‹ Mémoires de Rivarol, avec des notes et des éclaircissemens historiques; précédés d'une notice, par m. BervilleChapitre 5 sur 7 · FIN DES · texte numérisé non relu

FIN DES

ÉCLAIRCïSSEMENS

Éclaircissement (A), page 35.

Jf. conviendrai avec vous et avec Juvénal , qu’il vaut mieux être fils de Thersite, et se trouver revêtu de l'armure de Yulcain , que d’être fils £ Achille , pour végéter sa^s force et sans gloire ; mais vous conviendrez aussi avec moi qu’à cet âge où l’on n’est encore rien qu’en espérance , le fils d’Achille eût attiré les regards de toute la Grèce , tandis que celui de Thersite eût demeuré dans l’obscurité et dans l’oubli. Et quel est celui qui, voyant le fils de son ami, ne s’intéresse naturellement à lui ; quçl est celui qui , retrouvant le fils de. son bienfaiteur, de celui qui l’a servi , qui a "combattu pour lui , qui lui a sauvé la vie , ne se sente aussitôt ému de tendresse et de reconnaissance ? Et vous voulez que la patrie regarde d'un œil indifférent les enfans de ses bienfaiteurs ? Vous faites une loi pour obliger les générations présentes à perdre la mémoire des générations passées , et vous croyez avoir fait un sacrifice à la philosophie et à la raison; et moi je dis que vous n’en avez fait qu’à' l’envié et à la vanité.

Je n 'examinerai pas à présent si c’est un préjugé. Si c’est un préjugé qui tient à la nature , à la racine même de l’huinanitî , vous avez pu l’offenser , vous ne le détruirez pas ; vous avez pu vous le rendre inutile , mais il subsistera toujours. Je ne sais d’ailleurs si c’est un préjugé ; mais ce jjréjugé a fait des héros ; ce préjugé offrait un prix précieux à la vertu , et

KCLÀIRCISSKMENs

une récompense que tout votre argent ne remplacera pas , qu’il empoisonnera même. Ce préjugé tendait à rapprocher, par une convention d’honneur , des rangs dont vous laissez désormais toute la disposition à la fortune. Un. gentilhomme pauvre , honoré de la gloire acquise par ses pères , et placé dans l'opinion avant l’homme entouré de tout l’éclat de l’opulence , était , ce me semble , une belle et sublime leçon de vertu et de bonnes mœurs. Une semblable institution était digne d’une nation libre et généreuse ; mais vous avez mieux aimé suivre les erremens de la fortune , et vous avez été aveugles comme elle. ,

Cependant 'si la noblesse peut s’acquérir, une vérité incontestable , c’est qu’elle peut aussi.se perdre, et elle doit' se perdre parles moyens opposés à ccu» qui l’ont fait acquérir. Or, si les moyens qui la font acquérir sont de glandes actions et de grands services , les moyens qui doivent la faire perdre sont, l’inutilité et les crimes. Ainsi le citoyen ne peut devenir noble que parce qu'il a fait une belle action ; il ne peut demeurer noble qu’ autant qu’il est utile , et il devient nécessairement ignoble du moment qu’il commet un cpme ;et alors la société ne peut plus tfoir ses enfans et ses descendans que comme de simples citoyens ; si quelqu’un d’eux veut se réintégrer dans l’éclat de ses pères , il faut désormais que ce soit par les moyens qui les ont fait sortir eux-mêmes de la classe commune , c'est-à-dire par des actions importantes et utiles à la patrie. (Actes des Apôtres.') •

Éclaircissement (B) , page 43-

La nouvelle de la conspiration ministérielle , de l'insurrection des Parisiens , la démarche du rofrauprès de l'Assemblée nationale , excitèrent une fermentation extrême.

On commença la nuit du dimanche so juillet à illuminer partout ; les maisons qui ne furent pas promptes à suivre cet exemple eurent dans un instant leurs fenêtres brisées ; au mi-

Heu des attrompemens et des feux de joie , quelques voix nommèrent un petit nombre des magistrats les plus détestés. On courut à leurs maisons ; on les attaqua de tous côtés ; le secours vint à temps , et aucun ne fut victime de la fureur du peuple. La foule se dissipa avec le jour, et les magistrats , que la lueur des bûchers avaient éclairés sur la disposition des esprits , commencèrent à trouver quelque poids dans les réclamations du peuple. La journée du lundi se passa en négociations : on promit beaucoup 4 la bourgeoisie ; mais lorsqu’il fallut rédiger des articles et les signer, les aristocrates se hérissèrent de difficultés.

Cependant le commandant pour le roi , garant de leurs promesses , et ami de la bourgeoisie , fut très-mécontent de ce qu’on cherchait encore à l'amuser. r

Enfin , le mardi 22 , toute la matinée s’étant écoulée sans qu’on pût rien terminer , l'hôtel-de-ville fut entouré par le peuple , qui menaçait de l’incendier.

Le commandant y vint avec quelques détachemens de cavalerie : y exhorta le peuple 4 rester tranquille ; mais ce fut inutilement. A la foule des mécontens de la plus saine bourgeoisie , se joignit une multitude de bandits , de gens sans aveu.

A quatre heures après midi , le cri universel était d’escalader l’hôtel-de-ville. Dans un instant les échelles furent apportées , et cinq à six* cents hommes l’assaillirent de tous côtés. Les portes , les fenêtres , les toits furent enfoncés ; on se répandit dans l’intérieur ; tous les magistrats s’étaient évadés à temps par des issues secrètes ; on se jeta sur la chancellerie et les archives ; les papiers furent déchirés , dispersés , jetés par les fenêtres ; les portes des caves brisées, et bientôt il y eut dans ces caves immenses assez de vin répandu pqur que plusieurs y fussent noyés. Les furieux s’y jetèrent en foule, burent le vin dans leurs chapeaux , et s’enivrèrent 4 dessein avec une sorte de rage.

ÉCLÀIRCISSEMENS

Les voleurs qui s'étaient joints aux assaillait# brisèrent des coffre-forts , et pillèrent la caisse des orphelins ; puis ils commencèrent à démolir , jetant meubles , tuiles , décombres , sur la foule qui entourait la place.

Le désordre devenant général , et les menaces répétées dé mettre le feu partout faisant redouter de plus grands malheurs , on fit battre la générale , et la garnison courut aux armes ; mais l’idée que l’origine de ce désordre provenait d’une bourgeoisie mécontente à juste titre , fit que les généraux et les troupes n’étaient point disposés à -employer la violence pour la repousser ; on se contenta de faire des dispositions pour garder les lieux les plus essentiels , tels que les quartiers , les arsenaux , la monnaie * les magasins , les prisons , maisons de force , etc. On plaça des gardes devant les maisons des magistrats les plus notés , et les troupes eurent ordre de ne faire aucune violence ; mais simplement de former une barrière devant, leurs portes , d'empêcher qu’on ne mît le feu , et de n’employer la force que pour leur défense personnelle.

O11 suivit si bien cette méthode que les malintentionnés , enhardis par l'inaction des troupes , se livrèrent à toutes sortes d’excès. La bourgeoisie finit par se retirer , et il ne resta que des bandits qui, répandus dans toute la ville , attaquèrent plusieurs maisons. On les repoussa dans divers endroits où ils voulaient mettre le feu , et à une heure après minuit , il fut décidé d’employer la force pour rétablir l’ordre et la tranquillité. Je fus envoyé l’un des premiers avec ma compagnie au secours d’une maison* qu’on pillait. Une troupe de misérables, après avoir enfoncé les portes , faisait un dégât affreux , et emportait tout. Quand je vis- que je n’avais affaire qu’à des voleurs, je ne marchandai pas; j’exhortai mes gens, et bien que nous fussions accueillis par une grêle de tuiles, de pierres , de meubles , qu’on nous jetait des fenêtres , je Cs fondre dans la maison avec la baïonnette , et sans tirer un coup de fusil. Là , après une mêlée très-courte , nous chassâmes tous ces nialheu-

reux à coups 3 c crosses , de baïonnettes et d’épées ; plusieurs furent blessés et une partie fut arrêtée.

On en fit de même partout , et , lorsque le jour parut , toutes les bandes étaient dissipées. Dans le courant de la journée, la bourgeoisie elle-même demanda à s’armer et à se joindre à nous, ce qui fut fait. On se mit à la quête des voleurs, et, au bout de vingt-quatre heures , il y en eut au-delà de quatre cents d’arrêtés. Nous restâmes sous les armes , et crainte de nouveaux événemens et d’incendies , il fallut pointer du canon contre les prisons pour contenir ce grand nombre de prisonniers , et envoyer des détachemens dans la campagne , où l’on commettait également des ravages. Il y a eu un voleur de pendu sur la place d'armes , et deux condamnés aux galères. Peu après le calme s’est rétabli ; mais l'on a doublé les gardes , et la bourgeoisie, qui a pris la cocarde nationale, s’est formée comme à Paris , et fait le service avec nous. Le magistrat s’est exécuté sur plusieurs points essentiels; cependant op n’est pas encore satisfait, et il faudra que l’Assemblée natiopale prononce. . ( Courrier de Provence. )

Eclaircissement (C) , page 120.

Messieurs ,

Votre plume, dévouée au patriotisme, saisira sans doute avec empressement une occasion de faire connaître à toute la France l’activité et la prévoyance de nos braves compatriotes les habitans de Cherbourg. L’aristocratie', cette hydre toujours renaissante, emploiera en vain les moyens les plus subtils; grâce à leur zèle infatigable, elle est à jamais proscrite des murs fortunés de notre ville , et nous prétendons même en purger toute la Hogue (1) , s’il est possible. Voici, en consé-

(1) Petit canton de 1 » presqu’île du Cotentin , aux environs de Cherbourg.

ÉCLAIRCISSEMEPÎS

quence , la manière dont nous nous y sommes pris dernièrerement. Un aristocrate , dont le nom doit être connu pour servir d’exemple à ses semblables (c'est M. le marquis de Bruc), a cru en imposer encore aux crédules habitans de nos cantons» en affectant tous les dehors de la bienfaisance envers les paysans ; cette conduite était d’autant plus dangereuse, qu’ilest vrai que de tous les temps les malheureux ont toujours trouvé chez lui tous les secours possibles , aumônes de toute espèce , etc. Il a même poussé la dissimulation jusqu’à établir un hôpital dans sa paroisse ; mais les sentimens de reconnaissance n’ont pu éteindre cette lumière vive qui, depuis l’heureuse régénération de la monarchie , sait nous faire distinguer si nettement les objets , et les apprécier à leur juste valeur. Au milieu de cette affabilité séductrice , l’œil vigilant et patriote de la nation a remarqué que M. le marquis de Bruc affectait de ne jamais porter de chapeau dans sa maison ; des observations fidèles ont cherché à pénétrer scs motifs, et il n’a pas été difficile de découvrir que le mépris du signe heureux de notre régénération , de cette marque respectable de la réunion des bons Français, de la cocarde nationale enfin, était l’unique cause de cette affectation. Il n’eût osé couvert paraître sans cet ornement devenu si essentiel aux bons citoyens ; dès-lors on a observé ses démarches de plus près, et M. de Bruc, ignorant que sa conduite fût aussi éclairée , a poussé la témérité jusqu’à se promener le matin dans ses jardins , en robe de chambre et en bonnet de nuit, espérant qu’à la faveur de ce costume il pourrait se soustraire encore à l'étendard de notre liberté ; mais l’indignation générale a bientôt succédé à la condescendance que l’on avait eue pour lui, tant que sa conduite aristocratique n’a eu pour témoins que les habitans de son château. Le scandale a été général, etbientôt les habitans des Pieux , bourg voisin de la terre de cet aristocrate, ont fait passer leurs justes plaintes à Cherbourg. On a pris les armes , et ayr la certitude que l'on a eue que le château de M. de Bruc servait de retraite à sept

maisons de Bretagne qui ont été forcées d’abandonner cette province , et qu’il sq, tramait certainement des projets de contre-révolution dans cette partie de- notre presqu’île , notre brave milice nationale s’est déterminée sur-lc-cliainp à marcher avec du canon pour ensevelir sous les raines du château les auteurs de cette trame criminelle. Malheureusement le chef de notre municipalité , toujours trompé par cette loyauté qui forme son caractère , n’a pas voulu regarder des preuves aussi claires comme suffisantes pour trouver des coupables , et tout en rendant justice à la délicatesse de nos sentimens , , et sans blâmer notre défiance , a employé les moyens de persuasion pour ralentir notre ardeur ; nous n’avons pu nous refuser aux désirs d’un homme auquel nous n’avons d’autre reproche â faire que d’avoir trop de sang-froid dans une occasion où un . acte de vigueur eût été indispensable. Il est vrai que nous n’avons pas tardé à apprendre que les sept maisons de Bretagne , réfugiées chez M. de Bruc ,- n’étaient autre chose que madame de Sesmaisons , femme du colonel du régiment de Condé , ce qui diminue le danger et la noirceur du complot. Malgré cela, nous avons toujours les yeux ouverts sur tout ce qui se passe dans ce château , et, en retranchant l’appareil militaire que nous comptions employer , nous ne sommes pas moins décidés à envoyer une députation pleinement autorisée à venger l’injure faite à l’honneur national, en faisant arborer la victorieuse cocarde jusque sur le bonnet de nuit aristocratique dont , à si juste titre, nos yeux ont été offensés, et nous pourrons du moins nous flatter d’avoir donné les premiers l'exemple d’un patriotisme aussi délicat.

J’ai l’honneur d’être, messieurs, avec des sentimens arcliipatriotiques , votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

Signé , Démacocuï.

( Jetés des A pitres. )

ÉBLA1BCISSEMENS

Éclaircissement (D) , page 1 45 -

t- Non, messieurs, la dîme n’est point une propriété ; la propriété ne s'entend que de celui qui peut aliéner le fond , et jamais le clergé ne l’a pu. L liistoire nous offre mille faits de> suspension de dîmes, d’application de dîmes en faveurs des seigneurs, ou à d'antres usages, et de restitution ensuite à l’église. Ainsi les dîmes n’ont jamais été pour le clergé que des jouissances annuelles, de simples possessions révocables à la volonté du souverain.

» Il y a plus, la dîme n’est pas même une possession , comme on l’a dit : elle est une contribution destinée à cette partie du service public qui concerne les ministres des autels ; c’est le subside avec lequel la nation salarie les officiers de morale et d’instruction

» J’entends à ce mot salarier beaucoup de murmures, et l’on dirait qu’il blesse la dignité du sacerdoce; mais, messieurs, il serait temps , dans cette révolution qui a fait éclore tant de sentimens justes et généreux, que l’on abjurât les préjugés d’ignorance orgueilleuse qui font dédaigner les mots salaires et salariés. Je ne connais que trois manières d’exister dans la société; il faut y être mendiant, voleur on salarié. Le propriétaire n’est lui-même que le premier des salariés. Ce que nous appelons vulgairement sa propriété, n'est autre chose que le prix que lui paie la société pour les distributions qu’il est chargé de faire aux autres individus par ,ses consommations et ses dépenses ; les propriétaires sont les agèns , les^couofncs du corps social. ’’

» Quoi qu’il en soit, les officiers de morale etd’instruction doivent tenir sans doute une place très-distinguée dans la hiérarchie sociale; il leur faut de la considération, afin qu’ils. s’en montrent dignes; du respect même, afin qir ils s'efforcent toujours davantage de le mériter ; il leur faut de l’aisance pour

qu’ils puwscnt être bienfaisans ; ib est juste et convenable qu'ils soient dotés d'une manière conforme à la dignité de leur ministère et à l'importance de leurs fonctions ; mais ils ne faut pas qu'ils puissent réclamer un mode pernicieux de contribution comme une propriété.

Je ne sais pourquoi on leur disputerait que la dîme est d’institution nationale ; elle l’est en effet, et c’est à cause de cela même que la nation a le droit de la révoquer, et d’y substituer une autre institution. Si l’on n’était pas enfin parvenu- à dédaigner, autant qu’on le doit, la frivole autorité des érudits en matière de droit naturel ou public, jedéfierais de trouver à propos des dîmes , dans les capitulaires de Charlemagne , le mot snlverint, c’est dederint que l'on y rencontre toujours ; mais, qu’importe ? La nation abolit les dîmes ecclésiastiques, parce qu’elles sont un moyen onéreux de payer la partie du service public auquel elles sont destinées, et qu’il est facile de les remplacer d’une manière moinsdispendieuse et plus légale. »

( Courrier de Provence. )

Éclaircissement (E) , page i4".

Les hommes de plaisir, et les femmes qu’ils aiment à rencontrer, ont tous connu et fréquenté cette charmante rotonde dite le Panthéon, temple élevé à la volupté, en face du Palais-Royal Le Panthéon, depuis quelque temps, voyait

ses pontifes le fuir pour faire fumer leur encens dans le cirque , lorsque M. le marquis de Condorcet a conçu le noble projet d’en faire un temple à la liberté, sous la dénomination de club de la révolution, ou de portique français. C’est de ce foyer que partira le feu sacré qui doit embraser les deux mondes. Madame de Gouges , si connue par son naufrage , sera la prêtresse à qui la garde en sera confiée.

L’ouverture s’en est faite le jour des rois , avec toute la solennité que comportait la circonstance.

Environ 5oo membres des plus zélés défenseurs du peuple ,

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dans la plus auguste assemblée de l’Univers, y brillaient à l’envi les uns des autres, et M. l’abbé Sieyes les présidait.

Un pareil nombre de personnes du sexe, des plus ardentes amatrices des droits de l’homme , avaient été jugées dignes d’y être incorporées , et mademoiselle Théroigne de Méricourt a été nommée présidente de ses concitoyennes ; elle a été installée aussitôt , en recevant l’instrument destiné aux- droits et devoirs de sa charge. Ses fonctions étant plus pénibles que celles du président , on a renforcé la sonnette , et on y a joint un manche et un battant d’une grosseur convenable.

Nous donnerons une autre fois les discours qui ont été pro * nonces dans cette occasion.

Nous nous empressons d’en venir aux danses de caractère qui ont fixé l'attention des spectateurs ; leur choix a satisfait à la fois les yeux , le cœur et l’esprit.

La décoration avait été prêtée par l’Académie nationale de musique ; c’était celle du dernier acte de Panurge. Elle prêtait à merveille à l’illusion.

Une entrée générale de quatre quadrilles sur l’air des sauvages a commencé le bal.

Le menuet de la cour a suivi l’ouverture ; il a été dansé avec de grands applaudissemens par M. le duc d’ Aiguillon et M le chevalier de L***. Le premier était costumé en reine de Hongrie, le second en roi dePrusse ; on les a reconnus , quoiqu’ils fussent très-bien déguisés.

Une contredanse nationale a suivi ; on y a reconnu M. de Clermont-Tonnerre malgré son masque de fer.

M. de Champcenetz , le fils, donnait la main à une dame déguisée en Yénus. Elle ne montrait que son visage , et l'orchestre jouait le joli refrain , Finissez donc , cher père.

M. Guillotin , médecin politique , et mademoiselle Samson , ont alors dansé d’un pas grave le menuet d'Exaudet. La vétusté de cet air aristocratique a fait proposer par M. Robespierre, déguisé en enfant de chœur, d'y substituer une danse

de corde. M. Guillotin s’y est opposé par décence , et a promis , lors dn prochain bal , de remplacer le menuet d'Exaudet par un morceau tiré de l’opéra de Dorothée, qui serait bien plus honnête.

Un pas de quatre a été exécuté ensuite par quatre sauteurs en liberté. L’un , habillé en tigre royal, avec un masque bôue de Paris , a été reconnu être M. le comte de Mirabeau ; le second, babillé en juif errant , (était M. Brissot de Warville. Madame de Gouges , déguisée en jeune Indienne , et madame de Condorcet, travestie en infante deZamora, complétaient le quadrille , qui a fort bien exécuté le menuet congo.

Plusieurs groupes, où l’on remarquait l’abbé Grégoire, le curé de Soupes, etc. , costumés en marabous, dansaient dans les angles le caloula, le fandango, le bamboula, et l'on n’entendait rien à tout cela.

' On a annoncé les danseurs de corde, et l'équilibre sur le fil de fer. M. Target s’est élancé vêtu en matelot blanc, bordé de bleu, appuyé sur l’orteil du pied droit, la jambe gauche en l’air , les coudes arrondis. M. l'abbé Sieyes lui a présenté une pyramide colossale et renversée, en annonçant à l’assemblée que M. Target allait la mettre en équilibre sur la pointe. C’était un emblème très-ingénieux de la constitution. M. Target a effectivement essayé long-temps de mettre la pyramide en équilibre sur le bout des doigts. M. Thouret, habillé en arlequin, chantait le joli air de Rose et Colas, Ah! comme il y viendgz ! M. Target , ayant voulu répondre, J’ai plus que vous le poignet ferme , R fait un faux mouvement : la pyramide l’a entraîné ; il a roulé et disparu .comme un éclair. On l’a cherché long-temps inutilement; enfin M. Roussillon l’a déterré dans une cave , occOpé à raccommoder ses pompons et sa fraise à dentelle, derrière un tonneau de Frontignan.

A ce moment de charivari a succédé une fort belle anglaise, dansée par M. Du Roveray , habillé en jockey , à la livrée de M. Pitt; elle a été suivie d'une petite entrée de Colinette à la

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cour , dansée fort délicatement par madame la comtesse de La Touche.

Alors a commencé un pas allégorique qui a obtenu les applaudisscmens des loges du côté du roi , et a été improuvé du côté de la reine. ,

M. le vicomte de Mirabeau représentait la constitution d'Angleterre , qui n’a pas changé depuis cent ans. La solidité de M. le vicomte le rendait extrêmement propre à cette danse de caractère. Son déguisement était de trois couleurs qui faisaient un effet très - national ; l’orchestre jouait, avec force contrebasses, le vieux air de Lully, Pardonnez à mon âge en faveur de ma gloire. Les instrumens à. vent suivaient deux petits hommes jouant l'air de l’Épreuve villageoise : Bon Dieu , bon Dieu , comme à cet' fête monsieu d’ la France était honnête. Le premier de ces petits hommes , masqué avec un museau de requin, avec un habit galonné de principes , figurait les droits de l’homme, et a été reconnu pour M. Barnave. Le second portait un habit plein de trous , sa figure était livide , sa langue lui sortait de la bouche , sa danse était . toute dégingandée et boiteuse ; il ne pouvait se tenir en place : il tombait et se relevait, heurtait les droits de l’homme, son vis-à-vis; en un mot, c’était M. le duc-de la R , représentant la nouvelle consti-

tution. Ils attaquaient de tous les côtés la constitution anglaise qui, ajàpuyéc sur trois bases, résistait à tous leurs efforts.

Cette entrée commençait à fatiguer les spectateurs., lorsque l’attention a été interrompue par un événement bizarçp. Un grand seigneur écossais est arrivé déguisé en pire de la mission. On ne voulait pas le laisser entrer à la porte ; mais , ayant corrompu les gardiens, il avait pénétré. Ses amis l’ont reconnu, et se sont réunis autour de lui pour admirer un joli petit sapajou qu’il tenait sous son bras ; vu de près , on a reconnu que ce n’était qu’un chat maigrc«En faisant sa tournée, le prince étranger a aperçu un jeune masque faisant rafraîchir madame de Condorcet, avec laquelle il venait de danser ; c'était M. le

marquis de la Fayette, déguisé en maréchal national. Il tenait d'une main un instrument avec lequel on bat le fer tandis qu’il est chaud ; l’autre était l'instrument avec lequel on allume la forge. Cet appareil a inspiré une telle frayeur au prince étranger, qu'il est allé sur-le-champ prendre sa chaise de poste dans une remise voisfne où il l’avait laissée, et il est reparti surle-champ pour Londres , emmenant avec lui trois secrétaires grecs, et deux intendans égyptiens de la race de Pharaon.

Après son départ , on s’est rassemblé, en chœur pour partager le gâteau des rois entre les honorables membres; mais, ayant eu la faiblesse de mettre le premier morceau de côté , la fève s’est précisément trouvée dans la part du diable. Cet accident a paru de mauvais augure ; la confusion a commencé , et dans ce désordre le feu s’étant mis à une gloire de la décoration nationale , la corniche du couronnement a beaucoup souffert , chacun des membres s’est empressé de regagner son logis crainte d’accident, et est arrivé chez lui, sale, crotté et méconnaissable. ,

C’est ainsi que s'est terminé cette première fête ; mais nous pouvons assurer qu elle n’aura pas de suites fâcheuses. On va mettre dans le Panthéon de nouveaux ouvriers : les décorations en seront plus fraîches, les appuis, plus solides; le couronnement' sera doré à neuf, et fera l’admiration des étrangers et des nationaux. ( Actes des Apôtres. )

Éclaircissement (F), page i48. *

C’est au milieu de ces discussions que l’abbé Maury , voulant empêcher qu’on n’allât aux délibérations sur la question agitée ^vec chaleur , a voulu prendre la parole ; les cris d’improbation ont étouffé sa voix ; il ne lui rqptait qu’une ressource périlleuse pour se faire comprendre ; des gestes expressifs , mais qui n’étaient pas ceux d’un homme de sangfroid.

L’amendement de M. de Cazalès a été rejeté : aussitôt

M. l'abbé Maury remonte à la tribune, et s'écrie : « Vous avez pris l’engagement de payer la dette publique , et vous ne voulez pas la connaître ; les administrateurs infidèles pourront la grossir au gré de leur cupidité , et vous , vous vous opposez à ce qu elle soit révélée à la France entière. Je le demande à ces hommes à qui la France a refusé toute espèce de courage, mais qu’elle a bien dédotamagé en leur dotmant le courage de la honte , qu’ils me répondent dans cette assemblée. »

Un cri d'indignation retentit dans la salle ; les uns demandent qu'on le précipite de la tribune , les autres qu’on en délivre l’Assemblée , ou qu’il n’y paraisse qu’à la barre , comme un accusé devant ses juges.

* Ces débats tumultueux ont fait place au langage paisible et froid de la raison , auquel il en faut toujours revenir. M. de Mirabeau , oubliant combien de fois il avait eu à se plaindre de la fougueuse éloquence de l’accusé , et par combien d’incartades particulières il avait préludé à ce jour de scandale*, demande sur quelle motion il devait opiner. Cent voix crient en même temps : « M, l’abbé Maury a offensé l'Assemblée nationale toute entière ; voilà la question. » Alors trois députés se lèvent , et proposent que parmi les voix qui se perdent dans des bruits vagues et confus , une seule dénonce le .crime de M. Maury.

A l’instant M. Guillaume a fait la motion que le président de l’Assemblée écrirait au bailliage de Péronne , c’est-à-dire aux commettans de M. l’abbé Maury , de retirer les pouvoirs qui lui ont été donnés, et d’envoyer un suppléant à sa place. Cette motion a été appuyée par M. Coroller , avec un amendement plus sévère encore.

• C’est alors que M. le comte de Mirabeau s’est explique en ces termes : « Mon objet n’est pas précisément d’examiner jusqu’à quel point l’injurieuse phrase de M. l’abbé Maury et M. l’abbé Maury lui-même sont coupables ; par l’emportement

où il s’est laissé entraîner ; on voit combien la colère est un mauvais conseiller.

» S’il était possible, que M. l’abbé Maury eut eu l'intention d’offenser l’Assemblée nationale , ce serait là moins un délit qu'une démence , et il ne faudrait chercher d'autre peine que les petites maisons. Mais, du milieu de cette tumultueuse affaire , je vois s’élever un principe , qu’il importe à notre tranquillité intérieure de discuter et d’établir : jusqu'à quel point peut s’étendre l'autorité judiciaire de l’Assemblée sur un de ses membres qui a manqué à sa police intérieure , ouqui même y aurait commis des délits ? Pourrait-elle le rayer, de sa propre autorité , de la liste des représentai ? Je ne ,crois pas , Messieurs , que , dans aucun cas , notre juridiction personnelle puisse s’étendre jusqu’à une peine si grave , et qui ne frapperait pas seulement sur le député coupable, mais sur les droits des commettans, sur les droits de la nation.

» Voilà la considération , Messieurs , qui doit fléchir votre sévérité et faire borner la peine encourue par M. l'abbé Maury à une simple censure de police. »

■M. l’abbé Maury avait droit de se défendre , aussi a-t-il été écouté ; mais ses prétendus moyens de défense n’ont fait qu’aggraver sa faute : il a dit qu’un homme qui improvisait , et auquel on répondait par les hurlemens de la rage.. .: A ces mets des cris d’indignation allaient recommencer , lorsque M. l’abbé Maury s’est réduit à «des phrases.

‘ M. Desprémesnil ,• toujours prêjt à soutenir les bonnes causes , est venu à son secours , s’étayant des principes admis dans les tribunaux , que , dans le doute , la présomption devait être pour l’innocent. Ce mot a excité des ris ët des huées, et M. de Rœderer a vivement redressé son auteur , ainsi que M. de Cazalès , qui dans ce moment se trouvât le frère d'armes deM- Desprémesnil.

Cette scène fâcheuse , qu’on n’écrit qu’à regret, et parce ,

qu'on ne peut pas la taire , a été terminée par l’adoption de la motion de M. le comte de Mirabeau , c’est-à-dire que M. l'abbé Maury serait ‘censuré , et la censure insérée dans les registres. ( Courrier de Provence. )

Éclaircissement (G) , page 1 56.

Projet de decret prescrite' à l’ Assemblée nationale , par M

Messieurs,

Ce serait en vain que vous auriez changé les mœurs de la nation et de l’univers entier, l’œuvre est incomplète , et il est de votre sagesse , ainsi que de votre gloire , d’achever par un décret qui régence le monde physique , et le rende conforme au monde moral que vous venez de créer. Il répugne que les hommes présentent le spectacle d'une égalité ravissante , qui est le droit de leur nature , et dont ils n’ont pas joui jusqu'à vous , et qu’ils soient aussi inégalement traités par le ciel , qui semble s’être plh à faire des riches et des pauvres , des heureux et des malheureux ; des jours de douze heures pour les uns, et de huit pour les autres; de seize heures dans un lieu en un temps de l’année , et de dix heures dans le même lieu en un autre temps ; qui brûle ceux-ci par un soleil dévorant, tandis qu’il glace ceux-là , et les tue partin froid insupportable; qui se joue des pauvres humains par un despotisme que votre souille doit détruire , tantôt en ravageant leurs possessions par les foudres et les tempêUfts , en marquant même des victimes particulières choisies parmi les états les plus précieux de la société, tantôt en submergeant des contrées entières. Il est contradictoire qu’une même famille éprouvettes vicissitudes frappantes , qui mettent entre ses membre^ plus de difl’érence qu’il n'y en. a de l'éléphant à la fourmi. L'immortel Américain doitt vous portiez le deuil il n'y

a que peu de jours , comme les représentâtes de la nature consternée de sa perte ; Franklin avait arraché le sceptre aux tyrans , et aux cieux la foudre. Vous ne lui céderez pas ,'dVfcssieurs , et en déployant toute l'étendue du pouvoir qui vous est réservé , vous vous assurerez la reconnaissance des races futures , jusqu’au temps qu’il vous plaira fixer pour la consommation des siècles.

Je propose donc /le décréter les articles ci-après :

Article premier. A compter du i4 juillet prochain , les jours seront égaux aux nuits pour toute la surface de la terre , le jour commençant à cinq heures.

Art. ii. Au moment où le jour finira , la lune commencera v #

à luire , et elle sera dans son plein jusqu’au lever du soleil.

Art. ui. Il régnera constamment d’une extrémité à l’autre du globe une température modérée et toujours égale.

Art. iv. La foudre *et la grêle ne tomberont jamais que sur les forêts. L’humanité sera à jamais préservée des inondations, pt la terre , dans toute son étendue , ne recevra plus que de salutaires rosées , qui la feront fructifier à l'avantage de» tous ses habitans sans distinction. y s

Art. v. Le présent décret sera envoyé à toutes les municipalités , et rendu public dans les deux hémisphères.

Et sera le sieur Blanchard chargé de faire un ballon extraordinaire pour, accompagné de deux honorables membres, aller le publier dans la région éthérée , afin que nul n’en puisse prétendre cause d’ignorance. Un détachement des plus braves de la garde de Pontoise, sous le commandement de M. de Lanietli , protégera le ballon contre les entreprises des aristocrates qui pourraient se présenter sur la route , tels que Charlemagne , Louis IX , etc.

Art. vi. Le pouvoir exécutif veillera à l'accomplissement dudit décret , et enjoindra aux municipalités de dresser procès-verbaux. de contravention. , lesquels seront envoyés à l’as-* * semblée , pour 'y être statué , sans que l’on prisse ajourner

"54 ' ÉCLAIRCISSEMENS x

ni envoyer aux comités des rapports , et même passer à l'ordre du jour.

Eclaircissement (H) , page i5g.

Une lettre était le corps du délit ; et cette lettre était entre les mains du comité des recherches de la commune. Elle avait étp trouvée parmi les pièces qui inculpent , dit-on , le sieur Augeard , «t les commissaires la.peignirent comme renfermant les traces d’un complot , comme étant souverainement outrageuse pour les membres de l’Assemblée nationale.

Un cri général s'élève ; toutes les apparences étaient contre M. Malouet, excepté sa réputation ae probité, et la noble tranquillité de son maintien : on demande sa lettre; on va la chercher. Au milieu des cris de la prévention et.cPuue indignation anticipée , M. Malouet s'achemine à la tribune ; il en est repoussé. Soudain, soit par le tumulte qui s'augmente , soit par cette délicatesse de vertu, peu jalouse de son rang dès qu'elle est suspecte ; il se rend à la barre pour faire entendre de là sa justification ; mais l’Assemblée sait qu’un accusé n’est pas un coupable ; plusieurs membres l’ appellent à la tribune , ou insiste ; il y monte , et c'est un premier acte de justice de l’Assemblée, envers lui. M. Malouet parle pour sa défense avee cette modestie courageuse qui brave les apparences de crainte ou de faiblesse , en attestant pour lui une vie passée dans la réputation de bon citoyen. Il rappelle des circonstances douloureuses à son cœur , où il a été méconnu , calomnié , menacé-, dénoncé au peuple comme un ennemi de la liberté ; une sensibilité trop vive a pu lui dicter quelques expressions trop peu* mesurées. Eh ! quel est l’homme qui ne cède quelquefois à ce mouvement! n Si 'j’avais offénsé , dit-il, un de y . tes collègues, je réparerais cette offense ; si j’avais tfpRpjé à, cette Assemblée, je descendrais 4jà barre, et je me résignerais à la peine qui me seraif-due. Mais il est S . ■

‘impossible que j'aie pu oublier les devoirs de citoyen , et trahir les intérêts d*e la liberté. »

Son discours , prononcé avec la confiance de la vertu et la décence de sa position , fit naître pour l'orateur une disposition favorable , qui se décida complètement quand on lut la fameuse lettre.

Elle avait été adressée à M. le comte d’Estaing , alors commandant général de la milice nationale de Versailles. Il l'informe de propos qui ont été tenus, sur l’intention qu’avait cette milice- de se débarrasser des députés mauvais citoyens. Il attribue cette fermentation du peuple à des scélérats qui calomnient tons ceux qui sont contraires à leurs projets de subversion. Il n’est que trop vrai , ajoute-t-il , qu’il existe parmi nous de mauvais citoyens «fui veulent mettre le feu dans le royaume. • , ,

Cette lettré avouée par M. Malouet , il remonte à la tribune ; il en expose l’occasion , l’époque , les motifs , et son apologie fut un vrai triomphe. L’assemblée avait eu lieu * de croire, suivant la dénonciation qui venait d'être faite, que cette lettre était liée par quelque trait à l’ affaire du sièur Augeard. Elle fut frappée d'étonnement quand elle n’y reconnut que les griefs d’un homme ulcéré , une invective contre ceux qu 'il regardait comme ses ennemis ; quand elle vit que cette lettre , loin de renfermer des traces de conspiration , n’était qu'une violente sortie contre ceux qu’il présumait être des perturbateurs de la paix publique , une dénonciation même des bruits répandus contre la sûreté des représentans de la nation. ,

A l’instant, l'absolution de 1VI. Malouet se fit dans le cœur des juges , au milieu d'applaudissemens qui étaient pour lui une vengeance honorable : des voix s’élevaient pour demander la. punition de ses dénonciateurs. •

M. Malouet, après des tentatives d’explication de la part de MM. de Préfelne et de Gleizen , à peine entendues , déclare

qu’il lui suffit d'être complètement lavé ^e l’accusation , et prie qu'il ne soit donné à cette accusation aucüne suite ultérieure. Ou demande la question préalable sur le tout ; elle est rejetée , et c’est par un décret formel que la non inculpation de M. Malouet est reconnue. ( Courrier de Provence .)

Eclaircissement (I), page 1 88.

» , Description du livre noir. ..

Ce livre est un registre composé de 3i 2 feuilles , relié en maroquin noir. On a employé , pour le former , du papier de

France de la belle fabrique de Mi u , L — h et compagnie ,

dont la devise, empreinte Sans le papier, est pro diabolo et licentia. - •

Le premier feuillet a pour titre : Esprit de V Assemblée nationale , ou recueil des maximes , motions et reparties les plus sages de ses membres les plus distingues , ainsi que quelques-uns des décrets les plus moraux des vertueux législateurs français , à l'usage de tous lés peuples du mondé. Les trente-deux feuillets qui suivent contiennent' des hiéroglyphes, auxquels il nous a été impossible de rien comprendre. On*lit seulement au commencement une phrase anglaise dont voici le sens : Plan de régénération de la monarchie française , arreté entre \les ci-dessous nommés à , Viroflay , et par suite à Passy, puis en la grande salle du couvent des révérends pères jacobins. Le surplus est en blanc ; mais sa destination est reconnue par ce titre : Suite de l’Esprit de F Assemblée nationale. 11 paraît que ce registre ‘très - considérable était destiné à le devenir encore plus par la suite ; car on lit sur le dos de ce volume, tom. i er : Nous avons d’abord fait l’examen le plps attentif de la forme et de l’étatNlu livre; et, après nous être assurés qu’il était dans son intégrité et sans altération , nous > avons fait le dépouillement qui va suivre. .

Dépouillement du livre noir.

Le sang qui vient de couler est-il donc si pur ! I

( Barnave. )

Un aristocrate. — Messieurs , les jours du roi sont menacés; volons à son secours, entourons sa personne.

Réponse. — Il serait contre la dignité du pouvoir législatif de se transporter dans le'palais du pouvoir exécutif.

Servir dans l’armée, c'est servir avec des brigands.

( Dubois de Cranct. )

Attaquer les propriétés est d'un brigand.

( Maury.) &

Attaquer les propriétés est d’un législateur.

( Garat le jeune , Journal du 19 juin 1790 .)

Un ennemi de la révolution. — Messieurs , on pille, on brûle, on assassine.

Un ami de la révolution. — La question préalable.

( Robespierre )

Un noir. — On pille, on brûle , on assassine.

— Messieurs, je vous recommande de la douceur envers ^es citoyens qui brûlent les châteaux.

( Robespierre.)

— Décrété que l’on enverra dans les provinces le discours du roi. — Enragé du ccté droit. — Messieurs, encore une fois, on pille, on brûle , on assassine. — Décret arrêté que les juridictions prevôtales demeureront interdites.

L’insurrection est le plus saint des devoirs.

( La Fayette. ),

Le côté droit tout entier. — Messieurs-, mettez fin & tant d horreurs ; en îlretagne , en Limousin , en Périgord, etc., on brûle les chartriers et les châteaux , et les nobles n’évitent la

558 ÉCLAIRCISSKMEN9 *

mort que par la fuite. Dans quelques endroits, on a vu des officiers municipaux à la tête des brigands.

M. de Robespierre , se signant. — Ce sont les aristocrates

qui égarent ce bon peuple.

Ün aristocrate. — Il faudrait envoyer des troupes pour réprimer ces désordres

Le docteur Blin. — Des troupes ! ce serait envoyer des assassins contre des assassins.

C azalée. Le seul remède à des maux si violens, c est de

rendre au roi toute l’étendue du pouvoir exécutif.

M. de Robespierre. — Ah! oui, M.' l’aristocrate, faire un dictateur ! La loi martiale est déjà de trop dans une révolution. Cela peut dégoûter le peuple.

Reubell. — Faites ce que je vais vous dire , et la nation sera riche. Allez dans toutes les maisons ; forcez les coffres-forts, et prenez ce qui s’y trouvera. — Un cri d horreur du côté droit Réplique. — Je vous le dis, messieurs , c est là, et ce n est que là que yous trouverez de l’argent.

Que dites-vous de cela, M. Garat le jeune? C est une erreur de la vertu. Journal de Paris, septembre 1789-

Le roi. — Messieurs , puisque chacun de vous fait établir un di^âct dans son pays, voudriez-vous me faire la grâce de m en accorder un pour Fontainebleau, et un pour Rambouillet. Décret. — Ni l’un ni l’autre.

Le vicomte de Voisins est traîné, par l’assemblqe de Valence , à une assemblée populaire , où il est massacré au milieu des officiers municipaux.- — Décrété que M. le président écrira à la municipalité de Valence pour lui témoigner la satisfaction de l’assemblée. *£.

Un impartial. — Il est à craindre que sous le prétexte d’exécuter le décret qui proscrit les armoiries, on ne recommence la dévastation des châteaux, des églises, etc. — Patriote du côté gauche. — • Il faut que cela soit. s— M. Lucas. — Que l’on fasse un appel nominal pour connaître les députés abse ns. — M. de

Foucault. Cela pourrait fair massacrer les députés qui sont dans les provinces. — Patriote du côté gauche. — ■ Eh bien ! que les accusés soient jugés dans le sens de la révolution. L.

Députation du département de Seine-et-Oise , regardant fixe* ment le côté droit. — Nous vouons àl'exécratiou et à l’infamie ceux qui osent faire des réclamations et des protestations contre l’assemblée — Réponse du président ( Louis-Michel le Pelletier). — L’assemblée est sensible aux expressions de votre pa-

tnotisme. ;

Discours d’un officier, couvert de blessures , au comité des pensions. — Messieurs , j’ai une pension de 700 livres, on me dit qu’on ne paie que celles de 600 liv.; cependant je n'ai que cela pour vivre. — Réponse de M. Camus, président — Allez chercher à dîner chez vos parens.

Le comité des rapports. — Messieurs, on a découvert ceux

qui ont incendié les barrières l'année dernière : ils vont 4tre jugés , et pourront découvrir bien des coupables ; ne sentezvous pas vos cœurs émus ? — Réponse. — - Les pauvres gens , qu’ils sont intéressans ! Voilons la statue de la loi.

On prie les personnes qui pourraient do an or des renseignements sur MM. les Indiens, les Persans, les Égyptiens, les Chaldéens, les Chinois, les Indous , les Tripolitains , les Maures, les Arabes , etc. , qui, au nom de l’univers, ont été en députation à l'assemblée nationale , le 19 juin , de voulôtr bien les faire connaître. On pourrait peut-être, parle moyen de ces savana étrangers , acquérir quelques lumières sur les hiéroglyphes qui remplissent les 3 a feuillets dont on regrette de ne pouvoir pas donner la traduction. [Actes des Apôtres.)

Eclaircissement (J) , page ao5.

Permettez-moi , messieurs , de supposer Rousseau assis pat-' mi nos législateurs ; vous jugerez par la différence de ses principes, quelle eût été celle de sa conduite. Pour modérer le zèle

56o ECLAIRCISSEMENT

de nos modernes nlupicus, il veut leur montrer l'inutilité de leur vaste entreprise (i). « Que si on veut, leur dit-il, qu'il soit aisé de faire de meilleures lois , il est impossible d’en faire dont les passions des hommes n'abusent point, comme ils ont abusé des premières. Prévoir et peser tous ces abus est peutêtre une chose impossible à l'homme d'état le plus consommé. Mettre la loi au-dessus de l'homme est un problème en politi-' « que que je compare à celui de la quadrature du cercle en géométrie (?). Ils en promettent la solution ; ils promettent des lois qui feront, régner la justice et la paix ; des lois appuis de la faiblesse, et ennemies de l'oppression, «pii fonderont la liberté sur des bases inébranlables , et feront la gloire et la prospérité de la nation ; en un mot , ils annoncent une régénération complète ; et dès lors, aux yeux de tout être pensant , leur orgueil décèle leur ignorance-. »

Ne pouvant les persuader, Jean-Jacques tâche de les effrayer par l'idée des dangers qu'ils vont faire courir à la patrie, et il leur adresse le même avis qu’ autrefois il crut devoir donner aux Polonais, dont cependant il disait le gouvernement détestable : « Prene» garde, prenez garde que , pour vouloir trop bien être , vous n’empiriez votre situation ; en songeant à ce que vous voulez acquérir, n’oubliez pas ce que vous pouvez perdre. Corrigez , s’il se peut , les abus de votre coustitution i mais ne méprisez pas celle qui vous a fait ce que vous êtes (5). » Avec quelle énergie, messieurs, ils répondent que la France n’a rien à perdre; que depuis des siècles elle gémit sous les abus de tous les genres , sous les despotismes de toutes les espèces , et sous les aristocraties de toutes les formes ; que , quoiqu'on puisse faire , elle ne sera jamais plus pau-

(i) Gouvernement de la Pologne , ch. i.

(a) Rousseau ajoute : • Soyez sûrs qu’où vous croyez faite régner les lois , ce seront les hommes qui régneront.

(3) Gouvernement de la Pologne, ch. 1 .

iy GoogI

historiques. 56 1

vrc et plus malheureuse, plus méprisée des nations, et plus en danger de sa perte. Qu'il ne s agit pas de réformer sa constitution (i) (ce qui est cependant un assez beau problème à résoudre); enfin ils assurent que bientôt leur patrie aura le plus parfait de tous les gouvernemens , et ils font le serment de le lui donner.

Ce serment- lait trembler le pusillanime Jean-Jacques, et lui arrache un dernier soupir.

« Jauc dis pas, s’écria-t-il, qu’il faille laisser les choses dans 1 état Ou elles sont, mais je dis qu'il n’y faut toucher qu’avec une circonspection extrême. En ce moment on est plus frappé des abus que des avantages ; le temps viendra , je Ut crains

■ le i lent

qu on sentira mieux ces avantages, et malheureusement ce sera quand on les aura perdus (2). » Nos grands hommes reconnaissent qu il leur parle d’une voix affaiblie par l’âge et l’infortune. Déjà Rousseau n'était plus qu’un visionnaire sombre et farouche ; il ne rêvait plus que malheurs ; il ne voyait plus que précipices , et d ailleurs peut-être est-il dans la vieillesse d’aimer ’ les anciens abus comme des souvenirs du bel âge ?

Rousseau cependant devait espérer que nos législateurs ne 1 avaient pas nommé leur maître pour ne lui obéir jamais, et qu ils n'attestaient pas sans cesse ses écrits, pour aller contre les principes qu’ils contiennent. Ne pouvant modérer leur zèle régénérateur , il se flatte de le diriger , et voici comme il parle à ces hommes qui ont mis toute la force de leurs poumons à persuader aux Français qu’ils sont un vil peuple d'esclaves ,

(1) Plusieurs de nos représentai sont tellement convaincus de cette vérité , qu’ils veulent que l’on efface de notre histoire les monumeus de gloire et de grandeur qu’elle atteste; qu’on décrie les belles actions qu’elle retrace, et qu’on méprise les grands hommes qu’elle immortalise, parce que jusqu'ici rien de tout cela n’a été constitutionnel !.... * »

(a) Gouvernement de la Pologne, ch. 1.

ÉCLA1KCISSEMENS

pour qni va briller enûu le jour de la liberté. « Je sens ( leur dit-il, la difficulté du projet d'affranchir vos peuples. Ce que. je crains n’est pas seulement l’intérêt mal entendu, l’amour-propre et les préjugés des maîtres ; cet obstacle vaincu , je craindrais les vices et la lâcheté des serfs. La liberté est un aliment de bon suc, mais de forte digestion ; il faut des estomacs bien sains pour le supporter... Affranchir vos peuples est une grande et belle opération , mais hardie, périlleuse , et qu’il ne faut pas tenter inconsidérément. Parmi les précautions à preuve , il en est une indispensable , et qui demande du temps ; c’est , avant toute chose , de rendre dignes de la liberté , et capables de la su^orter, les serfs qu’on veut affranchir (i)... La servitude que vous dites établie en France ne permet pas , je l’avoue , qu’on arme sitôt les paysans; les armes , dans ces mains serviles, seraient plus dangereuses qu’utiles à l’état (a). »

De quel sourire de pitié ils honorent ces paroles ! de quel mépris ils les paient! l^st-ce donc là, se demandent-ils, cet apôtre de la liberté ! cet écrivain qui fait trembler les princes, et qui se dit l’ennemi des rois ! Quoi ! tous les hommes sont nés libres, et nous composerions avec la liberté! Tous les hommes sont égaux en droits , et nous hésiterions à rendre à chaque individu ceux dont il peut être privé ! Pourquoi défendre les armes au peuple des villes et des campagnes. Ce ne sont que des bras ajoutés à ceux que la nature leur a donnés. Qu’importe les malheurs qui pourront en résulter ! qu’importe que les propriétés soient ravagées, les maisons incendiées , et, les citoyens massacrés ! Ce ne sont que des épisode ssans intérêt , des accessoires nécessaires ; il faut des victimes aux nations , et d’ailleurs le sang qui coulera est-il donc si pur pour qu’on doive s'en occuper ?

A ces mots , messieurs , quel bouleversement dans toutes les facultés du sensible Jean-Jacques ! 11 faut commander les

(i) Gouvernement de la Pologne , ch. 6. ,

(a) Ibid. , ch. i a.

forfaits pour en parler avec ce calme atroce. Plein d horreur et d'épouvante, il fuit loin de ces hommes féroces, emportant avec lui le regret de leur laisser ses ouvrages.

( Actes des Apôtres. )

. éclaircissement (K) , page an.

Lille. Je suis venu passer quelques jours à Lille , Messieurs , et de là j’ai été voir Tournay. Mon patriotisme est indigné de tout ce que j’ai vu et entendu , et c'est à votre démagogie que j 'adresse toutes mes dénonciations.

i°. Je vous dénonce tous les haJbitans de Tournay , les Brabançons , les soldats autrichiens , . kalmoukcs , pandours , cOsaques et tyroliens, qui disent hautement qu’ils n’attendent que l’ordre de nous remettre dans le devoir ; qui traitent notre cocarde de signal de révolte , et qui maltraitent les bons Français qui la portent chez eux.

* 2 q . Je vous dénonce madame la duchesse de Lévis , aristo-

crate très-enragée, qui , dimanche 6 de ce mois , dans un bal à Tournay , a voulu faire danser le trépas de Targino-constitutionnette , tandis que les démagogues français , dont cette ville fourmille , demandaient le trépas du clergé.

3°. Je vous dénonce M. Veytard , ci-devant curé de Saint- Gervais , de Paris , qui va prêcher à Tournay un carême constitutionnel , enrichi de fleurs nationales.

4° Je vous dénonce M. de Machault, ci-devant évêque d’Amiens , qui , réfugié à Tournay , fait encore passer des aumônes aux pauvres souvefains de son diocèse , pour avoir le plaisir d'en être encore chassé, si*l’idéelui reprend d’y retourner.

5°. Je vous dénonce la société des Amis de - la constitution établie à Lille , dont tous lès membres qui ont de l'esprit , mais de l’esprit comme on n’en a pas , ont fait une mauvaise chicane à leur bourreau , citoyen très-actif et fonctionnaire public , sur ce qu’il portait un habit bleu.

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