‹ Mémoires de RivarolChapitre 5 sur 6 · ÉGLA.IRGISSEMENS · texte numérisé non relu

ÉGLA.IRGISSEMENS

cpi'il lui suffit d'être complètement lavé de l'accusation , et prie qu'il ne soit donné à cette accusation aucune suite ultérieure. On demande la question préalable sur le tout ; elle est rejetée , et c'est par un décret formel que la non inculpation de M. Malouet est reconnue. ( Courrier de Provence.)

Eclaircissement (I) , page i88.

Description du livre noir.

Ce livre est un registre composé de Zii feuilles , relié en maroquin noir. On a employé , pour le former , du papier de

France de la belle fabrique de Mi u , L....b et compagnie,

dont la devise , empreinte dans le papier , est pro diabolo et licentia.

Le premier feuiUet a pour titre : Esprit de l'Assemblée nationale y OU recueil des maximes , motions et reparties les plus sages de ses membres les plus distingues , ainsi que quelques-uns des décrets les plus moraux des vertueux législateurs français , à l'usage de tous les peuples du mond^. Les trente-deux feuillets qui suivent contiennent des hiéroglyphes, auxquels il nous a été impossible de rien comprendre. On lit seulement au commencement une phrase anglaise dont voici le sens : Plan de régénération de la monarchie française , arrêté entre les ci-dessous nommés à Viroflay^ et par suite à Passy^ puis en la grande salle du couvent des révérends pères jacobins. Le surplus est en blanc ; mais sa destination est reconnue par ce* titre : Suite de l'Esprit de V Assemblée nationale, n paraît que ce registre très - considérable était destiné à le devenir encore plus par la suite ; car on lit sur le do6 de ce volume, tom. i^' : Nous avons d'abord fait l'examen le plus attentif de la forme et de l'état du livre; et, après noos être assurés qu'il était dans son intégrité et sans altération , nons avons fait le dépouillement qui va suivre.

HISTORIQUfiS. 357

Dépouillement du livre noir.

Le sang qui vient de couler est-il donc si pur !

( Bamave. )

Un aristocrate. —Messieurs , les jours du roi sont menacés; volons à son secours, entourons sa personne. ,

Réponse. ^ Il serait contre la dignité du pouvoir législatif de se transporter dans le palais du pouvoir exécutif.

Servir dans l'armée, c'est servir avec des brigands.

( Dubois de Crance. )

Attaquer les propriétés est d'un brigand.

( Maury.)

Attaquer les propriétés est d'un législateur.

( Garât le jeune y Journal du 19 juin 1790.}

Un ennemi de la révolution. — Messieurs , on pille , on brûle 9 on assassine.

Un ami de la révolution. — La question préalable.

(Robespierre.)

Un noir. — On pille, on bruje , on assassine.

^ Messieurs , je vous recommande de la douceur envers les

citoyens qui brûlent les châteaux.

{Robespierre.)

— - Décrété que l'on enverra dans les provinces le discours du roi.-— Enragé du ccté droit. — Messieurs, encore une fois, on pille, on brûle, on assassine. — ^ Décret arrêté que les juridictions prevotales demeureront interdites.

L'insurrection est le plus saint .des devoirs.

( La Fayette. )

Le côté droit tout entier. — Messieurs , mettez fin à tant d'horreurs ; en Bretagne, en Limousin, en Périgord, etc., on brûle les chartriers et les châteaux , et les nobles n'évitent la

55ft éCLÂIRCjaSEIIEIlS

mort que par la fuite. Dans quelques endroits, ou a vu des officiers municipaux à la tête des brigands.

M. de Robespierre, se signant. — Ce sont les aristocrates qui égarent ce bon peuple.

Un aristocrate. — D faudrait envoyer des troupe* pour réprimer ces désordres

Le docteur Blin. — Des troupes ! ce serait envoyer des assassins contre dès assassins.

Cazalès. — Le seul remède à des maux si violens, c'est de rendre au roi toute l'étendue du pouvoir exécutif.

M. de Robespierre. — Ah ! oui , M. l'aristocrate , faire un dictateur ! La loi martiale est déjà de trop dans une révolution. Gela peut dégoûter le peuple.

Reubell. — Faites ce que je vais vous dire , et la nation sera riche. Allez dans toutes les maisons ; forcez les coffres-forts, et prenez ce qui s'y trouvera. — Un cri d'horreur du coté droit. Réplique. — Je vous le dis, messieurs , c'est là, et ce n'est que là que vous trouverez de l'argent.

Que dites-vous de cela, M. Garât le jeune? C'est une erreur de la vertu. Journal de Paris, septembre 1789.

Le roi. — Messieurs , puisqife chacun de vous fait établir an district dans son pays, voudriez-vous me faire la grâce de m'en accorder un pour Fontainebleau , et un pour Rambouillet.

Décret. — Ni l'un ni l'autre.

Le vicomte de Voisins est traîné , par l'assemblée de Valence , à une assemblée populaire , où il est massacré au milieu des officiers municipaux. — Décrété que M. le président écrira à la municipalité de Valence pour lui témoigner la satisfaction de l'assemblée.

Un impartial. — Il est à craindre que sous le prétexte d'exécuter le décret qui proscrit les armoiries, on ne recommence la dévastation des châteaux, des églises, etc. •-. Patriote du coté gauche. — Il faut que cela soit. -^ M. Lucas. — Que Ton fasse un appel nominal pour eonnattre Us députés absens. — M. de

U16TOA1QUES. 35g

Foucault. Cela pourrait fair massacrer les députés qui sont dans les provinces. «^ Patriote du coté gauche. ^^ Eh bien ! que les uccusés soient jug^s dans le sens de la révolution. L.

Députation du département de Seine-et-Oise , regardant fixement le côté droit. -«^ ^ous vouons àl'exéci^tion et à l'infamie ceux qui osent faire des réclamations et des protestations con«^ tre l'assemblée. •«« Réponse du président ( Louis^Miehel le Pelletier). -^L'assemblée est sensible aux cxpreetions de votre patriotisme.

Discours d'un officier, couvert de blessures , au comité des

pensions. -^ Messieurs , j'ai une pension de 700 livres, on me

dit qu'on ne paie que celles de 600 liv.; cependant je n'ai que

cela pour vivre. «^Réponse de M. Camus, président. •--« Allez

^chercher à dtner chez vos parens.

Le comité des rapports. -—Messieurs, on a découvert ceux qui ont incendié les barrières l'année dernière : ils vont être jugés, et pourront découvrir bien des coupables; ne sentezvous pas vos ccsurs émus ? -^ Réponse. -^ Les pauvres gens , qu'ils sont intéressans ! Voilons la statue de la loi.

On prie les personnes qui pourraient donner des renseignemens sur MM. les Indiens, les Persans, les Égyptiens, les Ghaldéens, les Chinois, les Indous , les Tripolitains ,ies Mau* res , les Arabes , etc. , qui , au nom de l'univers , ont été en députation à l'assemblée nationale , le 19 juin , de vouloir bien les faire connaître. On pourrait peut*étre, par le moyen de ces savans étrangers, acquérir quelques lumières sur les hiéroglyphes qui remplissent les 3i feuillets dont on regrette de ne pouvoir pas donner la traduction. (Actes des Àp6i0ss.)

Eclaircissement (J) , page ao5.

Permettez-moi , messieurs , de supposer Rousseau assis parmi nos législateurs ; vous jugerez par la difféicnce de ses principes, quelle eût été celle de sa conduite. Pour modérer le lèle

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de nos modernes utopiens , il vent leur montrer l'inutilité de leur vaste entreprise (i). « Que si on veut, leur dit-il, qu'il soit aisé de faire de meilleures lois , il est impossible d'en faire dont les passions .des hommes n'abusent point , comme ils ont abusé des premières. Prévoir et peser tous ces abus est peutêtre une chose impossible à l'homme d'état le plus consommé. Mettre la loi au-dessus de l'homme est un problème en politique que je compare à celui de la quadrature du cercle en géométrie (2). Ils en promettent la solution; ils promettent des lois qui feront régner la justice et la paix ; des lois appuis de la faiblesse, et ennemies de l'oppression, qui fonderont la libefté sur des bases inébranlables , et feront la gloire et la prospérité de la nation ; en un mot , ils annoncent une r^énération complète ; et dès lors, aux yeux de tout être pensant, leur orgueil décèle leur ignorance. »

Ne pouvant les persuader, Jean-Jacques tâche de les effrayer par l'idée des dangers qu'ils vont faire courir à la patrie , et il leur adresse le même avis qu'autrefois il crut devoir donner aux Polonais , dont cependant il disait le gouvernement détestable : « Prenez garde , prenez garde que , pour vouloir trop bien être , vous n'empiriez votre situation ; en songeant à ce que vous voulez acquérir, n'oubliez pas ce que vous pouvez perdre. Corrigez , s'il se peut , les abus de votre constitution; mais ne méprisez pas celle qui vous a fait ce que vous êtes (3).»

Avec quelle énergie, messieurs, ils répondent que la France n'a rien à perdre ; que depuis des siècles elle gémit sous les abus de tous les genres , sous les despotismes de toutes les espèces , et sous les aristocraties de toutes les formes; que , quoiqu'on puisse faire , elle ne sera jamais plus pau-

(i) Gouvernement de la Pologne , ch. i.

(1) Rousseau 'ajoute : « Soyez sûrs qu'où vous croyez faire régner les lois , ce seront les hommes qui régneront. (3) Gouvernement de la Pologne, ch. i.

vre et plus malheureuse, plus méprisée des nations, et plus en danger de sa perte. Qu'il ne s'agit pas de réformer sa constitution (i) (ce qui est cependant un assez beau problème à résoudre ) ; enfin ils assurent que bientôt leur patrie aura le plus parfait de tous les gouvernemens , et ils font le serment de le lui donner.

Ce serment fait trembler le pusillanime Jean-Jacques , et lui arrache un dernier soupir.

(c Je ne dis pas, s'écria-t-il, qu'il faille laisser les choses dans l'état où elles sont, mais je dis qu'il n'y faut toucher qu'avec une circonspjBction extrême. £n ce moment on est plus frappé des abus que des avantages ; le temps viendra , je le crains , qu'on sentira mieux ces avantages, et malheureusement ce sera quand on les aura perdus (2). » Nos grands hommes reconnaissent qu'il leur parle d'une voix affaiblie par l'âge et l'infortune. Déjà Rousseau n'était plus qu'un visionnaire sombre et farouche ; il ne rêvait plus que malheurs ; il ne voyait plus que précipices , et d'ailleurs peut-être est-il dans la Vieillesse d'aimer les anciens abus comme des souvenirs du bel âge ?

Rousseau cependant devait espérer que nos législateuis ne l'avaient pas -nommé leur maître pour ne lui obéir jamais , et qu'ils n'attestaient pas sans cesse ses écrits, pour aller contre les principes qu'ils contiennent. Ne pouvant modérer leur zèle régénérateur , il se ffatte de le diriger , et voici comm^ il parle à ces hommes qui ont mis toute la force de leurs poumons à persuader aux Français qu'ils sont un vil peuple d'esclaves ,

(i) Plusieurs de nos représentans sont tellement convaincus de cette vérité , qu*ils veulent que Ton efface de notre histoire les monumens de gloire et de graodeor qu'elle atteste ; qu*oo décrie les belles actions qu'elle retrace , et qu'où méprise les grands hommes qu'elle immortalise, parce que jusqu'ici rieu de tout cela n'a été constitutionnel!....

(1) Gouvernement de la Pologne, ch. i.

56a ÉcLimassEMENs

pour qui va briller enfin le jour de la liberté. « Je feus, leur dit-il, la difficulté du projet d'affranchir vos peuples. Ce que je crains n'est pas seulement l'intérêt mal entendu, l' amour-propre et les préjugés des maîtres ; cet obstacle vaincu , je craindrais les vices et la lâcheté des serfs. La liberté est un aliment de bon suc , mais de forte digestion ; il faut des estomacs bien sains pour le supporter. . . Affranchir vos peuple» est nne grande et belle opération , mais hardie, périlleuse , et qu'il ne fdut pas tenter inconsidérément. Parmi les précautions à prendre , il en est une indispensable , et qui demande du temps ; c'est , avant toute chose , de rendre dignes de la liberté , et capables de la supporter, les serfs qu'on veut affranchir (i). . . La servitude que vous dites établie en France ne permet pas, je l'avoue , qu'on arme sitôt les pa^csans; les armes , dans ces mains serviles, seraient plus dangereuses qu'utiles à l'état (i). »

De quel sourire de pitié ils honorent ces paroles ! de qud mépris ils les paient! Est-ce donc là, se demandent-ils, cet apôtre de la liberté ! cet écrivain qui fait trembler les princes, et qui se dit l'ennemi des rois ! Quoi ! tous les hommes sont nés Ubres , et nous composerions avec la liberté ! Tous les hommes sont égaux en droits , et nous hésiterions à. rendre à chaque individu ceux dont il peut être privé ! Pourquoi défendre les armes au peuple des villes et des campagnes. Ce ne sont que des bras ajoutés à ceux que la nature leur a donnés. Qu'importe les malheurs qui pourront en résulter ! qu'importe que les propriétés soient ravagées , les maisons incendiées , et les citoyens massacrés ! Ce ne sont que des épisodes sans intérêt , des accessoires nécessaires ; il faut des victimes aux nations , et d'ailleurs le sang qui coulera est-il donc si pur pour quon doive s'en occuper ? ^

A ces mots , messieurs , quel bouleversement dans toutes

les facultés du sensible Jean Jacques ! Il faut commander les

(i) Gouvernement de la Pologne , ch. 6.

(2) Ibïd, , ch. II.

forfaits pour en parler avec ce calme atroce. Plein d'horreur et d'épouvaifte , il fuit loin de ces hommes féroces , emportant avec lui le regret de leur laisser ses ouvrages.

\ ' ( Jetés des Apôtres. )

Eclaircissement (K) , page 21 1.

LiLLi. Je suis venu passer quelques jours à Lillt , Messieurs , et de là j*ai été voir Tournay. Mon patriotisme est indigné de tout ce que j*ai vu et entendu , et c'est à votre démagogie que j'^adresse toutes mes dénonciations.

I®. Je vous dénonce tous les habitans de Tournay , les Brabançons , les soldats autrichiens , kalmoukcs , pandours , cosaques et tyroliens , qui disent hautement qu'ils n'attendent que Tordre dé nous remettre dans le devoir ; qui traitent notre cocarde de signal de révolte , et qui maltraitent les bons Brançais qui la portent chez eux.

2". Je vous dénonce madame la duchesse de Lévis , aristocrate très-enragée , qui , dimanche 6 de ce mois , dans un bal à Tournay , a voulu faire danser le trépas de Targino-constitutionnette , tandis que les démagogues français , dont cette ville fourmiUe*, demandaient le trépas du clergé. *

3^. Je vous dénonce M. Veytard , ci-devant curé de Saint- Gervais , de Paris , qui va prêcher à Tournay un carême constitutionnel , enrichi de fleurs nationales.

4®. Je vous dénonce M. de Machault, ci-devant évêque d'Amiens , qui , réfugié à Tournay , fait encore passer des aumônes aux pauvres souverains de son diocèse , pour avoir le plaisir d'en être encore chassé, si l'idée lui reprend d'y retourner.

5°. Je vous dénonce la société des Amis de la constitution établie à Lille , dont tous les membres qui ont de l'esprit , mais de l'esprit comme on n'en a pas , ont fait une mauvaise chicane à leur bourreau , citoyen très-actif et fonctionnaire public , sur ce qu*il portait un habit bleu.

364 ÉGLAIRCISSEMëNS

6^. Je vous dénonce généralement tous les cultivateurs et habitans de la Flandre française , de l'Artois , de la Picardie et du Soissonnais , qui ne VRilent pas pour un diable convenir qu'ils sont extrêmement heureux et libres', et redeman- ,dent hQnteusement leurs vieux fers.

7°. Je vous dénonce *une partie des gros fermiers et cultivateurs de ces mêmes ci-devant provinces , qui ont eu rinsolence de donner à leurs mâtins , dogues et chiens de cour , des noms de législateurs. Il n'est pas de village où l'on n'entende crier : Holà , Mirabeau ! ici , Bai*nave ! à moi , Lameth. ! On se retourne respedtueusement , et on est tout étonné de ne voir qu'un animal hideux , sur lequel encore on fait agir le bâton.

8^. Enfin je vous dénonce pour la millième fois les aristocrates qui recommencent à faire incendier leurs châteaux et leurs archives , car il est très-certain qu'ils né le font que pou n'avoir plus rien qui les attache chez eux , et pour se réunir en désespérés contre notre bien heureuse constitution. Cette dénonciation , Messieurs , mérite peut-être plus de réflexions que vous ne pensez \ car notre révolution était sûrement faite , si les aristocrates n'eussent pas employé cette rmse innocente.

JP. *9. Je vous dénonce encore , messieurs , madame la (ci-devant } comtesse de la Myre, qui , pour faire niche à notre bienheureuse révolution, vient de faire piller son château de Yennecourt, près Mondidier en Picardie. Ce sont même ses ci-devant vassaux qu'elle a sollicités, et sûrement soldés pour cette belle opération. H est vrai qu'un de ses domestiques a été tué à ses côtés d'un coup de fusil ; que pendant tout le cours de cette petite plaisanterie qui a duré depuis dix heures du matin jusqu'à quatre après midi, elle a eu l'agrément d'avoir deux sabres et un pistolet sur la gorge ; que la caisse de son receveur a été enfoncée et pillée ; que les titres ont été enlevés de ses archives ; que ses honnêtes vassaux lui ont fait signer des billets tout aussi bons que celui.de l'ami La Châtre ; que deux

de ses enfans ont été maltraités ; mais ce ne sont là que des petites espiègleries constitutionnelles. Il y a cependant en tout cela quelque chose qui passe la plaisanterie ; c'est que des calomniateurs prétendent que ce n*est pas madame de la Myre qui a conçu la première Tidée de se faire piller ; ils assurent qu'elle lui a été suggérée par les deux augustes ingrats. Noos ne connaissons cependant en France aucune famille du nom d'ingrats , à moins que ce hideux sobriquet ne soit de- Venu un proverbe que je ne connais pas.

Je suis , Messieurs , de votre démagogie , le serviteur démagogue ,

Brandisibas , de Taille-Enclume.

( Actes des apôtres.)

Éclaircissement (L) , page 223.

M. de Mirabeau a dit nettement , « qu'il lui paraissait indigne de r Assemblée de biaiser sur une question de cette importance. Autant les circonstances ont pu nous permettre et peut-être dû nous inviter à nous abstenir d'examiner cette affaire , autant , si nous en sommes saisis , il importe qu'elle soit jugée ; et ce n'est pas sur des diplômes , des renonciations , des traités , que vous aurez à prononcer , c'est d'après l'intérêt national.

» En effet, si Ton pouvait s'abaisser à considérer cette cause en droit positif, on verrait bientôt que le procureur le plus renommé par sa mauvaise foi n'oserait pas la soutenir contre la branche de France , ni vous en refuser le jugement, que le monarque le plus asiatique qui ait jamais régné sur la France vous a renvoyée lui-même. »

Plusieurs membres ont rappelé à l'ordre M. de Mirabeau. « Messieurs , a-t-il repris , je ne sais comment nous concilierons le tendre respect que nous portons au monarque , honoré par nous du titre de restaurateur de la liberté , avec cette superstitieuse idolâtrie pour le gouvernement de

366 ÉCLAIBCISSEMKNS

Louis Xiy qui en fut le principal destructeur. Je suit dans l'ordre, et je continue, v AloA il a défié quon osât nier que toute nation n'eût pas le droit d'instituer son gouTemement , et par conséquent de choisir ses chefs , et de détenuner leur succession, a Si donc il y a le moindre doute mr l'ordre de la nôtre , examinez , Messieurs , et jugez. Qedk mission plus honorable et plui ssinte aurez-vous jamai» ! » M. de Mirabeau a déclaré qu'il était prêt à traiter la questÎM au fond, à l'instant même ; à montrer que si toute nation a intérêjt que son chef se conforme à ses mœurs , à ses habitudes y à ses convenances locales , qu'il soit sans propriétés ni a£Fections étrangères , cela est plus vrai des Français que d'aucun peuple. Que si le sacerdoce pouvait vouloir de F inquisition , le patriciat de la grandesse ,- la nation ne voulait qu'un prince français ; que les craintes par lesquelles on cherchait à détonrner notre, décision étaient puériles ou mal fondées , mais que l'Europe , ^t l'Espagne encore moins , n'avaient point flit avec Louis XIY , il n'y a plus de Pyrénées. Qu'en laissant maintenant la question indécise , s'il y avait une question , on répandait des germes innombrables de discordes intestines; qu'ainsi il ne pouvait que conclure , si l'on croyait qu'il y eût une question , à ce qu'elle fût jugée , et que dans l'antre supposition , il fallait indubitablement refaire hors de l'Assemblée une rédaction, laquelle certainement y consommerait trjp de temps , et n'y atteindrait jamais à un certain degré de perfection , les douze cents représentans fussent-ils douze cents écrivains excellens. » {Extrait Hun discours de Mirabeau.)

Eclaircissement (M) , page 27 1 .

Lettre de M, Sen^an à M

Monsieur ,

Quand je vous écrivais pour me plaindre de l'anarchie, quand je réclamais de tout mon cosur et de ma faible plume le réta-

HISTOBIQUES. SGy

Glissement du pouvoir exécutif, quand je raisonnais paisihlenient avec vous sur les maux d'une patrie que j'ai trop cbérie pour mon repos ; qui m'aurait dit que j'allais moi-même servir in plus terrible exemple de ce qu'on doit craindre du peuple. 1b. ne. vous dirai pas la centième partie de ce que j'aurais à vous Iftconter , et je ne sais si jamais je pourrai bien le faire entrer dans un écrit ; mais du moins écoutez avec quelque intérêt, et pesez avec prudence le peu que je vous dirai.

Las des sots propos , des écrits anonymes , et des calomnies odieuses f je m'étais retiré dans la campagne de M. de Gillier , à une lieue de Romans. Nous 7 vivions paisiblement et heureusement avec cinq ou six parens et amis. J'avais renoncé à toute lecture des papiers publics , et je m'étais bien promis d'attendre la destinée de la France, an lieu de m'inquiéter pour la prévenir. Votre ami , dans les mêmes disposi tions que moi , planât des arbres et semait des fleurs. A quatorze pas de la maison que nous occupions , est celle d'un ancien militaire appelé M. de Montchorel; il s'y était retiré dans les mêmes vues de repos , avec deux de ses nièces , un de leurs maris , et un M. Osmont , avocat au parlement de Paris , homme d'âge , recommandable par ses vertus , et qui , pour s'éloigner du bruit de la capitale , avait choisi pour asile , avec sa fenmie et ses enfans , la maison de M. de Montchorel , son ami.

Voilà, monsieur, les deux .terribles maisons qui ont été l'objet de la fureur populaire ; M. de Gillier et sa sœur, ma femme et moi dans l'une ,* M. de Montchorel , vieux militaice , et M. Osmont, ancien avocat, avec trois femmes et huit enfans dans l'autre . Maintenant il faut vous dire les causes de cet orage : vous ne le croirez jamais , parce que vous ne connaissez point le peuple ; moi-même , qui ai passé vingt ans à la campagne , je ne le connaissab pas. Quoi qu'il en soit , les voici.

M. Osmont est un grand promeneur comme moi : arrivant de Normandie, où il n'avait vu que des plaines : un pays varié

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