‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnelChapitre 20 sur 33 · III · texte numérisé non relu

III

178 MEÀroiHËS

conTenus par la faction die Tétràttgëir, que tous lek généraux nobles étaient sbutnis à Té^teuve de la séduction et que là Montagne Représentait si bien

complètement royaliste, mais bien masqué en maratbfe. l'^ous devons bien présumer C(iiëL ^era le parti que ce^ scélérats prendront, les connaissant pour àt qu'ils valent. D'y penser sëidément , cela JEait horreur.

Gustinê^ a été' bien battu le 3 (c) , et lé 8 on ignorait les détails dé cette affairé à Paris, ou du moins la commune lés cachait {d) : elle paraissait fort triste. Le même jour scvrint encore l'ayis que Wimpfen avait envoyé son avant-garde jusqu'à Gaen et aux environs de Falaise en Normandie ; qu'elle y a pris beaucoup de cbévaux de remonte destinés pour les liussards patriotes , sons qiïe lé maire de Caen , qui en fut témoin» pût s'y opposer (0).

Le comité, qui s'assemblait à Bagatelle (J'), a arrêté qu'il (allait prendre tous les moyens possibles pour amener le peuple à ce qu'il consente que la Convention prenne ses vacances comme le parlement d'Angleterre, et que le comité de salut public, le pouvoir exécutif, le dépar-

(c) L'agent royal ne semble-t-il pas regarder la défaite de Gustinès comme une affaire ai'rangée.

{d) Ici là commune est prise pour la Convention. Et Tdn V^eut employer de tcflles pièces comnié preuves historiques !

(e) Les Girondins sûtat donc toujours traités en amis, et nous é ennemis. Inimitié qui noite est chère ! Elle servira à faire parler eh notre fàvenr les piècïes ràssetablées à graniTpehie contre hous.

(f) Il suffît de se rappeler les'mfesnres de vigueur du comité de Éiài^ public à cette époque ^ les forces qu'il créait avec l'appiii de làGôn^ vention, et la discussion rapide de la constitution, pour sënch' ce qu'il y a d'erronné dans ce récit. D'ailleurs , là encore dn donhè à la commune une physionomie qui n'est pas la sienne. EHé s'est ^ dit-on , opposée à la dissolution de la Gonvention , et au contraire la dissolution de la Gonvention a toujours été le plus cher de ses vceiù'x^ ear là]^étaienC réellèinent lés iigéns de^^oblentz : je ciroîs fttVciir prouvé.

DB RENE LEYAftSEUR. 179

le parti républicain , que Tagent étranger voyait dans tout homme séparé d'elle un allié in* vinciblement entraîné sous les drapeaux de la contre-révolution. Au reste, je dois faire remarquer ici que cette lettre, dans laquelle on a cherché des inductions contre le comité de salut public, avait, avant le 9 thermidor, été publiée par ordre de ce comité ; s'il y eût vu des preuves de sa prétendue trahison , il l'aurait cachée : on ne

tement et la eommune restent ^ Paris pour conduire toutes sortes d'aflaires. La eommune s'y est fortement opposée , et le projet n'a pas ^té suivi.

Je ne sais eomment ees gens-là trouvent des généraux qui les servent {§)\ tantjftt ils les mandent à la barre de la Convention > et leur demandent -compte de leur conduite ; ^uis les mettent en état d'accusa'- * iion pour qnelqu'écbec essuyé par leurs armées. Biron, Custines, Westrrman et Sandos se trouvent dans ce cas : ils ont ordre de se présenter à la barre , et probablement ils n'obéiront pas (A).

L'on n'est pas encore certain dé la réunion des Marseillais avec ks Lyonnais : en généra ces troupes inclinent au républicanisme ( i ) ; «nais comme la majeure |>artie de leiics clie& sont royalistes, ron ne

{g) T6h8 «te ^uTez p^s le comprendre , -esclaves , car vous ne concevez pas l'enthousiasme de la vertu et de la liberté ! Vous serves nour d(Ç l'argent et des honneurs , nous combattions pour la patrie !

{Ji) Avions-nous tort de crainAre des trahisons? Nos généraux n'êtaient-ils pas circonvenus ? N'espérait-on pas les corrompre et tourner, leurs armes contre la France ?

(i) Aveu précieux dans. la bouche de nos adversaires, et qui clémontre que notre cause était celle du peuple , ef que les hommes mêmes que l'on tournait contre nous étaient trompés. Quelles fautes n'ont pas commises les Girondins en levant l'étendard de la guerre civile avec les contre-révolutionnaires !

ifto MEMOIRBS

publie pas ordinairement contre soi même des pièces à charge.

Ainsi s'écroule Técha^audage élevé à tant de frais contre le parti républicain. Que trouvonsnous encore dans l'article du Censeur ? des extraits de Bertrand Molleville , tendant à prouver que la cour avait , de 1 789 à 1 792 , acheté plusieurs chefs du parti national.

Que veut-on en conclure ? trouve-t-on dans les

traint pas le soldat qui se laissera t>ersaad«r par ses supérieurs et fera ce que ceux-ci voudront.

Les Bretons sont \e& plus purs royalistes [j ).

J*ai déjà rendu compte à votre excellence de la liberté que j'ai prise , croyant faire bien, d'instruire les inquisiteurs d'état du voyage deSemon- *>rjlle ; cet homme ni ses compagnons n'ont pas encore paru. Il a dlû leur être «njoint de rétrograder dans quelques autres villes de l'état , d'après les ordres rigoureux qui avaient été donnés à cet effet aux àî" vers podestats. Je viens d'être instruit qu'il porte avec lui pour deux millions de diamans qui furent volés au garde-meuble de la couronne. Le général Salis, qui en est informé et qui a beaucoup d'influence dans 4a Valteline , en a donné avis à plusieurs de ses affidés, en leur indiquant certains déSlés où ils pourraient rencontrer ce mauvais sujet et lui enlever ses papiers et ses discours. L'archiduc de Milan fait de son côté ce qu'il peut pour faire réussir ce projet (A).

(j) Et c'était aussi sur les Bretons que les Girondins comptaient davantage.

(A) Le projet de voler un homme sans défense ! Quel misérahie ramas de commérage de vieilles femmes que ce qui précède ! Sémon- ▼ille , porteur de diamans volés au garde-meuble ! Et pourquoi ? et comment ? Mais il faut cherclier un prétexte pour' couvrir ses iniquités! Il faut calomnier ceux que Ton persécute !

( IVoies de Vauteur, )

D£ RENE LEVà&SEUR. i8i

noms cités , avec des preuves à Tappui par le ministre de 1791 ? ceux des chefs montagnards que l'on accuse? Non, toute l'argumentation du Censeur se réduit donc à dire : la réaction avait corrompu d'autres députés, pourquoi n'aurait elle pas acheté également Danton et Robespierre?

Étrange raisonnement dans la bouche d^hommes qui prétendent ne juger que d'après les iPaits! Cruelle çupposîtion, qui, sans preuves, tend à flétir la mémoire d'hommes publics dont le sang a coulé sur l'échafaud.

Mais , disent les rédacteurs du Censeur , il est prouvé que la cour entretenait des orateurs dans les clubs, des motionnaires dans les groupes, et des hurleurs dans les tribunes des jacobins; oui , sans doute, mais ce n'était probablement pas contre elle-même qu'elle dirigeait leurs discours , leui s motions et leurs cris ; c'était contre la révolution , c'était contre les hommes mêmes dont on les dit complices : Rivarol, Bertrand IVtolleville l'ont constaté, et le Censeur déclare formellement aussi , quoique sans ouvrir les yeux, que les agens salariés opposaient des paroles constitutionnelles aux républicains; des propositions aristocratiques aux constitutionnels, et il fallait bien qu'il en fut ainsi ^ car, c'eût été un singulier moyen de se défendre, que d'accroître le nombre de ses ennemis! Tout ineptes que fussent les dispensateurs des fonds de la contre- révolution , leur stupidité

]8â MEMOIRES

B'allait pas jusqu^à concouric à la journée du ao juin p ou à celle du lo août.

Le Censeur triomphe de trouver enfin un nom propre à citer. Parmi les salariés des agens royaux il nomme Défieux^ que Bertrand MoUevitie se vante d'avoir corrompu; j*ai déjà dit que ce Défieux était effectivement vendu au despotisme ; mais j'ai dit en même temps que nous Favions puni. Avant de faire tourner son infamie contre nous , il faudrait d'abord prouver que nôtis avons , été ses complices, et nous l'avons^ au contraire 9 envoyé à l'éçhafaud. Voyons cependant, comment ici raisonne le Censeur: « Déûeux, dit-il, était lié avec Danton et CoUot-d'Herbois , «7^ ont dû con^ naître ses liaisons politiques, et s'ils ne l'ont pas poursuivi , c'est qu'ils étaient vendus comme lui. » Ici encore, tout l'échafaudage repose sur une supposition : ils ont dû! Singulière preuve ! Messieurs du Censeur pensent-ils donc que l'on soit solidaire avec tous les hommes que l'on a fréquentés; croient-ils ne s'être jamais trouvés avec un homme corrompu , avec un ignoble agent? Voudraientils partager la responsabilité des actes de tous les individus avec lesquels ils ont eu des relations? £n général^ lorsqu'on accuse, on devrait être avare d'invention et prodigue de preuves; ce n'est pas ordinairement la voie qu'ont cru devoir suivre nos accusateurs.

Mais voici un autre îdxt plus grave. M. Bertrand

MoUeville, dit le CeD)5eur,,;||QriBÇ^vQJr &it remettre de l'argent à paatou; pependant, la seule preuve qu'il ait de 1^ séductipp de cet orateur, est l'afËrmation d'au agent d'intrigue ^ .qu'ih avoue lui-même ne mériter aucwe confiance* Ce même agent se £aiisait fort, tonjours au dii*)^ de M. Bertrand Molleyille^ d'acheterla CQnscî^noe des Girondins au prûc de quelques millions : les principaux membres de qe parti avaient offert de traiter avec lui; voilà le fait brut* Yoyon^ . quelles inductions en tire le Censeur. D'ahprd, il remarque fort bien, à propos des députés de la Gironde, que l'accusation de Fex-^ministre de la marine n^i prouve rien contre eux; il rappelle, avec sagacité, l'intérêt que pouvait avoir Molleyille à flétrir les chefs du parti républicain ; il démontre ensuite que Bertrand MoUeville, fût-il croyable, il j avait encore un tiers entre le fait et lui : un |iers, inconnu, un tiers indigne djp foi, un agent djB corruption et d'infamie; il en çop^çlut foj*4: ^gçpent, que ce prétendu fait ne saurait att|Ëiin4r§ les députés de la Gironde, et <3oiiipromettre leur réputation de vertu étaUie à tant de titres.. Maïs d'où vient donc que le Censeur abandonne cet examen judicieux, lorsqu'il s'agit de Pan ton? D'où vient que les mêmes affirmations, dans lesquelles il ne voyait pas même une induction défavorable aux Gir rondins, lui paraissent des preuves irrécusables contre le redoutable orateur de la Montagne?

l84 MEMOIRES

L*esprit de parti a donc toujours deux poids et deux mesures? On voudrait donc nous mettre hors la loi de la justice et de la raison, parce que notre système à succombé sans espoir de se relever jamais? On voudrait donc nous prendre pour le bouc émissaire de la révolution, parce que, pendant trente ans , les calomnies se sont accumulées sur notre tête, et parce qu'on a pensé que nous n'oserions jamais élever la voix.

Au reste , pour en finir avec cette ridicule accusation, je dois rappeler encore surabondamment que le bruit des corruptions dont se vante Bertrand MoUeville , est parvenu jusqu'à la Convention : la Montagne , Danton à sa tête , a demandé l'examen des pièces ; cet examen a eu lieu, et les accusés ont été reconnus innocens. Certes, il fallait que cette démonstration fût bien évidente pour que les Girondins consentissent à cesser d'attaquer Danton , et pour que, 4run autre côté , la Montagne rayât ce grief des reproches qu'elle adressait au côté droit; il n'y a donc rien de bien neuf dans l'édifice péniblement élevé par le Censeur. Ce sont toutes calomnies dont on a fait justice dans le moment même où les esprits étaient portés à un tel point d'irritation, que tout soupçon un peu fondé équivalait à une preuve.

Que trouvons-nous encore dans le fameux article du Censeur? une confusion d'accusations banales qui ne concordent pas toujours, et qui,

DE RENE LEVASSEUR. i65

même souvent y sont contradictoires; oh y voit que tous les mouvemens révolutionnaires ont été soudoyés à-la-fois parle duc d'Orléans et par Coblentz. Ainsi, le lo août n'aurait pas été fait par la crainte des trahisons, et par l'enthousiasme des républicains! Cependant, Fauteur de l'article dispense la louange aux chefs girondins qui ont réclamé l'honneur de cette journée, et leur décerne le titre de fondateurs de la république : d'où il résulte que le lo août est une belle journée, quand on se rappelle que les Girondins y ont pris part : et en même temps on nous impute cette journée à crime. Ainsi, l'on prétend que le 3i mai a été dirigé par le parti d'Orléans, sans songer que d'Orléans était alors en prison , et que la plupart de ses partisans, entr'autres Sillery, Byron et Custines sont morts victimes' de cette journée !

Le Censeur raisonne ici d'une manière étrange : « La preuve, dit-il, que le parti d'Orléans et lé parti de Coblentz dirigeaient les mouvemens populaires, c'est que les mouvemens populaires se sont arrêtés devant la toute puissance de Robes» pierre.» Je répondrai d'abord que je ne trouve aucune corrélation entre les deux parties de cet argument ; mais je dois faire une réponse plus catégorique. D'abord, il n'est point vrai que les mouvemens populaires aient cessé après le 3f mai; dès le mois de juillet , Varlet et Jacques Roux essayaient d'en fonienterde nouveaux ; plus

tard, le^Péfieux, les Gusman, lesPerreyra ont voulu ameuter le peuple; plus tard encore, on a prêché rinsurrection aux Cordeliers, mais la Montagne a su réprimer des excès auxquels les Qirondins n'avaient opposé que des déclama- Uoqs, £s^ce donc de notre habileté qu'on veut nous &irç un reproche ? Les factions ne se sont plus agitéçs parce que nous avons su comprimer ou punir les factieux, c'est un fait bien simple dont il n'y avait pas tant d'inductions à tirer. . Il est certain pourtant que les deux partis dont parle le Censeur , ont existé, mais il est Ëius; qu'ils aident agi. comme ce journal le suppose. Et, pour commencer le parti contre-révolutionnaire , je dois dire k la dernière extrémité qu'il a pris le triste moyen de pousser la révolution dans les ç,xcès. Jusqu'aux victoires éclatantes qui ont |[]onné définitivement gain de cause à la république, il cherchait à combattre de front la révolu tioii. U^^t fyiux de lui supposer une part quelconque au 20 juin, au 10 août et même aux journées à jamais (exécrables de septembre ; il ne se croyait pas alors a$sez bas pour n'avoir de moyens de salut que dans les erreurs de ses adversaires. Le combat n'était engagé qu'entre le peuple et Tarât ocratiev/et cela est si vrai, que le lecteur a vu des Girondins avouer leur participation au 10 août : Barbaroux s'en est vanté hautement , et madame Rolland nous a fait con6dence de Yes^

DE RENE LBVASSEUR. 1S7

poîr que mettait sou parti dans Finsurrection, I^a part qu'a pris la contre-révolution aux mouvemens révolutionnaires^ n'est donc qu'un accident trèsrinférieur ^ avec lequel il serait du dernier ridicule de chercher à juger l'ensemble d'une si grande crise. Ce n'est guère que dans les tabernacles de la déesse Raison , dans les prix offerts à l'immo*ralitéy dans les intrigues désorganisatrices de Vincent, et enfin dans les prédications insurrectionnelles des Cordeliers contre la Montagne ^ qu'on peut en chercher les traces. Ce faible et ignoble parti a été vaincu aussitôt qu'on l'a regardé en face ; il n'avait aucun appui , aucun support dans la nation. Mais ce qui est décisif pour la cause que je défends, c'est qu'aussitôt qu'il est apparu avec son aspect hideux , Bx)bespierre a commencé à le poursuivre, et n'a pas pris de repos qu'il ne l'ait abattu.

Quant a u parti d'Orléans^ i 1 n'est pas difficile d'apprécier son action ; mais il faudrait avoir perdu la raison pour retrouver encore des traces de ce parti dans la Convention après le 3i mai. Dans les premiers jours de 1^ révolution, les amis d'Orléans ont pusonger à l'élever sur le trône constitutionnel , et certes plus d'un agent de troubles dans les mouvemens populaires a pu avoir ce projet pour but, mais il est ridicule de penser que de petites intrigues ont eu la puissance de soulever les masses. Le parti d'Orléans a pu exciter quelques émeutes de fau-

l88 " MEMOIRES

bourgymaîs certes il n'avait pias la puissance de déterminer un 1 4 juillet ou un lo août ; ces élans patriotiques n'ont aucun rapport avec le genre de mouvement qu'un peu d'or ou beaucoup d'intrîgues peuvent déterminer. Cependant, il est certain que d'Orléans a eu des partisans dans toutes nos assemblées; ces partisans étaient , pour la plupart, des individus très-secondaires, qui n'aspiraient qu'à se procurer quelqu'argent. J'ai moi-inêrae vu ces hommes en action; j'ai reçu dçs propositions indirectes pour me lier avec eux, mais j'ai toujoiirs fait semblant de ne pas les entendre. Je me rappelle que, dans une séance du soir , Egalité vint s'asseoir auprès de moi : il engagea la conversation en me parlant du général Valence, son ami, que j'avais connu au Mans , et il finit par me dire : «Plusieurs de mes collègues sont venus me demander à dîner. Je n'ai pas eu le plaisir devons voir encore. Puis-je compter que vous me ferez cet honneur ? — Moi, répondis-je...Je ' n'ai pas des habitudes de courtisan, je n'ai point la tournure qu'il faut pour dîner chez le duc dOrUans. — Ce n'est point le duc d'Orléans qui vous invite, c'est un collègue. — Non; je veux croire que vous aimez la république , mais je verrais toujours le prince en vous. » Et je le quit- ' tai sans attendre sa réplique. *

A cette époque , d'Orléans avait encore un parti. L'armée était peuplée de ses créatures; Dumou-

1)E RENE tEVA&SEUR. 189

riezSTirtout était très-prononcé en sa faveur.Mais, . après la trahison de Dumouriez, toute la Convention comprit que la personne d'Egalité parmi, nous était incompatible avec l'esprit républicain , et ce fut tout d'une voix qu'on se décida à le re-. jeter de notre sein. Après le 3i mai, toute^Éj^s créatures furent expulsées de l'armée, et presque, tous les généraux connus pour être au nombre de ses amis , portèrent leur tête sur l'écha-. faud : aucune voix ne s'éleva sur la Montagne contre ces actes de rigueur. Comment se fait-il donc que, à cette époque, ou s'qbstineà voir un parti d'Orléans sur la Montagne ?

Depuis lors, cependant, j'ai vu revivreà plusieurs reprises le désir de porter au trône un de ses fils, etleCenseur fait allusion à cet orléanisme nouveau qu'il faut bien se garder de confondre avec l'ancien. Certes, après la mort d'Égalité, après l'émigration de son fils aîné, après l'incarcération des jeunes Beaujolais et Montpensier, le parti d'Orléans était de fait dissous. Plus tard, je le répète, beaucoup de républicains de tous les partis, après avoir été le jouet de la tourmente révolutionnaire, crurent la république impossible^ et, dans le cas où elle viendrait à s'écrouler, songèrent à mettre sur le Irône la famille d'Orléans, espérant trouver en elle plus de garanties en faveur de la liberté que dans la branche aînée de la maison de Bourbon; je me rappelle même que, lorsque j'étais , après le 12

igO MEMOIRES

germinal, détenu à la citadelle de Besançon, mon collègue Ruamps, incarcéré comme moi, me dit un jour : u Si nous avions placé d'Orléans sur le trône , nous ne serions pas ici! » Mais ce n'était là qu'un regret de proscrit, dans lequel je suis loin de vcvdes traces dil parti que le Censeur présente comme ayant été très-influent. Pour moi, toujours républicain ardent, je répondis a mon collègue: « Le malheur a beau m'accabler, je ne regretterai jamais la monarchie. — Égalité n'aurait eu que le titre de roi, me répondit-il, il eût accepté la forme de gouvernement que nous aurions cru devoir lui imposer. 11 aurait, d^ailleurs^ eu besoin de nouf pour conserver son autorité. — Et après 1 ui ? — Son fils passe pour être patriote. — Et sort petit-fils? -^ Ah ! s'écria tristement Ruamps , tu prévois de trop loin ! » Et il ne fut plus question entre nous de la famille d'Orléans.

Tout cela montre bien , sans doute, que le malheur a flétri l'âme de plus d'un républicain, et que la famille d'Orléans leur parut alors moins à craindre que la cour d'Edimbourg ou celle de Vérone; mais , je le répète , je ne vois ni là , ni dans les faits cités par leCenseur, aucune preuve qu'une faction orléaniste ait exercé une influence réelle sur les événemens qui ont suivi le 3i mai.

Mais nous n'avons jpas vu ce qu'il y a de pltis étrange dans le prétendu monument historique du C!enseur, Pour imputer des torts à la Montage

Dfi REM£ LÈVASSBUR. igt

il réveille des pièces qui inculpent Tallien^ et en-tr'autresune lettre dans laquelle l'un des princes exilés paraissait le ranger, après le 9 thermidor, parmi les conventionnels vendus ; il rapporte cette pièce qui paraît accablante contre nos ennemis, et c'est contre nous qu'il veut la faire toui^nen II cite une pièce qui accuse l'homme qui nous proscrivait, et il en tire contre nous des inductions! Sophistes! Si Tallien était royaliste, nous ne l'étions donc pas y puisqu'il nous poursuivait! Si Tallien était contre -révolutionnaire, Robespierre était donc innocent de la souillure que vous voulez faire peser sur lui! Si Tallien était contre-révolutionnaire, ses malheureuses victimes les Duroi, lés Goujon , les Soubranî étaient donc républicains ! Duhetn, Lecointre, les autres proscrits de germinal, n'étaient donc pas vendus à nos ennemis ! Vous vous êtes vous-mêmes placés sous le coup d'un dilemne terrible. Osez en sortir !

Cependant , après la misérable argumentation que je viens de combattre, le Censeur croit pouvoir triompher. Il conclut par le chant de victoire qu^ je transcris :

« Pour rendre plus évidente encore l'étrange vérité que je viens de découvrir, faudra-t-il exposer les circonstances des nombreuses conspiratrorrs tramées contre lès républicains par les chëfe îàe rémigrâtion , pendant les assemblées législàtite , conVientloiïnetle et Jes gotiverneitoens qui leis i>îit

suivi : circonstances qui confirment les preuves que je viens d'établir? Faudra-t-il observer que, pendant le règne de Robespierre et de la terreur, le parti de Coblentz n'a suscité aucun mouvement, sucune conspiration en France; que la tyrannie de Robespierre ne fut inquiétée que par les agens du parti d'Orléans ; tandis qu'avant cette période, la convention avait été tourmentée, menacée de dissolution par plusieurs attaques et soulèvemens, et notamment par les conspirations du 10 mars, du 3i mai et du 2 juin, tandis qu'après cette période le génie conspirateur reprit un moment d'essor, les conspirations de Lemaître , les insurtionsdu 12 germinal, des 2 et 3 prairial, enfin du i3 vendémiaire, toutes produites par Tor de l'Angleterre, toutes émanées du parti de Coblentz, se succédèrent alors rapidement. N'est-il pas évident que^ pendant le règne affreux de la terreur , Robespierre était le conspirateur en chef de ce parti?

« Pour compléter les preuves, faudra-t-il en chercher dans l'existence de cette conspiration permanente, qui, sous le gouvernement directorial , ont sans cesse contrarié les opérations de ce gouvernement; conspiration qui n'était qu'une continuation de celles qui se sont précédemment nianifestées ? Faudra-t-il parler de cette agence secrète, nommée institution, organisée dans chaque province, qui présentait un gouvernement

DE RENÉ LEVASSEUR. ig3

ennemi dans le gouvernement, une administration destructive des administrations françaises? N'avons-nous pas les témoignages multipliés et incontestables de TcKistence de ces agences mystérieuses et perfides ?N'avoris-nous pas vu , depuis 1 8 14 , des hommes s'honorer d'en avoir élé membres et prendre soin eux-mêmes de publier leur honte ?

« Quand on repasse sous ses yeux cette longue série de conspirations de toute espèce y tentées ou effectuées pendant l'intervalle de plus dô vingt ans , par divers partis ennemis du gouvernement français ; quand on pense que l'Europe entièt*e a fait en même temps une guerre ouverte sur les frontières, une guerre sourde civile dans l'intérieur contre le système de ces gouvernemens , contre les opinions républicaines de ses habitans, on s'étonne que la France ait pu résister à des attaques si nombreuses, si variées; que les opinions libérales leur aient survécu , et que le feu sacré du patriotisme n'ait pu s'éteindre, et qu'il brillé encore d'un nouvel éclat.

« Maintenant qu'il est prouvé (i) que tous les

(i) Prouvé ! Vous le dilfs; mais j'espère bien avoir démontré le contraire à tous les hommes de bonne foi. Les déclamations vagues ne sont pas des preuves valables pour des hommes qui sentent le besoin d'un

examen rationnel.

( iVbte ait Vixuitur, )

Page 1