ÉCLAIRCISSEMENS
Èclairdssetnent (À) , page 35.
Je conviendrai avec vous et avec Juvénal , qu'il vaut miettx être fils de Thersite, et se trouver revêtu de l'armure de Vul- ' cain , que d'être fils d'Achille , pour végéter sans force et sans gloire ; mais vous conviendrez àusdi aVec moi qu'à cet âge où l'on n'est encore rien qu'en espérance , le fils d'AchiUe eût attiré les regards de toute la Grèce , tandis que celui de Thersite eût demeuré dans l'ohscarité et dans l'ouhli. Et quel est celui qui, voyant le fils de son ami, ne s'intéresse naturellement à lui ', quel est celui qui , retrouvant le fils de bon bienfaiteur , de celui iqtii Fia servi , qui a cpmbattu pour lui , qui lui a sauvé la ;vié , ne se sente aussitôt ému de tendresse et de reconnaissance ? Et vous voulez que la patrie regarde d'un œil indifférent les enfans de ses bienfaiteurs ? Vous faites une loi pour obliger les génétation^ présentes à perdre la mémoire des générations passées, et vous croyez avoir fait un sacrifice à la philosophie et à la raison; et moi je dis que vous n'en avez fait qu'à l'envie et à la vanité.
Je n'examinerai pas à présent si c'est un préjugé. Si c'est un préjugé qui tie;it à la nature , à la racine même de l'humanité , vous avez pu l'ofi^enser , vous ne le détruirez pas ; vous atez pu vous le rendre inutile , mais il subsistera toujours. Je ne sais d'ailleurs si c'est un préjugé ; mais ce préjugé a fait dés héros ; ce préjugé offrait un prix précieux à la vertu , et
338 KCLAIKCISSBMENS
une récompense que tout votre argent ne remplacera pas , qu'il empoisonnera même. Ce préjugé tendait à rapprocher, par une conventiqn d'hon'neur , des rangs dont vous laissez désormais toute la disposition à la fortune. Un gentilhomme pauvre , honoré de la gloire acquise par ses pères , et placé dans l'opinion avant l'homme entouré de tout l'éclat de l'opulence , était , ce me semble , une belle et sublime leçon de vertu et de bonnes mœurs. Une semblable institution était digne d'une nation libre et généreuse ; mais vous avez mieai aimé suivre les erremens de la fortune , et vous avez été aveugles comme elle.
CTèpendant si la noblesse peut s'acquérir, une vérité incontestable^ c'est qu'elle peut aussi se perdre, et elle doit' se perdre par les moyens opposés à. ceux qui l'ont fait acquérir. Or, si les moyens qui la font acquérir sont de grandes actions et de grands services , les. moyens qui doivent la Caire perdre sont l'inutilité et les crimes. Ainsi le citoyen ne peut devenir noble que parce qu'il a fait une belle action ; il ne peut demeurer noble qu'autant qu'il est utile , et il devient nécessairement ignoble du moment qu'il commet un crime ; et alors la société ne peut plus voir ses enfans et ses descendans qae comme.de simples citoyens ; si quelqu'un d'eux veut se réintégrer dans l'éclat de ses pères , il faut désormais que ce soit par les moyens qui les ont fait sortir eux-mêmes de la classe commune , c est-à-dke par des actions importantes et utiles à la patrie. {Actes des Apôtres.)
Éclaircissement (B) , page 43.
La nouvelle de la conspiration ministérielle , de l'insurrection des Parisiens , la démarche du roi auprès de l'Assemblée nationale , • excitèrent une fermentatipu extrême.
On commença la nuit du dimanche 20 juillet à illuminer partout ; les malsons qui ne* furent pas promptes à suivre cet exemple eurent dans un instant leurs fenêtres brisées ; an mi-
HISTORIQUES. SSg
lieu des atlroupemens et des feux de joie , quelques voix nommèrent un petit nombre des magistrats les plus détestés. On courut à leurs qiaisons ; on les attaqua de tous c6tés; le secours vint à temps , et aucun ne*fut victime de la fureur du. ' peuple. La foule se dissipa avec le jour, et les magistrats , que la lueur des bûchers avaient éclairés sur la disposition des esprits , commencèrent à trouver quelque poids dans les rédamations du peuple. La joui^iée du lundi se passa en né* gociations : on promit beaucoup à la bourgeoisie ; mais lorsqu'il fallut rédiger des articles et les signer , les aristocrates se hérissèrent de difSicultés,
Cependant le commandant pour le roi , garant de leurs promesses , et ami de la bourgeoisie , fut très-mécontent de ce qu'on cherchait encore à Tamuser.
Enfin , le mardi 22 , toute la matinée s'étaut écoulée sans qu'on pût rien terminer , l'hôtel-de-ville fat entouré par le peuple , qui menaçait de l'incendier. ,
Le commandant y vint avec quelques détachemens de ea** Valérie : il exhorta le peuple à rester tranquille ; mais ce fut inutilement. A la foule des mécontens de la plus saine bourgeoisie , se joignit une multitude de bandits , de gens *sans aveu.
A quatre heures après midi , le cri universel était d'escalader rhotel-de-ville. Dans un instant les échelles furent apportées , et cinq à six cents hommes l'assaillirent de tous côtés. Les portes , les fenêtres , les toits forent enfoncés ; on se répandit dans l'intérieur ; tous les magistrats s'étaient évadés à temps par des issues secrètes ; on se jeta sur la chancellerie -et les archives ; les papiers furent déchirés , dispersés , jetés par les fenêtres ; les portes des caves brisées, et bientôt il y eut dans ces caves immenses assez de vin répandu pour que plusieurs y fussent noyés. Les furieux s'y jetèrent en foule , burent le vin dans leurs chapeaux , et. s'enivrèrent à dessein avec une sorte de rage.
54o ÉCLàlRCISSEMBUS^
Les voleurs qui s'étaient joints aux assaiUans brisèrent des coffre-forts , et pillèrent la caisse des orphelins ; puis ils commencèrent à démolir , jetant meubles y tuiles , décombres , sur la foule qui entourait la place.
Le désordre devenant général , et les menaces répétées de mettre le feu partout faisant redouter de plus grands malheurs , on ût battre la générale , . et la garnison courut aux armes ; mais l'idée que FoiJigine de ce désordre provenait d'une bourgeoisie mécontente à juste titre , fit que les généraux et les troupes n'étaient point disposés à employer la violence pour la repousser ; on se contenta de faire des dispositions pour garder les lieux les plus essentiels , tels que les quartiers , les arsenaux > la monnaie y les magasins , les prisons , maisons de force, etc. On plaça des gardes devant les maisons des magistrats les plus notés , et les troupes eurent ordre de ne faire aucune viole)}ce ; mais simplement de former une barrière devant leurs portes , d'empêcher qu'on neipît le feu, et de n'employer la force que pour leur défense personnelle.
On suivit si bien cette méthode que les malintentionnés, enhardis par l'inaction des troupes , se livrèrent à toutes sortes d'excès. La bourgeoisie finit par se retirer , et il ne resta que des bandits qui, répandus dans toute la ville , attaquèrent plusieurs maisons. On les repoussa dans divers endroits ou ils voulaient mettre le feu y et à une heure après minuit , il fat décidé d'employer la force pour rétal^lir l'ordre et la tranquillité. Je fus envoyé l'un des premiers avec m,a compagnie au secours d'une maison qu'on pillait. Une troupe de .misérables , après avoir enfoncé les portes , faisait un dégât affreux , et emportait tout. Quand je vis que je n'avais affaire qu'à des voleurs, je ne marchandai pas ; j'exhortai mes gens, et bien que nous fussions accueillis par une grêle de tuiles, de pierres , de meubles , qu'on nous jetait des fenêtres , je fis fondre dans la maison avec la baïonnette , et sans tirer un coup de fusil. Là , après une mêlée très-courte , nous chassâmes tous ces malheu-
reux à coups de crosses , de baïonnettes et d'épées ; plusieurs furent blessés et une partie fut arrêtée.
On en fît de même partout , et , lorsque le jour parut , toutes les bandes étaient dissipées. Dans le courant de la journée, la 'bourgeoisie elle-même demanda à s'armer et à se joindre à nous, ce qui fut fait. On se mit à la quête des voleurs, et, au bout de vingt-quatre heures , il y en eut au-delà de quatre cents d'arrêtés. Nous restâmes sous les armea , et crainte de nouveaux événemens %t d'incendies , il fallut pointer du canon contre les prisons pour contenir ce grand nombre de prisonniers , et envoyer des détachemens dans la campagne , où l'on commettait également fies ravages. Il y a eu un voleur de pendu sur la place d'armes , et deux condamnés aux galères. Peu après le calme s'est rétabli ; mais l'on a doublé les gardes , et la bourgeoisie, qui a pris la cocarde nationale, s'est formée comme à Paris , et fait le service avec nous. Le^magisr trat s'est exécuté sur plusieurs points essentiels ; cependant on n'est pas encore satisfait, et il faudra que l'Assemblée nationale prononce. {Courrier de- Fro{>enûe^ )
Eclaircissement (C) , p^ç xao,^
Messieurs ,
Votre plume 9 dévouée au patriotisme, saisira sans doute avec empressement une occasion de faire connaître à toute la France l'activité et la prévoyance de nos braves compatriotes les babitans de Cherbourg. L'aristocratie,, cette hydre toujours renaissante, emploiera en vain les moyens les plus subtils; grâce à leur zèle infatigable, elle est à jamais proscrite des murs fortunés de notre viUe , et nous prétendons même en purger toute la ffogue (i) , s'il, est possible. Voici , en consé-
(i) Petit canton de la presqu'île du Gotentm , aux environs de Cherbourg.
S4a ÉflUJRGISSEMENS
queace , la manière dont nous nons y sommes pris dernièrerement Un aristocrate , dont le nom doit être connu pour servir d'exemple à ses semblables (c*est M. le marquis de Bmc), a ci*u en imposer encore aux crédules babitans de nos cantons, en affectant tous les debors de la bienfaisance envers les paysans ; cette conduite était d'autant plus dangereuse, qu'il est vrai que de tous les temps les malbeureux ont toujours* trouvé cbez lui tous les secours possibles, aumônes de toute espèce , etc. n a même poussé la dissimulation jusqu'à établir un hôpital dans sa paroisse ; mais les sentimens de Reconnaissauce n'ont pu éteindre cette lumière vive qui , depuis l'henreuse régénération de la m(fharcbie, sait nons faire distinguer si nettement les objets , et les apprécier à leur juste valeur. Au milieu de cette affabilité séductrice , l'œil vigilant et patriote de la nation a remarqué que M. le marquis de Broc affectait de ne jamais porter de chapeau dans sa maison ; des observations fidèles ont cherché à pénétrer ses motifs , et il n'a pas été difficile de découvrir que le mépris du signe heureux de notre régénération , de cette marque respectable de la réunion des bons Français, de la cocarde nationale enfin, était l'unique cause de cette affectation. Iln*e/ût osé couvert paiiaître sans cet ornement devenu si essentiel aux bons citoyens ; dès-lors on a observé ses démarches de plus près, et M. de Bruc, ignorant que sa conduite fût aussi éclairée, a poussé la téiftérité jusqu'à se promener le matin dans ses jardins , en robe de chambre et en bonnet de nuit, espérant qu'à la faveur de ce costume il pourrait se soustraire encore à l'étendard de notre liberté ; mais l'indignation générale a bientôt succédé à la condescendance que l'on avait eue pour lui, tant que sa conduite* aristocratique n'a eu pour témoins que les babitans de son château. Le scandale a ' été général, et bientôt les babitans des Piétx , bourg voisin de la terre^ cet aristocrate, ont fait passer leurs justes plaintes à Ch^bp^j^g. On a pris les aripes , el; ^ur la certitii4e que l'on a eue que le château de M. de Bruc servait de retraite à xep/
maisons de Bretagne qui ont été forcées d'abandonner cette province , et qu*il se tramait certainement des projets de contre-révolution dans cette partie de notre presqu'île, notre brave milice nationale s'est déterminée sur-le-champ à marcher avec du canon pour ensevelir- sôus les ruines du château les auteurs de cette trame èrimihelle. Malheureusement le chef de notre municipalité y toujôuvs trompé par cette loyauté qui for^ me SOU' caractère , n'a pas voulu regarder des preuves aussi daires comme suffisantes pour trouveif des coupables , et tout en rendant justice à la délicatesse de nos sentimens , et san& blâmer notre défiance, a employé les moyens de persiiasioa pour ralentir notre*ardeur ; nous n'avons pu nous refuser aux désirs d*uH homihe auquel nous n'avons d'autre reproche à faire que d'avoir trop de satig-froid dans une occasion où un acte de vigueur eût été indispensable. Il est vrai que nous n'a>vons pas tardé à apprendre que les sept maisons de Bretagne ^ réfugiées che% M. de Bruc, i;i' étaient autre chose que' madame de SesmaisohSy fenimé du- colonel du régiment de Gohdé j ce qui diminue le danger et la noirceur du4;omplot. Malgré tela^ nous avons toujours le$ yeux ouverts sur tout ce qi^se passe dans ce château , et, en retranchant l'appareil militaire que' nous comptiônis employer , tious ne sommes -pas moins décidés à envoyer une 4éputatioii pleinement autorisée à venger l'in^ juré faite à rbonnreur national, en faisant arborer la vifitorieuse» cocaïne jusque sur -le bonnet de nuit aristocratique dont ,. à si juste titre ( no^ >^ux ont ëtté , offensés, et nous pourrons du; moins nous âa^er' devoir donné les premiers: l'exemple 4' uù* patriotisme au^ -délicat. .i.. i •;
J'ai l'honneur d'être, messieurs, avee des sentimens arcbipatriotiques, votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
Signé f DÉMAGOGUE.
( Jetés des Apôtres. )
3^4 ÉBLAIRCISSEICENS
Éclaircissement (D) , page i45.
V Non , messieurs , la dime n'est point une propriété ; la propriété ne s'entend que de celui qui peut aliéner le fond, et jamais le clei^^é ne l'a pu. L'histoire nous offre mille faits de suspension de dîmes, d'application de dîmes en faveurs des seigneurs , ou à d'autres usages , et de restitution ensuite à l'église. Ainsi les dîmes n'ont jamais été pour le clergé que des jouissances annuelles, de simples possessions révocables à la volonté du souverain.
i> n j a plus, la dîme n'est pas même une possession,comme on l'a dit : elle est une contribution destinée à cette partie du service public qui concerne les ministres des autels ; c'est le subside avec lequel la nation salarie les officiers de morale et d'instruction
D J'entends à ce mot salarier beaucoup de murmures, et l'on dirait qu'U blesse la dignité du sacerdoce; mais, messieurs , il serait temp^ , dans cette révolution qui a fait éclore tant de s^timens justes et généreux, que l'on abjurât les préjugés d'ignorance orgueilleuse qui font dédaigner les mots salaires et salariés. Je ne connais que trois manières d'exister dans la société ; il faut y être mendiant , voleur ou salarié. Le propriétfire n'est lui-même que le premier des salariés. Ce que nous appelons vulgairement sa propriété, n'est autre chose que le "prix que lui. paie la société pour les distributions qu'il est chaîné de faire aux autres individus par ses consouMnations et ses dépenses ; les propriétaires sont les agensy les économes da corps social*
» Quoi qu'il en soit, les officiers de mqrale et d'instruction doivent tenir sfins doute une place très-distingijiée dans la hiérarchie sociale ; il leur faut de la considération , afin qu'ils s'en montrent dignes; du respect même, afin qu'ils s'efforcent toujours davantage de le mériter; il leur faut de l'jiisance pour
HISTORIQUES r 545
qu'ils puissent être bienfaisans; il est juste et convenable qu'ils soient dotés d'une manière conforme à la dignité de leur ministère et à l'importance- de leurs fonctions ; mais ils ne faut pas qu'ils puissent réclamer un mode pernicieux de con^ tribution comme une propriété.
Je ne sais pourquoi on leur disputerait que la dime est d'in* stitution nationale ; elle l'est en e£Pet^ et c'est à cause de cela même que la nation a le droit de la révoquer , et d'y substituer une autre institution^ Si l'on n'éts^it pas enûn parvenu à dédaigner, autant qu'on le doit, la frivole autorité des érudits en matière de droit naturel ou public, je défierais de trouver à propos des dîmes , dans les capitulaires de Gbarlemagne , le mot soherinty c'est dederint que l'on y rencontre toujours ; mais , qu'importe ? La nation abolit les dimes ecclésiastiques , parce qu'elles sont un moyen oqéreux de payer la partie du * service public auquel elles sont destinées , et qu'il est facile de les remplacer d'une manière moins dispendieuse et plus légale.»
C Courrier de Provence, )
Éclaircissement (E), page i47«
• Les bommes de plaisir , et les femmes qu'ils aiment à rencontrer, ont tous connu et fréquenté cette cbarmante rotonde dite le 'Pantbéon , temple élevé à la volupté , en face du Palais-Royal Le Pantbéon, depuis quelque temps, voyait
ses pontifes le fuir pour faire fumer leur encens dans le cirque , lorsque/ M. le marquis de Gondorcet a conçu le noble projet d'en faire un temple à la liberté , sous la dénomination de club de la révolution, ou de portique français. C'est de ce foyer que partira le feu sacré qui doit embraser les deux mondes. Madame de Gouges , si connue par son naufrage , sera la prétresse à qui la garde en sera confiée.
L'ouverture s'en est faite le jour des rois , avec toute la solennité que comportait la circonstance;
Environ 5oo membres des plus zélés défenseurs du peuple ,
546 JÉCLIIRGISSEMENS
dans la plus auguste assemblée de l'Univers , y brillaient à rénvi les uns des autres, et M. l'abbé Sieyes les présidait
Un pareil nombre de personnes du sexe , des plus ardentes amatrices des droits de l'bomme , avaient été jugées dignes d'y être incorporées , et mademoiselle Théroigile de M éricourt a été nommée présidente de ses concitoyennes ; elle a été iastallée aussitôt, en recevant l'instrument destiné aux droits et devoirs de sa cbarge. Ses fonctions étant plus pé&ibles que celles du président , on a renforcé la sonnette , et oii j a joint un mancbe et un battant d'une grosseur convenable.
Nous donnerons une autre fois les discours qui ont été pro • nonces dans cette occasion.
Nous nous empressons d'en venir aux danses de caractère qui ont fixé l'attention des spectateurs ; leur cboix a sati^fàiità'la fois les yeux , le cœur et l'esprit. ,
La décoration avait été prêtée par l' Aoadénue nationale de musique ; c'était celle du .dernier acte de Fanur^, Elle prêtait à merveille à l'illusion.
Une entrée générale de quatre quadrilles sur l'air des sauvages a commencé le bal.
Le menuet de la cour a suivi l'ouverture ^ il a été dansé avec de grands applaudissemens par M. le duc d'Aiguillon et M le chevalier de L^'^^. Le premier était cQstauné ea reine de Hongrie, le second en roi dePrusse; on les a: reconnus, quoiqu'ils fussent très4>ien déguisés.
Une contredanse nationale a suivi ; on y a reconnu M. de Glermont-Tonnerre malgré son masque de fer.
M. de Ghampçenetz , le fils^ donnait la main à une dame déguisée en Venus. Elle ne montrait que son visage , et l'ordiestre jouait le joli refrain, Finissez donc , cher père.
M. Guillotin , médecin politique , et mademoiselle Samson, ont alors dansé d'un pas grave le menuet d'Exaudet. La vétusté de cet air aristocratique' .a fait proposer par JH. Robespierre , déguisé en enfant de chœur , d'y sabttituer une danse
de corde. M. Guillotin s'y est opposé par décence, et a promis , lors du prochain bal , de remplacer le menuet d'Exaudet par un morceau tiré de l'opéra de Dorothée^ qui serait bien plus honnête.
Un pas de quatre a été exécuté ensuite par quatre sauteurs en liberté. L'un , babillé en tigre royal, avec un masque boue de Paris , a été reconnu être M. le comte de Mirabeau ; le second, habillé en juif errant, était M. Brissot de Warville. Madame de Gouges , déguisée en jeune Indienne , et madame de Gondorcet, travestie en infante de Zàmora, complétaient le quadrille , qui a fort bien exécuté le menuet congo.
Plusieurs groupes, où l'on remarquait l'abbé Grégoire, le curé de Soupes, -etc. , costumés en marabous, dansaient dans les angles le caloula , le fandango , le bamboula , et l'on n'entendait rien à tout cela.
On a annoncé les danseurs de corde , et l'équilibre sur le fil de fer. M. Tai^et s'est élancé vêtu en matelot blanc, bordé de bleu , appuyé sur l'orteil du pied droit , la jambe gauche en l'air, les coudes arrondis. M. l'abbé Sieyes lui a présenté unie pyramide colossale et renversée, en annonçant à l'assemblée que M.. Target allait la mettre £n équilibre éblt la pointe^ G'é^ tailfun emblème très-ingénieux de la constitution. 'M^ Target a* effectivement essayé long-temps de mettre la pyramide en équilibre sur le bout des doigts. M. Thouret, habiUé en arle^ quin , chantait le joli air de Rose et Colas, Jhl ûomme J^j^ viendrai M. Target, ayant voulu répondre, Tai plus^ué ifoits le poignet forme , a fait un faux mouvement : ia pyramide l'a entraîné ; il à roulé -et disparu comme un éclair. On Ta cherché long-temps inutilement; enfin M. RoussilloB. l'a déterré dans une cave , occupé à raccommoder ses pompons et sla. fraise à dentelle, derrière un tonneau de Frontignan. f t
A ce moment de charivari a succédé une fort belle anglaise, dansée par M. Du Rovéray , habillé en jockey , à la livrjée de M. Pitt ; Elle a été. suivie d'une petite entrée de XHolinette i^ 1^
548 ÉCLAiRGISSEHENS
cour , dansée fort délicatement par madame la comtesse de La Touche.
Alors a commencé un pas allégorique qui a obtenu les applaudissemens des loges du côté du roi , et a été improuvé du coté de la reine.
M. le vicomte de Hirabeau représentait la constitution d'Angleterre , qui n*a pas changé depuis cent ans. La solidité de M. le vicomte le rendait extrêmement propre à cette danse de ouractère. Son déguisement était de trois couleurs qui faisaient un effet très- national ; l'orchestre jouait, avec force contrebasses , le vieux air de Lully , Pardonnez à mon âge en faveur de ma gloite. hes instrum^s à vent suivaient deux petits hommes jouant l'air de l'Épreuve villageoise : Bon Dieu , bon Dieu y comme à cet' fête monsieu d la France était honnête. Le premier de ces petits homn^es , masqué avec un museau de requin, avec un habi% galonné de principes , figurait les droits de l'homme, et a étéreco|inu |>our M. Barnave. Le second portait un habit plein de trous , sa figure était livide , sa langue lui sortait de la bouche , sa danse était toute dégingandée et boiteuse ; il ne pouvait se tenir en place : il tombait et se relevait, heurtait les droits de l'homme, son vis-à-vis ; en un mot,
c'était M. le duc de la R , représentant la nouvelle cofsti-
tution. Ils attaquaient de tous les cotés la constitution anglaise qui, appuyée sur trois bases, résistait à tous leurs efforts. ttte entrée commençait à fatiguer les spectateurs , lorsque ntion a été interrompue par un événement bizarre. Un grand seigneur écossais est arrivé déguisé en père de la mission. On ne voulait pas le laisser entrer à la porte ; mais , ayant corrompu les gardiens, il avait pénétré. Ses amis Font reconnu, et se sont réunis autour de lui pour admirer un joli petit sapajou qu'il tenait sous son bras ; vu de près , on a reconnu que ce n'était qu'un chat maigre. En faisant sa tournée , le prince étranger a aperçu un jeune, masque faisant rafraîchir madame de Condorcet, avec laquelle il venait de danser ; c'était JML. le
marquis de la Fayette, déguisé en maréchal national. Il tenait d'une main un instrument avec lequel on bat le fer tandis qu'il est chaud ; l'autre était l'instrument avec lequel on allume la forge. Cet appareil a inspiré une telle frayeur au prince étranger, qu'il est allé sur-le-champ prendre sa chaise de poste dans une remise voisine où il l'avait laissée, et il est reparti surle-champ pour Londres , emmenant avec lui trois secrétaires grecs, et deux intendans égyptiens de la race de Pharaon.
Après son départ , on s'est rassemblé en chœur pour partager le gâteau des rois entre les honorables^membres; mais, ayant eu la faiblesse de mettre le premier morceau de coté , la fève s'est précisément trouvée dans la part du diable. Cet accident a paru de mauvais augure ; la confusion a coi^unencé , et dans ce désordre le feu s' étant mis à une gloi^ de la décoration nationale , la corniche du couronnement a beaucoup souffert , chacun des membres s'est empressé de regagner son logis crainte d'accident , et est arrivé chez lui , sale , crotté et méconnaissable.
C'est ainsi que s'est terminé cette première fête ; mais nous pouvons assurer qu'elle n'aura pas de suites fâcheuses. On va mettre dans le Panthéon de nouveaux ouvriers : les décorations en seront plus fraîches , les appuis plus solides ; le couronnement sera doré à neuf, et fera l'admiration des étrangers et des nationaux. (Actes des Apôtres, )
Éclaircissement (F), page i48.
C'est au milieu de ces discussions que l'abbé Maury , voulant empêcher qu'on n'allât aux délibération» sur la question agitée avec chal#ur , a voulu prendre la parole ; les cris d'improbation ont étouffé sa voix ; il ne lui restait qu'une ressource périUeuse pour se faire comprendre ; des gestes expressifs , mais qui n'étaient pas ceux d'un homme de sangfroid. •
L'amendement de M. de Cazalès a été rejeté : aussitôt
550 ECLAIRCISSEMENS
M. Tabbé Maury remonte à la tribune , et 8*écrie : « Vous avez pris rengagement de payer la dette publique , et vous ne voulez pas la connaître ; les administrateurs infidèles pourront la grossir au gré de leur cupidité , et vous , vous vous opposez à ce qu'elle soit révélée à la France entière. Je le demande à ces bommes à qui la France a refusé toute espèce de courage, mais qu'elle a bien dédommagé en leur donnant le courage de la boute , qu'ils me répondent dans cette assemblée. »
Un cri d'indignatidli retentit dans la salle ; les uns demandent qu'on le précipite de là tribune , les autres qu'on en délivre l'Assemblée , ou qu'il n'y paraisse qu'à la barre , comme un accusé devant ses juges.
' Ces débats tuiftultueux ont fait place au langage paisible et froid de la raison , auquel il en faut toujours revenir. M. de Mirabeau , oubliant combien de fois il avait eu à se plaindre de la fougueuse éloquence de l'accusé, et par combien d'incartades particulières il avait préludé à ce jour de scandale , demande sur quelle motion il devait opiner. Cent voix crient en même temps : « M. l'abbé Maury a offensé l'Assemblée nationale toute entière ; voilà la question. » Alors trois députés se lèvent , et proposent que parmi les* voix qui se perdent dans des bruits vagues et confus , une seule dénonce le crime de M. Maury.
A l'instant M. Guillaume a fait la motion que le président de l'Assemblée écrirait au bailliage de Pérou ne ,^ c'est-à-dire aux commettans de M. l'abbé Maury , de retirer les pouvoirs qui lui ont été donnés, et d'envoyer un suppléant à sa place. Cette motion a été appuyée par M. Coroller , avec un amendement plus sévère encore.
C'est alors que M. le comte de Mirabeau s'est expliqué en ces termes : «c Mon objet n'est pas précisément d'examiner jusqu'à quel point l'i^urieuse pbrase de M. l'abbé Mauiy et M. l'abbé Maury lui-même sont coupables ; par l'emportement
oà il s'est laissé entraîner ; on voit combien la colère est un mauvais conseiller.
» S'il était possible que M. l'abbé Maury eût eu l'intention d'offenser l'Assemblée nationale , ce serait là moins un délit qu'une démence , et il ne faudrait chercher d'autre peine que les petites maisons. Mais , du milieu de cette tumultueuse affaire , je vois s'élever un principe , qu'il importe à notre tranquillité intérieure de discuter et d'établir : jusqu'à quel point peut s'étendre l'autorité judiciaire de l'Assemblée sur un de ses membres qui a manqué à sa police intérieure , ou qui même y aurait commis des délits ? Pourrait-elle le rayer, de sa propre autorité , de la liste des représentans ? Je ne crois pas , Messieurs , que , dans aucun cas , notre juridiction personnelle puisse s'étendre jusqu'à une peine si grave , et qui ne frapperait pas seulement sur le député coupable , mais sur les droits des commettans, sur les droits de la nation.
» Yoilà la considération , Messieurs , qui doit fléchir votre sévérité et faire borner la peine encourue par M. l'abbé Maury à une simple censure de police. »
M. l'abbé Maury avait droit de se défendre , aussi a-t41 été écouté ; mais ses prétendus moyens de défense n'ont fait qu'aggraver sa faute : il a dit qu'un homme qui improvisait , et auquel on répondait par les hurlemens de la rage .... A ces mots des cris d'indignation allaient recommencer , lorsque M. l'abbé Maury s'est réduit à des phrases.
M. Desprémesnil , . toujours, prêt à soutenir les bonnes causes , est venu à son secours. , s'étayant des principes admis dans les tribunaux , que , dans le doute , la présomption devait être pour l'innocent. Ce mot a excité des ris et des huées, et M. de Rœderer a virement redressé ison auteur , ainsi que M. de Cazalès , qui dans ce moment se trouvait le frère d'armes de M. Despnémesnil.
. Cette scène fâcheuse , qu'on n'écrit qu'à regret , et .parce
352 LCLAIRCISSEMENS
qu'on ne petit pas la taire ,* a été terminée par Tadoption de la motion de M. le comte de Mirabeau , c'est-à-dire que M. l'abbé Maury serait censuré , et la censufe insérée dans les registres. ( Courrier dt Provence, )
Éclaircissement (G) , page i56.
Projet de décret présente à V Assemblée ruUionale , pdr M..,. .
MiSSIEUBS,
Ce serait en vain que vous auriez changé les mœurs de la nation et de l'univers entier, l'œuvre est incomplète , et il est de votre sagesse , ainsi que de votre gloire , d'achever par un décret qui régénère le monde physique , et le rende conforme au monde moral que vous venez de créer. Il répugne que les hommes présentent le spectacle d'une égalité ravissante , qui est le droit de leur nature , et dont ils n'ont pas joui jusqu'à vous , et qu'ils soient aussi inégalement traités par le ciel , qui semble s'être plu à faire des riches et des pauvres , des heureux et des malheureux ; des jours de douze heures pour les uns , et de huit pour les autres ; de seize heures dans un lieu en un temps de l'année , et de dix heures dans le même lieu en^un autre temps ; qui brûle ceux-ci par un soleil dévorant, tandis qu'il glace ceux-là , et les tue par un froid insupportable ; qui se joue des pauvres humains par un despotisme que votre souffle doit détruire , tantôt en ravageant leurs possessions par les foudres et les tempêtes , en marquant même des victimes particulières choisies parmi les états les plus précieux de la société , tantôt en submergeant des contrées entières. 1E1 est contradicibire qu'une même famille éprouve des vicissitudes frappantes , qui mettent entre ses membres plus de différence qu'il n'y en a de l'éléphant à la fourmi. L'immortel Américain dont vous portiez le deuil il n'y
a que peu de jours , comme les représentans de la nature consternée d^ sa perte ; Franklin avait arraché le sceptre aux tyrans , et aux cieux la foudre. Yous ne lui céderez pas , Messieurs , et en déployant toute l'étendue du pouvoir qui vous est réservé , vous vous assurerez la reconnaissance des races futures , jusqu'au temps qu'il vous plaira fixer pour la consommation des siècles.
Je propose donc de décréter les articles ci-après : Article premier. A compter du i4 juillet prochain , les jours seront égaux aux nuits pour toute la surface de la terre , le jour commençant à cinq heures.
Art. II. Au moment où le jour finira , la lune commencera à luire , et elle sera dans son plein jusqu'au lever du soleil.
Art. m. Il régnera constamment d'une extrémité à l'autre du globe une température modérée et toujours égale.
Art. IV. La foudre et la grêle ne tomberont jamais que sur les forêts. L'humanité sera à jamais préservée des inondations, et la terre , dans toute son étendue , ne recevra plus que de salutaires rosées , qui la feront fructifier à l'avantage de tous ses habitans sans distinction.
Art. V. Le présent décret sera envoyé à toutes les municipalités , et rendu public dans les deux hémisphères.
£t sera le sieur Blanchard chargé de faire un ballon extraordinaire pour , accompagné de deux honorables membres , aller le publier dans la région éthérée , afin que nul n'en puisse prétendre cause d'ignorance. Un détachement des plus braves de la garde de Pontoise , sous le commandement de M. de Lameth , protégera le ballon contre les entreprises des aristocrates qui pourraient se présenter sur la route , tels que Charlemagne , Louis IX , etc.
Art. VI. Le pouvoir exécutif veillera à l'accomplissement dudit décret , et enjoindra aux municipalités de dresser procès-verbaux de contravention , lesquels seront envoyés à l'assemblée , pour y être statué , sans que l'on puisse ajournet
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ai eavojer âux comités des rapports , et même pMs«r à Tordre
du jour.
Eclaircissement (H) , page i59.*
Une lettre était le corps du délit ; et cette lettre était entre les mains du comité des recherches de la commune. Elle avait été trouvée parmi les pièces qui incidpent , dit-on , le siear Augeard , et les commissaires la peignirent comme renfermant les traces d'un complot , comme étant souverainement outrageuse pour les membres de l'Assemblée nationale.
Un cri général s'élève ; toutes les apparences étaient contre M. Malouet, excepté sa* réputation de probité, et la noUe tranquillité de son maintien : on demande sa lettre ; on va la chercher. Au milieu des cris de la prévention et d'une indignation anticipée, M. Malouet s'achemine à la tribune ; il en est tepoussé. Soudain, soit par le tumulte qui s* augmente , soit par cette délicatesse de vertu, peu jalouse de son rang dès qu'elle est suspecte ; il se rend à la barre, pour faire entendre de là sa justipcation ; mais l'Assemblée sait qu'un accusé n'çst pas un coupable ; plusieurs membres l'appellent à là tribune , on insiste ; il y monte , et c'est un premier acte de justice ^e l'Assemblée, envers lui. M. Malouet parle poor sa défense avec cette modestie courageuse qui brave les apparences de crainte ou de faiblesse , en attestant pour lui une vie passée dans la réputation de bon citoyen < H rappelle des circonstances douloureuses à son cœur , où il a été méconnu , calomnié , menacé , dénoncé au peuple comme un ennemi de la liberté ; une sensibilité trop vive a pu lui dicter quelques expressions trop peu mesurées. Eh ! quel est l'homme qui ne cède quelquefois à ce mouvement ! « Si j'avais offensé , dit-il , un de mes collègues , je réparerais cette offense ; si j'avais manqué à cette Assemblée , je dcsoendrais à la humi et je me résignerais à la peine qui me serait due. Mais il est
impossible cpue j'aie pa oublier les devoits de citoyen , et trahir les intérêts de la liberté. »
Son discours , proikoncé avec la confiance de la vertu et la décence de sa position , fit naître pouç l'orateur une disposition fiavorable , qui se décida complétenent quand on lut la fameuse lettre.
Elle avait été adressée à Af . le comte d'Estaing , alors commandant général de la milice nationale de Versailles. Il Tinforme de propos qui ont été tenus , sur l'intention qu'avait cette milice de se débarrasser des députés mauvais citoyens. Il attribue cette fermentation du peuple à des scélérats qui calomnient tous ceux qui sont contraires à leurs projets de subversion. Il n'est que trop vrai, ajoute^t-il , qu'il existe parmi nous de mauvais citoyens qui veulent mettre le feu dans le royaume.
Cette lettre avouée par M. Malouet , il remonte à la tribune ; il en expose l'occasion , l'époque , les motifs y et son apologie fut un vrai triomphe. L'assemblée avait eu lieu de croire , suivant la dénonciation qui venait d'être faite , que cette lettre était liée par quelque trait à l'affaire du sieUr Augeard. EUe fut frappée d'éton^ement quand elle n'y reconnut que les ^efs d'un homme ulcéré , une invective contre ceux qu'il regardait comme ses ennemis; quand elle vit que cette lettre , loin de renfermer des traces de conspi^ ration , n'était qu'une violente sortie contre ceux qu'il présumait être des perturbateurs de la paix publique , une . dé^ nonciation même des bruits répandus contre la sûreté des représentans de la nation.
A rinstânt l'absolution de M. Malouet se fit dans le cœur des juges , au milieu d'applaudissemens qui étaient pour lui mte vengeance honorable : des voix s'élevaient pour demander la punition de ses dénoiiciateurs.
M. Malouet, après des tentatives d'explication de la part de MM. de Préfelne et de Gleizen , à peine entendues , déclare