III
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ce que la Convention exigeait d'eux. Nous n'en étions plus au temps où une faction , folle dans ses vaniteuses prétentions, rendait des décrets qu'elle ne savait pas faire exécuter. La Convention était réellement puissante, et sesagents étaient obligés de lui obéir sous peine d'un prompt châtiment. Hébert, Chaumette , Momoro , président des cordeliers, -Gusman, Desfieux, Frey, etc., furent arrêtés dans la nuit du a3 au a4 ventôse. La Convention en reçut la nouvelle le a4. Dans la même séance, Amar , au nom du comité de sûreté générale , fit son rapport dans l'affaire de Chabot. Je citerai les passages qui peuvent mieux faire connaître la nature de cette affaire et l'état du parti à cette époque.
« On compte dans le nombre des conjurés , disait Amar , Proli , le baron de Frey , beau-frère de Chabot, Gusman, espagnol, tous vendus à nos ennemis.
« Proli, fils naturel de Kaunitz, dévoué à la plus infâme débauche, était l'ami des Guadet, des Brissot.
« Le baron de Frey , dont la famille a été anoblie par Marie-Thérèse , et auquel Chabot s'est lié par les liens du sang , a trois frères au service de l'empereur.
a Chabot nous a avoué qu'ils ne lui avaient donné leur sœur que pour se faire une réputation de patriotisme en la mariant au premier révolutionnaire de l'Europe. Chabot a ajouté que ses beaux-frères
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avaient été pendus en effigie à Vienne ; que letir^ hiens avaient été saisis et qu'ils étaient ruinés.
Quoi! Chabot, vos beaux-frères sont ruinés, et ils vous donnent leur sœur avec deux cent mille livres! Quoi ! vous vous alliez avec les ennemis de la France; vous connaissez leur desseins; ils veulent se faire une réputation de patriotisme, et vous leis secondez dans leur projet de servir l'Autriche! L'homme libre ne fut jaroaisr le partisan de la tyrannie.
ff Deux autres intrigants , qui ont trempé dans cette affaire, sont le baron de Bance, ex-constituant, et Benoite.
ce Tous ces individus formaient une association qui jouait à la hausse et à la baisse, et se partageaient le profit. Le baron de Bance et Benoite , habiles dans l'art de l'agiotage et de la corruption, étaient entremetteurs. Le but de ces hommes vils était de faire renchérir les denrées et de porter le peuple à s'en procurer par la violence.
« Chabot, pour faire connaître l'immoralité de ces individus, témoigna quelques scrupules sur les moyens peu délicats que l'association employait pour s'enrichir. « Je ne sais pas , lui répondit Benoite, comment en France on peut se refuser à faire fortune; en Angleterre on achète publiquement les membres du parlement. Je crus alors, ajoute Chabot dans son interrogatoire , qu'il me parlait au nom dePitt... » Quoi! Chabot, vous connaissiez ces infâmes , et vous restiez dans l'as-
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ôociation! Le crime est dévoilé ^ la Convention en fera justice. »
Amar racontait ici toute l'intrigue relative à la compagnie des Indes , aux compagnies financières et à la falsification du décret de la Convention; il rappelait d'abord les différentes lois qui astreignaient toutes les actions financières au droit d'enregistrement; qui prescrivaient que les actions ne pourront être cédées sans que la cession et le cessionnaire ne soient inscrits sur l'action même ; il faiss^it voir ensuite comment les agioteurs avaient trouvé le moyen d'éluder 1^ loi en imaginant les reconnaissances et les transferts.
Bazire, continuait le rapporteur, nous a rapporté une conversation qu'il eut avec Delaunay d'Angers 9 dans laquelle on voit la perversité de Pitt mise en action. « Pourquoi , lui disait Delau<^ nay, ne pas imiter les membres du parlement anglais, qui vendent leur conscience? c'est un moyen certain d'atteindre la fortune ; » il ajoutait, pour éloigner les doutes qu'élevait Bazire : « Il ne s'agit que de faire baisser tous les effets des compagnies financières , profiter de cette baisse pour acheter, provoquer ensuite une hausse subite pour remettre ces mêmes actions sur la place.
a — Mais avec quels fonds, dit Bazire, faire ces acquisitions? — Rien de plus facile que de s'en procurer, répond Delaunay; l'abbé d'Espagnac réclame quatre millions , il abandonnera pour un certain temps la jouissance si on lui procure son paiements »
« Julien de Toulouse disait à Bazire que , tandis que Delaunay présenterait des mémoires pour ^ire baisser les foilds publics , lui , Julien ^ ferait peur aux administrateurs, aux banquiers, pour favoriser l'association et ses profits; qu'on ne demandait à Bazire que de se taire et de laisser fairè^ et que Delaunay ferait exactement à tous leur part de bénéfice.
« Nous reprochons donc aux membres de l'association de Delaunay d'Angers d'avoir suivi, pour perdre le crédit national, les mêmes moyens que Brissot et ses complices employaient pour perdre la liberté ; d'avoir interprété les lois justes de la Convention pour favoriser les gains des co-associés ; d'avoir substitué aux décrets des représentants du peuple leurs arrêtés particuliers, en changeant le texte des décrets.
« Bazire a su tous ces complots; on lui a offert cent mille livres pour se taire : il s'est tu, et en laissant commettre le crime il le commettait luimême. »
Amar rapportait ensuite le faux matériel commis par les accusés, membres de la commission des finances, en changeant le texte du décret qui supprimait les compagnies de finances. Il indiquait les manœuvres employées par eux pour empêcher l'exécution de l'article de ce décret, qui ordonnait à ces compagnies de finances de verser au trésor public les huit millions qu'elles devaient à l'état.
Il citait antérieurement le trait suivant de Cha-
bot : cinq mille livres en actions de la comjDagnie des Inde^ furent déposées chez un des accusés pour ft^voriser l'inexécution du décret sur la restitution de huit millions.
On parlait de donner sur cette somme cinquante mille écus à Chabot, a Non pas , a-t-il dit , je suis resté pur jusqu'à présent, je ne veux point de cette somme. Nous partagerons le tout au même instant , afin que nous ne paraissions pas plus fripons les uns que les autres. »
Ici comme dans l'affaire des hébertistes les preuves du crime étaient flagrantes. Il était évident que le comité avait sauvé la république de deux grands dangers. Malheureusement il ne s'arrête pas là et nous allons voir les haines particulières .s'immiscer dans les intérêts nationaux et continuer l'état de sanglapte crise après la fin duquel toute la France sQupirajt.
DE RENÉ LEVASSfiUn. 55