‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnelChapitre 19 sur 33 · I-ja AtEMOlRES · texte numérisé non relu

I-ja AtEMOlRES

ciliter votre retraite dans ce pays. Soyez tran-quille sur tous les objets que votre adresse a su me faire parvenir depuis le commencement de vos craintes personnelles, et non pas sans sujet. Vous savez que je ne dois vous faire réponse que par notre courrier ordinaire ; comme il a été interrompu dans sa dernière course, cela est causedémon retard aujourd'hui; mais, lorsque vous le recevrez , vous emploierez toute la vigilancequ'exige la nécessité de fuir un théâtre où vous devez bientôt paraître et disparaître pour la dernière fois; il est inutile de vous rappeler toutes, les raisons qui vous exposent, car le dernier pas qui vient de vous .mettre sur le sopha de la présiden-ce vous rapproche de Téchafaud, où vousverriez cette canaille qui vous cracherait au visage, comme elle a fait à ceux que vous avez: jugés. Égalité, dit d'Orléans , vous en fournit un assez grand exemple; aussi puisque vous êtes parvenu à vous former, ici^ un trésor suffisant pour exister long-temps , ainsi que les personnes pour qui j'en ai reçu de vous, je vous attendrai avec grande impatience, pour rire avec vous du rôle

que vous aurez joué dans le trouble d'une nation aussi crédule qu'avide de nouveautés.... Prenez^ votre parti d'après nos arrangemens. Tout est disposé. Je finis; notre courrier part; je vous attends pour réponse. »

Ce fragment de lettre ne portait ni signature,

DE REWÉ LEVASSETTK. 1^3

ni date de lieu ou d'époque; en conséquence, nul caractère d'authenticité; il pouvait avoir été glissé dans les papiers de Robespierre , ou même lui avoir été envoyé pour le perdre. Néanmoins^ on pourrait le regarder comme un document pré* cieux y s'il expliquait quelqu'acte de Robespierre, s'il se conciliait avec ses mœurs et sa conduite publiques; enfin , s'il annonçait par un indice quelconque, avoir pu lui être adressé; loin de là, il porteaveclui la trace des passions thermidoriennes et des signes certains auxquels nous allons reconnaître sa véritable origine. Ces mots : p^ous dei^ez bientôt paraître et disparaître pour la dernière foisy ont nécessairement trait à la prétendue conspiration du 9 thermidor, que les explorateurs des papiers de Robespierre voulaient avant tout démontrer, et à laquelle on ne croit plus .depuis long- temps. Ce symptôme des passions du moment me parait établir jusqu'à l'évidence, que la pièce doit avoir été £orgée après coup; et en effet, qui voudrait soutenir aujourd'hui que Robespierre voulait, au 8 thermidor, tenter l'exécution d'un complot; qui ne sait, au contraire, qu'il venait développer de longs plans d'avenir; d'ailleurs, cette pièce isolée est en contradiction formelle avec tous les événemens politiques de l'époque, et toute la carrière publique et privée de Robespierre, 11 faudrait avoir une forte dose de crédulité pour penser aujourd'hui que Robespierre n'aspirait

Qu'aux jouissances siibalt-ernes qu auraient pu lui procurer, dans la retraite, un trésor amassé par tant de travaux et périls. Oh ne risque pas tant pour obtenir si peu; d'ailleurs, on sait assez qu€ là probité de Robespierre égalait au moins son insatiable ambition, incapable de toute autre passion que de lanatisme politique, il avait, dans ses mœurs, un sûr talisman pour s'attirer le respeôt des masses : sobre, chaste, sans besoins personnels, il demeura toujours insensible à Tap*pat des richesses et aux attraits de la volupté. Comment persuadera-t-on qu'un pareil homme pût se réduire au rôle d'agent solde; qu'on l'accuse de tendre à la dictature, je le conçois : maïs de cédera fapppât d'un vil salaire , cette supposition , je l'avoue, passe rha raison. D'ailleurs, il faudrait donc aussi qu^ ses confidens intimes eussent été de vulgaires agens d'intrigue. Comment se fait-il que tous, au contraire, se sont montrés capables de dévouement? Comment se faît-îl que Saint- Just, cet homme à hautes facultés, ce farouche enthousiaste, liiî ait voué une si longue et si sincère admiration? Comment se Éiît-il que Robespierre jeune , qne Lebas aient voulu mourir avec lui? Comment sefàit-il que Julien fils lui ait donné les conseils d'un austère républicanisme^ et qu il en ait profité ? Comment se fait-il enfin , que, sans intrigue, sans charlatanisme, il se soit fait tant d'admirateurs et de seïd'es; de pareils ré^»

DE RENIÎ LEVASSEUR. ijfj

sultats ne peuvent naître que des efforts d*un immense génie, qu'on ne peut pas reconnaître à Robespierre, où d'urte de ces convictions profondes qui subjuguent tout ce qui les entoure. C'était là, en effet, la base de tous ses succès : ôtez-lui sa conviction , il sera indigne de figurer sur la scène publique , et sa co'ù'vîction , en le rendant le type du républicanisme de l'époque, lui a assuré la plus immense popularité dont ja-^ mais un chef de parti ait joui.

Je m'aperçois qtfe je suis loîtf dé râfccusàfîon de vénalité; mais en jugeant la grande réputation d'une grande époque, est-il possible de se résigner à examiner ces puériles et ignobles imputations, qui ont surgi dans quelques cerveaux étroits, et que la postérité ne discutera pas : j'ai comme ua aulre subi l'épouvantable influence du i^ègne de la terreur ; j'ai comme un autre béni le jour qui nous a délivré dé la verge de fer de Robespierre; est-ce une raison pour être inj uste à son égard ? Je sais détester sa cruauté et son despotisme, pourquoi ne saurais -je pas admirer ce qu'il avait dé vertus ?

Je pense en avoir assez dît potrr démontrer que la tettre anonyme dont on a fait tant de bruit ne porte aucun caractère d'authenticité, et que d'ailleurs elle est en contradiction trop formelle avec le caractère de Robespierre , pour rien prou<^ Ver contre lui. J'en pourrais dire autant de la fa^

1^6 h:émoires

meuse lettre de l'ambassadeuF d'Espagne à Venise^ au marquis d'Àleudia. On a prétendu aussi y trou** ver des preuves de trahison, tandis que tout homme de bonne foi, en la lisant, doit 'reconnaître que cet agent étranger ne voit dans Robespierre qu'un ennemi, qu'il parle avec douleur de l'entrée de ce chef dans le comité de salut public, et qu'en se félicitant d'avoir un agent dans ce comité,il exclut en même temps l'idée que cet agent ait pu être Robespierre; Tout homme de bonne foi «e convaincra également en lisant cette pièce (i),

(i) Je ii'eproduis ici la lettre de l'aud^assadeur d'Espagne au marquis d'Aleudia, citée si souvent et avec tant de mauvaise foi, et je prie le lec' teur delà lire en mettant à part tout esprit de parti. Je pense qu'il comprendra facilement le but des notes que j'y ai jointes

(c Votre ExceHence aura appris que le 3 juillet on a séparé le jeune roi de France de b reine ; les chefs maratbtes (a) , qui sont en grand nombre dans le comité de salut public , prirent ce parti à l'insu de ce même comité , lequel n'ayant eu connaissance de cette mesure prise par les maratistes , qu'après qu'elle fut exécutée , n'osa pas s'y opposer. L'âpreté et la manière resserrée avec lesquelles Sa Majesté est traitée sont occasionnée^ par ce que je vais vous dire.

« Là commune prétend qu'il y a à Paris un agent du prince de Cobourg, qui a des intelligences avec la reine; que cet agent de Cobourg e^ «ousin du général Ferraris ; qu'il va et vient à Parb ^ faisant toujours seê voyages à pied pour mieux se cacher, et que le 7 il partit d^ns la nuit»

(a) Remarques que chefs maratistes n'est jamais pris dans un sent amical par l'agent d'intrigues qui a écrit cette lettre. Remarquez encore que les Girondins paraissent être mieux dans les affections de l'agent que nous autres Montagnards , que l'on veut, je ne sais trop |>ourquoi , assimiler à eux.

DE RENK LEVASSBUft. 177

eue les étrangers comptaient sur la Gironde, ; redoutaient la Montagne; il s'apercevra que pus les mouvemens des Girondins étaient cir-

kHDL de 1h 1:

emportant des lettres de la reine , lesquelles > pour parvcnîi- jusqu'à lui . ont dà passer par les mains du conuDlssiannaire du Temple, auquel Sa Majesté avait cru pouioir se Ger. Ce misérable tes porta à la commuoe les lut et en prit copie ; c'est avec ces pièces que la commune veut -mifme dénoncer la reine au Iribunid rëvolulionnairc '. Elle a dressé icle contenant dj\-sept chefs d'accnsation.

Celle sïlualinn critique suffit seule pour faire trembler. CepcnilLir.t', apprit la nouvelle de la suppression du comité de sarclé pulon renouvéllenient (b) ; neuf des principaux cbefs manitisles ^ lont entrés , tiarat lui-même en est le président et Robespierre le secrétaire. Cependant la fortune veut que parmi ces neuf il ; ah on espion

{h) L'auteur de l'article du Censeur prclead qne le comité de suit public dont il s'agit ici, n'est autre que le comité insurrectionnel n y a iul erreur de fait. La lettre au duc d'Alcudis .DLdeln fin de juillet, c'est-à-dire ileui mois après la dissolution lut simplement du comité de salut public :

Tagenl étranger semble regretter la perte des Girondins. Quant i l'espion déguisé en maratiste dont il parle, le temps n'a pas jTBvctè qui il peut être; mais cette affirmation a elle-même peu de

digne de toute croyance. Ainsi, l'on y donne pour président du public, Marat, qui n'en était même pas mcmbi-e!

-rfi«

■idisce

Remarquons ic outre nous de c a , dit l'agent.

quoi

a toujou , quii

i d'effrayantes

conclus

an espion dons le comité. Il n'y en a dune qu

de Robespierre y devient un sujet d'effroi,

Bobespierre, Couthon, Sainl-Just, sont des scélérats aux y eu i

rreapondant espagnol. Comment se peut-il qu'on se soit serv

passage pour cunclure contre Robespierre et la Montagne !

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