H MEMOIRES
plir ^es devoirs d'un représentant du peuple^ C'est ici que je dois laisser échapper la vérité et dévoiler les véritables plaies de la république. Les affaires publiques reprennent une marche perfide et alarmante; le système combiné des Hébert et des Fabre d'Églantine est poursuivi maintenant avec une audace inouïe. Les contre-révolutionnaires sont protégés; ceux qui déshonorent la révolution avec les formes de l'hébertisme , le sont ouvertement; les autres avec plus de réserve. Le patriotisme et la probité sont proscrits par les uns et par les autres. On veut détruire le gouvernement révolutionnaire pour immoler la patrie aux scélérats qui la déchirent, et on marche à ce but odieux par deux routes différentes. Ici on csl^ lomnie ouvertement les institutions révolution* naires ; là on cherche à les rendre odieuses par des excès ; on tourmente les hommes nuls ou paisibles ; on plonge chaque jour les patriotes dans les cachots^ et on favorise l'aristocratie de tout son pouvoir; c'est là ce qu'on appelle indulgence, humanité. Est-ce là le gouvernement révolutionnaire que nous avons institué et défendu? Non, ce gouvernement est la marche rapide et sûre de la justice ; c'est la foudre lancée par la main de la liberté contre le crime ; ce n'est pas le despotisme des fripons et de l'aristocratie; ce n'est pas Vin* dépendance du crime, de toutes les lois divines et humaines. Sans le gouvernement révolution-
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naire^ la république ne peut s'affermir, et les actions l'étoufferont dans son berceau; mais s'il tombe en des mains perfides , il devient lui-même l'instrument de la contre-révolution. Or , on cherche à le dénaturer pour le détruire. Ceux qui le calomnient et ceux qui le compromettent par des actes d'oppression sont les mêmes hommes. Je ne développerai point toutes les causes de ces abus, mais je vous en indiquerai une seule qui suffira pour vous expliquer tous ces funestes effets : elle existe dans l'excessive perversité des agens subalternes d'une autorité respectable constituée dans votre sein. Il est dans ce comité des hommes dont il e&t impossible de ne pas chérir et respecter les vertus civiques ; c'est une raison de plus de détruire un abus qui s'est commis à leur insu , et qu'ils seront les premiers à combattre. En vain une funeste politique prétendrail-elle environner les agens dont je parle d'un certain prestige superstitieux. Je ne sais pas respecter des firipons: j'adopte bien moins encore cette maxime royale , qu'il est utile de les employer. Les armes de la liberté ne doivent être touchées que par des mains pures. Epurons la surveillance nationale , au lieu d'empailler les vices. La vérité n'est un écueil que pour les gouvernemens corrompus ; elle est l'appui du nôtre. Pour moi, je frémis qtiand je songe que des ennemis de la révolution, que d'anciens professeurs de royalisme , que; des
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ex'-lioblés, des éibîgrés peut-être, se sont taûtàrcoup fait révolutionnaires, et transformés en commis du comité de àûreté générale, pour se venger sur les amis de la patrie, de la naissance et des succès de la république. Il serait assez étrange que nous eussions la bonté des espions de Londres ou de Vienne , pour nous aider k faire la police de la république. Or, je ne doute pas que ce cas là ne soit souvent arrivé ; ce n*est pas que ces gens là ne se soient fait des titres de patriotisme en arrêtant des aristocrates prononcés. Qu'importe à l'étranger de sacrifier quelques Français coupables envers leur patrie, pourvu qu'ils immolent les patriotes et détruisent la république ?
A ces puissans motifs, qui m'avaient déjà déterminé à dénoncer ces hommes, mais inutilement, j'en joins un autre qui tient à la trame que j'avais commencé à développer; nous sommes instruits qu'ils sont payés par les ennemis delà révolution pour déshonorer le gouvernement révolutionnaire en lui-même» et pour calomnier Ips.réprésehtans du peuple dont les tyrans ont o^donné la perte. Par exemple^ quand les victimes jie leur perversité se plaignent, ils s'excusent en leur casant : C'est Robespierre qui le veut', nous napau^ ifùns nous en dispenser. Les infômes disciples d'Hébert tenàieïit jadis le même langage dans, le tetnps où je les dénonçais; ils se disaiedt mes
DE REWÉ LEVASSEUR. 5ï5
amis; ensuite ils m'ont dédâr(? coilvaîtitJn de môdérantîsrae : c'est encore la même espèce de conlre-révôlutionnaîrcs qui persécute le patriotisme. Jusqu'à quand l'honneur des ciro^etts et la dignité de la Convention nationale seront-ils à la merci de Ces hommes-là ? Mais le trait que je viens de citer n'est qu'une branche du système de péN sécution plus vaste dont je suis l'objet. En développant cette accusation de dictature mise à l'ordf*e du jour par les tyrans, on s'est attaché à mé charger de toutes leurs iniquités, de tous lés torts de la fortuite, ou de toutes îes rigueurs commandées jiar le salut de là pàfrîe (i). Oh disait aux nobles : cest lui seul qui vous a proscrits; on dirait en même temps aiix patriotes : il veut sàuifer lès nobles; on disait aux prêtres : c'est lui seul qui vous poursuit; sdns lui vous
(i) Lignes raturées :
La liberté publique est violée , quand les ennemis du peuple français 'peuvent ïëduire se^ répi^esentans à Ti'ilipuisâân'èé aë déféVidfè'seàî'înférêti : or, je déciafre en totre pféseilce V;ùe je me suis tu déduit h cette IknpùUsance ; je déclare que je me suis cru forcé depuis quelques temps à abandonner le^ fonctions que ta Convention nationale m'avait conGées. Je demande qùè^cfiàcuh db mes coltëgùés se rende compte a lui-même^de la ktàikièHef dent il' ïkmi WéfSiê si lé gôuvèHvéïhéÀV se Uguait ^é<^ Uihk les ennemis de la révolution , pour la rendre seule responsable de. tous le» crimes et de toutes \ti err^m*s qui se commettent daii9 la réoublimie , ci de tous les maux qui affligent les iimividus.
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seriez paisibles et triomphons; on disait aux fanatiques i c'est lui qui détruit la religion; on disait aux patriotes persécutés : cest lui qui Va ordonné ou qui ne veut pas V empêcher. On me renvoyait toutes les plaintes dont je ne pouvais faire cesser les causes , en disant : votre sort dépend de lui seul. Des hommes apostés dans les lieux publics propageaient chaque jour ce système; il y en avait dans le lieu des séances du tribunal révolutionnaire; dans les lieux où les ennemis de la patrie expient leurs forfaits : ils disaient : voilà des m^alheurcux condamnés ;, qui est-ce qui en est la cause? Robespierre. On s'est attaché particulièrement à prouver que le tribunal révolutionnaire était un tribunal de sang y créé par moi seul, que je maîtrisais absolument pour faire égorger tous les gens de bien, et même tous les fripons; car on voulait me susciter des ennemis de tous les genres. Ce cri retentissait dans )es prisons : ce plan de proscription était exécuté à la fois dans tous les départemens par les émissaires de la tyrannie. Ce n'est pas tout : on a proposé dans ces derniers temps des projets de finance qui m'ont paru calculés pour désoler les citoyens peu fortunés et pour multiplier les mécontens* J'avais souvent appelé inutilement l'attention du comité de salut public sur cet objet.
Eh bien ! croirait-on qu'on a répandu le bruit
DE RENÉ LEVAôSEUR. Siy
qu ils étaient encore mon ouvrage, et que, pour Faccréditer, on a imaginé de dire qu'il existait au comité de salut public une commission des finances, et que j'en étais le président? Mais comme on voudrait me perdre, surtout dans l'opinion de la Convention nationale, on prétendit que moi seul avais osé croire qu'elle pouvait renfermer dans son sein quelques hommes indignes d'elle. On dit à chaque député revenu d'une mission dans lés départemens, que moi seul avait provoqué son rappel; je fus accusé par des hommes très-offîcieux et très-insinuans dé tout le bien et de tout le mal qui avait été fait. On rapportait fidèlement à mes collègues, et tout ce que j'avais dit et surtout ce que ce que je n'avais pas dit. On écartait avec soin le soupçon qu'on eût contribué à un acte qui pût déplaire à quelqu'un ; j'avais tout fait, tout exigé, tout commandé ; car il ne faut pas oublier mon titre de dictateur. Quand on eut formé cet orage de haine, de vengeances, de terreur, d'amour-propres irrités, on crut qu'il était temps d'éclater. Ceux qui croyaient avoir des raisons de me redouter se flattaient hautement que ma perte certaine allait assurer leur salut et leur triomphe; tandis que les papiers anglais et alkmands annonçaient mon arrestation, des colporteurs de journaux la criaient à Paris. Mes collègues devant qui je parle savent le reste beaucoup mieux que
moi; ils connaissent toutes les tentatives qu'oi^ f faites auprès d'eux pojur préparer le succès d'un rovnan qui paraissait une nouvelle édition de celui de Louvet. Plusieurs pourraient rendre compte dfis visites imprévues qui leur ont été rendues pour les disposer à nie proscrire. Enfin, on assure que Ton était prévenu généralement dans la Convention nationale, qu'un acte d'accusation allait être. poï\té coptre moi (i); on a sondé les esprits à ce sujet, et tout prouve que la probité de la Convention nationale a forcé les calomniateurs? à abandonner ou du moins à ajourner leur criaie; mais qui étaient-ils ces calomniaseurs ? ce que je puis répondre d'abord , c'est que daiis un manifeste royaliste^ trouvé dans les papiers d'un conspirateur connu qui a déjà subi la peine due à sesforJEiaits, et qui paraît être le texte de toutes le6 calomnies renouvelées en ce moment, q^ lit en propres larmes cette conclusion adressée à toutes les espèces d'ennemis public : Si ce^ta^ t^cieux d^magogu^.i^ existait plus y s' il eût payé de sa tête ses n}a^os(mTes anibitieuses ^ la nation sercUt libre; cbflcun pourrait publier ses pensées;
Je Dç suij} DQÎDt assez éclairé sur les qianœuyrès ténébr^si^, BiP^îÇ ^t" tinner si cette nèuvelle est vraie ou fausse ; mais , si elle n'était point diânoiée de fondement,' j'aurais droftâ^en conclure que la probité de la migpritéi dç 1a C;QqY?Piifl9.9^tipa9k a repQUS94 «r Oç.
DE REwi Ï.EVASSEUR. SlQ
Paris n aurait jairuds vu dans sorh sein cette multitfide d^ assassinats vulgairement connus, sous le faux nom de jugemeris du tribunal révolurtionnaire. Je puis ajouter que ce passage est l'analyse des proclamations faites par les princes coalisés et dejs journaux étrangers à la solde des rois, qui^ par cette voie, semblent donner tous le3 jour3 le mot d'ordre à tous les conjurés de Tinlérieur. Je ne citerai que ce passage de l'un des plus accrédités de ces écrivains (i)^
Je puis doné répondre que les auteurs, de ce plan de calomnies sont d'abord le duc d'Yorck, M. Pitt, et tous les tyrans armés contre nous. Qui ensuite?... Ah! je n'ose les nommer dans ca.mor ment et dans ce lieu : je ne puis me résoudre à déchirer entièrement le voile qui couvre ce profpud mystèr^e d'iniquités; niais ce que je puis affirmer positivement, c'est que, p^i^n^i Aç?f .*u? tjçurs de. cette trame, sont lesagei^s (le ce système de corruption et d'ei^travagance , le plus pui;§9ant de tous les moyens inventés par l'étranger poiir perdre la république, SQ«t le3 apôtres impurs de l'athéisme et de l'immoralité dont il est Ja base.
C'est une circonstance biein remarquable que
(i) La commission a chfirèhé inutilement dans les papien de Robei« pierre le journal dont il cite un passade.
Totre décret du , qui rafFarmit les base
ébranlées de la morale publique, fut le sigd d'un accès de fureur des ennemis de la répit blique. C'est de cette époque que datent les » sassinats et les nouvelles calomnies, plus oîm nelles que les assassinats. Les tyrans sentaied qu'ils avaient une défaite décisive à réparer. L proclamation solennelle de véritables principe détruisit en un jour les fruits de plusieurs année d'intrigues; les tyrans triomphaient, le peupli français était placé entre la famine et rathéisme, plus odieux que la famine. Le peuple peut sap porter la faim, mais non le crime; le peupk sait tout sacrifier, excepté ses vertus. La tyrannie n'avait pas encore fait cet outrage à la natmc humaine, de lui faire une honle de la morale d un devoir de la dépravation; les plus vils des conspirateurs l'avaient réservé au peuple français dans sa gloire et dans sa puissance. La tyrannii n'avait demandé aux hommes que leurs biens d leur vie; ceux-ci nous demandaient jusqu'à not consciences : d'une main ils nous présentaietil tous les maux, et de l'autre ils nous arrachaieni l'espérance. L'athéisme, escorté de tous les crimeS] versait sur le peuple le deuil et le désespoir, d sur la représentation nationale les soupçons, k mépris et l'opprobre. Une juste indignation comprimée par la lerreur fermentait sourdement dani tous les cœurs. Une éruption terrible , inévitable]
DB RENB LEYASftEUR. 3^1
bouillonnait dans les entrailles du volcan , tandis que de petits philosophes jouaient stupidement sur sa cime, avec de grands scélérats. Telle était la situation de la république, que^ soit qu^ le peuple consentît à souffrir U tyrannie, soit qu'il en secouât violemment le joug, la liberté était également perdue; car^ par sa réaction, il eût blessé à mort la république , et par sa patience il s'en serait rendu indigne. Aussi de tous les pro-* diges de la révolution, celui que la postérité concevra le moins , c'est que nous ayons pu échapper à ce danger. Grâces immortelles vous soient rendues ^ vous avez sauvé la patrie , votre décret
du est lui seul une révolution ; vous avez
frappé du même coup l'athéisme et le despotisme sacerdotal, vous avez avancé d'un demi-siècle llieure fatale des tyrans, vous avez rattachés à la révolution tous les cœurs purs et généreux, vous l'avez montrée au monde dans tout l'éclat de sa beauté céleste. O jour à jamais fortuné, où le peuple français tout entier s'éleva pour rendre à l'auteur de la nature le seul hommage digne de lui! Quel touchant assemblage de tous les objets qui peuvent enchanter les regards et le cœur des hommes! ô vieillesse honorée ! ô généreuse ardeur des enfans de la patiiel ô joie naïve et pure des jeunes citoyens! ô larmes délicieuses des mères attendries! ô charme divin de l'innocence et de la
beauté! ô majesté d'un grand peuple heureux III. ^^
par le seul sentiment de sa force, de sa gloire et de sa vertu! Être des êtres! le jour où, l'univers sortit de tes mains toutes puissantes, brilla-t-il d'une lumière plus agréable à tes yeux, que ce jour où, brisant le joug du crime et de l'erreur, il parut devant toi digne de tes regards et de ses destinées?
Ce jour avait laissé sur la France une impression profonde de calme, de bonheur, de sagesse et de bonté. A la vue de cette réunion sublime dii premier peuple du monde, qui aurait cru que le crime existait encore sur la terre (i)? Mais quand le peuple, en présence duquel tous les vices privés disparaissent, est rentré dans ses foyers domestiques, les intrigans reparaissent', et le rôle des charlatans recommence. C'est depuis cette époque qu'on les a vu s'agiter avec une nouvelle audace et chercher à punir tous ceux qui avaient déconcerté le plus dangereux de tous
( I ) Lignes raturées :
Quel homme n'a pas été pénétré du charme touchant qu'il portait dans tous les cœurs ? Quel est le représentant du peuple qui , dans ce moment , n'a pas cru recueillir la plus douce récompense de son dérouement à la patrie ? Quiconque aurait tu ce spectacle avec des yeux secs ou avec une âme indifférente , est un mon[stre. Le silence du sentiment imprimait plus éloquemment que les discours les émotions douces et profondes dont tous les cœurs étaient remplis, et ce cri échappait de tous les cœurs : ^e quiconc^ue avait vu ce grand spectacle , pouvait quitter la y'it sans regret.
les coîfnplots. Croirait-on qu'au sein de l'allégresse publique, des hommes aient répondu par des signes de fureur aux touchantes acclamations du peuple ? Croira-t-on que le président de la convention nationale , parlant au peuple assemblé, fut insulté par eux, et que ces hommes étaient des représentans du peuple? Ce seul trait explique tout ce qui s'est passé depuis (i). La première tentative que firent les malveillans, fut de chercher à avilir les grands principes que vous aviez proclamés, et à effacer le souvenir
(i) Lignes raturées :
A considérer la nature de leur colère , les moyens et Tobjet de la ligue» on eût cm voir les pygmées renouveler la eonspiration des Titans. C'est depuis cette époque que les manœuvres dont j'ai parlé se sont développées. Si le trait dont j'ai à parler n'est pas propre à jeter la lumière la plus vive Sul'la co<alition , je me garderais bien de rappeler certains faits scandaleux arrivés au sein même de la fête de rÉtre-Suprême ; car un sentiment impérieux de pudeur ne me permettrait pas d'avouer que les représentans du peuple ont répondu par les cris de la fureur aux touchantes acclamations du peuple ; que lé président de la Convention nationale, parlant au peuple, fut insulté par des injures grossières et les grossiers sarcasmes de quelques autres , et les courses de ceux qui , cherchant des crimes à ceux qu'ils voûtaient perdre , dans les signes de l'allégresse publique, allaient répandre le poi-^on de la terreur et les soupçons, en disant : Voyez-vous comme on l'applaudit?
On n'oublia rien pour effa'^er les impressions sahitaires qu'avait produites la fête de l'Etre-Suprême. La première tentative fut le rapport de Vadier , rapport où une conspiration politique , profonde , a été déguisée sous le récit d'une farce mystique et sous des plaisanteries assez déplacées.
3l4 MÉMOIRES
touchant de la fête nationale. Tel fut le but du caractère et de la solennité qu'on donna à ce qu^on appelait l'affaire de Catherine Théos. La malveillance a bien su tirer parti de la conspiration politique cachée sous le nom de quelques dévotes imbécilles, et on ne présenta à l'attention publique qu'une farce mystique et un sujet inépuisable de sarcasmes Indécens ou puérils. Les véritables conjurés les échappèrent^ et on faisait retentir Paris et toute la France du nom de la mère de Dieu. Au même instant, on vit éclore une multitude de pamphlets dégoûtans, dignes du père Duchesne , dont le but était d'avilir la Convention nationale , le tribunal révolutionnaire; de renouveler les querelles religieuses, d'ouvrir une persécution aussi atroce qu'impolitique contre les esprits faibles ou crédules^ imbus de quelque ressouvenir superstitieux (i). En effet , une multitude de citoyens paisibles et même do patriotes , ont été arrêtés à l'occasion de cette affaire, et les coupables conspi rent [encore en liberté; car le plan est de les sauver, de lour«menter le peuple, et de multiplier les mécon*
(i) Lignes raturées :
Enfin, de multiplier les chances des assassins, en réTÔllant le fiuwK tisme, tandis qne l'on détournait l'attention publique des Téritablet con^ pirateurs qui conduisaient eux-mêmes toute cette trame.
DE RE»i LEVaSSEUR. 5^5
tetis (i). Que n*a-t-on pas fait pour parvenir à ce but? Prédication ouverte de Tathéisme, violences inopinées contre le culte, exactions commises sous les formes les plus indécentes , persécutions dirigées contre le peuple, sous prétexte de superstition ; système de famine , d'abord par les accaparemens^ ensuite par la guerre suscitée à tout commerce licite, sous prétexte d'accaparement, incarcérations des patriotes, tout tendait à ce but. Dans le même temps la trésorerie nationale suspendait les paiemens; on réduisait au désespoir, par des projets machiavéliques, les petits créanciers de rÉtat^ on employait la violence et la ruse pour leur faire souscrire des engagemens
(i) hipuBt ratupées :
L'affectation insolente avec laquelle raristocratie cherchait à pnéei|>iter le jugement de ce procès , et à en faire Tobjet d'un scandale public ou 4'une comédie ridicule» eût suffi seule pour dévoiler ce projet; mais il est encore prouTë par les &its les plus positifs et les plus midt^liës. Cependant ragent national de la coaunune , pour avoir Sût arrêter, d'après le voBu4tt comité de salut public , quelques agens de ces manœuvras , a été réprimandé et menacé par le comité de sûreté générale. Ce deinîer «omité a encore 4éttODoé l'accusateur public, pour avoir remis les pièces de <3ette affaire au comité de salut publie , qui avait senti la nécessité de l'approfondir avec plus de sa^acilé.
On a voulu surtout dansées ^lermers temps multiplier les mécontens • ^ toujours les vesatioas ont été déguisées sous le prétexte du bien pul>lic ; les persécutions suscitées au peuple sous le prétexte de fanatiarae , les apôtres de Tathéisme et de l'immoralité étaient sans doute le plus fécond et le plus sûr moyen de parvenir à ce but.
SaÔ AliMOlKES . .
funestes à leurs intérêts , au nom de la loi même qui désavoue cette manœuvre. Toute occasion de vexer un citoyen était saisie avec avidité, et toutes vexations étaient déguisées, selon l'usage, sous des prétextes de bien public. On servait l'aristocratie, maison l'inquiétait; on l'épouvantait à dessein pour grossir le nombre des mécontens, et la pousser à quelqu'acte de désespoir contre. le gouvernement révolutionnaire (i). On
^i) Lignes raturées ;
On incarcérait, on persécutait les patriotes ; on prodiguait les attentats , pour en accuser le comité de salut publie. Ceux qui déclament contre le goiivemement, et ceux qui commettent les excès' qu'on lui impute , [sont les mêmes hommes. La conjuration contre le gouremement a commencé au moment de sa naissance , et elle continue actuellement avec une activité. Les conjurés l'ayaient d'abord attaqué collectivement ; ils le poursuivent maintenant en détail dans les membres qui le composent, et ils appellent sur une seule tête cette masse de mécontentement et de haine qu'ils s'efforcent de grossir, pour en écraser ensuite tou^ les autres. Qui peut leur contester qu'il y a de l'habileté dans cette tactique? Ils savent qu'il est plus facile de perdre un homme que de détruire une puissance , et ils croient bien plus à l'empire des petites passions qu'à celui de la raison et des sentimens généreux. On disait'jl y a peu de jours dans les prisons: il est temps de se montrer, le comité de sûreté générale s'est déclaré contre le comité de salut public ; on le disait dans la nuit même où se passa la fameuse séance des deux comités , dont j'ai rendu compte , et il fhllut des précautions actives et extraordinaires pour maintenir Tordre. On arrêta , peu de jours auparavant , des colpoiteurs de journaux qui criaient à perte d'haleine : Grande arrestation de Robespierre ; on répandait le bruit que SaintJust était noble , et qu'il voulait favoriser les nobles ; on répandait fen même temps que je voulais les
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publiait qu'Héraut, Danton, 'Hébert, étaient des victimes .du comité de salut public, et qu'il fallait les venger par la perte de ce comité. On voulait ménager les chefs de la force armée ; on persécutât les magistrats de la commune, et on parlait de rappeler Pache aux fonctions de maire- Tandis que des représentans du peuple tenaient ce langage, tandis qu'ils s'efforçaient de persuader à leurs collègues qu'ils ne pouvaient trouver de salut que dans la perte des membres du comité; tandis que des jurés du tribunal révolutionnaire, qui avaient cabale scandaleusement en faveur des conjurés accusés par la Convention, disaient partout qu'il fallait résister à l'oppression, et qu'il y avait vingt-neuf mille patriotes déterminés à renverser le gouvernement actuel; voici le
TT
proscrire. D^s fripons, appstés au lieu ou les conspirateurs expient, cherchaient à appitoyer le peuple , et disaient : C'est Robespierre qui égorge ces innocens. C'était le cri de ralliement des conlre-révolutîonnaires détenus; c'était celui de tous mes ennemis, qui me renvoyaient les plaintes de tous les citoyens, comme à l'arbitre de toutes les destinées. C'était le moment où on attaquait le tribunal révolutionnaire, où on m'identifiait avec cette institution et avec tout le gouvernement révolutionnaire ; c'était le temps où le comité de sûreté générale prêtait luimême son nom et son appui à toutes ces manœuvres : des libelles insidieux , de véritables manifestes étaient prêts d'édore ; on devait invoquer la déclaration des droits , demander l'exécution actuelle et littérale de la constitution , la liberté indéfinie de la presse , l'anéantissement du tribunal révolutionnaire, et la liberté des détenus*
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langage que tenaient les journaux étrangers^ qui, dans tous les momens de crises, ont toujours annoncé fidèlement les complots prêts de s'exécuter au milieu de nous, et dont les auteurs semblent avoir des relations avec les conjurés. Il Êiut une émeute aux criminels. En conséquence^ ils ont rassemblé à Paris en ce moment, de toutes les parties de la république , les scélérats qui la désolaient au temps de Chauraette et d'Hébert ; ceux: que vous avez ordonné par votre décret de faire traduire au tribunal révolutionnaire.
On rendait odieux le gouvernement révolution' naire pour préparer sa destruction. Après en avoir accumulé tous les ordres , et en avoir dirigé tout le blâme sur ceux qu'on voulait perdre par im système sourd et universel de calomnie , on devait détruire le tribunal révolutionnaire ou le composer de conjurés, appeler à soi l'aristocratie , présenter à tous les ennemis de la patrie l'impunité , et montrer au peuple ses plus zélés défenseurs, comme les auteurs de tous les maux passés. Si nous réussissons, disaient les conjurés, il £eiu^ dra contraster par une extrême indulgence avec l'état présent des choses. Ce mot renferme toute la conspiration. Quels étaient les crimes reprochés à Danton , à Fabre , à Desmoulins ? de prêcher la clémence pour les ennemis de la patrie , et de conspirer pour leur assurer une amnistie Ëitale à la liberté. Que dirait-^on si les auteurs du complot
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^nt je Tiens de parler étaient du nombre de ceux qui ont conduit Danton , Fabre et Desmoulins à l'échafiiud ? Que Élisaient les premiers conjurés ? Hébert , Chaumette et Bonsin s'appliquaient à rendre le gouvernement révolutionnaire insupportable et ridicule , tandis que Camille Desmoulins l'attaquait dans des écrits satyriques y et que Fabre et Danton intriguaient pour le défendre. Les uns calomniaient , les autres préparaient les prétextes de la calomnie. Le même système est aujourd'hui continué ouvertement. Par quelle fatalité ceux qui déclamaient jadis contre Hébert défendent-ils ses complices? Gomment ceux qui jadis accusaient hautement certains membres de la Convention se trouvent-ils Ifgués avec eux contre les patriotes qu'on veut perdre ? Les lâches! ils voulaient dolic me faire descendre au tombeau avec ignominie ! Et je n'aurais laissé sur la terre que la mémoire d'un tyran ! Avec quelle perfidie ils abusaient de ma bonne foi ! Comme ils semblaient adopter les principes de tous les bons citoyens ! Comme leur feinte amitié était naïve et caressante I Tout-à-coup leurs visages se sont couverts des plus sombres nuages ; une joie féroce brillait dans leurs yeux; c'était le moment où ils croyaient toutes leurs mesures bien prises pour m'accabler. Aujourd'hui ils me caressent de nouveau ; leur langage est plus affectueux que jamais. Il y a trois jours , ils étaient prêts à me dénoncer
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comme un Catilina; aujourd'hui il me prêtent les vertus de Caton. Il leur faut du temps pour renouer leurs trames criminelles. Que leur but est atroce! mais que leurs moyens sont méprisables! Jugez-en par un seul trait. J'ai été chargé momentanément, en l'absence d'un de mes collègues , de surveiller un bureau de police générale récemme:]t et faiblement organisé au comité de salut public Ma courte gestion s'est bornée à provoquer une trentaine d'arrêtés, soit pour mettre en liberté des patriotes persécutés , soit pour s'assurer de quelques ennemis de la révolution. Eh bien ! croira-t-on que ce seul mot de police générale a servi de prétexte pour mettre sur ma tête la responsabilité de toutes les opérations du comité de sûreté générale, des erreurs de toutes les autorités constituées, des crimes de tous mes ennemis? Il n'y a peut-être pas un individu arrêté, pas un citoyen vexé à qui l'on n'ait dit de moi : a Voilà l'auteur de tes maux; tu serais heureux et libre s'il n'existait plus, »
Quoi'qu'il en soit, voilà au moins six semaines que ma dictature est expirée, et que je n'ai aucune espèce d'influence sur le gouvernement, le patriotisme a-t-il été plus protégé ? les factions plus timides? la patrie plus heureuse? Je le souhaite. Mais cette influence s'est bornée dans tous lôs temps à plaider la cause de la patrie devant la représentation nationale, et au tribunal de la
D£ KEIvi L£VASSEUH. 53 1
raison publique. Il m'a; été permis de combattre les factions qui vous menaçaient ; j'ai voulu déraciner le, système de corruption et de désordre qu'elle avait établi^ et que je regarde comme le seul obstacle à l'affermissement de la république. J'ai pensé qu'elle ne pouvait s'asseoir que sur les bases éternelles de la morale.
Tout s'est ligué contre moi et contre. ceux qUi avaient les mêmes principes. Après avoir vaincu les dédains et les contradictions de plusieurs, je vous ai proposé les plus grands principes gravés dans vos cœurs, et qui ont foudroyé les complots des athées contre-révolutionnaires. Vous les avez consacrés, mais c'est le sort des principes d'être proclamés par des hommes de bien , et appliqués ou contrariés par les méchans. La veille même de la fête de TEtre-Suprême , on voulait la faire reculer, sous un prétexte frivole. Depuis ^n a cessé de jeter du ridicule sur tout ce qui tient à ces idées; depuis on n'a cessé de favoriser tout ce qui pouvait réveiller la. doctrine des conjurés que vous avez punis. Tout récemment, on vient de faire disparaîte les traces de tous les monumens qui ont consacré de grandes époques de la révolution. Ceux qui rappelaient là révolution morale qui vous vengeait de la calomnie et qui fondait la république, sont les seuls qui aient été détruits. Je n'ai vu chez plusieurs aucun penchant à suivre des principes fixes, à tenir la route de la
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justice tracée eutre les deux écueils que les enne^ mis de notre patrie ont placés sur notre carrière. S'il faut que je dissimule ces vérités , qu'on m'apporte la ciguë. Ma raison j non mon cœur est sur le point de douter de cette république vertueuse dont je m'étais tracé le plan.
J'ai cru deviner le véritable but de cette bizarre imputation delà dictature; je me suis rappelé que Brissot et Rolland en avaient déjà rempli l'Europe dans le temps où ils exerçaient une puissance presque sans borne. Dans quelles mains sont aujourd'hui les armées, les finances et l'administration intérieure de la république ? Dans celles delà coalition qui me poursuit. Tous les amis des principes sont sans influence (i), mois ce n'est pas assee pour eux d'avoir éloigné par le déses*poirdubien un surveillant incommode; son existence seule est pour eux un objet d'épouvante , et ils avaient médité dans les ténèbres , k l'insu de leurs collègues, le projet de lui arracher le droit de défendre le peuple , avec la vie. Oh I je la leur abandonnerai sans regret; j'ai l'expérience du pasaé, je vois l'avenir. Quel ami de la patrie peut vouloir survivre au moment où il n'est plus
(i) Lignes raturées :
S*'à tnste dons le monde uaeeçèn de tgnnmnie» n'^est-œ pas eele dont Je suis Tictime ?
DE RENjf LXVA8SEUR. 553
permis 4e la servir et de défendre rinnocence opprimée ? Pourquoi demeurer dans un ordre de choses ou à l'intrigue triomphe éternellement de la vérité , où la justice est un mensonge , où les plus viles passions^ où les craintes les plus ridi» cules occupent dans les cœurs la place des inté^ rets sacrés de l'humanité ? Comment supporter le supplice de voir cette horrible succession de trai<^ très plus ou moins habiles à cacher leurs âmes hideuses sous le voile de la vertu , et même de Tamitié, mais qui tous laisseront à la postérité rembarras de décider lequel des ennemis de mon pays fut le plus lâche et le plus atroce?
En voyant la multitude des vices que le torrent de la révolution a roulés péle-méle avec les vertus civiques, j'ai craint quelquefois, je Tavoue, d'être souillé aux yeux de la postérité par le voi* sinage impur des hommes pervers qui s'introduisaient parmi les sincères amis de l'humanité , et je m'applaudis de voir la fureur des Verres et des Catilina de mon pays tracer une ligue profonde de démarcation entre eux et tous les gens de bien (t). J'ai vu dans l'histoire tous les défenseurs
(i) Lignés raturées :
Qu'ils me préparent la cî^ , je Fattendrai sur ces sièges sacrés; Je léguerai du moins à ma patrie l'exemple d'un constant amour pour eUt , et aux ennemis de l'humanité l'opprobre et la mort.
de la liberté accablés par la calomnié; mais leurs oppresseurs sont morts aussi. Les bons et les méchans disparaissent de la terre ^ mais à des conditions différentes. Français, ne souffrez pas que vos ennemis osent abaisser vos âmes par leur désolante doctrine ; non Chaumetté, non, la mort n'eist pas un sommeil éternel. Citoyens, effacez des tombeaux cette maxime gravée par des mains sacrilèges, qui jettent un crêpe funèbre sur la nature, qui décourage l'innocence opprimée, et qui insulte à la mort ; gravëz-y plutôt celle-ci : ha mort est le commencement de V immortalité •
Je promis, il y a quelque temps, de laisser un testament redoutable aux oppresseurs du peuple. Je vais le publier dès ce moment avec l'indépendance qui convient à la situation où je me suis placé : je leur lègue la vérité terrible et la mort.
Représentans du peuple français, il est temps de reprendre la fierté et la hauteur du caractère qui vous conviennent. Vous n'êtes point faits pour être régis, mais pour régir les dépositaires de votre confiance. Les hominages qu'ils vous doivent ne consistent pas dans ces vaines flagorneries^ dans ces récits flatteurs, prodigués aux rois par des ministres ambitieux, mais dans la vérité, et surtout dans le respect profond pour vos principes. On vous a dit que tout est bien dans, la république : je le nie. Pourquoi ceux qui; avant -hier, vous prédisaient tant d'affreux orages, ne voyaient-ils
DE RJTNÉ LEVASSEUR. 535
plus hier que des nuages légers? Pourquoi ceux qui vous disaient naguères : Je vous déclare que nous marchons sur des volcans, croient-ilsrne marcher aujourd'hui que sur des roses? Hier ils croyaient aux conspirations : je déclare q«è j'y crois dans ce moment. Ceux qui vous disent que la fondation de la république est une entreprise si facile , vous trompent, ou plutôt ils ne peuvent tromper personne. Où sont les institutions sages, où est le plan de régénération qui justifient cet anibitieux langage? S'est-on seulement occupé de ce grand objet? Que dis-je? ne voulait-on pas proscrire ceux qui les avaient préparées? On les loue aujourd'hui, parce qu'on se croit plus faible; donc on les proscrira encore demain si oh devient fort. Dans quatre jours, dit-on, les injustices seront réparées : pourquoi ont-elles été commises impunément depuis quatre mois? Et comment, dans quatre jours, tous les auteurs de nos maux seront -ils corrigés ou chassés? On vous parle beaucoup de vos victoires (i) avec une légèreté académique , qui ferait croire qu'elles n'ont coûté à nos héros ni sang ni travaux : racontées avec moins de pompe , elles paraîtraient plus grandes. Ce n'est ni par des phrases de rhéteur, ni même
( I ) Ligne raturée :
w Atcc des récits moins pompeux , elles paraîtraient plus grandes.
556 Ml&MOlRXS
par de$ exploits guerriers que no^s subjuguerons l'Europe , mais par la sagesse de nos lois , par la majesté de nos délibérations, et par la grandeur de nos caractères, Qu'a-t-on fait pour tourner nos succès militaires au profit de nos principes, pour prévenir les dangers de la victoire, ou pour nous en assurer les fruits? Surveillez la victoire; surveillez la Belgique. Je vous avertis que votre décret contre les Anglais a été éternellement violé ; que l'Angleterre, tant maltraitée par nos discours^ est ménagée par nos armes. Je vous avertis que les comédies philantropiques jouées par Dumouriez dans la Belgique, sont répétées aujourd'hui; que l'on s'amuse à planter des arbres stériles de la liberté dans un sol ennemi, au lieu de cueillir les fruits de la victoire, et que les esclaves vain* eus sont favorisés aux dépens de la république victorieuse. Nos ennemis se retirent , et nous laissent à nos divisions intestines. Songez à la fin de la campagne; craignez les factions intérieures; craignez les intrigues favorisées par l'éloignement dans une terre étrangère. On a semé la division parmi les généraux; l'aristocratie militaire est protégée; les généraux fidèles sont persécutés; l'administration militaire s'enveloppe d'une au-* torité suspecte; on a violé vos décrets pour secouer le joug d'une surveillance nécessaire. Ces vérités valent bien des épigrammes.
Notre situation intérieure est beaucoup plus
DE RÉNK LEVASSEUR. 557
tsritiquer Un système raisonnable de finances est à créer; celui qui règne aujourd'hui est mesquin, prodigue^ tracàssier, dévorant , et , dans le fait , absolument indépendant de votre surveillance suprême, I^es relationis extérieures sont absolument négligées. Presque tous les agens employés chez les puissances étrangères, décriées par leur incivisme , ont trahi ouvertement la république^ avec une audace impunie jusqu'à ce jour.
Le gouvernement révolutionnaire mérite toute votre attention : quil soit détruit aujourd'hui, demain la liberté n'est plus. Il ne faut pas le calomnier, mais le rappeler à son principe, le simplifier, diminuer la foule innombrable de ses agens, les épurer surtout ; il faut rendre la sécurité au peuple, mais non à ses ennemis. Il ne s'agît point d'entraver la justice du peuple par dé^ formes nouvelles; la loi pénale doit nécessairement avoir quelque chose de vagué, parce que le caractère actuel des conspirateurs étant la dissimulation et l'hypocrisie y il faut que la justice puisse les saisir sous toutes les formes. Une seule manière de conspirer laissée impunie, rendrait illusoire et compromettrait le salut de la patrie. La garantie du patriotisme n'est donc pas dans la lenteur ni dans la faiblesse de la justice nationale, mais dans les principes et dans l'intégrité de ceux à qui elle est confiée , dans la bonne foi du gouvernement, dans la protection fi*ancbe qu'il acm. ^^
338 MfiMOIRES
corde aux patriates^el dans l'énergie avec laquelle il comprime l'airi&tocratie; dap$ l'esprit public , dans certaines institutions morales et politiques > qpi , sans entraver la marche de la justice , otfrQUt une suuve-garde aux bons citoyens ^ et compriment par leur influence sur l'opinion publique <4; sur la direction de la marche révolutionnaire (i)> et qui vous seront proposées quand les conapira*tions les plus voisines permettront aux amis de la liberté de respirer.
Guidons l'action révolutionnaire par des maxt* mes sages etcîonatdtnment maintenues; punissons sévèrement ceux qui abusent des principes révo» lutionnaires pour vexer les citoyens; qu'on sok bien^ convaincu que tous ceux qui sont chargés de la surveillance nationale^ dégagés de tout esprit de parti 9 veulent fortement le triomphe du patriottsmci et la punition des coupables. Totit loutre dans l'ordre (a); mais si l'on devine que les hommes trop influens désirent en secret la destruction du gouvernement révolutionnaire , qu'ils inclinent à l'indulgence plutôt qu'à la jusrtice; s'ils emploient des agens corrompus^ s'ils
(i)Iii9»è tatttfées
Ci* sont ces inetitutiona qui nous maïKjiient cactre.
(a) Lignes raturées :
Tout marchera \ers le yérîtable but des institutions réyolutionnmres ; et la t«rrem> nfit>rfmée'au tthhé sera W meiHenre garànlk ât ViHiio^ renée.
DE Rini LKVASSEUR. 35$
calomnient aujourd'hui ta seoie aotorîté qui en impose aux ennemis de la liberté et se rétractent le lendemain pour intriguer de nonreau ; si , an Uno de rmdre la liberté aux patriotes , ib la ren» dent indistinctenient aux cultiTateurs; alors tons les intiîgans se lignent pour aalomnier les* p^r triotes et les opprimer ( i). C'est à tontes ces causes qu'U^Êiut imputer les abus et non au gouverne^ ment révolutionnaire ; car il n'y en a pas un €fm ne lut insupportable aux mêmes conditions.
La gouvernement révolutionnaire a sauvé la patrie; û £aut le sauver lui-même de tous 1» éctieîls i ce serait mal conclure de croire qu'il faut le déirtiire , par cela seul que les CMiemia du bien public l'ont d'aboird paralysé ^ et s^e£brceirit maintenant de le corrompre. C'eat une étrange manière de protéger kn patriotes-, de mettre en liberté les contre « révolutioamaires et dé hiwf triompher les fripons ! 4: est la tcrrenr «ki crime qui f'tit la sécurité de Tinnccence.
An reste, je sois foin d'imputer les abns< àla majorité de ceux à qui voas avez donné votre confiance ; la majorité est elle-ménie paralysée et trahie; l'intrigue et l'étranger triomphent» On Se
(i) Lignes raturéts :
Cest une maoTaise manière de protéger les patrt#les , d» dainer le libectiwa ooiipahlm; cari»tfnN«idc8CffimîMlid«l9ré?aM9ii49tla meilleure garantie de rtanooenoe.
cache^ on dissimule, on trompe.: donc on .conspire. On était audacieux ; on méditait un. grand actç d'oppression ; on s'entourait de la force pour comprimer l'opinion publique après l'avoir irri- ^ée.(i)r on cherche à séduire. des fonctionnaires publics dont on redoute la fidélité; on persécute les amis de la liberté : on conspire donc. On devient tout-à-rcoup souple et même .flatteur ; on sème sourdement des insinuations, dangereuses contre > Paris ; on cherche., à endormir l'opinion publique ;. on calomnie le peuple; on érige en crame la sollicitude civique; on ne renvoie point les déserteurs, les prisonniers ennemis^ les contrerèyolutionnaires de. toute espèce qui se rassemj>lent à Parisy et ,on éloigne les canonniers; on idésartne les citoyens i on intrigue dans l'armée; on cherche à s'emparer de tout : donc, on cons<pioé. Ges jours« derniers, on chercha^à vous^donsérie diangesur la conspiration ; aujourd'hui on la nie : c'est même, un crim^ d'y croire-^r on^^vous jeffrate , on vous rassure tour à tour.: Ja véritable conspiration, la voilà.
: La contre^révolution est dans l'administration .-des finances.
Elle porte toute sur un système d'innovation
'• « (i) Ligne raturée :
' • On caUwimiaît d'avanoe rindiinatMm publique- qu'on se pr^Mmit à
adter
DE RENÉ LEYÀSSEUR. 5^1
contre-révôlulionmiire, déguisée sbus le dehot's du patriotisme. Elle a pour but de fomenter ragib*tage, d'ébranler le crédit* public en déshonoraM la lo3'auté française, de favoriser lès richescrèanciers, de ruiner et de désespérer, les pauvres*, de multiplier les mécoiitens , de dépouiller le peupk des biens nationaux, et d'amener insensiblement la ruine de la fortune publique.
Quels sont les administrateurs suprêmes de nos finances? Des brissotins, des feuillans, des arts* t ocrâtes et des fripons connus : ce sont les Gàm^ bon , les Mallarmé , les Bamel : ce sont les conir pagnons et - leis successeurs de Chabot^ de Fabvè et dcv Julfen ( de Toulouse ). ' ' >
Pour pallier leurs pernicieux desseins, ils se sont avisés, dans les derniers teinps, de prendra l'attache du comité de salut public, parce qu'on ne doutait pas que ce comité, distrait par tant et de si grands travaux > adopterait de confiance; comme il est arrivé quelquefois, tous les' projeta de Cambon. C'est un nouveau stratagème imaginé pour multiplier les ennemis du comité, dont la perte est le principal but de toutes les conspirations.
La trésorerie nationale^ dirigée par un contrerévolutionnaire hypocrite , nommé Lerrnina> seconde parfaitement leurs vues par le plan qu'elle a adopté, de mettre des entraves à toutes les dé^ penses urgentes, sous le prétexte d'un attacher ment^scrupuleux aux formes, de ne payer* per-r
54^ flfKMOllBS
sonne, excepté les arislocrates^ et de ^rexer les dtoyens mal-aisés par des refus ^ par des retards, et souvent par des provocations odieuses*.
La >oontro-rév(^tion est dans toutes les parties de réconomie poiitiqtie. Les conspirateurs nous ont précipités^ malgié nous, dans des mesures violentes ^ qœ leurs crimes seuls ont mdu nécessaires, et réduit la irépublique à la plus affiveuse disette, tÊ. qui l'auraient afihmée , sans le concours des érénemens les plus inattendus. Ce système était Fouvrage de T^Yanger^ <^i Ta pll*oposé par T'Organe vénal des €lbatM>t , des lUillier^ des 9é^ fcert et de tant d'autres scélérats : il faut tous les efforts du génie pour ramener la république k un régime naturel et doux qui seul peut entlrètenir i<'d>on<bnce^ jet cet ouvrage n'est pas encore oMimeneé*
On se irappelle tôt» les crimes prodigués pour réaliser ie pacte êe femine enfanté par le génie infernal de ^Angleterre. Pour nous arracher k ^ce fléau / il a £dlu deux miracles également inespérés : 'le preasier est la rentrée de notre convoi vendu à l'Angleterre avant son départ de f Amé^ rique, et sur lequel le cabinet de Londres comfvtait, et la récolte abondante et prématurée que la nature nous a présentée; l'autre est la patience sublime di| peuple , qui a souffert la ùka même pour conserver sa liberté. Il nous 4*este encore è surmonter le dé£aiut de br», de voitures^ de clMrraux ^ qui est un obstafcle à la moisson et à la
DE RfiMft LSViJiSEUR. 345
culture des teri^^es, et toutes les manoeuvres tra* mées, l'auDce derciière^par nos enoemis, et qu'ils ne manqueront pas de renouveler.
. Les contre-révolutionnaires sont accourus icf pour se joindre à leurs compllices ût défendre leurs patrons, k force d'intrigues let de crimes. Ils comptent sur les contre-révolutionnaires détenus/ &lir les gens de la Vendée et sur les déserteurs et prisonniers ennemi^, qui, selon tous les avis^ s'é« chappent depuis quelque temps en fouie pour se rendre à Paris, comme je Tai déjà dénoncé inutilement pluSiieuns fois au comité de salut public ; enfin sur Taristocralie^ qui conspire en secret autour de nous. On excitera dans la Clonventîon nationale de violentes discussions; les traîtres, cachés jusqu'ici sous des^idehors hypocrites, jeté-, ront le masque; les conspirateurs ^CQu&eront leurs accusateurs, et prodigueront tous Wsstra-». tagèmes jadis mis en usage par Bjrissoit, ^ui* etoufïer la voix de la vérités S'ikne peuvient maîtriser ia Convention par ce moy^a, ils la di<viseront en deux partis, et un vastç champ ^e&t ouvert à la calomnie et à l'intrigue. S'ils la maî*trisent un moment, ils accuseront de de£^K>tiâine et de résistance à l'autorité nationale ceux qui combattront avec énergie leur ligue criminelle ; les cris de Tinnocence opprimée^ les accens mâles de la liberté outragée seront dénoncés comme les indices d'une influence dangereuse ou d!jjne ambition perftoj^nelle. Voais croirez être retourné^^
344 méhoires
sous le couteau des anciens conspirateurs; le peuple s'indignera ; on l'appellera une faction ; la faction criminelle continuera de l'exaspérer, elle cherchera à diviser la Convention nationale du peuple; enfin, a force d'atlentats, on espère parvenir à des troubles dans lesquels les conjurés feront intervenir l'aristocratie et tous leurs complices , pour égorger les patriotes et rétablir la tyrannie. Voilà une partie du plan de la conspiration. Et à qui faut il imputer ces maux? A nousmêmes, à notre lâche faiblesse pour le crime, et à notre coupable abandon des principes proclamés par nous-mêmes. Ne nous y trompons pas : fonder une immense république sur les bases de la raison et de l'égalité^ resserrer par un lien vigoureux toutes les parties de cet empire immense, n'est pas une entreprise que la légèreté puisse consommer ; c'est le chef-d'œuvre de la vertu et de la raison humaine. Toutes les factions naissent en foule du sein d'une grande révolution. Comment les réprimer, si vous ne soumettez sans cesse toutes les passions à là justice ? Vous n'avez pas d'autre garant de là liberté que l'observation rigoureuse des principes et delà morale universelle, que vous avez proclamés. Si la raison ne règne pas, il faut que le crime et l'ambition régnent; sans elle, la victoire n'est qu^un moyen d'ambition et un danger pour la liberté même, un prétexte fatal dont Tintrigue abuse pour endormir le patriotisme sûr les bords du précipice; sans
DE RENE LEYASSEUR. 345
elle, qu'importe la victoire même? La victoire , ne fait qu'armer l'ambition^ endormirle patriotisme, éveiller l'orgueil, et creuser de ses mains brillantes le tombeau de la république. Qu'importe que nos armées chassent devant elles les satellites armés des rois, si nous reculons devant les vices destructeurs de la liberté publique? Que nous importe de vaincre les rois, si nous sommes vaincus par les vices qui amènent la tyrannie? Or, qu'avons-nous fait ' depuis quelque temps contre eux? Nous avons proclamé de grands prix. Que n'a-t-on pas feiit pour les protéger parmi nous? Qu'avons-nous fait depuis quelque temps pour les détruire ? Rien, car ils lèvent une tête insolente, et menacent impunément la vertu; rien , car le gouvernement a reculé devant les factions, et elles trouvent des protecteurs parmi les dépositaires de Tautorité publique : attendons-nous donc à tous les maux 9 puisque nous leur abandonnons l'empire. Dans la carrière où nous sommes , s'arrêter avant le terme, c'est périr ; et nous avons honteusement rétrogradé. Vous avez ordonné la punition de quelques scélérats, auteurs de tous nos maux; ils osent résister à la justice nationale, et on leur sacrifie les destinées de la patrie et de l'humanité. Attendons-nous donc à tous les fléaux que peuvent entraîner les factions qui s'agitent impunément. Au milieu de tant de passions ardentes, et dans un si vaste empire, les tyrans dont je vois les armées fugitives , mais non en vé-
54/Bi MEMOIRES
loppéeSy mais non exterminées^ se r^etireot pour vous laisser en proie à Vos dissensions ioteslines qu'ils allument eux-mêmes, età une armée d'agens criminels que vous ne savez pas même apercevoir. Laissez flotter un moment les rênes de la révolu^ ^ tion, vous verrez le despotisme militaire a*en emparer, eC le chef des £actioas renverser b représentation nationale avilie. Un siècle de guerre <uvile et de calamités désolera notre patrie p et nous périrons pour n'avoir pas vo^lu saisir un moment marqué dans l'histoire des hommes pour fonder la liberté; nous lîvrpns notre patrie à un siècle de calamités (i), et les inalédictions du peuple s'attacheront à notre mémoire qui devait être chère au genre humaiq.
Nous n'aurons pas m^me ie mérite d'avoir entrepris de grandes choses par des moti& vertueux. On nous confondra avec les indignes mandataires du peuple qui oint déshonoré la représentation nationale» et nous partagerons leurs forfaits en les laissant impunis. L'immortalité s'ouvrait devant nous : nous périrons avec ignominie. Les bons citoyens périront, les méchans . périront aussi. Le peuple outragé et victorieux les laisserait-il jouir en paix du fruit de leurs crimes 1 Les tyrans eux-mêmes ne briseraient-ils pas ces vîls
( I ) Lignes i«turëef :
UX notre méinokie, qui devait éU'e chère au iiioi<.le) sera r«l)îeC 4cs vujédîctions du genre humain.
DE KEhé LSVASSEUR. S47
ixistrumens? Quelle justice atons^Dôus £iiteenYer& les oppresseurs du peuple? quels sont les patriote» opprimés par le3 plus odieux abns de rautorité nationale qui ont été vengés? QuetlUs-je? quels sont tous ceux qui ont pu faire entendre impunément la voix de Tixiiiocence opprimée? Les coupables n'ont-iis.pas établi cet afi&*eux principe que délioncçr un représentant ioûdèle, c'ftst conspirer contre la repr^entatioa nationale? L'oppresseur répond ^ux opprimés par rincarcération et de nouveaux outrages. Cependant les départemens où ces crimes ont été commis, les îgnorent-iLs parce que nous les oublions? et les plaintes que nous repoussons ne retentissent*elles pas avec plus de force dans les ccâurs con^primés des citoyens malheureux ? Il est ai* fecile et si doux d'être juste ! j>ourqiioi nous dévouer à l'opprobre des coupa|>l^ en les tolérant! Mais quoi i les abus to* lérés n'iroAt*-jils pas en croissant? les coupables impunis ^e voleront-ils pas de itrimes en crimes ? Youlonsnuous partager .tant ^d'infamie et nous vouer au sort affreux des oppresseurs du peupie? Quels titres ont-ils pour en opposer, même aux plus vils tyrans? ^ne isiction pardonnerait .à une autre fadion. Bientôt les soél'érats vengeraient lo monde en s'entre-égorgeant eux-mêmes^ et s'iJ& échappaient à la justice 4es hommes ou à Iquv propre fureur, échapperaient-ils à la justi^ éter* nelle qu'ils ont oiit4*agée par le .plu3 horrible do tous les £>r£uts ?
Pour moi^ dont rexistence parait aux ennemis de mon pays un obstacle à leurs projets odieux, je consens volontiers à leur on faire le sacrifice, si leur afireux empire doit durer encore. Eh! 'qui pourrait, désirer de voir plus long-temps cette horrible succession de traîtres plus ou moins habiles à cachèr.leurS'âmes hideuses sous un masque de vertu, jusqu'au moment où leur crime paraît mûr; qui tous laisseront à la postérité l'embarras de décider lequel des ennemis de ma patrie fut le plus lâche et le plus atroce.
Si l'on proposait ici de prononcer une amnistié en faveur des députés perfides, et de mettre les crimes de tout représentant sous la sauve-garde d'un. décret, la rougeur couvrirait le front de chacun de nous; mais laisser sur la tête des représentans fidèles le devoir de dénoncer les crimes, et cependant d'un autre côté les livrer à la rage d'une ligue insolente^ s'ils osent le remplir, n'estce pas tin désordre encore plus révbltant ? c'est plus que protéger le crime, c'est lui immoler la vertu.
En voyant la multitude des vices que le torretit de la révolution a roulés péle-méle avec les vertus civiques^ j'ai tremblé quelquefois d'être souillé aux yeux de la postérité par le voisinage impur de ces hommes pervers qui se mêlaient dans les rangs des défenseurs sincères de l'humanité; mais la défisiite des factions rivales a comme émancipé tous les vices; ils ont cru qu'il ne s'agissait plus
pour çux que de. partager la patrie comme un butin ^ au lieu de la rendre libre et prospère. Je les remercie de ce que la fureur dont ils sont animés contre tout ce qui s'oppose à leurs projets, a iracé la ligne de démarcation entre eux et tous les gens de bien; mais si les Verres et les Catilina de la flrance se croient déjà assez avancés dans la carrièredu crimepour exposer sur la tribune auxharanguesla tête de leur accusateur, j'ai promis aussi naguère de laisser à mes concitoyens un testament redoutable aux oppresseurs du peuple, et je leur lègue dès ce moment l'opprobre et la mort. Je conçois qu'il est facile à la ligue des tyrans du monde d'accabler un seul homme; mais je sais aussi quels sont les devoirs d'un homme qui peut mourir en défendant la cause du genre humain. Tai vu dans l'histoire tous les défenseurs de la liberté accablés par la fortune ou par la calomnie ; mais bientôt après, leurs oppresseurs et leurs assassins sont morts aussi. Les bons et les méchans, les tyrans et les amis de la liberté disparaissent de la terre, mais à des conditions différentes. Français, ne souffrez pas que vos ennetnis cherchent à abaisser vos âmes et a énerver vos vertus par une funeste doctrine. Non, Chaumette, non Fouchet, la mort n'est point un sommeil éternel. Citoyens, effacez des tombeaux cette maxime impie qui jette un crêpe funèbre sur la nature et qui insulte a la mort : gravez-y plutôt celle-ci : Laniortestle èommmencement de VimmorUiUté.