‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnelChapitre 4 sur 33 · M)£MOIRES · texte numérisé non relu

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radicale. La terreur qui contraignait l'élégant du faubourg Saint-Germain à s'afbbler de la carmagnole et à bégayer le tutoiement républicain rapprochait véritablement les rangs, dont Tégallté jusque là n'avait été décrétée que sur le papier. En 1789 le peuple avait détesté la noblesse; ea 1793 seulement il commença à n'y plus croire. Il faut remarquer aussi qu'en dépit des tentatives immorales de l'aristocratisme déguisé les mœurs privées s'épurèrent au creuset révolutionnaire. Dès qu'un noble aliment , le patriotisme, fut donné à l'activité de la jeunesse de tous les rangs , le bonteux libertinage de l'ancien régime disparut. On vit s'évanouir ces classes nombreuses de chevaliers d'industrie faisant métier d'hommes à bonnes fortunes ; et si l'effervescence des sens entraînait encore la jeunesse à des excès , du moins elle cessa d'en tirer une sorte de gloire. La pudeur publique que les honteuses saturnales du règne de Louis XY avaient détruite^ ressuscita avec son antique éclat; et, si des désordres particuliers subsistèrent, du moins on ne trouva plus que honte et malheur à les afficher. En même temps y la convention songea que la nation devait veiller à l'éducation de tous ses enÊmts. Un vaste travail , présenté par Grégoire, établit les véritables principes en fait d'éducation : la nation doit à tous l'instruction primaire ; car, cette instruction est une nécessité dans un siècle comme le nôtre ; elle ne doit à personne les hautes études, car elles

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sont un loxe qui doit être remis aux soins privée de la fistmille; aus^ l'éducation gratuite (bt-elle bornée à l'instruction primaire et à Tapprentissage d'un métier; mais cette utile instruction fut assurée à tous les enfants : depuis l'on a mieux aimé créer comme autrefms des bourses dans les collèges pour qudques privilégiés. La postérité jugera lequel vaut mieux des deux systèmes ; elle aura à prononcer entre ce qu'on a appelé le vandalisme révolutionnaire et l'élégance des moeurs impériales. Nous ne craignons pas son jugement.

Malgré l'immense pas qu'avait fait la société fran-çaise depuis 1789, les colonies n'avaient pas encore participé aux bienfaits de notre régénération. Au mois de janvier 1794 9 une députation d'hommes de couleur de Saint-Domingue vinrent nous demander la liberté. Je m'écriai : « je demande que la convention, ne cédant pas à un mouvement d'enthousiasme, mais aux principes de la justice, fidèle à la déclaration des droits de Chomme, décrète dès ce moment que l'esclavage est aboli sur tout le territoire de la république : Saint-Domingue fiiit partie de ce territoire , et cependant nous avons des esclaves k Saint-Domingue. Je demande donc que tous les hommes soient libres sans distinction de couleur. »

Lacroix ajouta : « en travaillant à la constitution du peuple français nous n'avons pas porté nos regards sur les malheureux hommes de couleur. La

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postérité aura un graad reproche à nous fiaîre de ce côté ; mais nous devons réparer ce tort. Inutilement avons-nous décrété que nul droit féodal ne serait perçu dans la république française. Yous venez d'entendre un de nos collègues dire qu'il y a encore des esclaves dans nos colonies. Il est temps de nous élever à la hauteur des principes de la liberté et de l'égalité^ On aurait beau dire que nous ne reconnaissons pas d'esclaves en France , n'est-il pas vrai que les hommes de couleur sont esclaves dans nos colonies ? Proclamons la liberté des hommes de couleur. En faisant cet acte de justice' vous, donne? un grand exemple aux hommes de couleur esclaves dans les colonies anglaises et espagnoles. Les hommes de couleur ont comme nous, voulu briser leurs fers; nous avons brisé les nôtres; nous n'avons voulu nous soumettre au joug d'aucun maître ; accordons-leur le même bienfait. »

Je repris : « s'il était possible de mettre sous le» yeux de la Convention le tableau déchirant des maux de l'esclavage, je la ferais frémir de l'aristocratie exercée dans nos colonies par quelques blancs. X)

Lacroix demanda alors la fin die la discussion : a Président, dit-il, fie souffre pas que la Convention se déshonore par une plus longue discussion. »

Toute l'assemblée se leva en signe d'adhésion , et l'abolition de l'esclavage fut proclamée au milieu des applaudissements et des cris de vii^e la liberté^ de tous les membres de la Convention. Danton so

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mêla à Tenthoosiasme universel pour le régulariser :cRepréseiitants du peuple finançais, dit-il, jus* qu'ici nous n'avions décrété la liberté qu'en égoïstes et pour nous seuls; mais aujourd'hui nous proclamons à la Êice dé l'univers, et les générations futures trouveront leur gloire dans ce décret; nous proclamons la liberté universelle.... la Convention vient de £adre son devoir. Mais après avoir accordé le bienÊdt de la liberté, il faut que nous en soyons, pour ainsi dire, les modérateurs. Renvoyons aux comités de salut public et des colonies, pour combiner Ibs moyens de rendre ce décret utile à l'humanité sans aucun danger pour eile«

«Nousavions déshonoré notregloireen tronquant nos travaux. Les grands principes' développés pat le vertueux Las-Casas avaient été méconnus. Nous travaillons pour les générations fiitures ; lançons la liberté dans les colonies : c'est aujourd'hui que l'Anglais est mort. En jetant la lib^té dans le Nouveau-Monde elle y portera des fruits abondants , elle y posera des racines profondes. En vain Pitt et- ' ses complices voudront par des considérations pohtiques écarter la jouissance de ce bienfait, ils vont être entraînés dans le néant , la France va repren^ dre le rang et l'influence que lui assurent son énergie , son sol et sa population. Nous jouirons nous^ mêmes de notre générosité, mais nous ne Tétendrcms point au-delà des bornes de la sagesse. Nous abattons les tyrans comme nous avons écrasé les hommes perfides qui voulaient faire rétrc^rader la

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révolution. Ne perdons point notre énergie ; lan<> çons no$ frégates, soyons sûrs des bénédictions de l'univers et de la postérité , et décrétons le renvoi des mesures à l'examen des comités. »

La motion de Danton fut adopté^«

Je ne puis jamais me rappeler cette séance sans une émotion à la fois bien douce et bien forte; une circonstance particulière me rend plus chère et plus sacrée la part que j'ai prise à l'abolition de l'esclavage : dix ans avant la révolution j'avais perdu un héritage de quinze mille livres de rente pour avoir soutenu les principes que j'ai concouru t faire triompher dans le sein de la Convention. Déshérité par un de mes oncles, riche colon , pour ayoir en sa présence flétri l'infâme trafic des noirs, je recueillis, dans la séance que je viens de décrire, le prix de mon dévouement à la cause de l'humanité. Tout sacrifice trouve ici-bas même sa compen* sation , et certes ma participation à l'un des actes les plus nobles et les plus justes m'a récompensé au-delà de mes espérances de la perte de quelques avantages de. fortune. D'ailleurs si j'avais hérité de mon oncle, j'aurais sans doute quitté la France pour les colonies et je n'aurais pas pu faire partie de cette illustre assemblée, à laquelle, en dépit de toutes les calomnies accumulées sur nos têtes, il est glorieux à mes yeux d'avoii^^appartenu. Et qui ne préférerait comme moi végéter octogénaire dans la pauvreté et dans l'exil , après avoir concouru à la r^énération du monde, plutôt que de vivre dans

une prospérité ch&oare, sans airmr la consolation d'aYoir servi dans sa jeunesse sa patrie et rhumanité!

Gependantmalgré ces divers tiaits, qui suffisent pour démontrer jusqu à l'évidence nos bonnes in* tentions « la terreur poursuivait son cours dans des voies souvent sublimes, maissouventignoblesaussi^ et toujours terribles, et toujours sanglantes. Nous avons vu i la fin du précédent volume comment le parti de l'étranger y fit sentir son odieuse influence, nousavons vu ces tentatives de proscription du culte catholique, qui concouraient si bien avec Fintention d établir en Vendée , à Taide du fetnatisme religieux, un centre de contre-révolution ; nous avons vu les saturnales du culte de la raison et les fieistueuses proclamations de Tathéisme. En même temps le fiitnatisme républicain poursuivait le cours de ses vengeances , et le soupçon continuait à être une de routes de Téchafiiud.

Nous avons commencé à examiner les moyens dont se servait le comité de salut public pour pré* parer la fin de l'anarchie sans énerver le patrio« tisme de la multitude, et nous avons rapporté en*» fin la douleur qu'il ressentit en se voyant d'une part dépassé en vigueur révolutionnaire, et de Tautre part prévenu intempestivement dans le désir d'assoupir la fièvre ardente qui dévorait la France.

Mais jusques à présent ces dissentiments légers avaient servi à former des nuances de parti plutôt que des factions réelles ; une circonstance particulière vint mettre le £eu à ces éléments si uk*

flamniables par eux<-ménies. Nous avons dit comment Chabot, poussé parla peur ou par le remords^ avait avoué sa participation aus intrigues d&l'étranger. En racontant ce fait, le comité de salut public garda la plus grande réserve. U annonça bien que Chabot et Bazire avaient de nombreux complices, mais il ne nomma personne et f efusa même de préciser les faits imputés aux prévenus jusqu*à la complète instruction de leur procès. Or , outre ces révélations d'un complot royaliste , Chabot s'était en méme.temps accusé de c^^cussion dans les marchés passés avec les fournisseurs de la république. Delaunay d'Angers et Julien de Toulouse furent arrêtés comme ses complices. Cependant le comité de salut public ne parla aucunement dé cette affaire ; il était sur les traces d'un autre coupable et ne voulait pas lui donner l'éveil. Ce coupable était Fabre-d'Églantine, qui avait servi cette intrigue en Êilsifiant un décret de la Convention , dans Viatérêt des fournisseurs , et qui , comme Cha- ' bot. et leb autres^ avait touché le salaire «de sa prévàricaticm.

■ .Quoique le comité n'eut pas parlé de la concusstoli reprochée aux membres incriminés , Fabred'Églantine, qui se sentait coupable, tenta tous, les mi^ens de ie^oustraireà la sévère investigation du ■ gouvernement révolutionliaipe. U «connaissait la^ sévère probité^des chefs du comité, et il sentait que son crime ; une fois découvert, devait le conduire à Técbafaud : dès lors il fit une guerre sourde et

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acharnée au gouvernement y que sa position per- .sonnelle lui Causait regarder comme on ennemi. • Avant ce temps Fabre-dnÈglantine était attaché à la partie de la Montagne dont Danton était regardé comme le chef. Ainsi que les coliques assis à ses côtés , il s'était prononcé contre le vandalisme de la commune et contre les crimes des ultra-révolutionnaires. En cela il trouvait de la sympathie dans la Convention tout entière, et le comité de salut public eût été le premier à le seconder s'il n'-eût désiré' que la chute des Héberlistes; mais tel n'était pas, tel ne pouvait pas être son dessein. Renverser le comité de salut public pour sauver ses complices et cacher son crime , tel était son but personnel; susciter des ennemis au comité dans la portion influente de la Convention , tels fiirent les moyens qu'il employa.

.' Aussi ^ peu' de temps après l'arrestation de Chabot , et au moment même où le comité de salut public sévissait contre les ultra-révolutiÔnnaires , yit-on une c^.faine portion de la Montagne confondre dans ses attaques les ultra-révolutionnai* res et le comité. Fabre-d'Églantine était à la tête de ce mouvement de faction; malheureusement il parvint à entraîner dans son parti plusieurs homme» recommandables , entre autres Camille Desmoulins, que son enthousiasme et surtout ses sacrifices rendaient cher aux vrais patriotes. Danton , fidèle au vœu qu'il avait fait de ne s'associer à laucunè faction, resta long-^temps en dehors de

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cette nouvelle et imprudente levée de boucliers : forcé plus tard de se prononcer, il s'allia à la faction contre le comité , et sa ruine entraîna bientôt celle ^tt gouvernement révolutionnaire et de la république même.

Fabre-d'Églantine â'adjoignitPhilippeaux, dont le rapport sur la Vendée avait été une attaque sanglante contre le comité de salut public, à qui Ton imputait la continuation de la guerre civile. Cette accusation injuste révolta au dernier point Robespierre et le comité. On a vu comment moi-même j'avais repoussé les assertions mensongères de Philippeaux, et j'en avais bien le droit, puisque ma propre participation à la guerre de la Vendée et les instructions que j'avais reçues de Carnot me mettaieùt à même d'être certain que cette accusation était une véritable calomnie. Choudieu se chargea de repousser toutes les assertions de l'accusateur, et il le fit , je puis le dire , d'une manière complètement victorieuse. Son discours, qui dura pendant une séance presque entière, fit une pro« fonde impression : elle réduisit au néant les inventions de la faction et la déconsidéra tout-à-fait.

En même temps Camille Desmoulins publiait son Vieux-Cordelier. C'était un manifeste contre les immoraux et les athées de la commune. «La république, disait-il, ce ne sont pas les haillons des sans-culottes , ce n'est pas la Mailliard promenée toute nue sur un char doré; la répubUque, c'est lé bonheur ; la répubUque, c'est la vertu. »Lestieux

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premiers numéros de cet écrit périodique avaient £ut le plus grand effet. Les honnêtes gens s'y étaient attachés avec espoir; il semblait leur pro» mettre des jours meilleurs, car on savait que Ro« bespierre était uni de sentiment avec Camille y et qu'il avait lui-même lu et approuvé le Vieux-Cordélier : cet ouvrage pouvait donc faireule plus grand bien ; malheureusement Camille , doué d'une vive sensibilité, avait un esprit peu rationnel; il cédait aux transports de son enthousiasme sans se rendre bien compte du but qu'il voulait atteindrie; une fois Ipncé dans une voie rétrograde, il ne sut plus s'arrêter. Tous les ennemis de la terreur lui parurent d'utiles auxiliaires; il ne vit plus que par les yeux de Philippeaux et de Fabre-d'Églantine.

Cependant la convention^ sur la dénonciation de Fabre, avait fait arrêter Ronsin , Vincent et quelques autres agitateurs subalternes. La guerre semblait être déclarée aux ultra - révolutionnaires; la nouvelle marche des modérés, les projets de Fabre-d'Églantine et de Philippeaux^ le troisième et le quatrième numéro du Vieux-Cordelier, où le procèjs était fait à l'énergie révolutionnaire, inspirèrent de la crainte au comité de salut public^ qui fut forcé d'abandonner quelque temps les Héber ti^es pour sévir contre les faux modérés. La lutte s'engagea aux Jacobins , où une accusation en forme fut portée contre Philippeaux. Hébert et sa faction reprirent toute leur insolence. En vain Robespierre voulait tenir la balance entre les deux

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partis extrêmes; il népouvait s^armer contre Tun sans qu'aussitôt l'autre l'entraînât loin de la route qu'il s'était ti;acée. Âinsi^ la guerre une fois déclarée à la faction modérée, le parti de la commune reprit une nouvelle violence ; Hébert recommença à régner aux Jacobins , en abandonnant toutefois l'athéisme , question sur laquelle le parti avait trop montré le bout de l'oreille. Les Cordeliers dépas-* salent encore en fureur la société mère; néanmoins nous espérions toujours triompher des deux factions rivales, en interposant entre elles notre éner-* gie. D'ailleurs, chacune des deux en attaquant l'autre nous servait beaucoup; car les fautes de chacune des deux se trouvaient ainsi mises à nu« Par exemple, tandis que la société des Jacobins révélait les perfides desseins de Philippeaux, Camille Desmoulins tonnait contre les Chaumette et les Hébert dans chaque numéro de son journal. Il ne restait aux patriotes qu'à profiter de ces mutuelles attaques sans donner gain de cause aux uns* ou aux autres. Ainsi, lorsque dans le cinquième numéro du Yieux-Cordelier Camille employa tour à tour contre Hébert l'indignation et le sarcasme } lorsqu'Hébert vint se plaindre aux Jacobins dans les termes suivants : « Par la plus astucieuse récrimination, les rôles sont changés, et de dénoncés les accusés sont devenus dénonciateurs à leur tour^ justice! Jacobins, justice! je périrai plutôt que de sortir d'ici avant qu'on m'ait rendu une justice éclatante. Je suis accusé dans un libelle qui a pa«

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ru aujourd'hui^ d'être un brigand audacieux, un spoliateur de la fortune publique. »

Lorsque Camille Desmoulins répondit: «En Voilà la preuve; je tiens à la main l'extrait des registres de la trésorerie nationale, qui porte que le a juin il a été payé à Hébert, par Bouchotte, une somme de laSjOoo liv. pour son journal; que le 4 octobre il lui a été payé une somme de 60,000 liv. , pour 600,000 exemplaires du père Duchesne, tandis que ces exemplaires ne devaient coûter que 17,000 liv. »

Robespierre jeuilé, satis prèndi*e parti pour l'un ou l'autre des conténdants, témoigna combien peu leurs discordes importaient à la chose publique. Sans défendre Camille , il se prononça avec vigueur contre Hébert. Laissons-le parler :

Depuis cinq mois je suis absent^ là société me paraît étrangement changée. On s'y occupait , à mon départ, des grands intérêts de la république, aujourd'hui ce sont de misérables querelles d'individus qui l'agitent. Eh ! que nous importe qu'Hébert ait volé en donnant ses contre-marques aux Variétés? Je demande qu'Hébert, qui a bien des reproches à se faire , car c'est lui qui est cause desi mouvements dans les départements relativement au culte; je demande, dis-je, qu'Hébert soit entendu à son tour, et seulement sur les faits relatifs à la lettre de Philippeaux, dont la discussion est à l'ordre du jour; Si Hébert doit répondre à Camille, iri. a

le pèreDuchesne peut entrer en lice avec le Vieux- Cordelier.

On peut voir les traces du n^éme esprit dans les discours suivants de Robespierre aîné et de Danton sur le même sujet ; seulement on comprendra que Robespierre s'effrayait plus des modérés que des anarchistes, tandis que Danton voulait avant tout terrasser la commune. jËçoutons d'abord Robespierre : \ «Il est facile de voir, dit-il, que le préopinant est

absent depuis long-temps de la société. Il a rendu sans doute de très grands services à Toulon, mais il na pas assez envisagé combien il était dangereux d'alimenter encore de petites passions qui se heurtent avec tant de violence. Collot-d'Herbois avait posé la question comme elle devait l'être ; cet ordre a été étrangemient interverti par les préopinants. Il est bien affligeant sans doute pour les vrais amis de la liberté de voir employer en petites discussions im temps qui appartient tout entier à la chose publique. Cependant il est question de patriotes persécutés^ et le devoir des républicains est non seulement de n'opprimer personne, mais de voler à la défense de ceux qu'on opprime. Pour moi je n'accuse personne : j'attends la lumière pour, me décider. C'est parce que je ne me suis pas cru assez éclairé sur cette affaire que. je me suis tu jusqu'à ce jour. Les petites passions égarent . et font voir l'évidence où elle n'est pas*. Je parierais que les pièces démonstratives que Desmoulins a

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montrées à la tribune ne prouvent rien. Je demande qu'on passe à la discussion du libelle de Philippeaux ; c'est en suivant cette marche que les faits seront rétablis j les intrigants confondus et les patriotes satisfaits. »

Voyons maintenant comment s'exprimait Danton :

«( Toujours des entraves, toujours desincidents et des questions particulières quand il s'agit d'une affaire générale et qui intéresse la chose publique. Gollot a présenté la question sous son véritable point de vue. Pourquoi a-t-on interverti l'ordre qui régnait dans cette discussion ? les patriotes doivent-ils se servir des mains du patriotisme pour tourmenter les patriotes ? Tu te plains , Hébert ; mais rappelle-toi les principes : Que tu aies tort , que tu aies raison , c'est ce que le temps fera connaître au public. Mais occupons-nous de l'objet pour lequel nous sommes assemblés aujourd'hui ; édak-ohs le peuple et laissons à la guillotine de l'opinion quelque chose à faire; sacrifions nos débats particuliers et ne voyons que la chose publique. Les patriotes doivent savoir niveler leurs sentiments , équilibrer leurs opinions pour écraser d'abord leurs ennemis. N'en doutez pas, citoyens. Us sont cachés derrière le rideau, ils profitent de nos mouvements et font agir les ressorts du patriotisme en sens contraire de la révolution. Subordonnons nos haines particulières à l'intérêt gêné-

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rai , et n accordons aux aristocrates que la priorité du poignard.»

Camille Desmoulins ^ attaqué dans son patrio* tisme et dans ses intentions/ se défendit dans le Vieux-Cordelier , et s'y défendit en homme de talent» Malheureusement il essaya en même temps défaire l'apologie de Phiiippeaux, dont il croyait la cause identique avec la sienne, tandis qu'il n'y avait entre eux aucun rapport, puisque le spirituel journaliste ne songeait qu'à fonder la liberté sur la clémence j tandis que le commissaire de la Vendée servait une faction intrigante et mal intentionnée. Le cinquième numéro du Vieux-Cordelier, où Camille essayait de se justifier, était en même temps une ^^ve attaque contre les jacobins et le comité de salut public. Aussitôt qu'il parut on demanda à la tribune des jacobins la radiation du journaliste ; Camille Desmoulins se défendit avec une touchante naïveté :

«Tenez, citoyens, dit-il, je vous avoue que je ne sais plus où j'en suis ; de toute part on m'accuse , on me calomnie. Sur le fait de Philippeanx, je vous confesse franchement que j'ai cru de bonne foi tout ce qui est consigné dans le mémoire de la Vendée. En effet, comment supposer un homme assez impudent menteur pour oser consigner dans un écrit public unt suite de faits dénués de fondement? J'ai lu les écrits de Philippeaux; la manière dont il raconte ce qu'il a vu m'a séduit , et je ne crois pas qu'un homme n'ayant lu que ce que

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dit Philippeaux , à moins d'être un incrédule ren^^ forcé, puisse raisonnablement révoquer en doute les faits qu'il a consignés dans ses lettres imprimées.

fc J'ai vu depuis d'excellents patriotes, tels que CoUot-dllerbois ; ils m'ont assuré que l'ouvrage de Philippeauiç. était un. roman, où il mentait impudemment à sa conscience et au public. Je vous avoue que je ne sais plus où j'en suis, quiicroire, quel parti prendre; en vérité j'y perds la tête. Estce un crime à vos yeux de s'être laissé tromper par aùe série de faits,. tous bien liés entre eux, et qui jse développent sans art et sans efforts ? »

Déjà Camille avait été. attaqué par Hébert , et B-obespierre l'avait défendu. Cette fois encore le membre du comité de salut public voulut sauver son ami ; mais en soutenant sa^ personne il attaqua vivement son journal , surtout en ce qui toachait le rapport de Philippeaux. Il sufEt de lire les diverses pièces relatives à ce grand procès pour se faire une idée des cirçonstance;s qqi i^qus dor minaient

«Il y a quelque temps, dit Robespierre , que je pris la défense de Camille, accusé par les jacobins. Je présentai alors des réflexions sur son caractère; l'amitié les permettait. Mais aujourd'hui je suis forcé de tenir un langage bien différent. Camille avait promis d'abjurer les hérésies politiques , les propositions erronées , mal sonnantes , qui couvrent toutes les pages du Vieux-Cordelier. Camille , enflé par le débit prodigieux de ses numéros

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et les éloges perfides que les aristocrates lui prodiguent, n'a pas abandonné le sentier que' Terreur lui avait tracé. Ses écrits sont dangereux ; ils alimentent l'espoir de nos ennemis et fatbrisent la malignité publique.

«Camille Desmoulins s'est épris d'une belle passion pour Philippeaux; rien n'est sublime que les productions de Phiïîppeaur; cW son héïïôS,<c'èst soii Don Quichote. Camille est admirateur des anciens; les écrits immortels de Cicéron et de Démosthènes sont ses délices. La ressemblance des termes seuls lui monte la tête. L'orateur grec et le romain ont fait des philippiques; l'un contre un tyran de Macédoine ^ l'autre contre un scélérat conspirateur.

tf Camille croit ^n lisabt Philippeaux lire encore lès Philippiqués de Cicèroq et de Démosthèneâ ; mais qu'il né s'abus(e pas; les anciens ont fait des philipplques , et Philippeaux n-à composé que des philippotiqùes,

(c Les écrits de Camille sont condamnables ^ans doute^maispourtant il Êiut bien distinguer 5a personne de sea Ouvrages. Camille estun enfant gâté qui avait d'heureuses dispositions, mais que les mauvaises compagiiies ont égaré. Il faut sévir contre ses numéros que Bk'issot lui-même n'eût osé avouer, et conserver Desmoulins au milieu de nous. Je demande^ pour l'exemple, que les numéros dé Camille soient brûlés dans la société. »

Brûler n'est pas répondre, s'écria Camille Des-

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mcnilins « et il demanda à Robesfnerre comment il poirvait désapprouver le Vienx-Cordelier, à la publi* cation duquel il avait d'abord applaudi , et dont il avait même corrigé les épreuves. Robespierre n*eut pas de peine à prouver que les circonstances étaient changées. Les deux premiers numéros du Yieux-Cordelier étaient des déclarations de prind* pes communs à tous les patriotes ennemis des exces ; les derniers au contraire attaquaient la force révolutionnaire dans son principe, et soutenaient des hommes qui avaient trompé Fauteur par un £iiix patriotisme , mais qui n'étaient au fond que des intrigants. Il £aut le dire pourtant , lorsque plus tard Camille Desmoulins fot traîné à Téchafaud, Robespierre commit , en ne le défendant pas, une odieuse lâcheté; mais de ce moment de faiblesse à avoir froidement calculé sa perte , comme on le répète si souvent , il y ^ loin : il faut tenir coftipte aussi des circonstances. Les premiers discours que je viens de rapporter étaient tout ce qu'on pouvait dire en faveur de Camille sans nuire à la cause de la république. Danton était ami de Camille , Danton n-était point un lâche ; voici cependant en quels termes il crut pouvoir défendre le VieuxiCordelicr. « Camille ne doit pas s'effrayer des leçons uq peu sévères que l'amitié de Robespierre vient de lui faire. Citoyens , que la justice et le sang^froid président toujours à vos décisions. En jugeant Desmoulins, prenez garde de porter un coup funeste à la liberté de la presse. »

Néanmoins Camille Desmoulins fut chassé de la société des jacobins. Robespierre proposa en vain de s'occuper des crimes du gouvernement anglais au lieu de querelles particulières; il ne put qu'avec peine faire rapporter Tarrêté de radiation et encore en sacrifiant presque entièrement le malheureux journaliste. Les deux discours de l'homme qu'on a si souvent appelé du nom de dictateur ont cela de curieux^ qu'ils prouvent que la terreur n'agissait p£(s inoîns sur lui que sur le restç des Français.

« Il y a des hommes , disait^il , qui pensent ou qui veulent faire croire que je défends Desmou-^ lins; cependant il n'est personne qui ait parlé de lui plus franchement que moi , et ceux qui .mur« murent le plus n'ont pas osé attaquer les hommes que j'ai caractérisés , quand ils les ont vus en crédit,

«Que dois-je dire et que doit-on penser de ceux qui veulent sacrifier un homme contre qui j'ai pris le premier la parole? Que la société sache enfin qu'il est des intrigants qui veulent en immoler d'autres, pour s'emparer à loisir de la foi> tune publique et qu'aucun ne se souyieut de la patrie.

(c Je somme ceux qui nà'ont accusé d'avoir défendu les intrigants, je les somme, dis-je, de déclarer s'ils les ont combattus pour le bien public. Non , ils n'ont jamais parlé des intrigues qui menacent la liberté; ils n'ont fait que s'occuper d'eux

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et de lears ennemis; ils n'ont pas dit un mot de la patrie et du peuple. Ils ne se sont acharnés à la poursuite des intrigues que pour satis&ire leur animosîté personnelle , et ils ne veulent pas que Ton parle d'intrigants dès que leur i?engeance est satis&ite. Je vous propose de ne point attaquer un instrument isolé, et voilà ce qu'ils ne veulent pas et voilà ce que ceux qui m'impro,uvent ont intérêt à ne pas vouloir. Si je parlais pour moimême j'attaquerais les individus.; inais je parle pour ma patrie et je n'attaque que les intrigants.

<c S'il n'était pas ici une masse pure de citoyens désintéressés , s'il n'y avait pas dans la convention un esprit public, je resterais enseveli dans le fond de ma maison , attendant la fin . des combats que le peuple est obligé de livrer aux iniiombrables ennemis qui le veulent sacrifier à* leur ambition. Mais je me repose sur la raison publique du peuple qui est à la convention et dan^ cette société; je compte plus sur lui que je ne redoute la ragf^ impuissante-dés intrigants;^ QuàndMa vérité se fait entendrq en public bientôt la raison triomphe.

«Je dis doncau peuple qui m'entend iqu'ilfaut sans olabauderies et sans prévention tdisciiter les intrigues et non un intrigant eii :particulier. ^ Je dis qu'en chassant Desmpulins on ^ fait: grâce ^ à un autre individu et qu'on épargne d'autres intrigants. Je dis que puisque la proposition que j'avais faite de s'occuper des crimes dû gouverne-

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'Hient anglais ne convient pas , sans doute parce quVUe est' feuillantine et modérée , je la rétracte. .

. .« Puisqu'il est une manière plus digne de faire triompher la mérité , je; me désiste de celle que j'avais^ proposée, et je demande qu'on s'occupe des moyens d'exterminer à jamais les intrigues qui nous agitent ati-dédans , et qui tendent toutes à empêcher raffermissement de lap liberté; il faut les discutendans leurs agents, dans leur esprit. Voilà ce<qu'<m ne yeutpas j voilà ce que plusieurs personnes n'osent pas faire et ce qu'ils veulent éearter en vous parlant de Camille Desmoulins. » . Répondant ensuite à un jacobin obscur, Robes- |tterre [ajoutait:

u Je dédare que je â'at pas voulu faire suspec* ter le . patriotisme de Dufourni.y mais que j'ai dit qu'il ne: s'ocbupait.jamaiB des . intrigues-, parce qu'il iiie Jcfs-donnaissàit pas. Mais de ce que DufôUrni ue^ voit pab et ne ^connaît pas les intriguées jeine :vettx; et oejdoîs'pas en iconclure qu'il n'est pàka)mLde'>la<libe]:i;é.^Ce:in'esl«pa6 une raison mm plus pottP' qu'il n'y ait pas d'intrigues et pour que la càoGiété ne- doive, pas le^ discutera ■■'. m Dufoûi:ni dit que DesmouUns est chassé : eh ! quem'impoQt^, à moi, qu'il soit chassé, si mon opi* hion est quil ne doit pas l'être seul; si je soutiens qu'un homme « à la radiation duquel Dufourni s'est opposé, est beaucoup plus coupable que Desmoulios?

c Tous les hommes de bonne foi doivent s!apercevôir que je ne défends pas Camille Desmoulins, mai$ que je m'oppose seulement à sa radiation isolée; parce que je sais queTintérét public n'est pas qu'un individu se venge d'un autre , qu'une coterie triomphe d'une autre ; il faut que tous les iqtri^nts , sans exception , soient dévoilés et mis à leur place.

«t Je termine en demandant que la société, re- ^rdant scm arrêté comme non^vénu, s'occupe de discuter l'intrigue générale et né prenne pas des intrigants isolés pour l'objet de sa discussion y on que l'on mette àil'prdre du jour les crimes du gouvernement britannique. »

^LéS: crimes du gouvernement anglais furent, suivant le vœti i de fiobespienie^ à l'ordre du jour aux. jacobins , c'est-à-dii». i qufe les querelles particulières y furent iiiter]:k)mpues par une- sorte de trêve ai'mée: mais p^idaht ce temps le: comité de salut( ;^ublic veillait polir détruire à la fois la faction intrigante qui voulait s'emparer de la ré* publique, et la faction immorale qui voulait rétablir la monarchie en disant détester la liberté. Le OQim^é de salut, public avait ^ enfin réuni contre Fabre-d'Églantine les preuves qui lui avaient longteiûps manqué.. Il fit ai^rêter ce député et son collègue Delaunay d'Angers^ au milieu de la nuit. Jamais poursuite criitiinelle ne fut motivée sur des preuves plus palpables; jamais crime plus ignoble ne bit mielix prouvé contre un: représen*

tant du peuple. Des pièces écrites, la signature de Fabre , les aveux de Chabot et de Bazire étaient là pour démontrer jusqu'à l'évidence l'inÊime agiotage auquel ces hommes s'étaient livrés. Cependant l'irritation des esprits était telle entre leis divers partis que les amis de Fabre-'d'Églantine ne. virent d'abord dans son arrestation qu'une vengeance du comité de salut public. Voyons cependant par un extrait du rapport de Vadier combien étaient fortes les charges qui pesaient sur les accusés :

. «Je: vais dire quelques mots sur l'origine de l'affaire de Chabot, Bazire y Delàunay et Julien. La conspiration dénoncée par Chabot nous était déjà conmip idepuis . trois mois- : > elle consistait à épouvanter les compagnies des: finances' par divers moyens: d'abord à? fairié baisser .leurs actions qui circulaient, et à lesi acheter pendant la baisse ; à les rehausser ensuite par de nouvelles me* sures et à vendre alors celles que l!on aurait achetées.

«Vous voyez que par là on donnait plus d'ac* tivité à l'agiotage, et que par conséquent on travaillait pour le malheur du peuple. Je ne connais point de patriotisme sans vertu, sans probité, et ce que je viens de dire doit vous faire sentir l'importance du faux qui a été commis. Le changement qui a été fait à la disposition relative aux transferts annuUe complètement la loi. Le transfert sur des registres secrets destinés à remplacer

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les actions et à soustraire les capitaux aux droits d'enregistrement n'a d'autre objet que d'éluder la loi ; il est donc toujours frauduleux.

«En second lieu on antiulle votre décret en soumettant la liquidation de la compagnie des Indes à ses statuts et à ses règlements. La loi a donc été annulée sous un double point de vue ; le faux est bien caractérisé : cela doit vous suffire pour vous porter à confirmer la mesure prise par votre comité de sûreté générale à l'égard de Fabre d'Églantine. »

Ces charges ne pouvaient suffire pour convaincre l'esprit de parti. Un grand nombre de conventionnels s'effrayèrent de l'arrestation de plusieurs de nos collègues. Camille Desmoulins s'écria avec sa verve accoutumée : « Le comité de salut public met la convention en coupe réglée ; nous y viendrons tous chacun à notre tour, n Cependant les faits étaient trop positifs, trop précis; pour qu'il fût possible de parler en faveur des accusés; aussi les ennemis du comité de salut public ne cherchèrent-ils pas à défendre Fabre; ils se bornèrent à attaquer indirectement les comités dé gouvernement, à miner, en excitant l'effroi de la convention , le pouvoir que la convention lui avait confié ; enfin , à tâcher d'établir des précédents contre l'exercice de leur redoutable autorité. Danton se rendit l'organe des opposants ; mais dans cette lutte, où pourtant il croyait voir sa vie

3o MEMOIRJES

menacée, il ne parut plus que l'ombre de luimême. Le géant de la tribune ne ressembla plus qu'à un mince avocat.

<c La situation politique de la nation , dit-il , et de la convention nationale, est telle, que toutes les vérités peuvent lui être dévoilées sans danger. Les principes posés sont vrais , j'en demande la conséquence. Le comité de sûreté générale a bien agi en mettant aous -, la main de la loi un homme présumé coupable ; mais , comme la convention n'a pas de travaux qui prolongent ses séances, pourquoi ne se chargerait^lle pas de la recherche, des coupables .î^ rendons justice au peuple; pourquoi les accusés ne seraient-ils pas^ traduits à la barre pour s'expliquer, après que le comité de sûreté générale aura pris les mesures convenables pour qu'aucun n'échappe , qu'aucun fil de l'intrigUe ne se perde? Un décret d'accusation a été proposé d'après un principe que j'avoue; mais pouvez«>Yous vouloir interdire aux accusés la £sicuUé d'être entendus? Sans doute il peut se trouver defr circonstabces où le peuple soit pressé dé punir; où chacun ait le droit de poignarder un scélérat qui veut perdre la liberté. Brissot et ses consorts ne pouvaient être entendus^ ils étaient déjà condamnés ; la liberté était menacée dé trop près: mais, lorsqu'on vous dévoile des turpitudes, un agiotage , des corruptions ; lorsqu'on tient les principaux fils de toute l'intrigue; lorsqu'on vous

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dénonce un faux qui peut être désavoué et attribué à une main étrangère , pourquoi n'entendez- TOUS pas ceux qu'on accuse ?

a Je demande que la convention confirme l'arrestation de Fabre d'Églantine; que le comité de sûreté générale prènnne toutes les mesures qui seront nécessaires^ et qu'ensuite les prévenus soient traduits à la barre, afin qu'ils soient jugés devant tout le peuple*, et qu'il connaisse ceu:f x]ui méritent encore son estime. Ma proposition n'est pas contraire à celle du comité, je demande qu'elle soi t. adoptée. »

Vadier répondit :

(K,Les principes du préopinant nous mèneraient à la constitution de 9 1 , qui accordait une inviolabilité absolue aux. représentants du peuple. On demande de faire juger les prévenus par la convention . Pourquoi s')érigerait-eUe ea tribunal ? point de ménagement. Je ne connais poiAt de patrio* tisme sans vertu, sans probité. On a dit qu'il s'a** gissait icide turpitudes pécuniaires; c'est bien plus; la conspiration qùie:DOu$ avonâ<dénopcée:tieiit à un système^af freux de contr^révolution : l'homme dont il est ici qu^^on est le premier commis de Pitt; c'est son principal agent; il tenait dans ses mains les principaux fils de,|a trame criminelle ourdie contre la.liberté; il voulait armer les catholiques contre les protestants, >et allumer par là la guerre civile. Dix^neuf personnes ont été arrêtées pour cet c^jet; c'est iaux tmhunaui^ que vous devez les renvoyer;

3l MÉMOIRES

c'est à l'échafaud que de pareils conspirateurs doivent aller, et non à la barre de la convention. N'avez-vous pas condamné Brissot sans entendre ses diatribes? voulez-vous faire le procès à la révolution du 3i mai? Il se trouvera donc ici des défenseurs à toute nouvelle faction. Citoyens , Voilà toute la vérité. Je n'ai point d'éloquence, je n'ai que celle du cœur et du sentiment. Je demande l'ordre du jour sur la motion de Danton. »

Billaud-Yarennes s'éleva à son tour contré la motion de Danton , et demanda par voie d'amendement que le jugement de Fabre fût pressé. La convention écarta par l'ordre du jour la proposition d'appeler Fabre-d'Églantine à la barre, et rendit définitive l'arrestation de ce député. Danton cependant ne se tenait pas pour battu; il reprit encore la parole, mais avec faiblesse:

<c Je rappelle , dit-il , à la convention que l'amendement de Billaud-Varennes n'a pas été mis aux voix. Aussitôt qu'une conspiration est découverte le soupçon ne doit plus planer sur tel ou tel individu ; le glaive de la loi doit frapper les coupables. Il Êiut qu'un rapport général soit fait à la convention , afin de lui faire connaître toutes les ramifications de cette horrible conspiration; car si Yadier ne nous eut annoncé que celle qui vient d'être découverte se liait à celle dénoncée par Chabot, la république et nous l'eussions ignoré. Je demande que les comités réunis de salut public et de sûreté générale consacrent une partie de

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leurs veilles à réunit tous lea fils du complot, et qu'ils fassent leilr rapport aussitôt qu'ils le pour^ ront sans compromettre les intérêts de la patrie. »

Billaud-Varennes , qu'invoquait Danton^ le repoussa :

a Limiter un délai pour faire ce rapport, répondit-il , serait étrangler cette affaire à laquelle on doit la plus grande publicité , par cela seul que des représentans du peuple sont inculpés et se sont rendus indignes du caractère dont ils étatient revêtus. Malheur à celui qui a siégé à côté /de Fabre-d'Églantine, et qui est encore sa dupe ; il a trompé les meilleurs patriotes. Je demande qu'on laisse au comité le temps de découvrir toute cette trame criminelle. »

Et l'ordre du jour fut adopté.

Cet événement qui quelques mois plus tôt eût passé inaperçu , amena d'immenses et sinistres résultats; Danton, furieux de^on échec, conçut une vive inimitié contre le comité de salut public; Camille Desmoulins lui-même ne vit plus dans le gouvernement révolutionnaire qu'une odieuse tyrannie : ainsi la guerre était commencée de nouveau dans le sein de la Convention, et c'était entre les plus purs patriotes qu'elle allait s'engager Quel triomphe pour les ennemis de la liberté! le comité de salut public était entouré de tous côtés des plus imminents dangers. Les menaces que Danton ne lui épargnait pas, les sarcasmes de Camille Desmoulins, lui annonçaient qu'il aurait à combattre

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