CHAPITRE PREMIER
fifigime dit de la terreur. <-» AnniTerstire da sz janiier. — Abolitioxi de Feselavage. — Accusation portée contre Ronsin, Vincent et autres. -^ Fabre-d*Églantine et Delaunay d*Angers accusés à kur tour, — - Rob«« pierre flotte entre les deux partis. — Radiation de Camille-Desmoulins. •^ Rupture de Danton avec le comité de salut pid>lic.
Nous sommes parvenus àu milieu de Tère de la terreur, dont les douloureuses crises ont fait maudire la révolution par tant de Français. Avouons d'abord que , d*où vienne la faute y le sang versé à cette époque a jeté sur notre glorieuse révoluiii. . I
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tion une tache ineffaçable ; avouons que ce gouffre odieux , où tous les partis sont venus tour à tour s'engloutir , a, en excitant un ef£roi général , préparé le règne du despotisme militaire ; mais , il £aut le répéter, nul n'avait voulu pousser la révolution dans ces sinistres voies, et l'homme le plus sanguinaire, fût-ce même un Collot-d'Herbois ou un Fouquier-Tinv^Ue, eût reculé devant le tableau hideux de tant de misères si on le lui eût présenté comme une conséquence de ses actes. Sans doute quelques fanatiques , à la tête desquels il faut placer Saint-Just, ont calculé la nécessité de verser du sang comme un moyen de fonder la liberté ; sans doute ces farouches républicains ont voulu frapper de terreur les deux castes opposantes par l'aspect de l'échafaud où leurs membres étaient traînés , mais jamais ils n'avaient compris , même comme transition , qu'on arriverait à un état de choses tel , qu'aucune condition , quelque obscure qu'elle fût, ne préserverait des vengeances politiques. Danton, qui avait osé le premier nous présenter l'anarchie comme une arme , et les désordres populaires comme un indispensable moyen de force ; Danton fut aussi le premier à reculer devant son propre ouvrage quand il vit des excès en quelque sorte permanents prêts à engloutir Fbrdi'e social tout entier. Camille-Desmoulins, qui àVaft osé preridi'e le titre burlesquement féroce deproéureur-générarl de la lanterne, fut saisi d'horréût k la vue de meurtres judiciaires dont il était
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impossible de prévoir le terme; et Robespierre lui-même sentit tourner sa tête lorsqu'il contempla le mouvement révolutionnaire parvenu au plus haut degré de sa roue.
Pour nous, obscurs montagnards, qui, sans prétendre jamais à diriger la machine politique, avions dévoué notre vie à la république , nous ne pouvions pas voir sans frémir les résultats transitoires de nos mesures énergique^ et des résistances qu'elles avaient excitées. En proie à la plus vive douleur quand nous apercevions les nouveaux obstacles apportés à la fondation de la république , et les outrages réitérés que l'humanité avait à subir, nous nous consolions par cette seule pensée, que nous avions cherché l'intérêt public en faisant abnégation de tout sentiment particulier, et nous nous appliquions à étudier l'état de la France pour porter un prompt remède à ses maux et cicatriser à la fois ses plaies récentes et ses anciennes blessures; convaincus que nous étions entourés de trahisons, nous n'osions pas arrêter violemment la sombre énergie du comité de salut public, dans la crainte de n'avoir rien à lui opposer ; nous attendions en silence le moment propice à des réparations nécessaires et à la fondation d'un ordre de choses meilleur; mais au milieu de cette épouvantable conflagration nous n'avons jamais douté de la république; nous avons toujours eu devant nos yeux le but qu'il fallait atteindre, le bonheur de la France , et nous
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n'avons jamais désespéré d'y arriver. Toute faction nous était également étrangère, également odieuse; soit qu'elle se parât du masque de l'humanité, soit qu'elle poussât aux excès : le régime de la terreur nous pesait, mais nous Aurions voulu y mettre un terme sans rien perdre de Fé^ nergie révolutionnaire,, saps rien désavouer d^ notre passé.
, Les contre-révolutionnaires vont répétant der puis trente*cinq ans, que, comme des bête^ fauves, nous ne cherchions qu'une proie; ils denjiànderont des preuves du sentiment douloureux qui nous agitait; ils n'ont qu'à ouvrir le Moniteur pour les trouver. Mais ils le savent bien ; ils se sont complu dans les plus noires calomnies ; ils ont cherché dans les actes même qui prouvent notre répugnance pour le sang des motifs à leurs plus atroces iDCulpations; ainsi, j'ai lu dans tous nos accusateurs que dans plusieurs fêtes publiques la Montagne était allée se repaître du spectacle des supplices. Une fpis, au contraire, le jour anniversaire. du !2i janvier 1793, la commune parisienne ayai^t offert l'échafaud à nos regards, une indignatidi;^ spontanée éclata sur tous les bancs de la Convention, et l'on déféra à la poursuite des comités de gouvernement l'infâme conduite des municipaux qui: avaient osé nous présenter comme un plaisir l'aspect du supplice.
D'après l'état dès esprits , tel que je viens de le peindre, /)n jugera aisément que ce n'était point
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sur les bancs des purs montagnards que se trouvaient les partisans des excès et des meurtres judiciaires. L'étranger seul avait un intérêt direct à souiller notre cause. C'est l'étranger qui a prolongé une crise nécessaire et l'a plongée dans le sang et dans les larmes. *
^Nous nous occupions cependant d'utiles travaux ; Ilabaudeau dans le sein du comité d'agriculture, Guiton - Morveau et Grégoire à la tête de l'instruction publique, jetaient les bases d'améliorations positives dans le sort du peuple. La vente des biens nationaux, les réstrictions apportées à la faculté de tester, et la protection efficace accordée à la classe pauvre, ouvraient au véritable peuple la route d'un bien-être réel que n'avaient pas même rêvé les pbilantropes des précédentes assemblées. En dépit des terribles bouleversements qtn atteignaient les classes supérieures de la société , la masse gagnait déjà à la fondation de la république ; plus d'un château à tourelles et plus d'un parc immense en s'écroulant faisaient place à de nouveaux villages , où une population naguère ilote naissait à la liberté et venait s'asseoir pour la première fois au banquet de la civilisation française; qiiand ce résultat eût été l'unique fruit de nos travaux, nous pourrions déjà nous regarder comme assez payés de nos sacrifices, mais en même temps une régénération morale d'un ordre plus élevé s'opérait; le cynisme même , introduit dans les formes sociale» , concourait à la rendre