CHAPITRE VIÏ
Réflexions sur lé gouvememeot républicaiD. >-' Réfutation des principales calomnie dirigées contre nous. —Examen des divers partis qui se sont succédé avant le 9 thermidor. — • Etat de la GonTention. etàA la France après la chute de Robespierre.
Avant de commencer le récit de la lutte que nous avons eu à soutenir contre les thermidoriens^ prétendus amis de la modération qui prêchèrent la clémence en versant le sang des patriotes , qui voulurent réparer les maux causés par la safl-^ glante domination du comité de salut public en imitant ses fureurs; avant , dis-je, de poursuivre le tableau des événemens , je sens le besoin de jeter un coup-d'œil en arrière et d'étudier encore avec mes lecteurs les quatorze mois connus sous le nom d'ère de la terreur. La justification de la république y est attachée, et j^ai besoin delà purger des calomnies entassées contre elle par les iii. Il
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divers partis qui, depuis trente ans, se sont succédé' au pouvoir*
Je vais d'abord tracer le l'ésumé des idées qui résultent du tableau que j'ai présenté des faits. Ou verra si ce résumé ne satisfait pas bien plus la raison que tous les systèmes bâtis aux dépens de la vérité, dansïe but avoué de nous chercher des crimes.
J'ai, je pense, jusqu'au 3ï mai , assez fait connaître la marche des évéliémens et la physionomie deis partis pour n'avoir plus besoin de revenir sur cette grande catastrophe. Oui, la Gironde était républicaine f mais, à son insu, elle servait la Contre-révolution. Oui sa proscription a été un malheur, mais c'est par un égarement de £)onne foi que la Montagne l'a consommé. Voilà ce que tout lecteur non prévenu a dû conclure des faits que j'ai rapportés et des nombreuses preuves^ que j'ai rapportées à l'apptii.
Voyons maintenant quels faits se sont passés depuis la proscription de la Gironde. D'abord, la Convention, unie de vœux et d'intentions, trace une constitution démocratique , et pose les bases de la grande régénération sociale. Ses comités la secondent avec une extraordinaire viguetii*. Quatre guerres civiles, la guerre extérieure^ sur toutes' nos frontières, sont soutenues avec une incroyable activité; et, qiioique partout nos généraux trahissent la république , partout la France aba^
DE KENK LEVASSEUR. iô^
les traîtres et triomphe de ses ennetiiis. Voilà le tableau fidèle des premiers mois qui suivirent 16 3i mai. Osera-t-on le comparer avec les neuf mois du règne de la Gironde? N'est-ce J)as nous qui pouvons réclamer à juste titre le nom dé fondateurs el sauveurs de la république?
C'est après ce premier moment de triômpHë qui semblait assumer les destilïs de la t'épublique qu.e nous commençâmes à apercevoir la fatale influence des agens de l'étranger et de l'émigration fleurs criminelles menées avaient dommencé avant même là réunion de la Convention nationale; mais tout le temps que la révolution eut à vaincre des obstacles, il fut impossible d'apercevoir leurs perfides trames ; ils se mêlèrent tous au mouvement révolutionnaire pour le pervertir, et ce ne fut qu'au moinent où ce mouvement parvenu à son apogée ne put plus s'accroître sans nous entraîner à notre ruine j' qu'on put reconnaîtrie que l'énnemî s'était joint à nous pour nous plonger dans les excès; mais, une fois reconnu^ il fut vaincu à Tinstant, et tous les désorganisateurs salariés périrent avec lés Hébert, les Ctaurnette ^t les Chabot.'
C'est ici le moment de repousser les exagérations de plusieurs historiens relativement à cette tnfluence étrangère; oui, sans doute, la contre-ré-» volution s'est associée à la marche du torrent révo • Futionnaire pour nous précipiter dans YsîïAmé;
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oui, sans cloute, on doit imputera ce perfide machiavélisme une partie des excès qui ont souillé notre cause sacrée ^ oui, sans doute, les ennemis delà révolution, par un double mensonge et une double atrocité, cherchaient , d'une part ^ à nous entraîner au crime, et d'autre part, nous reprochaient ces inémes crimes comme essentiellement liés à l'enthousiasme de la liberté; voilà ce qu'il est impossible de méconnaître; voilà ce que j'adopte dans les récits des auteurs que je réfuie.
Mais où étaient les agens de l'émigration et de l'étranger? quelles preuves matérielles, quelles preuve morales même peuvent les faire reconnaître? Ils étaient dans les prédicateurs d'athéisme et d'anarchie qui siégeaient à la commune sous les ordres d'un Hébert et d'un Chaumette; ils étaient dans cette foule d'intrigans subalternes qui circonvenaient les clubs, qui entouraient les comités et même les simples représentans, et qui cherchaient à nous entraîner à la ruine de tout ordre social ; les preuves ne manquent point pour les accuser. C'est un Desfieux^ agent salarié de Bertrand Molleville, qui déjà , en 1 791 , avait essayé de faire tourner au profit de la cour son influence sur le club des Jacobins. Desfieux, évidemment complice de Dumourier et l'un des premiers sectateurs de l'athéisme et de l'immoralité; à côté de lui se trouvaient un Proly, un Frey, un Gusman, un Peireyra, tous étrangers^ tous venus en France
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pour se mêler aux troubles révolutionnaires. IL existe contre tous ces intrigans des preuves' matérielles. Frey , beau-frère de Chabot , a été dénoncé par Chabot même. « Mon beau-frère est un espion, s'écriait à l'audience Tex-capucin; étais-je sorcier pour le deviner ? » On voit dans leur^ procès que l'un d'eux disait après le 3i mai: «Si l'insurrection avait eu lieu comme elle le devait, il n'aurait plus existé de ce jour-là ni Convention, ni autorité constituée. » Un autre avouait avoir dit en nivôse de l'an ii : a II faut un nouveau 3i ma!, et tous les députés doivent y passer. » Il est démontré également qu'Hébert et Chaumette fréquentaient les banquiers promoteurs d'agiotages, qui paraissaient être les mandataires immédiats de ce vil ramas d'intrigans ; il est également démontré que les saturnales de la déesse Raison étaient suscitées par nos ennemis : on en profitait pour déchaîner tous les peuples contre nous et pour relever le courage des Vendéens. Voilà tout ce qu'il y a de certain sur l'influence des étrangers dans nos jours de trouble; je me trompe, il est encore certain que quelques beaux diseurs delà Gironde faisaient la contre-partie de la même intrigue. Les Hébertistes voulaient nous rendre solidaires de leurs erreurs, et les prétendus modérés cherchaient à constater cette solidarité ; voilà ce qu'il est impossible de l'évoquer en doute sans abdiquer les lumières de la raison.
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Mais on a été beaucoup plus loin : au lieu çle^ fjsiits que donne l'histoire , on a forgé à plaisir un roman sur la révolution française; d'après ce roman, nous aurions été de simples marionnette^ dont l'émigration aurait fait aller les fils. Danton, ColIot-d'Herbois , et Robespierre lui-même , auraient été des agen$ des puissances. Toutes les journées rçvoliitionpaires auraient été commandées par la contre- révolution; ainsi, |a conlre-révolution se serait battue elle-même , et toujours toute puissante, elle aurait toujours voulu retarder son triomphe complet par des raisons que les historiens, dont je rapporte le thème, ne daignent pas nous apprendre. Cette singulière fable, qui paraît n'avoir pu prendre naissance que dans le cerveau de quelques songe-creux , est cependant aujourd'hui très-répandue; si je ne l'avais trouvée dans quelques méinoires, je l'aurais crue trop absurde pour oiériter une réfutation ; mai^ je sais qu'une foule de personnes peu instruites, quoique de très-bonne foi, lui accordent toute créance et la regardent comme la seule explication possible de nos troubles révolutionnaires; il faut donc se résoudre à la tâche trop facile de la réfuter.
Je regrette de voir placé à la tp te des écrivains^ qui ont attribué tous les actes de la république à l'étranger et à l'ancien régime, \\n de mes anciens collègules, savant consciencieux et dont la bonne foi en matière politique ne saurait être suspectée; sot^
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nom seul a pu servir à répandre cette étrange idéei et ce qu'il y a de plus malheureux dans la ma? iiière dont il l'a exposée, c'est que , quoiqu'elle jdomine partout dans ces Esquisses sur la RéçO' lution^ ell.e e$t partQut insaisissable. II n'est pas de journées révolutionnaires qu'il n'attribue aux agens étrangers, mais il n'est pas une de ces accusations qui reposent sur un commencement de preuves; presque tpu jours , outre son assertion, il s'appuie de on dit et de i^ommérages indignes de l'histoire; quelquefois enfin, et c'est alors seu* lemept qu'il devient susceptible de réfutation , il cite des pièces extraites du rapport de Courtois et que nous aurons occasion d'examiner toùt-à- J'heure, à-propos d'un système mieux lié que le sien.Qu'on ne s'étonne donc pas de ne me pas voir consacrer une réfutation spéciale à cet auteur; Texamen des pièces qu'il rapporte complète à lui seul la réfutation. Ses autnes assertions , SCS rapprochernens alambiqués tombent d'euxmêmes^ et malgré l'autorité de son nom, ne sont point du nombre des fait^ quje recueille l'histoire*
Mon collègue Rousseau a, Ion g-temps avant l'auteur dps. esquisses de laRéi^olutiop,^ soutenu le' même systènçie ; mais son. écrit n'est d'un bout à. l'autre que le développement du paradoxe d'ua esprit chagrin. Aimaxit la liberté et ayant vu soiiiU l^r de sang cette nobl^ idole, il a voulu lejeter
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les crimes d'une époque de gloire sur nos éternefe ennemis; mais son système est totalement dénué de preuves; il consiste uniquement à montrer que de bons patriotes ont été sacrifiés, et à soutenir qu'on ne peut pas croire qu'ils aient été detimes de patriotes. Ainsi, selon lui, le tribunal révolutionnaire exécutait purement et simplement les ordres de Coblentz; Chapelier « était condamné à mort, en haine de la nuit du 4 août; Bailly payait de son sang le i4 juillet ; Camille Desmoulins , son appel à l'insurrection; Thouret, le malheur de s'être assis sur un fauteuil égal à celui du roi; d'Or* léans, son opposition aux volontés de sa famille; Dépresmenil, son opposition parlementaire; Custine^ Byron , Beauharnais, leurs services dans l'armée républicaine , et enfin tous les ex-nobles , la faute irrémissible aux yeux de leurs pareils de n'avoir point émigré. Ces assertions n'ont contre elles qu'un malheur , elles sont présentées sans l'ombre d'une preuve. Pourtant on les a souvent reproduites; il est vrai de dire que, rapprochées, elles ont quelque chose de frappant, en ce qu'on voit d'un seul coup-d'œil combien d'ardens révolutionnaires sont morts victimes de la révolution ; elles ne sont pas pour cela plus «concluantes, il &udrait pour que ces rapprochemens formassent une présomption^ qu'il n'y eût pas d'autres moyens d'expliquer le sort fatal de tant d'amis de la liberté ; encore resterait-il à nous dire com-
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ment il se peut qiie le comité de salut public ^ agent des puissances, ait sacrifié les agens des puissances complices de la commune hébertiste. Il resterait à nous apprendre comment ce comité ^ payé pour nuire à la révolution , a pu relever la gloire des armées révolutionnaires , et y contre toute probabilité, battre sur toutes les frontières les soldats de ces mêmes puissances dont ils recevaient les gages. £t qu on ne dise pas qu'il a été vainqueur malgré lui-même. Au 3 1 mai ^ les Girondins lui avaient légué nos frontières envahies, la Vendée menaçante, quatre guerres civiles, et point d'armes, point d'argent, point de ressources. Est-ce pour servir les puissances que nous avons décrété cette audacieuse levée en masse, à laquelle la postérité ne voudra point croire , tant elle est au-dessus de ce qu'a jamais vu le monde ? Est-ce pour servir les puissances que nous avons repris Toulon aux Anglais^ Lyon aux armées de la faction, Bordeaux à l'aristocratie , et que nous avons jeté quatorze armées improvisées dans la balance des destins de l'Europe.
Voilà des faits patens, des faits irrésistibles qu'on ne pourrait détruire qu'avec une masse de preuves accablantes et auxquelles on n'oppose cependant que de vagues allégations et des présomptions absurdes. Qu'importe, en présence de ces faits, que le représentant Rousseau ait entendu dire à un prisonnier, qu'une autre per-
$onne cligne de confiance lui avait dit que Bro-^ chet, juré du tribunal révolutionnaire, avait deinsLXïdé k un noble daupbinois s'il s'était trouvé à Vieille, faisant entendre par là que cette assemblée fêtait regardée par lui commp un crime* Ces vagues rupteurs, je le répète, sont indignes de l'histoire, qui ne S'OCcupera ni de M. Brochet, ni de M. Rousseau, En vérité, on est presque honteux lie repousser ces misérables inculpations, quand Le^ inin)en3e$ travaux de la Convention sont là pour les anéantir ; mais la faute n'est pas à moi ; plie appartient tout entière à de graves écrivains qui n'ont pas cru au-dessous deux de le^ répéter et d'y ajouter foi.
Le système que je combats n'a jamais été mieux développé que dans un volume du Censeur européen j publié dans les cent jours; là encore, comme dans les Esquisses sur la Réi^O" lution et dans une fotile d'historiens à la suite, tout le système roule sur une ou degx pièces du ipapport de Courtois , $ur la boutade de mauvaise humeur du représentant Rousseau, et sur quelques assertions sans preuves de l'ex-ministre Bertrand Molleville , homme dont le témoignage ne peut pire admis, puisqu'il s'avoue lui-même corrupteur et calomniateur. Dès que cet homi^e a bien voulu nous Ëiire confidence des infâmes tnoyens qu'il a cru légitime de prendre pour faire \\^\v la révolution I il no.t^ çst toujours permis
DE REJVK LEVASSKUR. l^ l
de croire qu un mensonge de plus n'a pas du lui coûter beaucoup pour souiller les hommes dont le génie ou le patriotisme ont honoré nos jours d'orage. Chose étrange! les écrivains qui ont invoqué son tépoignaga ont fait la même remarque quand il s'agissait d'accusations dirigées contre les Qiropdins; ils n'ont p^s laissé (je le tenir pour digne de foi, quand il flétrissait la Montagne; serait-ce donc qu'on mérile toujours d'être cru quand on nous accuse , et ne méritonsnous pas qu'on prenne au moins la peine d'examiner avant de nous condamner?
Au reste , le Cçnseur n'a que le mérite d'avoir réuni eii corps de système des assertioQS qui déjà traînaient ailleurs. Je vais d'abord examiner les pièces générales sur lesquelles il s'appuie avantde repousser ce qui lui est propre dans ces inculpations.
L'auteur pose d'abord en fait, que Robespierre était vendu aux puisssances; il en donne pour preuve les pièces suivantes, imprimées à la spite du rapport de Courtois, comme ayant été trouvées d^qs les papiers de Robespierrç.
Lettre anonyme à Robespierre , sans clçtigi d0 lieu
ni d époque,
« Sans doute vous êtes inquiet de pq pgg avôlf reçu plus tôt des nouvelles des effets qu© VOUS m'avez fait adresser pour continuer le pion de fa-