'énergie sous ungouvernement despoti^e parvint pourtant à se rfiodte obligatoire pour l'autorité. Déjà, dans ces mouvements précurseurs de notre régénération, mon cœur brûlait de l'amour de la liberté. Cet élan généreux était pa|^ tagé de toute la France. Plus tard on a vu des opinions différentes diviser la nation; mais en 1786 il n'en était pas ainsi : tout ce qui, en France, n'était pas viwnt d'abus, se réunissait dans un désir una-nime de destruction d'un régime de fer; tout ce qui n'était pas dévorateur de la fortune publique voulait en voir confier la gestion aox députés du peuple ; tout ce qui n'était pas membre des castes privilégiées voulait voir passer le niveau de la Ic^ sur toutes les tétes€t soumettre tous les citoyens aux mêmes charges. Aussi, au fond de la province que j'habitais, applaudimes-nous avec tout l'enivrement de l'enthousiasme aux premiers actes de l'assemblée nationale. Après le renversement de la Bas-
tille ^ à l'appel qui nous était adressé par / nos frères de Paris ^ la garde nationale fut organisée en peu dé jours ^ et les municipalités furent re-* nouvelées sur le modèle de la capitale.^ Je fus ap^ pelé dès -lors aux fonctions d'officier municipal, qui m'ont procuré le bonheur de faire quelque bien à mes concitoyens et d'empêcher beaucoup de mal.
Au mois de mai 1790, je fus envoyé à Paris par la commune du Mans ^ pour demander à l'assemblée nationale, au nom de mes collègues , l'autorisation d'aliéner plusieurs propriétés municipales^ dont nous destinions le produit à faire conîmencer de vastes travaux , pour soulager la misère du peuple ,■ que le défaut de subsistances avait jeté dans l'état le plus déplorable. Il m'est* impossible de me rappeler ce voyage sans une sorte de ravissement. La capitale était encore dans ce premier élan d'enthousiasme dont on peut à peine aujourd'hui se rappeler le magique effet. Une idée commune dominait dans toutes les tètes , un sentiment commun remplissait tous les cœurs : l'idée de l'affranchissement de la. nation et le sentiment de la dignité de l'homme reconquise. Il semblait que ces passions eussent rapproché tous les hommes. Sans s'être jamais vu on semblait se connaître, on se parlait avec confiance; Paris ressen|blait à. un peuple de frères, dans toute l'acception de ce mot, et sans mettre dans les termes la moindre exagération.
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Je suivis pendant près d'un mois les séances de rassemblée constituanle qui méritait alors toute Tesiime et tout l'amour de la nation. J'entendis plu^ sieurs fois V^îg^^ ^^ ^^ tribune française, ce Mira^beau dont l'éloquence nous donna la liberté^ et dont la parole audacieuse avait plus de puissance qu'une armée. Je vis briller autour de lui Sieyes, fix)id logicien , cachant sous une enveloppe de glace une ambition dévorante, et une étude ap^ profondie des choses et des hommes; Barnave, chaleureux ami de la liberté ^ qui depuis laissa succomber sa vertu sous les séductions de la couf; et le grave Camus ^ *et le sagç Chapelier, et le savant Lanjuinais et les brillants Lameth. Les fêtes de la fédération s'approchaient. Plus d'une fois , au Champ-de-Mars , je travaillai avec les Parisiens à préparer cette vaste enceinte pour recevoir les serments des envoyés de tout un peuple. Dès quatre heures du matin nous nous rendions à l'École-Mili taire, et là, maniant la pioche, ou traînant la brouette, nous nous utiislsions pour hâter l'achèvement de ces préparatifs de joyeux augure. Toute la population confondue paraissait être composée des membres nombreux d'une heureuse famille. On travaillait ensemble sans s'être entendu, et l'ouvrage n'en marchait pas moins vite. Abb^s, citadins, ouvriers, femmes de la classe aisée, et femmes du peuple, tout était mêlé, tout se mouvait dans un même esprit, avec les mêmes illusions^ la même ivresse. Après quarante ans ces
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souvenirs sont encore présents à ma mémoke^ brillants de leur éclat passager; et je ne puis penser aux nuages qui sont venus remplacer de si beaux jours , sans que d'amers pleursL- mouillent aussitôt mes paupières.
J'étais def retour au Mans ^ et j'avais repris mes fonctions municipales, quand la nouvelle de la fuite et de l'arrestation du roi à Varennes vint troubler l'harmonie qui jusque-là n'avait feessé de régner entre les patriotes. Il était désormais évident quié le chef du gouvernement n'avait pas vu de boiXBil tous les changements heureux survenus dans notre situation politique; et qu'il avait souvent, contre son gré, donné sa royale sanction aux actes de l'assemblée constituante. Dès -lors l'horizon se couvrit de sombres nuages. Les anciens privilégiés, dont l'opposition factieuse à la constitution n'itait avant cette époque qu'une résistance sans force et sans danger pour la nation, avaient trouvé dans la cour un point d'appui assuré, que les conférences de Pilnitz entre les princes de l'Europe et les émigrés français rendirut bientôt for* midable. Il était facile de prévoir qu'un parti absolutiste chercherait à l'avenir^ sûr de l'appui secret du trône, à rétablir l'ancien régime dans toute sa pureté , et que la tourbe des amis du pouvoir, des ambitieux mercenaires, des hommes cupides et sans talents graviterait dans la sphère de la contre-révolution où elle pouvait espérer fortune et pouvoir, tandis que la France n'avait à offrir à ses
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défenseurs qu'un peu de reconnaissance pour d'éclatantes vertus. Le parti national se trouva divisé en vingt fractions distinctes. Les uns^ pleins d'un vieux respect pour la monarchie , çt surtout pour l'antique dynastie des Bourbons ^ furent vivement émus et consternés dune réprobation manifeste qu'ils n'avaient fait jusque-là que pressentir. La crainte d'avoir été trop loin dans la carrière de la réforme les oppressa , et ils ne révèrent plus que marche rétrograde et que sacrifice des bienfaits acquis de U révolution. D'autres , c'était le petit nombre y restèï*ent c6 qu'ils étaient avant le voyage 4e Varennes. D'autres, enfin, pensèrent que cet événement funeste avait rendu impossible toute alliance entre le trône et le pays, et que l'on n'a*vait plus de moyens de se préserver de la contrerévolution, autres qu'un changement de dynastie ou l'extinction de la royauté en France é La pre-* miére de ces opinions eut la majorité dans l'assemblée, la dernière fut toute-puissante sur les masses. De là, des divisions sans nombre; de là, des haines et des combats entre les amis de la liberté , doni les contre-révolutionnaires profitèrent. Nous partageâmes, ^dans nos provinces, les craintes et les vœux des Parisiens, et nous regardâmes comme une triste, mais irrécusable nécessité, de rompre tous les liens par lesquels nous étions unis au roi , qui avait délaissé son trône et sa patrie. Cette mar niére de voir se répandit comme l'éclair dans toutes les parties de la France. La fermeté de l'assemblée
nationale pendant l'absence du roi nous donnait la presque certitude du succès; aussi partout à la fois •les insignes de la monarchie furent effacés, et l'on s'élanca en espoir vers une forme de gouvernement toute nouvelle. Cette attente ne fut point remplie. Â peine trente députés fireift-ils entendre dans le sein de la représentation nationale les réclamations de Topinion dominante. La constitution fut revisée dans un «ens moins populaire qu'elle n'avait été d'abord conçue : les changements furent peu importants; mais ils suffif'ent pour faire perdre à l'assemblée toute sa popularité, et à la constitution la sanction la plus désirable , celle de la nation. Peut-être était-ce une grande faute que cetteré vision , trop faible dans ses résultats pour assurer l'action du pouvoir, mais assez sensible pourtant pour mettre les citoyens dans un état de guerre déplorable, en laissant croire aux uns qu'il y avait encore beaucoup à acquérir tandis que les autres pensaient qu'il n'y avait plus qu'à conserver. Malheur plus grand, les derniers jours de la constî-tuante furent ensanglantés ! Pour la première fois la proclamation de la loi martiale fut suivie de violences contre le peuple, violences dont la garde nationale devint l'instrument, ce qui amena une rupture déplorable entre cette garde, composée de la classe moyenne des citoyens, et les derniers rangs du peuple. Tout annonçait de nouveaux orages, et une fatalité inévitable nous poussait vers des bouleversements dont personne ne pouvait^ prévoir le terme.
Cest sous ces auspices que la constitution fut proclamée et que les élections pour la nouvelle législature commencèrent. On parlait encore, comme au moment de la fédération , de réconciliation générale, d'union, de fraternité. Mais tout était bien changé. L'union était sur les lèvres et la discorde dans les cœurs. On parlait d'union, et le champ de la fédération avait bu le sang des patriotes (i) I On parlait d'union, et les révélations du voyage de Varennes étaient présentes à tous les esprits I On parlait d'union, et dans les dernières luttes de l'assemblée on avait semblé avoir pour but de réédifier pièce à pièce l'échafaudage de l'ancien régime I On parlait d'union, et toute la noblesse, quittant le sol de la patrie, se rassemblait en armes sur nos frontières, ou allait dans les différentes cours de l'Europe
(i) Nous n^avons pas besoin de dire que nous sommes loin d^adopter tous les jugements de IVuteur de ces Mémoires. Acteur dans le grand drame révolutionnaire, il a, malgré sa bonne foi évidente, envisagé et d(i envisager les faits du point de vue où il se trouvait placé. Il a donc dû conserver un amer souvenir des événements qui ont frappé ses amis politiques et des préventions sur les hommes contre lesquels il a lutté. En général, nous croyjons que tous les partis ont compté en grande majorité des hommes de bonne foi dans leurs rangs, et tous les partis ont accusé de mauvaise foi leurs adversaires. Ces jugements sont natureb 9m moment du combat ; mais Phistoire doit les rectifier, et nous , qui sommes placés au premier rang des spectateurs de ces crises terribles , nous pouvons déjà sur beaucoup de points connaître Tentiére vérité. Ainsi, par exemple, nous pouvons en même temps comprendre les motifs de la haine qa^inspira aux républicains la eatas« trophe du 17 juillet, sans cesser de vouer une entière estime et une
mendier^contre nous des secours et nous chercher des ennemis ! Le mot de constitution^ naguère toutpuissant^ avait perdu son. magique effet, parce que, d'une part, on avait des doutes légitimes sur la sincérité de l'adoption du pacte fondamental, et que, d'autre part, les restrictions apportées après coup à des formes démocraliques déjà adoptées, avaient montré aux masses un dessein de revenir sur ce qui avait été fait, de retirer ce qu'on avait donné. Aussi les marques de joie que l'on voulut faire éclater n'eurent -elles rien des transports d'enthousiasme de l'année précédente. La défiance avait remplacé l'union générale, les pressentiments d'une guerre prolongée avaient succédé aux souhaits et aux espérances de paix. Les élections furent donc hostiles au pouvoir et à la constitution* Un élan tout nouveau agitait la France et l'appelait vers de nouvelles commotions. Les contre- ré-
admiration siDcère au gënëral qui proclama la loi martiale dans cette funeste journée. Ce général était mû par l'amour du bien , et l'on ne peut douter aujourd'hui, après les gages qu'il a donnés à la cause de la patrie dans le cours d'une longue et glorieuse carrière d'héroïsme et de Tertu , que le désir de 'maintenir l'ordre ne fût joint dans son oœur à l'amour bien sincère de la liberté. La haine qu'on lui a portée tenait à la fatalité dés circonstances. Mais combien d'hommes sincères, qui se firent dans ces temps orageux une guerre acharnée, étaient mus an fond par des sentiments identiques ! Combien de patriotes, alors ennemis politiques, étaient dignes de s'estimer I Combien de républicains qui -vouèrent une haine éternelle au commandant général de la garde nationale , porteraient une profonde vénération à La Fajette , s'ils avaient le bonheur de le connaître !
{Note de l'Éditeur.)
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volutionnaires ; long-temfis terrifiés^ proclamaient hautement leurs projets de bouleversement; les émigrés y au lieu de songer seulement à fuir, se préparaient à combattre. L'Europe sonnait le tocsin contre la France. Nous ne pouvions pas voir une égide assurée contre ces menaçants présages dans la constitution affaiblie , dont les plus puissants rouages étaient placés dans des mains douteuses ^ sinon ennemies. Les ministres du roi^ tantôt contre-révolutionnaires déclarés, tantôt constitutionnels faibles, étaient peu propres à réunir toutes les forces de la France, à les coordonner et à les opposer aux obstacles qui se pressaient sôus nos pas. La nation devait sentir et sentait en effet, que, pour terrasser les coalitions de l'étranger et les conspirateurs, elle ne pouvait compter que sur elle. Son gouvernement était, même par sa nature et par la puissance d'inertie que rien ne |>ouvait lui ôter, une entrave de plus. Telle était notre position, et sans la calculer avec autant d'exactitude qu'il est possible dé le faire aujourd'hui , un instinct sûr , qui ne trompe jamais les masses, nous la révélait tout entière. Les élections furent l'expression de ces nouveaux besoins , de cette nouvelle commotion prête à éclater.
C'était sans doute une fort belle chose sur le papier que la constitution de 1791 : on peut même dir^ qu'elle renfermait en substance les bases de toute liberté; avant le départ de Varennes elle
é^ait l'unique espoir des Français, et elle pouvait certainement faire leur bonheur. En était^il tle même après cet événement funeste? Au bout é'e quarante ans d'épreuve, j'ose encore répondrez non. Une constitution, comme toutç autre loi, ne peut avoir une exécution proGtable que lorsqu'elle est l'expression des besoins, des mœurs, <les vœux, des préjugés même du plus grand nombre. Il ne suffit pas que ses prescriptions soient écrites, que ses rouages soient établis par des articles spéciaux, que ses pouvoirs soient ingénieusemenit pondérés, tout cela n'est que la charpente ou pour mieux dire le squelette de l'édîQce. Tout cela ne donn^ pas la vie. Il faut avant tout un principe d'existence paissant : <^ principe , comme le souffle de Pronuéthée, ne vient pas d'une volonté humaine; il plane sur tout de lui-même, mais rien ne peui lui commander de naître : c'est l'assentiment enthousiaste de la majorité. €'est la conviction qne l'œuvre célèbre est bonne et utile, c'est la confiance générale enfin. Ce principe d'action, la cons^ titutiou de 91 n'en était pas vivifiée; rien ne pouvait le ranimer ou en tenir lieu. Le pouvoir ne l'avait adoptée qu'à son corpB défendant; on l'avait proclamée au nom du peuple quand le peuple avait cessé d'y croire; elle n'existait donc de fait qu'ostensiblement, et tout le. monde tendait. à la répudier; il ne fallait pas avoir la vue bien longue et être UQ prophète bien hardi pçur prédire sa prochaine destruction. -' \
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Qu'on cesse donc de dire que la constitution Tut détruite parce qu'elle n'avait créé qu'une assemblée unique, ou parce qu'elle avait refusé tel' ou tel droit au monarque > ou parce qu'elle avait omis telle ou telle disposition. Elle a cessé d'exister parce qu'il lui manquait le principe même de là vie. Quand elle fut tirée de l'arche sainte elle n'avait plus pour partisans que ses auteurs; et ses auteurs ne pouvant pas être réélus, elle fut mise en activité par des hommes qui, à quelque classe qu'ils appartinssent, aristocrates ou patriotes, la ' considéraient, avec défiance, et se persuadaient qu'elle avait fait trop ou trop peu.
La session de l'assemblée législative ne fut qu'une guerre mal dissimulée du pouvoir populaire contre l'autorité royale. Guerre dans laquelle les deux contendants se servaient de la constitution tour à tour comme d'un glaive ou d'un bouclier. Guerre acharnée, dans laquelle la constitution, que l'on invoquait sans cesse des deux côtés, n'était des deux côtés qu'un vain mot auquel on ne croyait pas. Au reste , cette assemblée impuissante , dans les langes dont la constitution l'avait entourée, ne pouvait rienfaired'utile. Elle voyait bien que la cour lui était hostile, et elle se bornait à invoquer tout bas le secours du peuple, sans pouvoir guerroyer ouvertement contre la cour; aussi les événements nombreux qui se sont passés pendant sa durée ne sont- ils pas partis dû son sein. Constitutionnellement parlant, ou selon la
limite de leurs pouvoirs légaux, la cour et l'assemblée ne pouvaient rien faire, et ne faisaient rien. Ces deux grands colosses se conteouplaient en silence, et demandaient à des conspirations secrètes ce qu'ils ne pouvaient attendi^e de la loi.
Une telle situation de choses n'était pas propre à calmer le peuple; je dis plus : s'il se fût calmé, la contre-révolution était faite. Je parle ici avec une entière franchise; il n'y avait pas plus de reproches à adresser à un parti qu'à l'autre ; ni l'un ni l'autre n'étaient de bonne foi; tous les deux étaient en guerre; tous les deux avaient une pensée unique, le désir*de rester vainqueur; et tous les deux savaient fort bien qu'ils ne pouvaient devoir la victoire qu'à des moyens extra -légaux. Aussi la crise dans laquelle la constituante avait laissé la France ne pouvait -elle avoir que deux solutions : le renversement du trône, ou le retour de l'ancien régime. Pour chacun des deux partis il s'agissait donc de l'existence même (i).
^(i) L*auteur néglige ici de parler d'un tiers parti dont nous de- Tons signaler Pexistence. C'était celui des almis sincères de la constitution, fl devait échapper à rinvestigation des hommes qui se trouvaient au milieu des événements. Les contre -révolationnaires devaient voir des ennemis du trône dans tous les ennemis de Tancien régime. Les républicains , convaincus de la force et des desseiiM. secrets de la cour, devaient voir des contre -révolutionnaires dans les hommes qui regardaient la révolution comme terminée et voulaient mettre en œuvre la constitution. Mais dou& ne saurions douter
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Cette grande époque de 1791 à 1792) qyi a décidé des destins de la France^ n'a été signalée par aucune lutte de tribune remarquable. C'est entre le peuple et le pouvoir que la guerre fut con-« tinuée» Le 20 juin^ le triomphe de Pétion au 14 juillet, les mouvements qui signalèrent l'entrée des fédérés marseillais à Paris eurent de grands résultats, sans que l'assemblée y prit la moindre part. Les députés y figurèrent comme conspirateurs, et non comme députés. La déclaration de guerre même, événement majeur de cette période, fut décidée aux Jacobins. Les seuls combats constitutionnels vraiment importants de cette année de crise, furent ceux auxquels donnèrent lieu les deux décrets contre les prêtres réfractaires, et sur l'organisation d'un camp de vingt mille hommes sous les murs de Paris. Le second de ces décrets était une mesure préservatrice conti^ les intentions supposées de lo^oui^ ; mais la cour, de son
que quelques constitutionnels aient désire' servir à la fois la dynastie et la liberté. Inaperçus au milieu de cette grande lutte, ils ont été en butte aux accusations de tous les partis. Peut- être se trompaientils en croyant que, dans les circonstances où la France se trouvait placée^ il leur fût possible de prendre un tiers parti entre les deux grands intérêts qui la divisaient. Toujours est -il vrai que Ton doit leur tenir compte de leur de'vouement consciencieux â h. constitution quHls avaient jurée. Si dans toutes les nuances d'opinion nous portons une haute estime aux hommes de bonne foi, à plus forte raison devons-nous admirer ceux qui se sacrifiaient volontairement, en disant : Fais ce que dois, advienne que pourra.
{lYote de V Éditeur.)
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côté y ne voulut point fournir une pareille arme à 868 adversaires, et le roi apposa son ^veto. Dès-lors la guerre était flagrante, la constitution n'était plus même invoquée; et, lorsque La Fayette vint jurer de la défendre, il fut regardé comme un ennemi par les deux partis. La cour refusa Tappui d'un guerrier constitutionnel, parce qu'elle ne voyait de triomphe possible que dan» là destruction de la constitution; et d'aytre part les patriotes conçurent contre lui la plus grande défiance, parce que, assurés qu'ils étaient que la constitution n'était pas une garantie sûre eontre le retour de l'ancien régime, ils sentirent tien que ce général s'opposerait à tout état de choses contraire à ce pacte, objet de son admiration.
L'esprit qui animait Paris s'était également répandu dans les provinces. Les constitutionnels y formaient une imperceptible minorité, et la masse des citoyens, divisée en patriotes et en aristocrates, désirait ou l'ancien régime pur ou la chute d'un trône avec l'existence duquel on croyait toute liberté incompatible. Ce qui donnaî|: surtout une grande force à cette opinion , c'était le commencement de la guerre, et la certitude qu'elle ne serait pas soutenue par la cour avec une fermeté et une dignité convenables au peuple français. La présence des frères du roi et des émigrés dans les rangs de la coalition donnait un nouveau poids à des conjectures déjà puissantes, et l'on
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voyait qu'avec le ms^intien des formes constitu*» tioDnelles qui confiaient au roi la «direction suprême de r^rmée, on risquait de perdre jusqu'à l'indépendance nationale. Aussi le vœu d'une nouvelle insurrection était -il presque unanime, et Ton sentait que, jusqu'au moment où un grand mouvement populaire aurait changé l'état des choses, les citoyens ne voleraient pas aux frontières avec confiance, et nos armées ne pourraient attendre que des revers.
Enfin , cette grande insurrection eut lieu dans la sanglante journée du lo août 1792W La nouvelle s'en répandit avec la rapidité de l'éclair, et elle ralluma partout dans le peuple un enthousiasmée semblable à celui qu'avait fait naître, quelques années plus tôt, la révolution du 14 juillet. Cependant, ce second mouvement national, aussi exalté que le premier, ne portait pas les mêmes caractères. En 1789, le peuple français, nouveau dans la carrière des révolutions, croyait avoir tout gagné par une éclatante victoire; et l'enivrement du triomphe éteignait les haines et les discordes, et réunissait tous les patriotes dans une joie commune. En 1792, on avait déjà acquis une assez triste expérience pour que l'ivresse du triomphe ne pût pas calmer tout d'un coup les défiances répandues entre toutes les classes de citoyens. Un premier succès ne faisait que doubler l'ardeur qui entraînait le peuple vers de nouveaux combats. On applaudissait vivement à l'ap-
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pel à la nation que venait 4'invoquer rassemblée législative^ mais on ne se livrait pas pour cela à une aveugle confiance dans les législateurs. L'assemblée était, au contraire, presque oubliée, et tous les regards se tournaient avec espoir vers la convention y parce que toutes les volontés se réunissaient pour faire de cette assemblée la réunion des plus ardents patriote».
De grands revers de nos armes signalèrent aussi cette époque d'agitation. La France était entamée^ et les rois de l'Europe se préparaient à lui donner des lois. Les factieux de l'intérieur tressaillaient de joie au bruit de nos revers : l'aristocratie devenait non moins menaçante que la coalition. Quelle force restait à la France pour parer à tant de dangers amoncelés sur nos têtes? La législature n'existait plus que de nom; la convention n'était pas encore nommée. Nous n'avions point d'armée, et, chose plus funeste,* le peu de forces militaires qui nous restassent étaient sous le commandement de chefs appartenant à la noblesse , et dont les uns s'étaient montrés les ennemis acharnés des patriotes, et les autres, faibles transfuges de leur caste, ne paraissaient rester qu'avec regret dans leurs rangs. Ainsi, mille causes de destruction aprparaissaient de tous les côtés, et nous n'avions pas une garantie d'existence. Mille ennemis fondaient à la fois sur nous, et nous n'avions pas une résistance organisée; nous n'avions pas même un gouvernement, une règle fixe, une volonté légale qui
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pût diriger nos^faibles ressources et en tirer parti pour nos immenses besoins.
Heureusement l'exaltation du lo août n'était pas assoupie^ et, à défaut de centre d'unité, à défaut de guides et de gouvernants , la France trouvait des forces dans l'élan de son enthousiasme. L'insurrection , qui avait remplacé tous les pouvoirs au 10 août, était restée debout. Ce terrible pou-* voir était sans doute une calamité fatale, puis* qu'en sa présence disparaissaient les lois et Tordre public; mais au moins c'était une force active^ et elle terrassa les ennemis de la liberté. En même temps, sans doute ,^ nous eûmes à déplorer bien des malheurs, et à nous indigner de plus d'un crime. Les massacres du 2 septembre vinrent épouvanter la France au moment où elle s'élançait vers un avenir meilleur. Ces crimes, ces désastres ont été reprochés aux hommes avec lesquels j'ai longtemps voté : je dois repousser une telle accusation, la plus hideuse et la plus injuste de celles qu'on a essayé de faire peser sur nous. Non , les patriotes exaltés, qui composèrent depuis la Montagne, n'ont pas provoqué les assassinats de septembre; ils n'ont pas vu ces crimes avec moins d'horreur que le reste de la France. D'où vient donc le préjugé funeste qui les en a rendus en quelque sorte solidaires ? Je vais m'expliquer sur ce point avec la plus entière franchise.
Je l'ai déjà dit^ la seule force qui existât en France pendant l'iii ter règne commencé au 10 août ^
44 MéXlOÎRËS
était Téfen populaire^ l'insurrection, l'anârchFe. Cependant la France était menacée par une foule d'ennemis, dont les un» envahissaient s(es frontières, et les autres soufHaient le feu de l'anarchie. Le dernier moyen de salut; qui restât, consistait donc à faii'e usage de» ressources^ qu'offrait l'anarehîe et à diriger contre nos ennemis la forcé brutale qu'elle soulevait. Si l'on comprend bien les faits que je viens d'exposer, et il est impossible de les méconnaître, on aura déjà fait un grand pas vers l'explication complète de cette douloureuse époque.
L'assemblée, qui avait de fait donné sa démission en appelant l'éleqtion d'une convention na(ionale, ne possédait aucune puissance réelle. Elle n'osait presque jamais donner des ordres de quelque importance. Les décrets qu'elle rendait n'avaient aucune autorité. Le ministère, émanation d'une assemblée impuissante, n'était pas lui-même un véritable pouvoir. Il fallait de toute nécessité que les patriotes doués de quelque courage et de quelque talent, se missent à la tète du mouvement populaire, sous peine de voir tout dépérir, faute de direction. Le gouvernement passa donc dan» les mains de ceux qui surent s'en séparer, c'est à-dire, dans les sociétés populaires et dans les municipalités. Mais ces centres de gouvernement improvisés, émanations de l'anarchie même, et ne tenant aucun droit de la loi ou de la constitution , n'étaient qucyles premiers du peuple, puissants tant qu'ils
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8e bornaient à lui imprimer une direction -et à rendre efficaces ses volontés; ils n'eussent pas contraint l'obéissance y dés qu'ils se fussent mis en contradiction avec lui ^ et qu'ils eussent voulu lui imposer le frein des lois.
•C'est alors qu'une grande division se manifesta au milieu tles patriotes influents. Les unspensérent que leur mission était de rétablir l'oriire^ troublé par le soulèvement du lO août^ et de faire exécuter les lois existantes. Ils invoquèrent les droits sacrés de la propriété ; l'humanité blessée^ Jes existences privées menacées. Tant de maux les effrayaient y et ils voulaient y opposer leur faible portion d'influence. Au premier rang de ces hommes bien intentionnés , étaient les principaux mem« bres du midistére et de l'assemblée législative. Les autres comprirent autrement les devoirs qui leur étaient imposés. Sans se dissimuler les calamités attachées à l'état d'anarchie, ils se convainquirent aisément que, si l'on parvenait à éteindre cet unique mobile d'action , les Français, languissants, dispersés, sans organisatioa commune, et sans cet élan d'enthousiasme qui en tient lieu, ne pourraient plus opposer qu'une ombre de résistance à l'invasion étrangère et au royalisme de l'intérieur. Effrq.yfl^es désordres inhérents aux mouvements indisciplinés du peuple, mais plus effrayés encore de voir dicter des lois à leur pays par l'Europe en armes, ils crurent que leur première obligation était de couvrir nos frontières, et ils invoquèrent
la force anarchique en la poussant contre l'étran-* ger. Ces hommes étaient maîtres de la commune de Paris y de presque toutes les municipalités de France y et avaient une voix au ministère.
Les girondins^ car dès les premières séances de la convention y le premier parti que nous avons sigifalé fut connu sous ce nom; les girondins qui voyaient avec horreur les désordres enfantés par le déchaînement du peuple , n'essayèrent aucun moyen efficace de faire rentrer le torrent dans son lit. Leur^admi râbles théories se bornèrent dans la pratique à quelques discours et à quelques vagues déclamations qui achevèrent de les dépopulariser, sans pouvoir mettre le moindre poids dans la balance de nos destinées.
Pendant ce temps ^ la commune de Paris excitait les citoyens à voler aux frontières ; le canon d'alarme tonnant d'heure en heure annonçait les* dangers publics^ et tous les citoyens allaient se faire inscrire dans les sections pour marcher contre l'ennemi.
C'est alors que les horribles journées de septembre vinrent épouvanter tout ce qu'il y avait d'honnête en France. Tandis que la crainte de l'invasion poussait aux frontières tous les cœurs généreux , des hommes altérés de vengeatiiE^ trou* valent plus facile d'assouvir leur rage sur de mal« heureux prisonniers. Ces fatales journées son*t assez connues : on n'attend pas que j'en fasse le récit détaillé ; assez d'autres se sont chargés de ce
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soin j croyant apparemment flétrir la liberté par le récit de quelques crimes isolés sur lesquels les amis de la liberté avaient pleuré les premiers. J'ai montré comment ces odieux massacres étaient nés de l'anarchie^ et comment on avait excité l'anarchie y sans avoir pour but ces massacres. J'avouerai maintenant que si les énergiques républicains qui ont formé depuis lors le parti montagnard s'étaient réunis aux girondins pour arrêter le mouvement du peuple^ sans doute nous n'aurions pas eu à déplorer ces désastres ; mais aussi toute vie publique eût été éteinte jusqu'au jour de la réunion de la convention; et quand le 22 septembre 1792 serait arrivé, au lieu de voir les conventionnels proclamer la république, sans doute Paris eût été témoin de l'entrée triomphante des baïonnettes étrangères et de la reconstitution du régime de 1788.
Au reste , dans la province à laquelle j'appartiens, les massacres de septembre inspirèrent une profonde horreur; mais tout en les détestant, comme l'ombre terrible d'un magnifique tableau, on n'en voua pas moins une éternelle reconnaissance aux hommes qui avaient entretenu la fièvre insurrectionnelle pour peupler êos camps de soldats citoyens. On comprit bien que cet abominable incident d'un drame sublime n'avait été ni prévu ni désiré , et l'on refusa de regarder les républicains exaltés comme ses auteurs. Au milieu donc des cris d'indignalioa qiie poussaient les girondins
contre des hommes qui n'avaient d'autre part à êtes mouvements que d'avoir éveillé l'énergie du peuple, sans chercher à la diriger vers d'autre but que les combats , on s'obstina à mépriser ces mêmes girondins , qui , n'ayant trouvé en eux aucune au« dace pour faire marcher les citoyens contre les troupes étrangères, n'avaient pas même pu opposer une résistance énergique à des crimes qu'ils détes** taient avec raison, mais dont ils semblaient vouloir se servir comme d'une horrible source de récrimination contre leurs vigoureux adversaires. C'est au milieu de ces sombres nuages que les élections eurent lieu. Je fus choisi par l'arrondissement de Saint -Calais, et je dus les suffrages du peuple à l'ardeur bien connue de mon patriotisme. Je n'étais l'homme d'aucun parti : Robespierre et Dahton m'étaient inconnus aussi, bien que Brissot et Guadet. J'étais républicain , et je pensais que la crise qui se préparait avait besoin du concours des plus énergiques volontés. Telle était toute ma profession de foi politique. Mes concitoyens la connaissaient, et c'est pour cela qu'ils m'ont élu. Concourir à l'organisation d'un gouvernement républicain , rétablir l'ordre et le calme dans toute la France, mais surtout chasser les étrangers et réduire l'aristocratie au silence, voilà quel était mon mandat: c'est ainsi que je le compris du moins, et je me promis bien de ne rien épargner pour le remplir fidèlement.
Quand j'arrivai à Paris, l'agitation insurrection-
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nelle n'aTait pas encore cessé ; la commune était toute -puissante^ l'assemblée législative enéiérement effacée; mais toutes les pensées et toutes les espérances se tournaient vers la convention nationale. Émanation du peuple, elle devait connaître ses besoins^ elle avaijt la ferme volonté de les faire respecter y et tous les pouvoirs remis entre sesrmains lui en assuraient les moyens. Hélas! pourquoi faut-il que la fatalité ded circonstances nous ait empêchés de réaliser ces espérances !
Je siégeai sur la Montagne; ai- je besoin d'en dire le motif? Dans les deux précédentes assemblées^ le côté gauche avait été la place des amis de la liberté. J'aurais cru manquer à moi-même et à mes commettants en en choisissant une autre. C'est sans doute une chose fort indifférente que la, place où s'asseyent lés membres d'une assemblée ; mais dans cette première détermination même, ce n'est pas nous qui nous sommes séparés des girondins; c'est la Gironde qui s'est séparée de iious. C'est Buzot qui a déserté la place qu'il occupait à la constituante ; c'est Yergniaud qui a délaissé le siège que naguère encore il remplissait à la législative. Il en fut de même d^ns nos opérations préliminaires : nous étions loin de chercher deS: divisions^ et d'oublier les services qu'avaient rendus à la cause publique ceux qui se sont faits nos ennemis. Pétion fut nommé président àla presque unanimité; les autres membres du. bureau furent ehoLsis par^ mi les députés ioflueutft de la dernière as^emltlée^
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Ceux des nouTeaux dëputés qui n'avaient point fait partie des deux précédentes législatures, et qui formèrent le noyau de laMontagne, ignoraientpresque tous^ comme moi, les sourdes divisions qui menacaient d'éclater dans le sein de la convention. Ne connaissant leurs collègues que par leurs discours de tribune, ils ne savaient pas même que de graves inimitîéseussent éclaté entre eux, et ils confondaient dans leur estime et dans leur reconnaissance patriotique Robespierre et Fétion , Danton et Guadet ou Gensonné. Ils les regardaient tous comme animés du même amour de la liberté , et étaient si convaincus de l'union qui devait régner dans le sein de la convention, qu'ils pensaient terminer en peu de mois les importants travaux qu'ils étaient destinés à accomplir.
C'est ici le moment de jeter un coup d'œil sur la composition de la convention, et sur l'effet qu'elle dut produire sur moi lors de ses premières séances.
On a paru croire jusqu'ici que, dès sa réunion, la convention avait été divisée en partis bien distincts, bien marqués. On a placé d'un coté tous les talents et toutes les bonnes intentions, et l'on a dit : Telle était la Gironde. On a montré de l'autre côté fureur et ignorance, et l'on a prétendu avoir peint la Montagne. Je ne saurais concevoir, je l'avoue, comment ces exagérations de parti ont pu tomber jusqu'à nous; il faut qu*un parti triomphant jouisse d'une puissance bien grande lorsqu'il veut
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étouffer la vériié. Je le répète doBc^ lors de notre réanion , les nouveaux dépulés dont je faisais par* tie, et qut composaient la* grande majorité de l9> Montagne, ignoraient même qu'il y eût deux camps, et que les républicains ne fussent pas tous péné*très des mêmes sentiments et des mêmes 'vœux.* Notre marche nous paraissait simple et bien tra^ cée : proclamer la république; entretenir l'en-^ thousiasme qui poussait aux frontiêl^ toutes le» classes de citoyens; rédiger une constitution où toute liberté et toute égalité soient comprises, liiaia ne la mettre à exécution que lorsqu'une victoire complète sur nos ennemis rendrait inutile l'efferw vescence populaire, qui seule pouvait nous sauver. Voilà comment nous comprenions tous notre rôle ^; et nous étions loin de penser que d'autres pour-* raient voir dans de tels sentiments le dernier de« gré de la scélératesse.
La Montagne était donc composée dfune foulé d'hommes nouveaux , doués d'un énergique républicanisme et ti'un généreux désintéressement; cela vaut mieux , je pense, que des talents. Cependadl il est faux de dire que les talents fussent tous' réiâr* nis dans le centre ou sur les bancs dé la droltOi^. Je ne parle pas ici de Danion et de Robespy earro:, dont l'esprit, de parti pourrait ^méconnaîtra Fékiquence et les lumière»; siàis Orégoire^ inais Fourcroy, mais Ghénier,; Tiiij)ai}desuU'y Cioimftactfrèaf' ]Mtriin ( de Douai ) , Camjbon > Jda^iéy* ,^Q^tM-Marmau:^ mais tant d'^amrinfhomniestpqnMti^ableaaiund^
5a MÉMOIRES
genres bien divers ^ pouvaient sans cloute être op-posés avec avantage aux. avocats de la Gironde. Quoi qu'il en soit^ ce que je réclame ^ et ce que je dois réclamer pour mes collègues , c'est au moins là bonne foi et l'amour sincère du bien. Je l'ai' déjà' dit, l'babitudede voir les patriotes des assemblées précédentes siéger au côté gauche, le^ avait pressés sur la Montagne; il n'y avait: là rien de systématique; aucua esprit de parti.
Je n'ai pas besoin de dire que le centre se recruta xle tous, les hommes qui ont la constante ha-^ biftudé de se prononcer .<jen ^ faveur du- parti :qut< triomphe, et qui , avant de prendre une couleur, cherchent d'abord les moyens de ne pas se compromettre et dfattcndre^ans danger les événements. Tel député qui se cacha d'abordaucentre, devin tdepuBS* foùgueuA montagnard 9 et réacteur plus fougueux encore. Là aussi cependant siégeaient des homntes de talent-<:i Barrerez qui depuis fut poussér.par la peuf ausfiximet deilaMontag^e ; Sieyes^ Dulaurè , et ce Boissy^-d'Aoglas^ qui se réunit plus tard' aux thei'mic^riens^ mais quîijexpia, par une longue carrière deipairiolMme^ la part qu'il avaîlf prisé (ULn«4é»'i!éadtionsde*liaaIlL i. :
}'iUe«8etil>p^r^i qui vîntiddans* 4a conventiob avec ua aysféibèl amâté. «l> une nuincbe réglée d'avance, pritiplaeélsuh.les l>ancfvdii>céiuéi «droit. G-esi^ œicé-^ lé&rtl/^^ffâ . îlB;&<;iGîk*Qiid5lquî j^ âtecid^excëlioutea imt«tkiié-aè)stoJ[^rrféte1lil^iit«^fiM^ liauiAI v4rà nAetnâm%'^dn^\àtmfp%fPumtnÉi\Mip^^ etr ta
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vindicative opiniâtreté. Se vjetercfn^ musse sur les bancs opposes^ aux nôtres^ c'éFtait nous déclarer la guerre y même avant de nous 'connaître. Quels pu«* rent être le motif et le but d'une semblable détermination? Je vais essayer de le faire comjH^endre en peu de mots.
Le parti de la Gironde^ ainsi nommé parce qiie ses principaux orateurs étaient des avocat» du bar^ reau de Bordeaux y >le parti de la Gironde ayait été tout-puissànt dans l'assemblée législative^ dont il avait dominé la majorité. En même temps il régnait en maître sur le club des jacobins, e^està -dire sur 4'opinion publique; brillant par ses talents y savant de tfaéoriei», habile d'intrigues ^ il avait, lors de l'insurrection du ro août, crùvoû* la France dans ses^^mairis; et en appelant une con«* vention natiotiale pour décider sur lès deslins furturs de la nation^ il n'avait pas songé un seul ins^ tant qu'une majorité indép^dante de sa puissaiice pût se former auprès de 4uivP«ut-être les faits ^eusse nt-ils vérifié ce caleu'ïy si les élection» et la réunion de la nouvelle assemblée eussent pu ^e> faire en vingt -;quatre;heures. Mais quarante -deux jours d'interrègne dont non^ avons .«esquissé le tabteau cbangèrentbieii la face dés choses; L'assemblée lé->> gisl^itive jet par conséquentles girondins qui avaient montré quelque énei^le dans leur lutte contre la cour ^ se montrèrent faibles et sans volonté dès que le gouveraail de l'ÉCai fut placé sans contestation entre' leurs mains. Ils n'avaient aucune force pour
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arrêter le torrent déchaîné au lo août; ils étirent la makd^sse de . lai apposer de» discours et des déclamalions. Us se séparèrent de l'opinion publi* qne sans pouvoir empêcher aucun désordre^ et se privèrent seulement des moyens qu'ils avaient pour diriger le torrent. Le club des jacobins était alors le ihermomètre de rôpinion publique. Il était bien rare que la majorité dé lai France cassât ses arrête. Depuis long-temps les girondins y avaient dicté des lois; même avant la fin de l'assemblée constituante ils Avaient détrôné les Lameth et chassé les constitutionnels dans l'enceinte impopulaire des feuiW lants. Après le lo août ils se laissèrent dépasser à leur tour; la popularité leur échappa, et ils abandonnèrent presque tous une société dont ik avaient préconisé les services tout le temps qu'elle avait applaudi à leurs vues ^ mais qu'ils ne regardaient phis que comme un repaire de factieux: depuis qu^elle avait cessé de penser comme eux.
Les girondins avaient également , au loaoût^ chargé un' conseil des ministres provisoire^ du pouvoir exécutif. Le conseil sans supports dans la nation devint tout-à-fait impuissant dès que le parti auquel il tenait se fut rendu impopulaire, et fau*^ torité executive fut de fait exercée par les commu*^ nés et surtout par la commune de Paris ^ composée d'hommes vigoureux et chéris du peuple. Les éleo* tionsde la capitale furent faitesssous l'influence de la commune dont les principaux membres furent élus»
De là vient tout le secret de l'altitude hostile
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qii6 prirent les girondins dés les premiers instants de notre réunion. Tous les députa connus par quelque énergie et quelque patriotisme furent affiliés y à leur arrivée à Paris, à la société des jacobins y où la commune avait une grande influence. Les mêmes députés siégèrent au côté gauche; ce fut assez pour porter la Gironde sur les bancs de la droite. Les jiaeobins ayant re-* poussé leur autorité, étaient devenus leurs ennemis, et avant même d'être bien fixés sur les reproches qu'ils devaient adresser à leurs adversaires^ ils les désignèrent par la qualification de /oco&in^, devenue dans leur bouche une injure. Ennemis seulement de la commune et de la députation de Paris, ils comprirent dans leurs haines tous ceux qui siégeaient à côté d'eux y tous ceux qui fréquentaient les jacobins et qui se signalaient par un ardent républicanisme. Ainsi donc, au commencement de la session y la convention n'était pas divisée en par* tis; elle était composée d'une masse compacte de républicains qui, réunis par un sentiment commun, étaient d'ailleurs divisés sur beaucoup de points. Seulement il s'élevait dans son sein une coterie ambitieuse qui voulait imposer ses opinions à l'assemblée ^ et qui s'apprêtait à guerroyer pour venger des blessures faites à son amour-propre et satisfaire ses rancunes particulières.
Parmi les accusations furibondes dirigées contre nous par la Gironde , il en est deux qui paraissent seréfuter d'elles-mêmes par leur absurdité, et