CHAPITRE VIL
Derniers mois de la terreur. — Suite de la guerre intesline des membres du gouvernement. — Séances des 8 et 9 thermidor.
J'étais aux armées quand les scènes qu'il me reste à décrire avant la réaction se passèrent. Cependant j'ai pu apprendre par mes amis comment s'était préparée et exécutée la catastrophe du 9 thermidor, et je la décrirai avec quelques détails , parce que je la regarde comme le point culminant delà révolution, et parce que, depuis cette époque, je n'ai vu sous divers noms qu'une réaction continuée.
Après avoir préparé dans l'ombre ses moyens d'action, Robespierre crut devoir tenter encore sur le comité de salut public un effort pour faire punir les hommes qui avaient souillé la révolution , et pour fonder en6n un gouvernement stable et régulier. Déjà Saint-Just , Robespierre jeune, Lebas et tous ses partisans, avaient travaillé les provinces
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dans ce sens, et la réussite de ce plan paraissait facile. Mais j'ai dit par quelle triste solidarité avec le comité de sûreté générale les Billaud et les Collot craignaient de s'associer à ce grand acte de régénération. Robespierre rompit alors entièrement avec eux; il cessa de prendre part aux travaux du comité , il cessa même d'assister aux séances de la Convention , mais le temps qu'il passa dans la retraite ne fut pas consacré à l'inaction ; il l'employa au contraire à rassembler ses armes pour le combat. Saint- Just, son admirateur et son ami, Robespierre jeune , Lebas , Julien fils, enthousiastes passionnés , amis sincères de la liberté et séïdes de Maximilien , mais séïdes d'aussi bonne foi que le sectateur de Mahomet; tous ces hommes, pour jia plupart doués de véritables talents, tous initiés à la science du gouvernement, tous courageux et inflexibles, furent appelés à Paris. Ils vinrent entourer leur chef et leur ami et lui prêter l'appui de leur force. Les jacobins étaient tout-à-fait sous leur influence; la Commune se lia entièrement à eux; mais c'était surtout la Convention qu'il s'agissait de conquérir; ils comptèrent pour y parvenir sur la puissance de la parole ; leurs adversaires avaient à leur usage une arme plus redoutable , l'intrigue; ils surent s'en servir.
Robespierre et Saint-Just avaient dans le sein de la Convention les éléments d'une immense majorité pour l'accomplissement de leurs projets. Mieux connus ils auraient triomphé , mais leurs
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adversaires agirent contre eux dans Tombre, et le désir qu'ils nourrissaient de mettre un terme à la teireur les fit condamner par cette même Convention 9 dont la pensée unique était de détruire la terreur. Je m'explique.
II est hors de doute maintenant, et la séance du 9 thermidor le prouvera, que Robespierre voulait revenir à un système d'indulgence trop retardé ; c'était aussi le vœu de la Convention. Il est certain qu'il voulait punir les proconsuls perdus de crimes ; il est certain qu'il avait fait rappeler Carrier, Fréron et même CoUot - d'Herbois ; son vœu, à cet égard, était encore celui de la Convention. Il est certain qu'il voulait rendre la sécurité à toutes les classes de citoyens, élargir les suspects, donner la main aux débris de la Gironde , assoupir toutes les anciennes factions par une fusion générale; c'était également l,e vœu de la Convention; c'était à ce vœu que les meneurs des comités, et ces meneurs seuls , étaient opposés ; c'était pour punir Robespierre d'y avoir songé, qu'ils lui déclaraient la guerre. Pour empêcher Robespierre §f d'exciter la sympathie de la Convention il Leuv fiallait user de toutes les ressources de l'intrigue et de la ruse; ils réussirent.
Au commencement de cette lutte étrange, il était à présumer que Robespierre triompherait ; il lui était si facile de prouver que sa désunion avec les comités avait pour cause le désir d'arrêter les proscriptioDs en masses, de renverser les échafauds?
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Ces projets étaient tellement partagés par la majorité conventionnelle! N'était-ce pas lui qui s'était le premier élevé contre le dessein de proscrire les 73 ? Son frère, Saint-Just et Lebas, n'avaient-ils pas porté des paroles de paix dans les provinces? N'avaientr ils pas ouvert les cachots aux patriotes qui y gémissaient ? Enfin , la Commune de Paris n était-elle pas rentrée dans l'ordre depuis que Robespierre l'avait remplie de ses créatures, et n'était-ce pas par son influence que Carrier avait été rappelé? Avec de tels actes on semblait bien fort; d'ailleurs les discussions des jacobins ne prouvaient-elles pas chaque jour que Robespierre voyait les excès démagogiques avec douleur? Je citerai en preuve un discours de son frère , choisi entre cent autres , et dans lequel il prêtait son appui k des proscrits, et combattait les ultra-révolutionnaires.
ce Les réclamations que vous venez d'entendre, s'écria-t-il , ne sont que les plus petits des maux qui affligent la patrie. Il existe un système universel d'oppression; ce système domine surtout dans les départements qui ont eu la vertu de résister aux crimes de fédéralistes , et ils sont plus tourmentés que ceux qui ont été le foyer de la contre? révolution.
«Je m'interroge moi-même et je juge de lasitualion des patriotes ; j'éprouve qu'il faut du courage pour dire la vérité, donc il y a oppression. Tout est confondu par la calomnie ; on espère faire suspecter tous les amis de la liberté; ou ^ r\mpu*
deur de dire dans le département du Pas-de-Ca* lais, qui méritait d'être plus tranquille, que je suis en arrestation comme modéré. Eh bien oui! je suis modéré si l'on entend par ce mot un citoyen qui ne se contente pas de la proclamation des principes de la morale et de la justice, mais qui veut dans leur application: si l'on entend un homme qui sauve Finnocence opprimée, aux dépens de sa réputation , oui je suis un modéré en ce sens; je l'étais encore lorsque j'ai déclaré que le gouvernement révolutionnaire devait être comme la foudre, qu'il devait en un instant écraser tous les conspirateurs ; mais qu'il fallait prendre garde que cette institution terrible ne devînt un instrument de contre-révolution par la malveillance qui voudrait en abuser et qui en abuserait au point que tous les citoyens s'en croiraient menacés ; extrémité cruelle qui ne manquerait pas de réduire au silence tous les amis de la liberté qui voudraient dévoiler les mouvements et les crimes des conjurés.
« Je provoque donc en cet instant le courage de tout républicain prêt à affronter la mort pour la patrie: qu'on sache que ce n'est pas en sauvant un individu qu'on la sauve; c'est en frappant jusqu'aux autorités qui abuseraient de leur pouvoir pour écraser le peuple, qu'elles doivent défendre.»
Les membres des deux comités savaient très bien que leurs opinions faisaient horreur à la majorité de la Convention ; ils le savaient et ils eurent pourtant la puissance de paralyser la volonté de
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rassemblée et de tourner en leur faveur le mouvement même qui les repoussait. Robespierre avait conquis une telle popularité que le système révolutionnaire était, pour ainsi dire,identi6éàlui; on le regardait généralement comme le dominateur du gouvernement, et même lorsqu'il y eut perdu toute influence, on continua à lui en attribuer tous les actes. Les meneurs des deux comités se servirent habilement de ce préjugé général ; chaque faction avait à regretter quelques-uns de ses membres , et chaque faction regardait Robespierre comme leur meurtrier. Les ennemis de cet homme célèbre nourrirent avec soin cette croyance sans fondement; ils firent circuler des listes de proscrits, dans lesquelles figuraient des hommes de tous les partis, et ces listes étaient toujours présentées comme l'ouvrage de Robespierre ; ainsi l'immense majorité , qui voyait avec horreur la continuation d'un régime de sang, pensa que ce régime était sorti tout armé du cerveau de Robespierre , et que la chute du dictateur suffirait pour faire renaître des temps plus doux. Telle n'était pas l'intention des véritables gouvernants, mais ils flattaient cet espoir parce qu'au moment de la lutte ils espéraient le faire tourner contre leur ennemi. Prescripteurs de Danton et de Camille Desmoulins, ils ^ rallièrent à eux les députés qui pleuraient Camille et Danton ; ils répétèrent tout bas l'accusation de tendre à la dictature ; accusation qui , avec le reste d'énergie républicaine que conservait la Conven-
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lion, était à elle seule un arrêt de mort ; ils capte* rent la confiauce des hébertistes en surpassant Robespierre en violence ; ils s'assurèrent l'assentiment au moins tacite des modérés en s'effaçant devant le nom redoutable de Robespierre et en chargeant cette espèce de bouc émissaire de la révolution de la responsabilité de leurs propres actes. Plus on était las de la sanglante tyrannie des comités , plus on désirait la chute de celui qui en paraissait le représentant vivant. Dans le parti de Robespierre seul on trouvait des doctrines, un système li^, des vues organisatrices. A ce parti seul on pouvait attribuer l'action puissante qui avait renversé tant de factions rivales, et quelque horreur qu'inspirassent d'ailleurs les farouches meneurs des comités, on savait qu'ils n'étaient pas de force pour régner seuls, et l'on espérait en faire bon marché après avoir terrassé le puissant Robespierre et l'austère Saint-Just.
Cependant un fait frappant aurait du faire concevoir à la Convention le véritable état des choses. Depuis que Robespierre n^assistait plus aux séances du comité, l'action révolutionnaire semblait avoir repris une fureur toute nouvelle. Jamais tant de sang n'avait coulé sur l'échafaïud; jamais les prisons ne s'étaient remplies de tant de suspects ; les victimes de la terreur n'étaient donc pas sacrifiées à cet homme; le sang ne coulait donc pas d'après les ordres de ce fantôme de dictateur. Voilà ce que l'on eût dû voir, si l'esprit de parti voyait
qaelque chose , et si dans tout état de misère on n'aimait pas à personnifier ses haines 'y à donner un corps à ses terreurs.
Le retour de Saint-Just et de Robespierre jeune fat le signal du combat. Saint-Just eii rendant compte de sa mission au Comité, avait essayé des moyens de conciliation, ou plutôt il avait donné son ultimatum à jses collègues, car Tinflexible Saint-Just ne pliait jamais ; mais ses propositions de paix furent rejetées et l'on ne doit pas s^en étonner, car clorre le gouffre de l'anarchie, c'était déposséder Billaud- Varei^ies , Gpllot*d'Herbois , de leur part d'influence dans les affaires publiques ; dès lors il n'y eut plus de moyens de retarder la catastrophe décisive , et chacun des deux partis disposa ses forces pour le moment fatal. ,
Le 8 thermidor, Robespierre parut à la tribune de la Convention , où on ne l'avait pas vu depuis un mois ; toute la Convention savait que la guerre allait éclater, et que son discours en donnait le stagnai; mais ses ennemis avaient eu soin de faire croire que son but était au fond de se faire proclamer dictateur. Cependant les esprits flottaient incertains; d'un côté on voyait bien en Robespierre le promoteur de la terreur, mais d'un autre côté, quelle confiance pouvaient inspirer Collot et Billaud, auxquels s'associaient les Carrier et les Fréron? Il était donc impossible de prévoir le ré-r snltat de cette crise; la plupart des députés ne III. 9
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savaient pas même à quoi s'en tenir sur leur pro* pre résolution; toutefois, les dantonistes étaient décidés à combattre Robespierre et à venger sur lui la mort de leur chef.
Le discours de Robespierre dura plus de deux heures; sa pensée y était perdue au milieu d'une foule de phrases obscures , et en l'écoutant il était difficile d'en comprendre le vrai sens ; cependant, la modération , les vues d'ordre , de réconciliation générale et ^indulgence, y dominaient évidemment (i). «Il est temps, disait-il, de .tepdre la main aux hommes de bonne foi de tous les partis; les factions sont détruites; les amis de tel ou. tel factieux , s'ils sont de bonne foi , n'ont rien à craindre des vengeances de la république, » Il repoussait ensuite avec vigueur les diverses imputations dirigées contre lui ; il détruisait l'imputation de viser à la dictature: il prouvait que les actes du comité de salut public étaient loin de pouvoir être regardés comme son ouvrage; il repoussait surtout la solidarité des massacres et incarcérations qu*on se plaisait à faire peser sur sa tête. Attaquant ensuite les membres des comités ,
(i) Nous sommes parvenus à nous procurer le discours de Robespierre , aujourd'hui très rare, et nous le publions parmi les pièces justificatives » car cet important document est trop peu connu ; nous avons cru en coq« séquence devoir supprimer des morceaux détachés que Levasseur citait en racontant la séance du 8 thermidor. Le lecteur aimera mieux sans doute connaître le morceau tout entier.
{Not€ de l'éditeur.)
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il montrait que ces hommes avaient repoussé toute vue d'ordre, toute mesure tendante à organiser la république : « J'ai souvent eu peur , s'écria-t-il, d'être confondu par l'histoire avec les hommes à côté desquels le hasard révolutionnaire m'a placé; heureusement leurs crimes me donnent le moyen de me séparer d'eux. » Alors il se plaignait des entraves apportées au rétablissement du culte, des persécutions dirigées contre. de!? masses de citoyens, de l'affreux usage qu'on avait fait dans les provinces du gouvernement révolutionnaire^, du désordre introduit dans les finai^es, et du défaut d'union entre les membres du gouvernement; il annonçait la nécessité de revenir à un ordre de choses plus régulier , qui^ saas rien ôter de l'énergie du régime révolutionnaire, put enfin terminer la crise horrible dans laquelle nous nous trouvions, et rasseoir Ja France sur les bases de la tranquillité et de la paix publique ; il terminait enfin, en émettant le vœu de voir. cesser les supplices après la punition de quelques grands coupables.
Le vague qui régnait dans le discours de Robespierre était, dans sa position, une immense faute ; s'il eût porté contre ses collègues des comités et contre quelques proconsuls une accusation directe et franche ; s'il eût annoncé le dessein de mettre en liberté une grande partie des suspects, et de régulariser la forme du gouvernement ; s'il eût ^ en un mot, expliqué ce qui n'était qu in-
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diqtié dans son discours, il eût, sans aucun doute , été couvert d'applaudissements universels , et ses adversaires se seraient en vain débattus contre Texécration publique ; mais le vague de son langage, les menaces qu'il recelait, leâ accusations indirectes qu'il laissait planer sur quelques conventionnels; enfin, sa justification personnelle même , quelque liée qu'elle fût à sa profession de foi, n'étaient pas de nature à réunir les opinions. Il fut écouté avec ce silence de la stupeur qui depuis long-temps était devenu l'état habituel de la Convention. Son discours fut, comme à l'ordinaire, applaudi quand il fut descendu de la tribune, et l'impression fut demandée par un grand nombre de membres.
Cependant Bourdon de l'Oise , déjà attaqué par Robespierre , s'opposa bientôt à l'impression : H pensait être du nombre des proscrits, et voulait parer le coup qui le menaçait ; mais sa motion fut d*abord faiblement appuyée. Couthon osa même prescrire à la Convention Tenvoi du discours à toutes les communes.
<c J'ajoute , dit-il , à la proposition de impression' un amendement qui a l'air très faible, et que je regarde comme très sérieux ; il faut que la France entière, que la plus petite commune, sache qu'il est ici des hommes qui ont le courage de dire ia Térité toute entière ; il faut que l'on sache que la majorité de la Convention sait l'entendre et la prendre en considération. Je demande non seule-
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ment que ce discours soit imprimé , mais aussi qu'il soit envoyé à toutes les communes de la ré* publique , et quand on a osé demander qu'il fut renvoyé à l'examen des deux comités, c'était faire un outrage à la Convention nationale, car elle sait sentir, elle sait juger.
« Je suis bien aise de trouver cette occasion d'épancher mon ame : depuis quelque temps , au sys* tème de calomnie contre les représenta^ts les plus fidèles à lacause du peuple, les plus vieux servi* teurs de la révolution ont joint cette manœuvre abominable de faire circuler que quelques membres du Comité de salut public cherchent à l'entraver; je suis un de ceux qui ont parlé contre quelques hommes, parce que je les ai regardés comme immoraux et indignes de siéger dans cette enceinte. Je répéterai ici ce que j'ai dit ailleurs; et si je croyais avoir contribué à la perte d'un seul innocent, je m'immolerais moi-même de douleur. »
L'impression du discours et l'envoi aux Com** munes furent décrétés. Robespierre paraissait de-i voir conserver son ascendant ordinaire. Cependant Bourdon de l'Oise demanda de nouveau que le discours fût renvoyé à l'examen des comir tés. Cette motion fut le signal d'une expUcatioa qui changea la position respective des partis. Chacun des membres indirectement accusés se défendit , et, en se défendant, tous accusèrent à l'envi leur dénonciateur. Yadier commença :
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' ce J*ai eu tendu, dit-il, avec douleur Robespierre dire que le rapport concernant une fille nommée Catherine Théos ne semblait se rattacher qu*à une Êtrce ridicule de mysticité; que c'était une femme à mépriser.
« Je parlerai avec le calme qui convient à la vertu. Robespierre a dit que ce rapport, ayant donné lieu à un travestissement ridicule , a pu nuire à la chose publique. Ce rapport a été fait avec le ton de ridicule qui convient pour dérouter le fanatisme. J'ai recueilli depuis de nouveaux renseignements , des documents immenses; vous verrez que cette conspiration est des plus étendues ; vous verrez que Pitt y conspire ; vous verrez que cette femme avait des relations intimes avec la ci-devant duchesse de Bourbon, avec Bergàsse et tous les illuminés.
« Je ferai entrer cette conspiration dans un cadre plus imposant, mais ce travail est long, parce qu'elle se rattache à tous les complots , et qu'on y verra figurer tous les conspirateurs anciens et modernes.
a J'ai encore quelque chose à dire sur le discours de Robespierre. Les opérations du comité de sûreté générale ont toujours été marquées au coin de la justice et de la sévérité nécessaires pour réprimer l'aristocratie ; elles sont contenues dans les arrêtés qu'il a pris et qu'on peut faire imprimer et juger ensuite. Si nous avons eu des agents qui aient malversé, qui aient porté l'effroi
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dans Tame des patriotes , le Comité les a punis à mesure qu'il les a connus , et la tête de plusieurs est tombée sous le glaive de la loi.
oc Voilà quelle a été notre . conduite, et en voici la preuve: les commissions populaires, établies de concert avec les deux Comités, ont déjà jugé sept à huit cents affaires; combien croyez-vous qu'elles aient trouvé de patriotes ? ils sont dans la proportion d'un sur quatre-vingts.
<c Voilà bien la preuve que ce n'est pas le patf^iotisme mais l'aristocratie qui a été justement poursuivie.
a Voilà ce que je devais dire pour la justification du Comité de sûreté générale, qui n'a jamais été divisé d'avec le Comité de salut public; il peut y avoir eu quelques explications, mais jamais elles n'ont rien diminué de l'estime et de la confiance mutuelles que se portent les deux Comités. »
Robespierre voulait répondre ; Cambon s'élança à la tribune.
« Et moi aussi, s'écria-t-il avec un acceiit de conviction d'honnête homme que toute la Convention respectait, je demande la parole ; je tne présente dans la lice : quoique je n'aie jamais cherché à former un parti autour de moi, Robespierre vient de dire que le dernier décret sur les finances avait été calculé de manière à augmenter le nombre des mécontents ; il serait peutêtre facile de le faire convenir qu'il n^a rien fait pour connaître ces calculs ;. n^ais je me contente-
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rai de repousser une attaque dont ma conduite, connue depuis le commencement de la révo^u-^ tion , aurait dû peut-être me garantir.
a Je ne viendrai point armé décrits polémiques : la vérité est nue , je répondrai par des
faits.
a Le dernier décret sur le viager respecte les rentes depuis quinze cents livres jusqu'à dix mille cinq cents livres, relativement aux âges; il ne prive donc point du revenu nécessaire à tout âge; nous nous sommes donc bornés à réformer les abus.
a Je sais que le^ agioteurs ont intérêt à attaquer cette opération. Il est prouvé par un tableau que je mettrai sous les yeux de l'as^mblée que l'agio* tage y est intéressé pour vingt-deux millions de rentes et c'est lui seul que nous avons voulu attaquer. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait cherché un appui pour éviter la réforme ; les agioteurs pourront même fournir des matériaux , faire des discours; mais, ferme au poste, j'aurai toujours le courage de dénoncer tout ce qui me paraîtra contre l'intérêt national
« Si j'avais voulu servir les intrigues il m'aurait peut-être été facile dans des circonstances criti» ques d'exciter des mécontentements utiles au parti que j'aurais embrassé; mais étranger à toutes les factions je les ai dénoncées tour-à-tour lorsqu'dles ont tenté d'attaquer la fortune publique ; tout dévoué à mon pays je n'ai connu que mon
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devoir et je ne servirai que la liberté. Aussi lous les partis ro'oDt-ils trouvé toujours sur leur route, opposant à leur ambition la barrière de la surveil* lance , et en dernier lieu on n'a rien négligé pour chercher à connaître jusqu'où pourrait aller ma fermeté et l'ébranler. J'ai méprisé toutes les attaques , j'ai tout rapporté à la Convention. Il est temps de dire la vérité toute entière: un seul homme paralysait la volonté de la Convention nationale ; cet homme est celui qui vient de faire le discours, c'est Robespierre , ainsi jugez. »
Robespierre répliqua aussitôt :
(c Je demande, dit-il, la permission de répondre un seul mot à cette inculpation qui me paraît aussi inintelligible qu'extraordinaire. Cambon pré* tend que je paralyse la volonté de la Convention en matière de finances. S'il est quelque chose qui ne soit pas en mon pouvoir c'est de paralyser la Convention, et surtout en fait de finances; jamais je ne me suis mêlé de cette partie : mais , par des considérations générales sur les principes , j'ai cru apercevoir que les idées de Cambon, en finances, ne sont pas aussi favorables au succès de la révolution (|u'il le pense ^ voilà mon opinicoi ; j'ai osé la dire , je ne crois pas que ce soit un crime.
<r Cambon dit que son décret a été attaqué par les agioteurs , cela peut être vrai ; je ne sais pas quel parti ils en pourraient tirer , je ne m'en occupe pas ; mais sans attaquer les intentions de Cambon, je persiste à dire que tel est le résultat
de son décret qu'il désole les citoyens pauvres. » . Mais la redoutable puissance du dictateur était ébranlée; le prestige était détruit; sa voix avait perdu sa redoutable influence. Une foule d'accusations dirigées contre lui partirent à la fois de tous les bancs et l'on demanda unanimement le renvoi de son discours à l'examen des deux comités. Il s'écria en vain qu'il lui paraissait impossible de soumettre sa dénonciation aux hommes mêmes qu'il dénonçait; il essaya sans y parvenir de reprendre le ton d'autorité qui lui avait tant de de fois réussi. La Convention consultée ajourna l'impression du discours jusqu'après Texamen des deux comités de gouvernement, et la séance fut levée au milieu d'une agitation dont on n'avait point eu d'exemple depuis plusieurs mois.
Pour la première fois, depuis le 3i mai , Robespierre avait eu le dessous ; c'était beaucoup pour ses adversaires : mais ce n'était pas tout , car il lui restait encore une immense force. Il jouissait encore d'une redoutable popularité et il disposait de la commune et de la société des jacobins qui, jusqu'à ce ihoment, avaient toujours donné gain de cause au parti qu'ils protégeaient. D'un autre côté, ils n'ignoraient pas que la terreur ellemême venait d'être attaquée dans la personne de Robespierre; il suffisait donc d'une explication entière pour que les conventionnels modérés se retournassent de son côté. Une seule nuit restait pour se préparer à une journée décisive ; les deux
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partis remployèrent à forger des armes pour le combat.
Tandis que Robespierre s'assurait de Henrîot et, avec lui de la force matérielle, delà commune, des sections et par conséquent de toute l'administration parisienne, et du club des jacobins, foyer actif de l'opinion publique; tandis qu'il lisait au milieu des acclamations de la société-mère ce même discours qu'avait improuvé la Convention , ses adversaires ne perdaient pas leur temps. Ils montaient contre lui dans le sein même de la Convention un complot que la moindre circonstance pouvait déjouer, mais qui , bien conduit, décida la ruine de Robespierre et de ses amis. Ils commencèrent par gagner à leur cause Barras, Tallien, Fréron, Legendre et autres partisans de Danton, qui regardaient depuis long-temps Robespierre comme leur ennemi personnel. Tous ces hommes étaient actifs et entreprenans; ils réunirent le soir même les chefs des diverses fractions de la Convention et leur représentèrent Robespierre comme l'ennemi commun , le tyran dont tous les partis devaient également désirer la perte. Les rôles furent distribués. On convint que les partisans des deux comités attaqueraient les premiers pour réussir plus sûrement ; Thuriot, qui occupait le fauteuil au commencement delà séance,entradans le complot, promit d'user de sa position et tint parole.
Enfin la séance du 9 thermidor commença , et
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Saint-Just mpnta à la tribune pour développer le plan que Robespierre avait eu, la veille, la maladresse d'indiquer sans entrer dans les détails nécessaires pour le faire comprendre. G>mme ses adversaires, il avait compris qu'il fallait, pour vaincre, attaquer le premier. Il comptait ramener la Convention , en lui peignant les crimes des Bil* laud et des Collot, et en proclamant les principes de la justice et de l'indulgence. On ne lui en laissa pas le temps. A peine avait-il dit: Je sais que cette tribune peut souvent devenir la roche tarpéïenne pour les députés courageux; je n'en remplirai pas moins mon devoir. Les membres des deux comités ont fléiri mon cœur... que Tallien, entrant tout à coup dans la salle, s'élança à la tribune et demanda qu'au lieu de récriminations mutuelles entre les membres des deux comités, le rideau fut entièrement déchiré. Ce mot était le signal des conjurés; il fut accueilli par les plus vifs applaudissements. Thuriot donna aussitôt la parole à Billaud- Varennes, qui avait préparé d'avance un acte d'accusation contre ses collègues.
(c Hier, dit-il, la société des Jacobins était remplie d'hommes apostés, puisqu'aucun n'avait de carte; hier on a développé dans cette société l'intention d'égorger la Convention nationale. Hier j'y ai vu des hommes qui vomissaient ouvertement les infamies les plus atroces -contre ceux qui n'ont jamais dévié de la révolution.
« Je vois sur la Montagne, u» de ces hommes qui
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menaçaient les représentants du peuple. Le voilà.» L'étranger que Billaud désignait du doigt fut aussitôt chassé. Lebas réclama la parole et fut rappelé à l'ordre. Billaud continua :
<c Le moment de dire la vérité est arrivé... je m'étonne de voir Saint-Just à la tribune après ce qui s'est passé. Il avait promis aux deux comités de leur -soumettre son discours avant de le lire à la Convention , et même de le supprimer, s'il leur semblait dangereux. L'assemblée jugerait mal les événements et la position dans laquelle elle se trouve, si elle se dissimulait qu'elle est entre deux égbrgements. Elle périra si elle est faible.....
a Je demande moi-même que tous les hommes s'expliquent dans cette assemblée. Oiï est bien fort quand on a pour soi la justice, la probité et les droits du peuple. Vous frémirez d'horreur quand vous saurez la situation où vous êtes, quand vous saurez que la force armée est confiée à des mains parricides, quand vous saurez que le chef de la garde nationale a été dénoncé au comité de salut public par le tribunal révolutionnaire comme un complice d'Hébert et un conspirateur infâme. Vous frémirez d'horreur quand vous saurez que ceux qui accusent le gouvernement de placer à la tête de la force armée des conspirateurs et des nobles sont ceu^ qui nous ont forcé la main pour y mettre les seuls nobles qui y existent; et Lavalette, conspirateur à Lille , en est une preuve. Vous frémirez quand vo(us saurez qu'il est un homme qui, lors-
qu'il fut question d'envoyer des représentants du peuple dans les départements , ne trouva pas sur la liste qui lui fut présentée vingt membres de la Convention qui fussent dignes de cette mission. Je dirai plus , on s'est plaint que les patriotes étaient opprimés. Certes vous aurez une bien étrange idée de la dénonciation quand vous saurez que celui de qui elle part a fait arrêter le meilleur comité révolutionnaire de Paris, celui de la section de l'Indivisibilité, quoiqu'il n'y eût que deux de ses membres qui fussent dénoncés.
« Quand Robespierre vous dit qu'il s'est éloigné du comité parce qu'il y était opprimé, il a soin de ne pas vous faire tout connaître ; il ne vous dit pas que c'est parce qu'ayant fait dans le comité sa volonté pendant six mois, il y a trouvé de la résistance au moment où, seul, il a voulu faire rendre le décret du aa prairial j ce décret qui, dans les mains impures qu'il avait choisies , pouvait être si funeste aux patriotes. Sachez, citoyens,' que hier le président du tribunal révolutionnaire a proposé ouvertement aux Jacobins de chasser de la Convention tous les hommes impurs, c'est-àdire tous ceux qu'on veut sacrifier ; mais le peuple est là, et les patriotes sauront mourir pour sauver la liberté.
« Je le répète, nous mourrons tous avec honneur, car je ne crois pas qu'il y ait ici im seul représentant qui voulût exister sous un tyran. Les hommes qui parlent sans cesse de justice^ et/de
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vertu à la Convention ou aux Jacobins, sont ceux qui la foulent aux pieds quand ils peuvent; en voici la preuve : un secrétaire du coraité de salut public avait volé i i4,ooo livres, j'ai demandé son arrestation, et Robespierre, qui parle sans cesse de justice et de vertu, est le seul qui l'ait empêché d'être arrêté.
a II est , citoyens , mille autre faits que je pourrais citer; et c'est nous qu'il accuse! quoi! des hommes qui sont isolés, qui ne connaissent personne , qui passent les jours et les nuits au comité de salut public, qui organisent les victoires, ces hommes seraient dçs conspirateurs! Et ceux qui n'ont abandonné Hébert que quand il ne leur a plus été possible de le favoriser, seront des hommes vertueux! La première fois que je dénonçai Danton au comité, Robespierre se leva comme un furieux, en disant qu'il voyait mes intentions, que je voulais perdre les meilleurs patriotes». Tout cela m'a fait voir l'abîme creusé sous nos pas; il ne faut point hésiter à le combler de nos cadavres, ou à triompher des traîtres.
«On voulait détruire, mutiler la Convention, et cette intention était si réelle qu'on avait organisé un espionnage des représentants du peuple qu'on voulait égorger. Il est infâme de parler de justice et de vertu, quand on les brave et quand on ne s'exhale que lorsqu'on est arrêté et contrarié. »
Ce discours avait été vivement applaudi. Robespierre s'élança à la tribune et voulut répondre.
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Thuriot agita coiltinueUement la sonnette pour empêcher la Convention de Tentendre. On criait d'ailleurs de tous côtés A bas le dictateur \ A bas le tjranî
Tallien débita alors avec la plus grande chaleur une accusation foudroyante contre les partisans de Robespierre et contre l'espèce de scène qui s'était passée la veille aux Jacobins. On applaudissait chacune de ses phrases, on s'encourageait à détruire la toute-puissance de Robespierre en frappant ses agents. Le commandant-général Henriot, Vivier, président des Jacobins, le maire de Paris , furent successivement décrétés d'accusation. On semblait avoir oublié les grands événements de la journée pour frapper des hommes obscurs. Billaud faisait décréter le président du tribunal révolutionnaire, Dumas. Yadier accusait les amis de Robespierre d'avoir calomnié le divin Marat» Fréron et Louchet prétendaient que les triumvirs n'étaient pas assez révolutionnaires ; on leur reprochait et d'avoir protégé Danton et Camille-Desmoulins, et d'avoir senti peu de sympathie pour Marat, et d'avoir été liés avec Hébert; et ce chaos de diatribes confuses, d'accusations banales et ridicules étaient toutes applaudies avec transport. Lebas et Couthon insistaient vainement pour répondre, on les repoussait par des hurlements furieux. Saint-Just était resté appuyé sur la tribune , contemplant la Convention avec le froid sotirire du dédain. Robespierre essayait de parler,
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mais le conjuré Thuriot avait soin d'étouffer toutes ses paroles sous les coups redoublés de sa bruyante sonnette.
Au milieu de cette scène terrible Tallien réclama une troisième fois la parole pour ramener, disait-il , la question à son véritable point. — Je saurai bien l'y ramener, s'écria avec hauteur Robespierre ; et ce fut le seul mot que la sonnette du président laissa entendre. Tallien tonna alors avec énergie contre l'oppression dans< laquelle la Convention avait langui depuis plusieurs mois, et termina en demandant que les séances fussent déclarées permanentes jusqu'à ce que l'on eût fait justice des traîtres. De nouveaux applaudissements qui tenaient presque du délire, annoncèrent ra** doption de sa motion.
Pendant ce temps Robespierre luttait contre le président pour être entendu. Il essagrait de faire comprendre au côté droit qu'il avait l'intention de s'unir à lui pour clore le gouffre de la terreur. On ne l'écoutait pas. Les cris , A bas le tjranl se pro- Imigeaient, et les conjurés appelaient à la tribune Barrère qui avait rédigé avec eux un rapport pour la circonstance. Ce rapport décoloré excita de vifs transports d'enthousiasme. Sa faiblesse démontre pourtant que les membres du comité osaient à peine croire à leur succès.
Cependant rien n'était encore résolu , et Robespierre essayait encore de se faire entendre, ce Président de brigands, s'écria-t«il , accorde*moi la m. lo
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parole ou décrète que tu veux m'âssassiner. » Les cris , A bas le tyran ! recommencèrent avec plus de force, et le représentant Louchet, Fun des membres les plus heureux de la Montagne , demanda le décret d'arrestation contre Robespierre.
Alors Robespierre jeune s'avança vers la tribune et s'écria : «Puisque le crime triomphe, je demande le décret d'arrestation contre moi-même, je suis aussi coupable que mon frère ; j'ai partagé ses vertus: » Lebas fît la même déclaration. Ce dévouement sublime excits des applaudissements de cannibales, et le décret fut prononcé contre les d^x Robespierre, Saint- Just, Couthon et liebas.
L'idole était tombée , on ne tarda pas à la couvrir de boue. Robespierre, Couthon, Lebas voulurent encore tenter de se faire entendre , mais toujours inutilement; on écoutait patiemment leurs adversaires, «toutes les accusations que pouvait rassembler la haine étaient accueillies par des acclamations frénétiques ; et , qu'on le remarque bien , ces accusations étaient disparates et contra^ dictoires^ L'un faisait un crime à Robespierre de sa modération, de sa haine contre les excès révolutionnaires^ de son indulgence envers certains proscrits; d'autres, au contraire, lui reprochaient l'amour dû sang et un zèle ultrorrévàlutionnaire. Toutes ces inculpations étaient également accueillies, leurs auteurs étaient également couverts d'applaudissements , et Ton empêchait les accusés de répondre aux unes comme aux autres ; cette scène avait duré
plusieurs heures, et l'on avait fini par transformer la discussion en un chaos d'injures adressées à quelques proscrits ; enfin Delmas demanda l'exécution du décret d'arrestation ; Élie-Lacoste le fit aussitôt convertir en décret d'accusation. Robespierre et ses co-accusés furent alors conduits au comité de sûreté générale au milieu, des tumultueuses interpellations de l'assemblée.: — Le sang de Danton t'étouffe,lui criaienitles Legendre et lesTallien.— -Ah! vous voulez venger Danton ! répondait Robespierre; lâches, pourquoi ne Favez-vous pas défendu? — Il voulait rétablir la monarchie, hurlaient les partisans du comité. — ^ Oui, je voulais être roi, »épondait Couthon avec le sourire du dédain ^ en portant un regard sûr son corps contourné, sut ses jambôs paralytiques. — Citoyens, la liberté va renaître ; s'écriait Billaud-Varennes. — Dites plutôt que le crime triomphe, répliquait Robespierre, en sortant de la salle avec les autres députés décrétés.'
La séance se prolongea, et ne fut plus consacrée qu'à, des injures contre les vaincus et à des félicitations mutuelles entre les vainqueurs.
Pendant ce temps les partisans de Robespierre ne restaient pas inactifs. Henriot rassemblait la force armée et la déterminait à marcher contre la Convention; les députés décrétés étaient délivrés par ordre de la commune ; le conseil général se déclarait en insurrection pour venger les patriotes opprimés} les deux Robespierre, Couthon, Sainte
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Just, Lebas, se./endaient dans soli sein pour régulariser rinsurrection ; une commission d'exécution était nommée j des comités étaient chargés de tout le pouvoir exécutif, et les députés proscrits s'apprêtaient à attaquer la Convention à force ouverte
Les événements extraordinaires de la journée n'avaient pas tardé à se répandre dans la capitale, où ils avaient excité une grande fermentation. La masse restait indécise: les classes aisées, qui voyaient avec peine la continuation de la terreur, et qui crurent qu'elle devait tomber avec Robespierre, laissèrent éclater la plus vive joie; les classes populaires , au contraire^ crurent apprendre le signal de la contre-révolution et manifestèrent la plus énergique douleur. La même division éclata entre toutes les autorités; les sections du centre coururent féliciter la Convention et lui promettre de combattre pour elle ; les sections des faubourgs, au contraire, se rangèrent autour de la commune, et se préparèrent à soutenir l'insurrection. Le tocsin sonna dans les faubourgs, la générale battit dans plusieurs quartiers, et les bataillons de garde nationale coururent aux armes, les uns sous les drapeaux de la Convention, les autres sous l'éten* dart insurrectionnel. Tout annonçait une guerre civile imminente et d'affreux déchirements. Dans cette foule immense , qui se pressait en tous sens dans les rues de Paris , nul ne connaissait bien la position des choses , nul ne pouvait prendre iine
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dé termina lion bien mûrie. Cependant de toutes parts on prenait les armes et on se préparait à s'entr'égorger. Au milieu même des troupes armées * régnait la même discorde, la même hésitation. Henriot s'avançait contre la Convention à là tête de quelques gendarmes; Merlin deThionville proclama en leur présence les décrets de la Conv^tion, et ils se saisirentde leur chef pour le conduire au comité de sûreté générale; l'instant d'après d'autres gendarmes , Commandés par Coffinhal, mirent Henriot en liberté. Partout ce n'était que chaos , que trouble.
Quand la Convention reprit sa séance, à sept heures du soir, le parti de Robespierre paraissait être le plus fort; nul doute que s'il eût eu pour chef militaire un homme plus brave et plus expérimenté qu'Henriot , il n'eût eu définitivement le dessus. La Convention n'avait pris encore aucune mesure active , et la force matérielle était jusqu'alors entre les mains de la commune , dévouée à Robespierre. Si elle eût attaqué la Convention dans ce moment, elle triomphait; mais elle compta trop sur la redoutable influence qu'elle avait exercée au 3i mai, elle ne comprit pas que dans la majorité conventionnelle se trouvaient aussi des hommes vigoureux^ habitués aux grandes scène^populaires; surtout elle mit trop de confiance en Henriot, qui avait bien su, au 3i mai, exécuter les ordres des chefs de l'insurrection , mais qui n'avait par lui-même ni le talent^ ni l'audace né-
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cessaires pour concevoir un plan et le mettre à fin sans secours étrangers.
On laissa donc à la Convention le temps de se reconnaître f une fois instruite du danger, elle prit les moyens( d'y parer , et les exécutai immédiatement avec une incroyable énergie. Ce n'était plus ici, comme au 3i mai, une faible lutte où l'incertitude et la mollesse régnaient des deux côtés : des deux côtés au contraire se trouvaient des hommes vigoureux, prêts également à l'attaque et à la défense , et décidés à vaincre ou à mourir. Généralement dans ces crises violentes qu'on appelle une journée, la victoire reste à celui qui sait commencer le combat. Les insurgés l'avaient senti, et à peine la Convention était-elle en séance qu'ils envoyèrent Henriot la surprendre et l'attaquer. — Représentants, dit le président CoUot-d'Herbois en montant au fauteuil , voici le moment de mourir à notre poste , Henriot est maître du comité de sûreté générale. Un frémissement parcourut tous les bancs, mais on se remit bientôt et l'on songea à se défendre contre ce danger pressant. Les députés rebelles, la commune insurgée et le commandant-général Henriot furent mis hors la loi. La Convention nomma Barras, un de ses membres, chef de la force armée parisienne ^ et lui adjoignit vingt-quatre autres députés, parmi lesquels on comptait Fréron, Legendre, Bourdon de l'Oise, Léonard Bourdon, etc. Ces représentants se transportèrent aussitôt dans tous les quartiers pour y
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proclamer les décrets de la Convention et réuniF des forces. Dès qu'ils se présentèrent devant les canonniers qui accompagnaient Henriot, une partie de ces militaires abandonnèrent leur chef en criant vive la Convention! à bas le tyran! Le lâche Henriot se retira immédiatement et ne reparut plus de la journée; dès lors le succès de la crise fut décidé; l'attaque resta au parti conventionnel : ses adversaires n'étaient pas même en mesure de «e défendre.
Cependant la Convention ne savait pas jusqu'à quel point la lâcheté d'un seul homme concourrait à la servir. Il lui parvenait de tous côtés des rapports alarmants; elle y répondait par des mesures fortes; elle envoyait plusieurs de ses membres au-devant des élèves de Mars , que la commune avait fait mander. Ces jeunes gens, jusqu'alors enthousiastes de Robespierre , furent terrifiés par le décret d'accusation, et retournèrent sur leurs pas. En même temps la Convention décrétait la mise hors la loi de tout individu qui fermerait les barrières où qui conduirait les troupes contre elles. A minuit les commissaires qu'elle avait envoyés parcourir les sections vinrent lui rendre compte de l'esprit public ; partout les gardes nationaux s'étaient placés sous les ordres de Barras, partout retentissaient les cris de vive la Convention ! si ce n'est dans les faubourgs qui s'étaient ralliés à la commune et dans les bataillons de canonniers presque tous Robespierristes. I^egendre
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avait fennç les portes du dub des Jacobins . il en déposa les clés sur le bureau du président, aa milieu des applaudissements les plus tumultueux. Fréron, qui venait de quitter Barras, annonça que toutes les dispositions étaient prises. Nous vous quittons encore pour quelques instants , mes collègues, ajouta-t-il, les sections nous attendent. Nous allons marcher contre les rebelles. — Partez, répondit Talliea qui avait pris le fauteuil^ partez, hâtez-vous , et que le soleil ne se lève pas avant que les têtes des conspirateurs ne soient tombées. On applaudit; une partie des spectateurs des tribunes sortit en même temps pour se joindre aux troupes conventionnelles ; on applaudit de nouveau avec transport.
A deux heures du matin Tarmée de la Conven-r tion, sous le cpmmandemant de Barras, marcha contre les partisans de Robespierre. Barras avait formé sa troupe en deui; colonnes; l'une, qu^il commandait en personne, longea la rue Saint-Honoré et investit l'hôtel de ville par les derrières; l'autre, commandée par Legendre et Léonard Bourdon , suivit les quais et déboucl^a sur la place de Grève, où les représentants du peuple proclamèrent les décrets de la Convention. La place était encom^ brée d'une foule de peuple des faubourgs, de hs^y cillons armés de piques et de canonniers de presque toutes les sections. Si Henriot se fût trouvé à son poste , le combat se serait engagé et , qqpi* que l'armée conventionnelle fût la plus fc^rte,
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il aurait probabl^Qient eu le dessus, car il avait eu son pouvoir la presque totalité de l'artillerie parisienne; mais Tannée de la commune était sans chef, sans organisation; les canonniers se retirèrent en entendant proclamer le décret qui mettait Ac^r; la loi les rebelles; le reste se dispersa et Léonard Bourdon, à la tête de sa troupe, entra sans coup férir dans la maison commune, et par* vint inopinément jusque dans la salle des délibé» rations du conseil.
Les proscrits, après avoir donné leurs ordres à Henriot , se croyaient maîtres des événements ; ils disposaient encore pour l'avenir quand déjà le présent ne leur appartenait plus; ils rédigeaient des proclamations au peuple et au^ armées. — En quel nom parlerons-nous ? demandait Couthon»
— Au nom de la Ck)nvention, répondait fermement SaintJust , la Convention est où nous sommes. Us arrêtaient des destitutions et délibéraient sur ce qu'ils devaient donner à l'indulgence ou à la sévérité.
U serait inppossible de s'expliquer comment des. hommes aussi énei^ques ont pu se laisser prendre ainsi au dépourvu, si l'on ne savait pasi, d'une part,^ combien ils avaient de confiance dans leurs agents^ qui déjà avaient figuré dans toutes les journées^, révolutionnaires; et si, d'autre part, on ne se rappe-^. lait la puissance du redoutable mot de hors la loU Henriot frappé de terreur par cette effrayante^ sentence avait complètement perdu la tête ; Gué^
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rin^'qiie Robespierre avait investi des fonctions de directeur dé là police ,' n'avait profité de sa nouvelle j^ignité que pour sortir delà salle du conseil commun et aller se cacher aussitôt; quand les proscrits comptant à la fois sur leur police et sur leur armée se demandaient encore quelle direction ils devaient donner aux événements ils étaient déjà prisonniers ; Léonard Bourdon entra tout-à-coup dans la salle de leurs délibérations. Quelques membres du conseil ayant fait mine de résister, un gendarme nommé Méda cassia d'un coup de pistolet la mâchoire de Robespierre; Lebas était armé d'un pistolet: — Tue-môi, lui dit SaintJust; —J'ai mieux à faire que cela, répondit l'autre; et il se brûla la cervelle. Robespierre jeune se précipita du haut de la corniche de l'Hôtel-de-Ville sur les baïonnettes de la Convention , mais il lui resta juste assez de vie pour pouvoir être traîné à l'échafaud ; tous les proscrits furent saisis et conduits dans l'enceinte de la Convention où Barras vint rendre compte de sa victoire.
Étrange destinée des hommes, Robespierre blessé fut couché sur la table du comité de salut public où il avait signé tant de décrets. Alors tout puissant, un seul jour avait suffi pour le faire jeter dans ce même lieu prisonnier, agonisant, destiné pour l'échafaùd. Les mêmes hommes qui la veille rampaient devant lui et lui prodiguaient la flatterie, prenaient plaisir à venir insulter à ses souffrances; il fut accablé des injures les plus gros-
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sières : il est juste de dire qu'il supporta cette lente torture avec un stoîque courage. Pendant plus de dix heures qu'il resta étendu sur cette table, sa complète immobilité ne laissa deviner ni souffirance physique ni douleur de Famé; il ne donnait de temps en temps signe de vie que pour essuyer avec une gaine de pistolet le sang qui coulait de sa plaie. Du reste, il ne paraissait pas entendre les sarcasmes que lui prodiguaient ses anciens esclaves ; un pauvre garçon de bureau fut de toute la foule qui se renouvelait à chaque instant la seule personne qui prit pitié de lui et lui apporta un peu d'eau pour laver sa blessure ; Robespierre le remercia d'un signe de main et rentra dans son impassibilité : je rappelle ces détails déjà bien connus pour prouver que du moins cet homme , à qui l'on a tout refusé , ne manquait point du courage de la résignation. Ou je me trompe bien grossièrement , ou la tranquillité de sa mort porte tous les caractères d'une conviction profonde ; cependant , ses ennemis essayaient de l'avilir après l'avoir tué. — Le lâche Robespierre est là, disait Collot-d'Herbois à la Convention, vous ne voulez pas qu'il entre? — Non, répondait Tallien, il ne doit pas souiller cette enceinte, c'est à la place de la révolution qu'il faut le porter.
Le parti thermidorien qui a tant abusé du mot d'indulgence et prodigué jusques à satiété à la Montagne le reproche de cruauté, se montra dès ce premier jour de son triomphe impatient de sup-
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plices; on avait vu jgsqpe-là la Convention étrangère aux condamnations \judiciaire^ Le 9 thermidor on la voit elle-même régler les préparatifs de l'exécution ; l'accusateur public vient lui soumettre la plus étrange et la plus odieuse difficulté: un décret voulait que l'identité des individus hors la loi fut constatée en présence des membres de la municipalité. La Convention en proscrivant en masse toute la commune , avait rendu impossible l'accomplissement de cette for^ malité; alors on vit les vainqueurs chercher les moyens les plus expéditifs d'en finir avec leurs victimes, et finir par déléguer des commissaires pour cette triste tâche. Le supplice des condamnés eut lieu le 10 thermidor, au soir ; la nouvelle en fut aussitôt apportée à la Convention, qui l'accueillit par des transports de joie. Le lendemain, soixantedix membres de la commune et plusieurs juges du tribunal révolutionnaire périrent également ^ur Téchafaud. Ce n'était que le commencement de rère des vengeances; bientôt on vit accuser David d'avoir embrassé Robespierre ; on vit accuser Lavicomterie de ne s'être pas trouvé à la séance du ^ thermidor : tous deux se défendirent lâchement ; David répudia l'amitié de l'homme à qui il disait la veille , « si tu bois la ciguë je la boirai avec toi ; » (nais leur faiblesee ne les empêcha pas de subir le décret d'arrestation. Chose plus étrange et qu'il faut rappeler aux admirateurs du 9 thermidor, aux bon^n^es qui nous reprochent de nous être se-
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parés de h bannière de Tallien , pendant les premiers jours Taccusation de xnodérantisme fut la principale de celles qu'on fit peser sur Robes» pierre ; on l'accusait d'avoir calomnié le divin Ma<* rat ; Fréron prononçait un long discours pour dé* montrer cet étrange délit , les rancunes personnelles se mêlaient aux imputations les plus diverses, chacun voulait profiter de la nouvelle révolution pour persécuter ses ennemis. Ainsi , lorsqu'on demanda un rapport du comité de salut public sur les événements du 9 thermidor, TnU lien impatient d'assouvir sa haine s^écria :
« n y aura sans doute un rapport de vos comités sur un autre objet; je veux parler de l'épuration des commissions executives ; on sait qu'elles n'ont pas été exempte de l'influence Uberticide des conspirateurs ; ainsi , on avait mis à la tête de l'instruction publique un jeune homme de dixneuf ans, un jeune homme que son âge appelle à la défense de la patrie aux frontières. On ne s'est pas contenté de cela; on a envoyé ce jeune homme dans un département du midi. Là , il a exercé un pouvoir révoltant ; il a fait couler le sang pour s'applaudir ensuite de ses actes arbitraires auprès de Robespierre et lui envoyer la liste de ses victimes ; à dix-neuf ans , chargé de Tinstruction publique ! un jeune homme chargé de l'instruction d'un grand peuple! cela se' peut-Il ccMicevoir? je demande si cela ne révolte pas et n'accuse pas l'auteur d'un pareil choix.