PIECES JUSTIFICATIVES
Discours prononcé par Robespierre^ dans ta
séance du 8 thermidor.
Citoyens ,
Quç d'autre« you3 tracent des tableaux flat* teurs,* je viens vous dire des vérités utiles. Je ne viens point réall3er des terreurs ridicules répan^
dues par la pjçrfidiç; mai* je vçux étou£fer, ^'U
est possible ^ les flambeaux de la discorde par la seule force de la vérité. Je vais défendre devant
vous votre autorité outragée et la liberté violée*
Je me défendrai aussi moi-'n^éme; vous n'en serez point surpris ; vous ne ressemblez point 2iM% tyrans (jue vous combattez. Les cris de rinnocencfî outragée \)'impprtUDent point votre oreille, %% vous n'ignorez pas que cette cause ne vous est point étrangère,
Les ré volutions qui , jusqu'à nou3, ont change
la &ce des empires, n'ont eu pour objet qu'uf^
changement de dynastie, ou le passage du pouvoir d'un seul à celui de plusieurs (i). La révolution française est la première qui ait été fondée sur la théorie des droits de l'humanité, et sur les principes de la justice (a). Les autres révolutions
(i) Deux lignes effacéts :
Elles ont pris leur source , ou dans Tambition , ou dans la lassitude d'une espèce particulière de tyrannie.
(3) Suivent deux pages effacées :
Si des ambitions particulières lui ont donné le branle ou hâté son mouTement, elle n'a dû son origine et sa direction qu'à l'amour éclairé et profond de la justice et de la liberté. Ce caractère a déterminé à-la-fois ses moyens et les attaques de ses ennemis.^ Pour atteindre le but des autres , il ne fallait que courir à la fortune sous les auspices d'une puissance nouvelle : la nôtre , au contraire , exige le sacrifice des intérêts privés à l'intérêt général; elle seule impose la vertu. Les autres étaient terminées par le triomphe d'une faction : la nôtre ne peut l'être que par la victoire de la justice sur toutes les factions : émanée de la justice , die ne peut se reposer que dans son sein ; elle a pour ennemis tous les vices.
Les factions sont la coalition des intérêts privés contre le bien général. Le concert des amis de la liberté , les plaintes des opprimés , l'ascendant naturel de la raison, la force de l'opinion publique, ne constituent point une faction ; ce n'est que le rappel du pouvoir aux principes de la liberté» et les effets naturels du développement de l'esprit public chei un peuple éclairé.
AiÙeurs , l'ignorance et la force, ont absorbé les révolutions dans un despotisme nouveau : la nôtre , émanée de la justice , ne peut se reposer que dans son sein : tous les efforts des intérêts privés contre les droits du peuple se peuvent qu'agiter la nation entre deux écueils , les abus de l!ancienne tyrannie et les systèmes monstrueux iqui dénaturaient l'égalité même , pour ramener sous son nom la tyrannie.
La cause de tous nos maux a été dans cette lutte perpétuelle des factions contre l'intérêt public. Celle d'Autriche et celle d'Orléans, toutes
DS REINB LEYÀSSEUR. ^87
n'exigeaient qiie de Tambition : la nôtre impose des vertus. L'ignorance et la force les ont absorbées dans un despotisme nouveau : la nôtre, émanée de la justice, ne peut se reposer que dans son sein. La république amenée insensiblement par la force des choses et par la lutte des amis de la liberté contre les conspirations toujours renaissantes, s^est glissée, pour ainsi dire, à travers toutes les factions; mais elle a trouvé leur puissance organisée autour d'elle , et tous les tnoyens d'influence dans leurs mains; aussi n'a-t-elle cessé d'être persécutée dès sa naissance , dans la personne de tous les hommes de bonne foi qui combattaient pour elle; c'est que, pour conserver l'avantage de leur position^ les chefs des actions et leurs agens ont été forcés de se cacher sous la forme de la république. Precy à Lyon , et Brissot à Paris, criaient vwe la république! Tous les con-
deux puissantes, Tune parce'qu'elle régnait au commencement de la réTOlution ; Tautre , parce qu'elle avait puissamment contribué à la préparer pour régner à son tour, ont arrêté jusqu'ici les destinées de la république. Ajoutez à cela les intrigues de l'Angleterre coalisée avec la faction d'Orléans et l'influence des cours étrangères , et tous tous ferez quelque idée des germes de discorde , de corruption et de dissolution que les ennemis de la liberté ont jetés au milieu de nous. La faction d'Orléans surtout aTait acquis une influence d'autant plus grande, qu'elle aTait arboré la première Tétendard du patriotisme pour reuTerser la cour , et que des partisans , cachés sous ce masque , avaient usurpé la confiance des patriotes , et s'étaient introduits dans toutes les fonctions publiques.
ojyJL MEMOIRES
jurés Qj^t même adopté , avec plus d^^^pr^s^ment qu'aucun ^uxve, toutes le3 forxnuk&i toua les oipt^ de ralliement du patriotisme. L'Autrichipu , 4ont 1# métier était d^ combattre la Févolution ; TOrléauai^y dont le rple était de jouer le pairiptisn^^ , se trouvèrent sur la même ligne; et l'un et l'autre ne pouvaient plus être distingués du répuWicaia. lis oe çora battirent pas nos principes, ils le* çpr* ronapirent; iJs ne blasphémèrent point contre la révolution , ils tâchèrent de la déshonorer, sou^ le prétejfte de Ja servir; ils déclamèrent contre le^ tyraxiSi, et conspirèrent pour la tyrani^j ils louè^ rentla république, et calomnièrent les répuWi*^ cains (0* Les amis de la liberté cherchent à re»-
. 11——.^ I ■ I — .y <l n i l lll ( 1 I r r . >...I 1 ut II II « I l l| r »
(i) Ligner ratarécs :
Chaque crise nouvelle, egjéièe par leurs intrigues tâiëbreusés» «e fit que les forcer à adapter leurs moyens de nuire aux circonstances nou-» Telles jet àjdécrice un nouxeau circuit pour arriver au «érae but. ¥otdes- Tous savoir si les factions existent encore? demandez-vous si cette multitude d'iutrigim^ daBgereux , qiû naguère désolaient la république ^^ee autaut d^auda^ que de perfidie , a disparu du sol de la li|)erté ; demandet- TOUS 9) wae foul9 de cbefs et d^ageos deupeux des factiot» diverses oe viveot point eniîore ioopw» et même protégés ; demandeE•^voug si le «ystène de Q^ntreHRévolutioo , organisé au milieu de nous pendant plusieurs année* par ono poUtique profonde , a pp être détruit, et quel plan sage est cobs^ iMMOeat suivi pour le déraciner; demandez-vous si on e eessé en seid infftQQt d'«»iF9iver> de mrrovapre ou de calomnier les mmuts que le siAut publlQ e eenMMKudées ; «i les pMfkrtet pe soet plus poosorits , ctleaunés t les (f ip<M9s euweriKemo^t protégé , les eonspicateurs défandus , les principes d^ U qAVaie pul^J^que proftaru^ seulemeDt pour la fer«e , éladéa
DE RENÉ LEVÀSSEim. ^89
verser la puissance des tyrans par la force de la vérité : les tyrans cherchent à détruire les défenseurs de la liberté par la calonlnie ; ils donnent le nom de tyranie à l'ascendant même des principes de la vérité. Quand ce système à pu prévaloir, la liberté est perdue; il n'y a de légitime que la perfidie, et de criminel que la vertu(i); car il est dans la nature même des choses qu'il existe une influence partout où il y a des hommes rassemblés , celle de la tyranie ou celle de la raison. liorsque celle-ci est proscrite comme un crime, la tyrannie règne ; quand les bons citoyens sont condamnés au silence, il faut bien que les^^célërats dominent.
Ici j'ai besoin d'épancher mon cœur ; vous avez besoin aussi d'entendre la vérité. Ne croyez pas que je vienne ici intenter aucune accusation ; un soin plus pressant m'occupe , et je ne me charge pas des devoirs d'autrui : il est tant de dangers imminens , que cet objet n'a plus qu'une impor-
dans la pratique, faussés dans l'application^ et tournés contre ceux-là seuls qui les professent de bonne foi : demandez -vous enfin si les factions ont fait autre chose que nuancer, suivant les circonstances du moment , leurs (Hrincipaux moyens de conspiration , la division , et surtout la calomnie.
(i) Les vingt-quatre lignes qui suivent se trouvent sur une.feuiUe sans chiffre , écrite de la main de Robespierre , dont le sens ne parait devoir se rapporter qu'à la page 4 de la copie de son discours, après ces mot , etde criminel gue la vertu^ . ,
ngo MIÉMOIRES
tance secondaire. Je viens, s'il est possible, dissiper de cruelles erreurs; je viens étouffer les horribles fermens de discorde dont on veut embraser ce temple de la liberté et la république entière; je viens dévoiler des abus qui tendent à la ruine de la patrie , et que votre probité seule peut réprimer. Si je vous dis aussi quelque chose des persécutions dont je suis l'objet, vous ne m^en ferez point un crime; vous n'avez rien de commun avec les tyrans qui me poursuivent; les cris de l'innocence opprimée ne sont point étrangers à vos cœurs; vous ne méprisez point la justice et l'humanité , et vous n'ignorez pas que ces trames ne sont point étrangères à votre cause et à celle de la patrie ( i ).
Eh ! quel est donc le fondement de cet odieux
(i) Lignes raturé» :
Us cherchent à détruire la liberté en calommant ses défenseurs , c'estràdire les hommes qui veulent fonder Tordre social sur les principes de la morale publique et de l'égalité dans le sens raisonnable attaché à ce mot. Us savent quel est l'empire des principes et de la vérité ; ils cherchent è détruire son influence sur le cœur des hommes , en la présentant comme rinfluence personnelle de ceux qui ont le courage de la dire ; ils donnent à cette influence le nom de tyrannie. Us placent toujours les amis de la patrie entre leur devoir et la calomnie ; ils accusent d'ambition ceux qu'ib ne peuvent accuser d'aucun crime : s'ils rédament contre l'oppression, on \eur répond par de nouveaux outrages ; s'ils opposent l'énergie des principes à la persécution, on donne à cette énergie le nom de sédition : l'im^ pression de l'opinion publique indicée est citée comme la preuve de tur ambition. Quand on est arrivé à ce point , la liberté est perdue.
b£ BES1É LÈVASSEtlR. 29 1
système de terreur et de calommie ? Â qui devonsnous être redoutables, ou des ennemis^ ou des amis de la république ? Est-ce aux tyrans et aux fripons qu'il appartient de nous craindre^ ou bien aux gens de bien et aux patriotes? Nous, redoutables aux patriotes! nous qui les avons arrachés des mains de toutes les factions conjurées contre eux! nous qui toujours les disputons, pour ainsi dire, aux intriguans hypocrites qui osent les opprimer encore ! nous qui poursuivons les scélérats qui cherchent à prolonger leurs malheurs en nous trompant par d'inextricables im-^ postures ! Nous , redoutables à la Convention nationale! et que sommes-nous sans elle? et qui a défendu la Convention nationale au péril de sa vie? qui s'est dévoué pour sa conservation, quand des factions exécrables conspiraient sa ruine àla£acedelaFrance?qui5'est dévoue poursagloire, quand les vils suppôts de la tyrannie prêchaient en son nom l'athéisme et l'immoralité ; quand tant d'autres gardaient un silence criminel sur les for* faits de leurs complices , et semblaient attendre le signal du carnage pour se baigner dans le sang des représentans du peuple ; quand la vertu même 9é taisait^ épouvantée de l'horrible ascendant qu'avait pris le crime audacieux ? Et à qui étaient destinés les premiers coups des conjurés? contre qui Simon conspirait-il au Luxembourg? Quelles étaient les victimes désignées par Chaumette et par
^9^ MiMOIFfES
-RoBsin ? Dans quels lieux la bande des assassins devait-elle marcher d'abord en ouvrant les prisons ? Quels sont les objets des calomnies et des attentat^ des tyrans armés contre la république ? N'y a-t-il aucun poignard pour nous dans les cargaisons que l'Angleterre envoie à ses complices en France et à Paris ? C'est nous qu'on assassine, et c'est nous que l'on peint redoutables! Et quels sont donc ces grands actes de sévérité que Ton nous reproche? quelles ont été les victimes ? Hébert, Ronsin, Chabot, Danton, Lacroix, Fabre d'Églantine', et quelques autres complices. Est-ce leur punition qu'on nous reproche ? aucun n'oserait les défendre. Mais si nous n'avons fait que dénoncer des monstres dont la mort a sauvé la . Convention nationale et la république, qui peut craindre nos principes, qui peut nous accuser d'avance d'injustice et de tyrannie, si ce n'est ceux qui leur ressemblent? Non, nous n'avons pas été trop sévères, j'en atteste la républiqiie qui respire; j'en atteste la représentation nationale, environnée du respect dû à la représentation -d'un grand peuple; j'en atteste les patriotes qui gémissent encore dans les cachols que les scélérats leur ont ouverts ; j'en atteste les nouveaux crimes des ennemis de notre liberté et la coupable persévérance des tyrans ligués contre nous. On parle de notre rigueur, et la patrie nous reproche notre faiblesse.
DE R£K£ LEVA.SSEUR. agS
£st-ce nous qui avons plongé dans les cachots les patriotes^ et porté la terreur dans toutes les conditions? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui, oubliant les crimes de TaristQcratiie, et protégeant les traîtres, avons déclaré la guerre aux. citoyens paisibles., érigé en crimes ou des préjugés incurables^ ou des choses indifférentes^ pour trouver partout des coupables et rendre la révolution redoutable au peuple même ? Ce sont les monstres que nous avons ac-i cusés. Est-ce nous qui, recherchant des opinions, anciennes^ fruit de l'obsession destraîtres, avons promené le glaive sur la plus grande partie de la Convention nationale , demandions ^ dans les so* ciétés populaires, la tête de six cents représentans du peuple ? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Aurait-on déjà oublié que nous nous sommes jetés entre eux et leurs perfides adversaires^ dans un temps où on (j)^
Vous connaissez la marche de vos ennemis. Ils ont attaqué la Convention nationale en masse ; ce projet a échoué, pepuis quelque temps, ils déclarèrent la guerre à certains membres du comité de salut public; ils semblent ne prétendre qu'à acca^bler un seul homme ; ils marchent toujours au même but. Que les tyrans de l'Europe osent projs-
(i) n existe ici dans le manuscrit une lacune qui laisse cette phrase, imparfaite.
a94 MEMOIRES
crire un représentant du peuple français, c'est sans doute l'excès de Tinsoidnce; mais que des Français^ qui se disent républicains , travaillent à exécuter l'arrêt de mort prononcé par les tyrans ^ c'est l'excès du scandale et de l'opprobre (i). Estil vrai que l'on ait colporté des listes odieuses où Ton désignait pour victimes un certain nombre de membres de la Convention ^ et qu'on prétendait ^tre l'ouvrage du comité de salut public et ensuite Je mien ? Est-il vrai qu'on ait osé supposer des séances du <;omité , ^es arrêtés rigoureux qui n'ont jamais existé , des arrestations non moins dbimériques ? Est-il vrai qu*on ait cherché à persuader à un certain nombre de représentans irré* prochables que leur perte était résolue ; à tous ceux qui , par quelque erreur , avaient payé uii tribut inévitable à la fatalité des circonstances et à la faiblesse humaine, qu'ils étaient voués au sort des conjurés? Est-il vrai que l'imposture ait été répandue avec tant d'art et d'audace, qu*un grand nombre de membres n'osaient plus habiter la nuit leur domicile ? Oui ^ les faits sont constans , et les preuves de ces deux manoeuvres sont au comité de àlalut public. Vous pourriez nous en révéler
(i) Lignes raturées :
Naguère on accusait 1& comité de salut public devouloir usurper rantorité de la Convention ; on l'accusait de vouloir anéantir la représ^tation nationale ; rappele^vous quels moyens odieux , quels lâches arti^ces. furent épuisés pour accréditer cette funeste idée.
DE RENi LEVASSEUR. ^gS
beaucoup d'autres^ vous, députée rçy^nus d'ujoe mission dans les départemens ; voUS:, suppléais appelés aux fonctions de représentans du peuple; TOUS, pourriez nous^ire ce que Tintrigue a &it pour vous tromper, <pour vous aigrir, pour vous entraîner dans une coalition funeste (i). Qiie disait-on , que faisait-on dans ces coteries suspectes, dans ces rassemblemens nocturnes ^ dans ces r^ pas où la perfidie distribuait aux convives les poi-* sons de la haine et de la calomnie? Que voulaîentils, les auteurs de ces machinations? étaH-ce[ le salut de la patrie, la dignité ^ l'union de la Coi|vention nationale ? Qui étaient*its (a) ? Qu^ faits justifient l'horrible idée qu^on a voulu donner de nous? quels hommes avaient été accusés par les comités, si ce n'est les Chaumette^ les Hébert^ les Danton, les Chabot, les Lacroix?
Est-ce donc la mémoire des conjurés qu'on veut défendre? est-ce la mort des conjurés qu'on veut
(i) Lignes raturées :
Vous pourriez nous le dire, tous tous, hommes probes, à qui on a fait la proposition formelle de tous liguer contre le comité de salut public.
(a) Lignes raturées :
Etaient-ceceux dont la conscience était paisible f Étaient-ce les hommes dont la FVance estime le plus la probité , la franchise et le dérouementP Quels crimes faisaient jadis les conjurés que tous aTez frappés ? Os s'agitaient, ils calonmiaient, ils caressaient bassement tous leurs collègues ei| qui ils ne Toyaient déjà plus que des juges ; ils prophétisaient eux-mèmet leur punition , et faisaient retentir les Toâtes sacrées de leurs sinîtrespr^ dictions.
t's96 liiMOlEES
venger (i)? Si on nous accuse d'avoir dénoncé quelques traîtresi, qu'on accuse donc la Convention qui les a accusés; qu'on ^.ccuse la justice qui
- lies a frappés ; qu'on accusai le peuple qui a applaudi à leur châtiment. Qifel est celui qui attente à laf représentation nationale, de celui qui pouri&ttit ses ennemis, ou de celui qui les protège? Et
'depuis quand la punition du crime épouvantet-dle la vertu ?
* •■ Tellç est cependant la base de ces projets de âictafture et d'attentats contre la représentation na-
'tiônale^ imputés d'abord au comité de salut public ten général. Par quelle fatalité cette grande accu-
-sation a-t-elle été transportée tout-à-coup sur la tête d'un seul de ses membres ? Étrange projet
p'.'d'un homme y d'engager la Convention nationale à -«'égorger elle-n>ême en détail de ses propres
' mains , pour lui frayer le chemin du pouvoir absolu 1 Que d'autres aperçoivent le côté ridicule de ces inculpations : c'est à moi de n'en voir que l'atrocité. Vous rendrez au moins compte (a) à
■if "\]\
(i) Lignes raturées :
Il çst bon de remarquer que , depuis leur punition, les comités qui les oijit dénoncés, loin d'être aggressçurs , ont toujours été sur la défensive- Depuis quand est-ce donc que la punition du crime épouvante la vertu ? Est-ce attenter à la représentation nationale que de )ui nommer les ennemis de la patrie et les siens l
(a) Le mot souligné ne se trouve pas dans le manuscrit ; il parait avoir été oublié.
DE RENi; LEVASSEUR. ^97
Topinion publique, de votre affreuse persévérance à poursuivre le projet d'égorger tous les amis de la patrie ; monstres qui cherchez à me ravir l'estime de la Convention nationale , le prix le plus glorieux des travaux d'un mortel^ que je n'ai ni usurpé et surpris ,.mais que j'ai été forcé de conquérir. Paraître un objet de terreur aux yeux de ce qu'on aime, c'est pour un homme sensible et probe le plus affreux des supplices; le lui faire subir, c'est le plus grand des forfaits. Mais j'appelle toute votre indignation sur les manœuvres atroces employées pour étayer ces extravagantes calomnies.
Partout les actes d'oppression avaient été multipliés pour étendre le système de terreur et de calomnie. Des agens impurs prodiguaient les arrestations injustes : des projets de finances destructeursmenaçaient toutes les fortunes modiques^ et portaient le désespoir dans une multitude innombrable de familles attachées à la révolution ; on épouvantait les nobles et les prêtres par des motions concertées ; les paiemens des créanciers d^ l'état et des fonctionnaires publics étaient suspendus; on surprenait au comité de salut public un arrêté qui renouvelait les poursuites contre les membres de la commune du lo août, sous le prétexte d'une reddition des comptes. Au sein de la Convention, on prétendait que la Montagne était menacée^ parce que quelques membres sié-
géant en cette partie de la salle , se croyaient en danger; et pour intéresser à la même cause la Convention nationale toute entière, on réveillait subitement l'affaire des soixante-treize députés détenus , et on m'imputait tous ces événemens qui m'étaient absolument étrangers; on disait que je voulais immoler la Montagne ; on disait que je voulais perdre Tautre portion de la Convention nationale; on me peignait ici comme le persécuteur des soixante-deux députés détenus; là on m'accusait de les défendre^ on disait que je soutenais le Marais (c'était l'expression de mes calomniateurs). Il est à remarquer que le plus puissant argument qu^ait employé la faction hébertiste pour prouver que fêtais modéré^ était l'opposition que j'avais apportée à la proscription d'une grande partie de la Convention nationale, et particulièrement mon opinion sur la proposition de décréter d'accusation les soixante-deux détenus^ sans un rapport préalable.
Âh! certes, lorsqu'au risque de blesser l'opinion publique , ne consultant que les intérêts sacrés de la patrie, j'arrachais seul à une décision précipitée ceux dont les opinions m'auraient conduit à l'échafaud , si elles avaient triomphé : quand , dans d'autres occasions, je m'exposais à toutes les fureurs d'une faction hypocrite, pour réclamer \ék principes de la stricte équité envers ceux qui m'a voient jugé avec plus de précipitation , j'étais
DE RENi LEVASSEUR. aQQ
loin y sans doute ^ de penser que l'on dût me tenir compte d'une pareille conduite ; j'aurais trop mal présumé d'un pays où elle aurait été remarquée^ et où Ton aurait donné des noms pompeux aux devoirs les plus indispensables de la probité; mais j'étais encore plus loin de penser qu'un jour on m'accuserait d'être le bourreau de ceuai envers qui je les ai remplis , et l'ennemi de la représentation nationale que j'avois servi avec dévouement; je m'attendais bien moins encore qu'on m'accuserait à la fois de vouloir la défendre et de vouloir l'égorger. Quoi qu'il en soit, rien ne pourra jamais changer ni mes sentimens, ni mes principes. A l'égard des députés détenus^ je déclare que, loin d'avoir eu aucune part au dernier décret qui les concerne , je l'ai trouvé au moins très-extraordinaire dans les circonstances; que je ne me suis occupé d'eux en aucune manière depuis Içmojment où j'ai &it envers eux tout ce que ma conscience m'a dicté. A l'égard des autres, je me suis expliqué sur quelques-uns avec franchise ; j'ai cru remplir mon devoir. Le reste est un tissu d'impos^.. tures atroces. Quant à la Convention nationale ^ mon premier devoir, comme mon premier pen-i chant est un respect sana bornes pour elle. Sans^ vouloir absoudre le crime; sans vouloir justifier eiv elle-même les erreurs funestes de plusieurs ; sans, vouloir ternir la gloire des défenseurs énergique;^
de la liberté , ni affaiblir Tillusion d'un nom sacré dans les annales de la révolution ; je dis que tous le» représentans du peuple, dont le cœur est pur, ^oivent reprendre la confiance et la dignité qui leur convient. Je ne connais que deux partis : celui des bons et des mauvais citoyens; le patriotisme n'est point une affaire de parti , mais une affaire de cœur; il ne consiste ni dans l'insolence , ni dans une fougue passagère, qui ne respecte ni les principes, ni le bon sens, ni la çaorale^ encore moins dans le dévouement aux intérêts d'une faction. Le cœur flétri par l'expérience de tant de trahisons , je crois à la nécessité d'appeler surtout la probité et tous les sentirons généreux au secours de la république. Je sens que partout où on rencontre un homme de )b)ien , en quelque lieu qu'il soit assis , il faut lui t^drel^ main, et le serrer conlre son cœur. Je crois à des circonstances fatales, dans la révolu^ t^on , qui n'ont rien de commun avec les desseins criminels; je crois à la détestable influence de l'intrigue, et surtout à la puissance sinistre delà calomnie. Je vois le monde peuplé de dupes et de fripons; mais le nombre des fripons est le plus petit ; ce sont eux qu'il faut punir des crimes et des malheurs du monde.
.Je n'imputerai donc point les forfaits de Brissot et de la Gironde aux hommes de bonne foi qu'ils
DE RMHi LtYASSEDft. 3oi
ont trompés quelquefois (i); je n'imputerai point à ceux qui crurent à Danton les crimes de ce
( I ) Lignes ratui«es :
Je les imputerai à ces personnages dangereux, et même à d*autres fripons qui , en combattant quelquefois contre eux aTec les ennemis de la liberté, rendaient quelquefois la bonne cause douteuse aux yeux des hommes moins placés dans un point de vue avantageux pour les discerner... (Les tiirades suivantes, jusqu'à ces mots inclusivement, la corruption quUli avaient établie, sont extraites d'un livret de Robespierre, écrit au crayon , et qui n'ont pas été lues à la tribune ; nous avons cru devoir les adapter à cet endroit de lignes raturées.)...
J'en accuse la faiblesse humaine et ce fatal ascendant de l'intrigue contre la vérité, lorsqu'elle plaide contre elle dans les ténèbres et au tribunal de l'amour-propre : j'en accuse des hommes pervers que je démasquerai ; j'en accuse une horde de fripons qui ont usurpé une con6ance funeste , sous le nom de commis du comité de sûreté générale. Les commis de sûreté générale sont une puissance et une puissance supérieure , par ses funestes influences, au comité même. Je les ai dénoncés depuis long-temps au co> mité de salut public à et celui qui les emploie, qui est convenu du mal, sans oser y appliquer le remède ; je les dénonce aujourd'hui à la Convention , ces funestes artisans de discorde , qui trahissent à-la-fois le comité qui les emploie, et la patrie; qui déshonorent la révolution, compromettent la gloire de la Convention nationale ; protecteurs impudens du crime et oppresseurs hypocrites de la vertu. C'est en vain qu'on voudrait environner des fripons dun prestige religieux ; je ne partage pas cette superstition , et je veux briser les ressorts d'une surveillance corrompue qui va contre son but, pour la rattacher à des principes purs et salutaires.' J'ai un double titre pour oser remplir ce devoir, puisqu'il faut aujourd'hui de l'audace pour attaquer des scélérats subalternes, l'intérêt de la patrie et mon propre honneur. Ce sont ces hommes qui réalisent cet affreux système de calomnier et de poursuivre tous les patriotes suspects de probité, en même temps qu'ils protègent leurs pareils et qu'ils justifient leurs crimes par ce mot, qui est le cri de ralliement de tous les ennemis de la patrie : C'est
302 MiMOIRES
conspirateur; je n'imputerai point ceux^d*Hébert aux citoyens dont le patriotisme sincère fut entraîné quelquefois au-delà des exactes limites de la raison. Les conspirateurs ne seraient point des
Robespierre qui Va ordonné. C'était aussi le langage de tous les {ilices d'Hébert, dont je demandais en vain la punition.
Et qu'importe , comme on l'a dit, qu'ils aient quelquefois dénoncé et arrêté des aristocrates prononcés, s'ils vendent aux autres l'impunité, et s'ilf se font de ses services faciles un titre pour trahir et pour opprimer ? Que m'importe qu'ils poursuivent l'aristocratie, s'ils assassinent le patriotisme et la vertu, afin qu'il ne reste plus sur la terre que des fripons et leurs protecteurs? Que dis -je? les fripons ne sont-ils pas une espèce d'aristocratie P Tout arbtocrate est corrompu, et tout honmie corrompu est aris^ tocrate ; mais cherchez sous ce masque de patriotisme, vous y trouvères des nobles , des émigrés, peut-être des hommes qui , après avoir professé ouvertement le royalisme pendant plusieurs années , se sont fait attacher an comité de sûreté générale, comme jadis les prostituées è l'Opéra , pour exercer leur métier impunément, et se venger patriotiquement sur les patriotes, de la puissance et des succès de la république.
Amar et Jagot , s'étant emparés de la police, ont plus d'influence seuls qne tous les membres du comité de sûreté générale ; leur puissance s'appuie encore sur cette armée de commis dont ils sont les patrons et les gé^ néraux. Ce sont eux qui sont les principaux artisans du système de division et de calomnie ; il existe une correspondance d'intrigues entre eux» et certains membres du comité de salut public, et les autres ennemis du gon^ Temement républicain ou de la morale publique, car è'est la même chose ; aussi ceux qui nous font la guerre sont -ils les apôtres de l'athéisme et de l'immoralité. Une circonstance j^emarquable et décisive, c'est que les persécutions ont été renouvelées avec une nouvelle chaleur après la célâ)ra<>lîon de la fête à l'Etre-Suprème.
Nos ennemis ont senti la nécessité de réparer cette défiBâté dédsîve à ïoroe de crimes, et de ressusciter, à quelque prix que ce fût, la cormptioo «^'ils«vaient établie.
DE BEirÊ LEVASSEUR. 3o5
conspirateurs , s'ils n'avaient Fart de dissimuler assez habilement pour usurper pendant quelque temps la confiance des gens de bien : mais il est des signes certains auxquels on peut discerner les dupes des complices^ et Ferreur du crime. Qui fera donc cette distinction ?.Le bon sens et la justice. Ah! combien le bon sens et la justice sont nécessaires dans les affaires humaines ! les hommes pervers nous appellent des hommes de sang, parce que nous avons fait la guerre aux oppresseurs du monde. Nous serions doAc humains, si nous étions réunis à leur ligue, sacrilège pour égorger le peuple et pour perdre la patrie.
Au reste, s'il est des conspirateurs privilégiés^ s'il est des ennemis inviolables de la république^ je consens à m'imposer sur leur compte un éternel silence. J'ai rempli ma tâche (i) (je ne me charge point de remplir les devoirs d'autrui y un soin plus pressant m'agite en ce moment); il s'agit de sauver la morale publique et les principes conservateurs de la liberté; il s'agit d'arracher à l'oppression tous les amis généreux de la patrie.
Ce sont eux qu'on accuse d'attenter à la représentation nationale ! Et où donc chercheraient-ils
(i) Les mots en parenthèse ont d^à été lus page 4» et se trouvent répétés en ces deux endroits dans le manuscrit.
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un autrt; appui? Après avoir combattu tous voà ennemis , après s'être dévoués à la fureur de toutes les factions pour défendre et votre existence et votre dignité , où chercheraient-ils uh asile, s'ils ne le trouvaient pas dans votre sein?
Ils aspirent, dit-on, au pouvoir suprême; ils l'exercent déjà. La Convention nationale n'existe donc pas ! Le peuple français est donc anéanti ! Stupides calomniateurs! vous êtes-vous aperçus que vos ridicules déclamations ne sont pas une injure £siite à un seul individu, n>ais à une nation invincible, qui dompte et qui punit les tyrans ? Pour moi, j'aurais une répugnance extrême à me défendre personnellement devant vous contre la plus lâche de toutes les calomnies , si vous n'étiez pas convaincus que vous êtes les véritables objets des attaques de tous les ennemis de la république. £h! que suis-je pour mériter leurs persécutions, si elles n'étaient dans le système général de le ar conspiration contre la Convention nationale? N'avezvous pas remarqué que , pour vous isoler de la nation, ils ont publié partout que vous étiez des dictateurs régnant par la terreur^ désavoués par le vœu tacite des Français? N'ont-ils pas appelé nos armées les hordes conventionnelles''^ la révolution française, le jacobinisme? Et lorsqu'ils affectent de donner à un faible individu en butte aux outrages de toutes les factions, une importance gigantesque et ridicule, quel peut être leur
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but, si ce n*est de vous diviser, de vous avilir, en niant votre existence même, semblables à l'impie qui nie l'existence de la divinité qu'il redoute ?
Cependant ce mot de dictature a des effets ma^giques; il flétrit la liberté; il avilit le gouvernement; il détruit la république; il dégrade toutes les institutions révolutionnaires, qu'on présente comme^ l'ouvrage d'un seul homme; il rend odieuse la justice nationale, qu'il présente comme instituée pour l'ambition d'un seul homme; il dirige sur un point toutes les haines et tous les poignards du fanatisme et de l'aristocratie.
Quel terrible usage les ennemis de la république ont fait du seul nom d'une magistrature romaine? Et si leur érudition nous est si fatale, que sera-ce de leurs trésors et de leurs intrigues ? Je ne parle point de leurs armées : mais qu'il me soit permis de renvoyer au duc dTorck et à touâ les écrivains royaux, les patentes de cette dignité ridicule qu'ils m'ont expédiées les premiers. Il y a trop d'insolence à des rois, qui ne sont pas sûrs de conserver leur couronne , de s'arroger le droit d'en distribuer à d'autres. Je conçois qu un prince ridicuh^ que cette espèce d animaux immondes et sacrés quon appelle encore rois^ puissent se complaire dans leur bassesse et s'honorer de leur ignominie ;\^ conçois que le fils de Georges, par exemple, puisse avoir regret à ce sceptre français qu'on le soupçonne violemment d'avoir iir. î»o
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convpitf, e^j^. plains sincèrement ce moderne Tantale; j av<)uçrai même, à labonte, non de.ma patrie, mais des traîtres qu'elle a punis, que j*ai yu d'indignes man/ktaîres du peuple qui auraient éciiaugé ce. titre glorieux pour celui de valet de chambre dei Georges ou de d'Orléans. Mais qu un représentant du pçîuple qui sent toute la dignité de ce caractère sacré; qu'un citoyen ffançais,digpe ^e ce nom , puisse abaisser ses vœux jusqu'aux grandeuji's coupables et ridicules qu'il a contribué a foudroyer; qu'il se, soumette à la dégradation civique pour descendre à Tlnfamie du trône, c'e$t ce qui ne paraîtra vraisemblable qu'à ces êtres peryers qui n'pnt pas même le droit dç crojlre à la vertu.. Que dis-je, vertu? c'est une passion naturelle, sans doute; mais comment la cpnnaîtraientils, ces âmes vénales, qui ne s'ouvrirent jan^ais qu'à des passions lâches et féroces; ces misérables intrigans, qui ne lièrent jamais le patriotisme à aucune idée morale , qui marchèrent dan$^ la. révolutipn à la suite de quelque personnage împprtant et ambitieux^ de je ne sais quel prince méprisé^ cpr^me jadis nos laquais sur les pas de leurs niaîtres? Mais ^lle existe, je yous atteste^ âmes sensibles et pures; elle existe, cette pas^ioq tendre, inopérieuse, inésistible, tourment et délices des coeurs magnanimes; cette horreur profonde de la tyrannie, ce zèle compatissant pour ies opprimés, cet amour sacré â^e la patrie; cet
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aniourplus sublicuenet plqs. s^iat (jie l'humajûté., sans lequel une gvj^de ré^yolutian n*est qu'qii crime éclatant qui détruit un autre crime ; elle existe : cette ambition £[énéreuse de fonder sur Ja terre la première république du monde; cet égoïsme des hommes non .dégardés, qui trûuvei^t une volupté ce leste dans le calme d'une conscience pure et dai^s le spect;^.cle ravissant du bonheur public. Vous le seiitez , en ce moment , qui brûle dans vos âmes; je le sens dans la mienne. Mais comment nos .vils calomniateurs la devineraientils? Comment l'aveugle né auraiMl l'idée de 1^ lumière? La nati^re leur ^ refusf une âme ; ils ont quelque droit de doujter, Qon-seulen;ient de rimmortalité de rame, malade sçn existtence(i). Ils m'appellent tyrai^. Si j^ l'étais, ils rampe?r^ient à mes pieds , je lep gorgeraîs d'or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes , et ils seraient reconnaissans. Si je l'étais, les rois que nous avons vaincus, loin de me dénoncer (quel tendre intérêt ils pcennerit à notreliberté), me prêteraient leur coupable appui; je transigerais avec eux. Dans leur détresse , qu'atteudentîls, si ce n'est le secours d'une faction protégée
(i) Lignes ra^rées:
Qi^nt à Teinstçoce de la divinités i]^. en fooii^jueçt ea3|rD|i<Jo^ on argument irrésistible; ce sont leurs propjr^ /^in^es*
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par eux, qui leur Tende la gloire et la liberté de de notre pays (i)? On arrire à la tyrannie par le secours des fripons; où courent ceux qui les combattent? Au tombeau et à l'immortalité. Quel est le tyran qui me protège? Quelle est la faction à qui j'appartiens? Cest vous-mêmes. Quelle est cette faction qui^ depuis le commencement de la rérolution, a terrassé les factions, a fait disparaître tant de traîtres accrédités? C'est vous, c'est le peuple, ce sont les principes. Voilà la faction à laquelle je suis voué, et contre laquelle tous les crimes sont ligués.
C'est vous qu'on persécute } c'est la patrie , ce sont tous les amis de la patrie. Je me défends encore. Combien d'autres ont été opprimés dans les ténèbres ? Qui osera jamais servir la patrie, quand je suis obligé encore ici de répondre à de telles calomnies? Ils citent comme la preuve d'un destin ambitieux les effets les plus naturels du civisme
(a) Lignes raturées :
Qai suîs-je ? Un esclave de patrie , un martyr vivant de la république, la victime et le fléau du crime. Tous les fripons m'outragent ; les actions les plus indifférentes et les plus légitimes sont pour moi des crimes. H suffît de me connaître pour être calomnié : on pardonne aux autres leurs forfaits , on me fait un crime de mon zèle pour la patrie. Otez-moi ma conscience, je serais le plus malheureux de tous les hommes.
(Plusieurs de ces pensées, exprimées dans les mêmes termes , se trouvent dans le texte, à la page 19. )
et de la liberté; Tinfluence morale des aaciens athlètes de la révolution est aujourd'hui assimilée par eux à la tyrannie. Vous êtes vous-mêmes les plus lâches de tous les tyrans^ vous qui calomniez la puissance de la vérité. Que prétendezvous, vous qui voulez que la vérité soit sans force dans la bouche des représentans du peuple français? La vérité, sans doute , a sa puissance ; elle a sa colère , son despotisme ; elle a des accens touchans^ terribles, qui retentissent avec force dans les coeurs purs, comqne dans les consciences coupables, et quil n'est pas plus donné au mensonge d'imiter qu'à Salmonée d'imiter les foudres du ciel ; mais accusez-en la nature , accusez-en le peuple qui la sent et qui Taime (i); Il y a deux puissances sur la terre, celle de la raison et celle de la tyrannie; partout où l'une domine, l'autre en est bannie. Ceux qui dénoncent comme un crime la force morale de la raison, cherchent donc à rappeler la tyrannie. Si vous ne voulez pas que les défenseurs des principes obtiennent quelque influence dans cette lutte difficile de la liberté contre l'intrigue ,^ vous voulez donc que la victoire
(i) Lignes raturées :
Sans eUe , quel obstade s'opposerait au triomphe de Timposture et 4erintrigue?
demeure à Tintrigue (i). Si les représen tans dit peuple, qui défendent sa cause, ne peuvent pas obtenii» impunértient son estime, quelle sera la conséquence de ce système, si ce n'est qu'il n*est plus permis de servir le peuple, que la république est proscrite et la tyrannie jf'établie? Et quelle tyrannie plus odieuse que celle qui punit le peuple dans la personne de ses défenseurs? Car la chose la plus libre qui soit dans le monde, même sous le règne du despotisme, n'éât-cepas l'ârnitié? Mais vous qui nous en faites un crime, en êtesvous jaloux? Non; vous ne prisez que l'or et lèi biens périssables que les tyrans prodiguent à ceux qui les servent. Vous les servez, vous qui corrompez la morale publique et protégez tous les crîtoes : la garantie des conspirateurs est dans Tbiii- Hî des pHncipes et dans la corruption; celle dés défenseurs de là liberlé est toute datis la coiiscience publique. Vous les servez^ vous qui, toujours en-deçà ou au-delà de la vérité, prêche'^ tour à tour la pèrîide modération de l'àH^tôcratié, et tantôt la furieUr des feux démocrates. Vous la servez, prédicateurs obstinés de Tathéfeme et du
(i) Lignes raturées :
Plus le peuple est éclairé et juste, plus la justi(*e et les principes ont d'empire sur lui , et ceux qui les défendent obtiiennent cette sorte de confiance attachée à lia probité; cettii qui s'Indignent de èette écmHànce teulent la donner^
DB RENÉ iLEVASSBUR. 3ll
vice. Vous voulez détruire la représentation , vous qui la dégradez par votre conduite , ou qui la troublez par vos intrigues. Lequel est le pliis coupable^ de celui qui attente à sa sûreté par la violence^ ou de celui qui attente à sa justice par la séduction et par la perfidie? tja tromper^ c'est la trahir; la pousser à des actions contraires à ses intentions et à ses principes^ c'est tendre à sa destruction; car sa puissance est fondée sur la vertu même et sur la confiance nationale^ Nous la chérissons 9 nous qui^ après avoir combattu pour sa sûreté physique, aujourd'hui sa gloire et ses principes : est-ce ainsi que Ton marche au despotisme? Mais quelle dérision cruelle d'ériger en despotes des citoyens toujours proscrits? £t que sont autre chose ceux qui ont constamment défendu les intérêts de leur pays? La république a triomphé^ jamais ses défenseurs. Qui suis-je^ moi qu'on accuse? un esclave de la liberté, un martyr vivant de la république, la victime autant que l'ennemi du crime. Tous les fripons m'outragent; les actions les plus indifférentes, les plus légitimes de Ja part des autres sont des crimes pour moi* Un homme est calomnié dès qu'il me connaît : on pardonne à d'autres leurs forfaits ; on me fait un crime de mon zèle. Otez-moi ma conscience, je suis le plus malheureux des hom-f mes ; ;je ne jouis pas mém>e des droits du citoyen : q%te= dis- je ? iL«eim'esi pas même permis de rero»