‹ Mémoires de R. Levasseur, (de la Sarthe) ex-conventionnelChapitre 5 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Audace des Hébertistes — Diverses discussions dans le sein de la Convenlion. — Marche du parti de Danton. — Les cordeliers se séparent des jacobins. — Tentative de rapprochement inutile. — Scènes violentes. — Décrets contre les anarchistes. — Arrestation d'Hébert. — Rapport sur Taffaire de Chabot et ses complices.

Nous avons vucommentlecomitéde salutpublîc, menacé dans son existence par la levée de boucliers de Fabre-d'Eglantine et consorts, avait été obligé de signer une trêve d'un instant avec les anarchistes. Dans la nécessité de se défendre à la fois contre deux factions contraires, il fut contraint de recourir à une sorte de jeu de bascule, ménageant l'une alors que l'autre paraissait plus menaçante, et sévissant tour à tour contre toutes les deux. Par suite de cette position ambiguë, lorsqu'il eut à combattre Fabre et ses adhérens, il lui fallut transiger momentanément avec les hommes de la Commune. Ronsin, Vincent, qui avaient été in-

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carcérés comme désorganisateurs, furent réclamés avec menace par les clubs et mis en liberté sur le rapport de Vouland ; aussitôt sortis de prison , ils coururent dans les sections ameuter le peuple contre la Convention. Cependant les jacobins, qui les avaient rayés de leurs contrôles, refusèrent de les y rétablir. Alors ils se cantonnèrent dans le sein de la société des cordeliers, où ils sonnèrent le canon d'alarme. Hébert, Chaumette, Momoro, ne reparurent plus aux Jacobins. Les membres de la commune renouvelèrent les scènes du 3i mai, à Texception de Pache, qui était dévoué au comité de salut public ; mais les désorganisateurs avaient cette fois à lutter contre d'autres adversaires. Le parti de Danton oublia les ressentiments que lui avait causés l'arrestation de Fabre-d'Eglantine , et se joignit à la Montagne pour renverser les anarchistes. Danton, muet depuis son échec, reprit la parole pour combattre l'ennemi commun. Taliiçn, I^egendre, revenus récemment dans le sein de la Convention à la suite de longues missions, se prononcèrent vivement contre la Commune et contre les Cordeliers. Or, il était impossible de supposer toute la Montagne entraînée par une marche rétrograde ; il était impossible de supposer que nous fussions vendus au royalisme. Ainsi le peuple dut voir dans notre unanimité qu'il était trompé parla Commune et que les ultra-révolutionnaires étaient pour lui de faux amis. Toute la Mbntagne se sépara du club des cdtdeliers; à peine Carrier et

quelques représentants de retour de leurs missions, où ils s'étaient baignés dans le sang, essayèrent de lutter contre nous avec les anarchistes et continuèrent à fréquenter le club des cordeliers. Leur minorité était trop imperceptible pour qu'on pût voir en eux uqe section du pouvoir légal. Ainsi la faction des étrangers n'avait de force que dans le club des cordeliers et d'appui légal que dans les chefs de la commune. Henriot , commandant-général^ homme stupide et féroce, suivait le torrent sans comprendre aucune des questions qui s'agitaient. Il pouvait devenir très dangereux dans un moment de crise. Heureusement il se rappela qu'il était la créature de Robespierre et de Danton , et au moment du danger il se rallia à la Convention, qui était le seul pouvoir actif de la république. Nous songeâmes k rallier tous les modérés sous l'étendard de la Convention. Ainsi lorsque les anarchistes faisaient entendre des cris de vengeance , lorsqu'un Brichet s'écriait au milieu de la sociétémère : « Je demande que l'on présente ime pétition à la Convention, pour l'engager à faire juger dans la décade prochaine tous les restes de la clique brissotine. Je demande qu'on l'invite à séparer elle-même et k chasser tous les crapauds du Marais, qui ont essayé de gravir sur la Montagne. Je demande que , pour donner à nos victoires la célérité de l'éclair, des commissaires soient nommés pour aller porter demain à la barre de la Convention la pétition dont je vous parle. Il est temps

enfin de jeter la stupeur parmi les aristocrates et de réunir les patriotes à qui l'on enlève tous les jours la liberté , et que l'on accable de persécutions. »

Robespierre prenait la parole pour défendre des hommes injustement attaqués. Il ne s'agissait plus en effet pour les vrais patriotes de faire la guerre au débris de la Gironde, vaincus et silencieux. Un ennemi bien plus redoutable nous pressait. Aussi Robespierre demanda-t-il l'expulsion de Brichet, chercha-t-il à rassurer les derniers restes de l'infortuné côté droit. La majorité vota dans son sens, peut-être sans bien comprendre ses motifs.

Cependant les attaques des factieux dégénéraient en menaces d'insurrection ; Hébert attaquait ouvertement Robespierre dans le sein des cordelîers, et s'écriait : « Frères et amis, vous me reprochez avec raison la prudence que j'ai été forcé d'employer depuis trois mois; mais avez-vous remarqué quel système d'oppression on avait dirigé contre moi ; vous vous rappelez comme dans une société très connue je me vis trois ou quatre fois refuser la parole, et comme on étouffa ma voix ; et pour vous montrer que ce Camille Desmoulins n'est pas seulement un être vendu à Pitt et à Cobourg, mais encore un instrument dans la main de ceux qui veulent le mouvoir uniquement pour s'en servir, rappelez-vous qu'il fut chassé, rayé par

les patriotes, et qu'un homme égaré sans doute

autrement je ne saurais comment le qualifier, se

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trouva là fort à propos pour le faire réintégrer , malgré la volonté du peuple, qui s'était bien exprimée sur ce traître.

a Remarquez en même temps que tous les journaux sont vendus à la faction, ou par peur ou par argent : il n'y en a pas un qui ose dire la vérité. Le ministre de la guerre avait pris , par plusieurs arrêtés, douze mille de mes numéros ; on a cherché à faire regarder cela comme une affaire d'argent de ma part, moi qui me soucie d'argent comme de rien ; mais je suis jaloux de propager les bons principes. Or c'est un fait que dans le temps des crises, de l'affeire d'Houchard et des Philippotins, mes journaux ont toujours été arrêtés pendant que les autres circulaient promptement.

« Ah! je dévoilerai tous les complots , car je ne vous ai rien dit encore. Comment est composé le ministère ? Un Paré! D'où vient-il? comment estil parvenu au ministère de l'intérieur? on ne sait par quelles intrigues.

« Un Deforgues , qui tient la place du ministre des affaires étrangères, et qu'on appelle ainsi, et que moi j'appelle ministre étranger aux affaires.

(c Tout cela ne suffit pas encore à la faction , voici le complot qu'elle avait combiné. On doit nommer au ministère de la guerre un Carnot, exconstituant : Feuillant, frère de Carnot du Comité de salut public, imbécile ou malveillant, et général a l'armée du nord; un Westermann, ce monstre couvert d'opprobres. C'est ainsi qu'on veut

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ressusciter Beurnon ville et Dumouriez^ pour qu'après avoir vendu les places fortes qui restent au nord, leurs créatures s'échappent dans la bagarre, semblables à des voleurs qui mettent le feu à une maison pour s'échapper à travers les flammes , en emportant les spoliations et le fruit de leurs rapines.

(c J'aurais à tous ces faits beaucoup d'autres à ajouter, mais ils suffisent bien pour vous éclairer sur la position affreuse dans laquelle on nous plonge.

a Quand soixant&-un coupables et leurs compagnons . sont impunis et ne tombent pas sous le glaive, douteriez-vous encore qu'il existe une faction qui veut anéantir les droits du peuple ? Non sans doute. Eh bien I puisqu'elle existe , puisque nous la voyons, quels sont les moyens de nous en d^ivrer ? L'insurrection ; oui, l'insurrection ; et les cordeliers ne seront pas les derniers à donner le signal qui doit frapper à mort les oppresseurs. »

Vincent, Momoro, tous les agents d'intrigue el de violence répondirent à ce discours par leurs acclamations furibondes. La séance des cordeliers dégénéra en une arène de sédition. La scène fut sur le point de finir par un appel direct aux armes.

Le lendemain les jacobins se prononcèrent hautement contre Hébert, Vincent et les autres Cordeliers qui avaient cherché à exciter le peuple à la révolte. Carrier les défendit faiblement , mais CoUot-dHerbois lui-même manifesta contre eux la

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plus vive indignation. Les cordeliers qui avaient d'abord accepté le combat en disant : et que nous fait Topinion des jacobins, n'est-ce pas un assez beau titre que celui de cordeliers? les cordeKers reculèrent. Une tentative de rapprochement eut lieu. Hébert protesta qu'on l'avait mal compris ; il assura n'avoir pas eu pour but une insurrection immédiate. L'insurrection ne lui avait paru , disait-il, nécessaire que dans le cas où les patriotes seraient opprimés par la faction de Fabre-d'Églantine. Ces excuses furent acceptées, et la paix fut signée entre les deux clubs; mais la Convention avait bien senti qu'il fallait en finir avec les factieux. Le comité de salut public veillait, et déjà, par l'abandon d'Henriot , leur chef militaire , les Hébertistes n'étaient plus à craindre. Le comité et la Convention sentirent bien néanmoins qu'il fallait profiter du moment où la lave était refroidie pour combler le gouffre volcanique. Le comité de salut public fit sur cette crise un premier rapport, suivi d'un décret ainsi conçu : .

Art. 1^. L'accusateur public du tribunal révolutionnaire est chargé d'informer sans délai contre les auteurs et distributeurs de pamphlets manuscrits répandus dans les halles et marchés , et qui sont attentatoires à la liberté du peuple français et à la représentation nationale.

2. Il recherchera en même temps les auteurs et agents des conjurations formées contre la sûreté du peuple, et les auteurs^e la méfiance inspirée k

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ceux qui apportei^t des denrée^ et des subsistances à Paris.

3. Il rendra compte en personne , dans trois jours, à la barre de la convention nationale, des mesures qu'il aura prises.

4. Le comité de salut public fera incessamment son rapport sur les moyens d'assurer le gouvernement et le bonheur du peuple, et le préserver des intrigues des conspirateurs.

En même temps Danton repoussait avec sa verve accoutumée les menaces des conspirateurs. « Nous ne souffrirons pas les farces des anarchistes , s'écria-t-il, lorsqu'un membre de la commune se présentaà notre barre pour y lire un poème ullràrévolutionnaire. Qu'on nous apporte des pétitions en bonne et intelligible prose. Tout autre langage peut plaire dans une chaire ou dans un théâtre ; ici il est déplacé ; il est indigne des représentants d'un grand peuple. Moi aussi j'ai une bonne dose de la gaîté française , mais je suis sérieux sur les bancs de la représentation nationale, et je n'y veux entendre ni vers ni chansons. » Tallien et Legendre s'exprimaient avec encore plus de vigueur. Le premier peignait ainsi la crise qui noUs menaçait :

« On connaîtra les détails d'une séance tenue avant- hier, où on a voulu porter le peuple à une insurrection qui ne peut être qu'en faveur du royalisme. Ces hommes qui , affublés du bonnet rouge, prêchent l'insurrection, ne sont-ils pas en effet

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des royalistes! Car, contre qui se ferait-elle, cette insurrection? contre la Convention, contre la Montagne ? non , non , la Montagne , quia plusieurs fois sauvé la république , la sauvera encore.

a Une année est écoulée depuis le moment où la France fut conduite au bord du précipice : en mars dernier éclatait la conspiration de Dumouriez ; alors nous avions parmi nous des traîtres qui nous empêchaient de parler ; des mandataires infidèles* qui repoussaient la vérité toutes les fois que nous approchions de la tribune pour la dire; des hommes qui composaient un comité de défense générale stipendié par Pitt : le glaive de la loi en a fait justice.

« S'il reste encore parmi nous des hommes dont les principes politiques soient condamnables ; des hommes sans probité, sans honneur, sans vertu , qu'on nous les fasse connaître franchement , et si les accusations sont vraies , nous nous lèverons tous pour les faire traduire au tribunal révolutionnaire. Mais il faut aussi que les défiances particulières cessent; que des hommes faits pour s'estimer mutuellement s'examinent et sachent attacher leur confiance à ceux qui la méritent. Il faut que les patriotes de la Montagne, qui n'ont jamais dévié des vrais principes; qui, au nombre de cinquante seulement, ont long-temps lutté contre le côté droit et ses abominables machinations; il faut, dis-je, que ces mêmes patriotes se réunissent aujourd'hui, et s'il en est d'autres qui

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soient revenus de leur égarement , qui veuillent sincèrement marchm* avec nous , qui soient purs comme le peuple qu'ils représentent , qui n'aient point trempé dans les complots que nous avons punis, nous marcherons avec eux, nous ferons avec eux le bonheur du peuple; mais nous ne voulons pas de ceux qui n'ont pas paru dans les premiers jours de la révolution , qui étaient cachés dans leurs caves quand nous étions à la Bastille ; qui se sont montrés sur la brèche quand il n'y avait plus de danger, et qui ne se montrent aujourd'hui que pour nous denïander une part des dépouilles de l'ennemi vaincu, et que nous ne lui avons enlevées que pour les donner au peuple.

Vous l'avez décrété sur le rapport du comité de salut public, et la distribution en sera faite selon le vœu que nous portons dans notre cœur ; elles améliorent le sort des patriotes infortunés. Voilà le fruit des victoires que nous avons remportées. Voilà tout ce que nous voulons.

a Nous reviendrons ensuite dans nos chaumières, dans nos greniers, et là nous savourerons le plaisir d'avoir rempli notre tâche glorieuse; d'avoir répondu à l'attente de la nation; d'avoir justifié la confiance qu'elle avait mise en nous; là nous jouirons en paix du bonheur d'avoir fait celui du peuple, bien que nous préférons à tous les trésors de la terre.

<x Je demande donc que les comités révolutionnaires recherchent avec zèle les véritables auteurs

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de la conjuration du moment, qui est le royalisme ; qu'ils s'occupent à connaître les conspira*^ teurs et à distinguer ceux qui ne crient si fort que pour qu'on ne leur reproche pas leurs crimes. »

Les propositions de Tallien furent adoptées au milieu des plus vifs applaudissements , ainsi que le projet de décret présenté par le comité.

Cependant ce drame effrayant touchait à son dénoûment. Le comité de salut public ne se bor^nait pas au premier arf^été dont nous avons rendu compte : Saint-Just, son rapporteur habituel dans toutes les grandes crises, vint pi'oposer de nouvelles mesures de vigueur à joindre à notre premier décret.

c< Des mesures sont déjà prises pour s'assurer des coupables, ils sont cernés , dit-il. Il reste à prendre des mesures pour arrêter !e plan de corruption , plus pernicieux que les fureurs des conjurés même; ces mesures, nous vous les proposerons dans une loi sévère mais juste. Rendons grâces au génie du peuple français de ce que la liberté est sortie victorieuse de l'un des plus grands attentats que l'on ait médités contre elle. Le développement de ce vaste complot, la terreur qu'il va répandre , et les mesures qui vous seront proposées , débarrasseront la république et la terre de tous les conjurés. Que tous les citoyens veillent sur la sûreté du peuple , en même temps que le gouvernement poursuivra les conspirateurs. La guerre sera continuée avec fureur; plus de repos, que les enne-»

mis de la révolution et du peuple français ne soient exterminés : plus de pitié , plus de faiblesse pour les coupables qui osent attenter à la liberté de leur patrie.

a Nous vous rendrons un compte honorable des périls dont nos devoirs nous auront environnés; les conjurés bravent la vertu, nous les bravons eux-mêmes. Agrandissons nos âmes pour embrasser toute l'étendue du bonheur que nous devons au peuple français; tout ce qui porte un cœur sensible sur la terre respectera notre courage : on a le droit d'être audacieux, inébranlable, inflexible, lorsqu'on veut le bien.

«Peuple, punis quiconque blessera la justice; elle est la garantie du gouvernement libre ; c'est la justice qui rend les hommes égaux : les hommes corrompus sont esclaves les uns des autres, c'est le droit du plus fort qui fait la loi entre les méchants; que la justice et la probité soient à l'ordre du jour dans la république : le gouvernement désormais ne pardonnera plus de crimes. Peuple, n'écoute plus les voix indulgentes ni les voix insensées; chéris la morale : sage par toi-même , soutiens tes défenseurs. Élève tes enfants dans la pudeur et dans l'amour de la patrie; sois en paix avec toi-même, en guerre avec les rois ; c'est pour te ralentir contre les rois qu'on veut te mettre en guerre avec toi-même. Quoi! l'on a pu te destiner à languir sous une régence de tyrans qui t'auraient rendu des rois! Quoi! tout le sang de tes en*-

fants morts pour la liberté aurait été perdu! Quoi ! tu n'aurais plus osé les pleurer ni prononcer leur nom ! La statue de la liberté aurait été détruite , et cette enceinte souillée par le reste impur des royalistes et des rebelles de la Vendée! Les cèndre§ de tes défenseurs auraient été jetées au vent.... Loin de toi ce tableau , il n'est plus que le songe de la tyrannie; la république est encore une fois sauvée. Prenez votre élan vers la gloire. Nous appelons à partager ce moment sublime tous les amis secrets de la tyrannie qui , dans l'Europe et dans le monde, portent le couteau de Brutus sous leurs habits.

« l\ vous sera fait dans quelques jours un rapport sur les personnages qui ont conjuré contre la patrie. L'intérêt du peuple et de la justice ne permet pas qu'on vous en dise davantage , et ne permettait pas qu'on vous en dît moins, parce que la loi que je vais vous proposer était instante et devait être motivée. »

A la suite de ce rapport Saint-Just lut un projet de décret qui fut adopté h l'unanimité et au milieu des plus vifs applaudissements; je citerai les dispositions principales :

ce Le tribunal révolutionnaire continuera d'informer contre les auteurs et complices de la conjuration ourdie contre le peuple français et sa liberté; il fera promptement arrêter les prévenus et les mettra en jugement.

« Sont déclarés traîtres à la patrie et seront pu-

nis comme tels ceux qui seront convaincus d'avoir, de quelque manière que ce soit, favorisé dans la république le plan de corruption des citoyens , de subversion des pouvoirs et de l'esprit public ; d'avoir excité des inquiétudes à dessein d'empêcher l'arrivage des denrées à Paris; d'avoir donné asile aux émigrés ; ceux qui auront tenté d'ouvrir les prisons; ceux qui auront introduit des armes dans Paris dans le dessein d'assassiner le peuple et la liberté; ceux qui auront tenté d'ébranler ou d'altérer la forme du gouvernement républicain.

« Ija convention nationale étant investie par le peuple français de l'autorité nationale, quiconque usurpe son pouvoir, quiconque attente à sa sûreté directement ou indirectement , est ennemi du peuple et sera puni de mort.

« La résistance au gouvernement révolutionnaire et républicain , dont la convention nationale est le centre, est un attentat contre la liberté publique; quiconque s'en sera rendu coupable, quiconque tentera, par quelque acte que ce soit, de l'avilir, de le détruire ou de l'entraver, sera puni de mort.

tf Le comité de salut public destituera , conformément à la loi du i4 frimaire, tout fonctionnaire public qui manquera d'exécuter les décrets de la convention nationale ou les arrêtés du comité, ou qui se sera rendu coupable de prévarication ou de négligence dans l'exercice de ses fonctions ; il le fera poursuivre selon la rigueur des lois , et

pourvoira provisoirement à son remplacement.

<c Les autorités constituées ne peuvent déléguer leurs pouvoirs; elles ne pourront envoyer aucun commissaire au-dedans ni au-dehors de la république sans l'autorisation expresse du comité de salut public; les pouvoirs ou commissions qu'elles peuvent avoir donnés jusqu'à ce moment sont annulés dès à présent. Ceux qui /après la promulga-» tion du présent décret, oseraient eh' continuer l'exercice, sont punis de vingt ans de fers.

« Le comité de salut public est chargé de veiller sévèrement à l'exécution du présent décret; il en rendra compte à la Convention Nationale selon la loi.

Les agents du ministère public (i) comprirent

(l) t' ACCUSATEUR PUBLIC »»iS LÉ TRIBUNAL BÏVOLUTIONNAIRt, AUX CITOYENS REPRÉSENTANTS DU PEUPLE COMPOSANT LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC.

<« Citoyens , par suite de rinstruction qui a eu lieu au tribunal au désir des décrets des i6 et 23 ventôse , qui enjoignent au tribunal de faire arrêta, juger sans délai tousks auteurs et complices de la conspiration tramée contre le peuple, je vous informe, citoyen5 , que le résultat de cette instruction ne m*a pas permis de différer un instant de faire mettre en état d'arrestation les citoyens Ronsin, Tincent, Hébert , Momoro , Ducroquet et le général Saumur. Tous ont été mis cette nuit à la conciergerie. Un banquier hollandais , nommé Kiroff , doit être arrêté en ce mobient. L'information se continue avec célérité , et j.'ose espérer que j'arriverai encore dans peu à quelques nouveaux renseignements. Je vous promets qu'il i^e sera rien négligé par le tribunal pour parvenir à assurer enfin la tranquillité et la liberté du peupk et la sûreté de la Convention. »

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