CHAPITRE
SoMMAiiiE. — Encore les Délassements. — Mademoiselle Menlz, la femme-ihéàtre. — Un mot de Jolia, une t^ trice de passage. — Ce que se disent les habitués quand Mentz remplace. —Oscar, le régisseur général.
— L'explication de son peu d'ambition. — Devaux, le second régisseur. — Pourquoi il a beaucoup de mal.
— Le chef d'orchestre Gourlier. — Tendre la perclie.
— Les coulisses. — Ceux qui y viennent. — Alexandre Flan. — Ernest Blum. — Pourquoi je ne dis rien de lui.— MM. Alphonse Royer, Hippolyle Gogniard, Heary Murger, Lafontalne, Mario-Ucbard, Lambert Thibovsl, Aylie Langlé au foyer des acteurs. — Edmond Aboot.
— Sa ressemblance avec moi. — Un document historique. — Une répétition du théâtre. — Ces dames chet ]e commissaire. — La Comédie- Française et les Délas* sements.
Encore un peu de Délassements, si vous voulez.
Dans le chapitre précédent, j'ai omis de parler d*une petite actrice qui a bien aussi son côté bizarre.
Mademoiselle Mentz : la femme -théâtre.
C'est une enfant de quinze à seize ans, fille d*une ouvreuse de la salle.
Elle ne vient jamais aux répétitions et elle sait tous les rôles de la pièce qu'on joue ou qu'on va jouer.
Elle les sait à un tel point, qu'elle remplace, le soir, instantanément, la première venue.
Et cela sans se tromper d'un mot, d'une virgule.
C'est un trésor pour les Délassements.
Car trop souvent ces dames oublient de venir, retenues qu'elles sont. Tune par le vilain temps, l'autre par le retard d'un chemin de fer.
Julia, une biche de passage, a donné un soir pour excuse d'une représentation manquée :
— Qu'elle avait oublié radresse du théâtre!
Oscar a proposé de la lui attacher autour du cou.
Pour en revenir à Mentz, ce petit Pic de la Mirandole, comme dit Sari, remplit quelquefois dans une seule soirée dix à douze rôles.
Le public la connaît et lui tient compte des tours de force qu'elle accomplit.
Quand elle entre pour remplacerquelqu'un, les habitués disent :
— Bon, voilà la petite : une telle voyage.
Continuons cette revue de mon théâtre lavori.
Je suis un peu comme les amoureux, ihoi ; j'adore parler longuement de ce que j'aime.
Oscar, — je Tai dit plus haut, — est le ré' gisseur général du lieu.
Comme metteur en scène et comme acteur, il possède un talent réellement remarquable.
En outre, je ne connaisjpas d'homme plus travailleur.
Il se lève à neuf heures du matin, donne jusqu'à midi des leçons de déclamation aux débutantes du théâtre, vient faire répéter jusqu'à quatre heures, et le soir joue un rôle écrasant jusqu'à minuit.
Malgré ces nombreuses occupations, il trouve encore moyen de confectionner, de temps à autre, un vaudeville amusant.
II joue de la flûte, du piano, de l'accordéon ; il parle italien, et pourrait au besoin donner des leçons de latin à M. Jules Janin, la bète noire de ma mère. ^
— Gomment se fait-iU demanderont les hommes graves, qu'avec autant de ressources il reste aux Délassements-Comiques ?
D'abord, les Délassements lui rapportent beaucoup d'argent, il s'y fait avec ses cours à domicile, sa régie, ses représentations et ses droits d'auteur, quelque chose cjomme sept à huit mille francs par an.
De plus, il est là dans son milieu, dans son élément.
C'est un esprit bohème avant tout.
La réponse suivante, qu'il a faite un jour à certain quidam, suffit à expliquer sa conduite:
— Pourquoi restez-vous ici ? lui dennandait-il.
— Je m'y amuse.
Deveaux, le second régisseur, estractivité personnifiée.
(Test lui qui est chargé de prévenir ces dames et de veiller à ce qu'elles entrent en scène à temps.
C'est lui qui va les voir quand e11e3 sont malades, ou quand elles font mine de l'être.
Cest lui qui s'occupe de les faire remplacer lorsqu'elles manquent , et qui les rappelle à Tordre quand elles oublient que sur le théâtre elles ne sont pas chez elles.
Il a beaucoup de mal.
Le chef d'orchestre se nomme Gourlier, musicien de talent ; il a aussi sa part dans le succès du théâtre.
Ses accompagnements sont pleins de fantaisie, et je connais beaucoup d'habitués que ses variations enthousiasment.
11 est d'une grande habileté pour tendre ce qu'en lexique théâtral on nomme la perche.
Sans lui la pIii{Mirt des actrices chantenôeot faux.
Quand il se fait quelquefois remplacer par son second, moins adroit que lui , la représentation devient vraiment curieuse.
Les femmes s'offrent des notes fausses à bouche que veux-tu.
Sari appelle cela : faire des voyages autour du ton.
Quoi qu'en disent les médisants, les coulisses sont hermétiquement fermées aux étrangers.
On n'y voit jamais d'inconnus. Le nombre d'intimes et d'ayants droit au séjour derrière les décors et dans le foyer est très-restreint.
On les compte.
Ce sont quelques privilégiés, amis ou parents du directeur, un ou deux journalistes de la Irés-petite presse, et les auteurs du théâtre.
Et encore parmi ces derniers en est-il qu'on ne Yoit jamais.
' Tel M. Alexandre Flan.
Ce jeune vaudevilliste, une des gloires du théâtre, y vient juste trois fois par chacune de ses pièces.
Le joiu* de la lecture aux artistes, à la répétition générale et à la première représentation .
Passé cela, on ne l'aperçoit plus.
On dirait qu'il a peur pour sa vertu.
Cette crainte fait véritablement Téloge de la troupe.
En revanche, son collaborateur habituel, M. Ernest Blum, y Vient tous les soirs.
Je crois qu'il y couche.
Je dirais bien quelques mots de sa per-
sonne, mais il est si modeste que je craindrais de le blesser. N'est-n*^ pas, Ernest Blum, que cela te serait désagréable que je parlasse de loi?
Rassure-toi, mon fils, je ne dirai rien ; je ne te ferai pas le vilain tour de rien raconter de tes amours ni de tes affaires, tu es trop gentil et surtout... trop journaliste.
Cependant, à de certains soirs, les coulisses se peuplent d'étrangers, le foyer resplendit d'habits noirs inconnus.
Mais ceux-là ont parfaitement le droit d'y venir.
Ce sont MM. Alphonse Royer, directeur de rOpéra; Hippolyte Cogniard, Henry Murger, Mario Uchard, Lambert Thiboust, Lafontaine, Ludovic Halévy, Aylie Langlé, Albert Wolff.
11 y a deux ans, Edmond About n'en sortait pas.
Il n'y vient plus depuis que les blondes sont en majorité, et que j'y danse.
Cela tient à ce que ses amis soutiennent que je suis son portrait frappant.
Le fait est que nous nous ressemblons un peu. '
Mais je suis mieux que lui.
Tout à l'heure je parlais des travaux de géant qu il fallait accomplir pour monter une pièce à spectacle, comme on en joue habituellement aux Délassements.
En feuilletant mes papiers, je retrouve le procès-Verbûl d'une répétition que je me suis amilsé à fairej un jour que j'avais les idées tournées vers la littérature.
J'ai fortement envie de le plaiief ici, •— à
titre de document historique, bien eotendu.
L'authencité en est garantie par moi,pour deux ans.