Je vous dénonce généralement tous les cultivateurs et
* habitons de la Flandre française , de l’Artois , de la Picardie . et du Soissonnais , qui ue veulent pas pour un diable convenir qu’ils sont êxtrêmement heureux et libres , et redeman-
* dent honteusement l|urs vieux fers.
7 0 . Je voüsdénoncë une partie des gros fermiers et cultivateurs de ces mêmes ci-devant provinces, qui ont eu 1 insolence de «fonner à leurs mâtins , dogues et chiens de cour , des noms de législateurs. Il n’est pas de village où l’on n’entende crier : Holà , Mirabeau ! ici , Barnave ! à moi , Lameth ! On se retourne respectueusement , et on est tout étonné de ne voir qu’un animal hideux , sur lequel encore on fait agir le bâton. •
8°. Enfin je vous dénonce pour la millième fois les aristocrates qui recommencent à faire incendier leurs châteaux et leurs archives , car il est très-certain qu’ils ne le font que pour n’avoir plus rien qui les attache chez eux , et pour se réunir en désespérés contre notre bien heureuse constitutibn. Cette dénonciation , Messieurs , mérite peut-être plus dd réflexions que vous ne pensez ; car notre révolution était sùjementfaite , si les aristocrates n’eussent pas employé cette ruse innocente.
P. S- Je vous dénonce encore, messieurs , madame la (ci-dc- , vant,) comtesse delà Myre, qui , pour faire niche à notre bienheureuse révolution, vient de faire piller son château de Vennecourt, prèsMondidier en Picardie. Cesontmême ses ci-devant vassaux qu’elle a sollicités, et sûrement soldés pour cette belle opération. Il est vrai qu’un de ses domestiques a été tué. à scs côtés d’uncoup de fusil ; que pendant tout le cours de cette petite plaisanterie qui a duré depuis dix heures du matin jusqu’à quatre après midi, elle a eu l’agrément d’avoir deux sabres et un pistolet sur la gorge ; que la caisse de son receveur a été enfoncée et pillée ; que les ^titres ont été enlevés de scs archives ; que ses honnêtes vassaux lui ont fait signer des billets tout aussi bons que celui de l’ami La Châtre ; que deux
île ses enfans ont été maltraités ; mais ce ne sont là que des petites espiègleries constitutionnelles. Il y a cependant en tout cela quelque chose, qui passe la plaisanterie ; c’est que des calomniateurs prétendent que ce n’est pas madame de la Myre qui a conçu la première l'idée de se faire piller ; ils assurent qu elle lui a été suggérée par les deux augustes ingrats Nous ne connaissons cependant en France aucune famille du nom d'ingrats , à moins que ce hideux sobriquet, ne soit devenu un proverbe que je ne connais pas.
« de suis , Messieurs , de votre démagogie , le serviteur
* démagogue ,
Brandibras , de Taille-Enclume.
( j4ctes des apôtres. )
Eclaircissement (L) , page 2 î3.
M. de Mirabeau a dit nettement , « qu il lui paraissait indigne de ! Assemblée de biaiser sur unp question de cette importance. Autant les circonstances ont pù nous permettre et peut-être dû nous inviter à nous abstenir d’examiner cette affaire, autant , si nous en sommes saisis , il importe qu'elle soit jugée ; et ce n'est pas sur des diplômes , des renonciations , des traités , que vous aurez à prononcer , c’est d'après l’intérêt national.
» En effet , si l'on pouvait s'abaisser à considérer cette cause en droit positif, on verrait bientôt que le procureur le plus renommé' par sa mauvaise foi n'oserait pas la soutenir contre la branche de France , ni vous en refuser le jugèment, que le monarque le plus asiatique qui ait jamais régné sur la France vous a renvoyée lui-même. »
Plusieurs membres ont rappelé à l'ordre 31. de Mirabeau « Messieurs , a-t-il repris , je ne sais comment’nous concilierons le tendre respect que nous portons au monarque, honoré par nous du titre de restaurateur de la liberté , avec •cette, superstitieuse idolâtrie pour le gouvernement de
ÉCLAIHCISSRMENS
Louis XIV qui en fut le principal destructeur. Je suis dans l'ordre, et je continue. x> Alors il a défié qu'on osât nier que toute nation n'eùt pas le droit d'instituer son gouvernement , et par conséquent de choisir ses chefs , et de déterminer leur succession, a Si donc il y a le moindre doute sur l'ordre de la nôtre , examinez , Messieurs , et jugez. Quelle mission plus honorable cl plus suinte aurez-vous jamais ! * M. de Mirabeau a déclaré qu'il était prêt à traiter la question au fond, à l’instant même ; à montrer que si toute nation a intérêt que son chef se conforme à ses mœurs , à ses habitudes , à ses convenances locales , qu’il soit sans propriétés ni affections étrangères , cela est plus vrai des Français que d’aucun peuple. Que si le sacerdoce pouvait vouloir de l'inquisition , le patriciat de la grandesse , la nation ne voulait qu’un prince français ; que les craintes par lesquelles on cherchait à détourner notre décision étaient' puériles ou mal fondées , mais que l'Europe , et l’Espagne encore moins , n’avaient point dit avec Louis XIV , il n’y a plus de Pyrénées. Qu’en laissant maintenant la question indécise , s’il y- avait une question , on répandait des germes innombrables de discordes intestines ; qu ainsi il ne pouvait que conclure , si l'on croyait qu'il y eut une question , à ce qu'elle fût jugée , et que dans l’autre supposition , il fallait indubitablement refaire hors de l’Assemblée une rédaction, laquelle ccrtainementy consommerait trop de temps , et n’y atteindrait jamais à un certain degré de perfection , les douze cents représentai fussent-ils douze cents écrivains excellons. » (Extrait d'un discours de Mirabeau.)
Fclaircissement (M) 1 ,' page 371.
Lettre de M. Servan à M.
Monsieur , ,
Quand je vous écrivais pour me plaindre de l’anarchie, quand je réclamais de tout mon coeur et de ma faible plume lg réta-
HISTORIQUES. 36y
bassement du pouvoir executif, quand je raisonnais paisiblenient avec vous sur les maux d’une patrie que j’ai trop chérie pour mon repos ; qui m’aurait dit que j’allais moi-même servir du plus terrible exemple de ce qu’on doit craindre du peuple. Je ne vous dirai pas la centième partie de ce que j’aurais à vous raconter, et je ne sais si jamais je pourrai bien le faire entrer dans un écrit ; mais du moins écoutez avec quelque intérêt, et pesez avec prudence le peu que je vous dirai.
Las des sots propos , des écrits anonymes, et des calomnies odieuses , je m’étais retiré dans la campagne de M. de Gillier , à une lieue de Romans. Mous y vivions paisiblement et heureusement avec cinq ou six parens et amis. J’avais renoncé à toute lecture des papiers publics , et je m’étais bien promis d’attendre la destinée de la France , au lieu de m’inquiéter pour la prévenir. Votre ami , dans les mêmes disposi tions que moi , plantait des arbres et semait des fleurs. A quatorze pas de la maison que nous occupions , est celle d’un ancien militaire appelé AI. de Alontchorel ; il s’y était retiré dans les mêmes vues de repos , avec deux de sçs nièces , un de leurs maris , et un AI. Osmont , avocat au parlement de Paris , homme d'âge , recommandable par pes vertus, et qui, pour s'éloigner du bruit de la capitale , avait, choisi pour asile , avec sa femme et ses enfans ; la maison de AI. de Alontchorel, son ami.
Voilà, monsieur, les deux terribles maisons qui ont été l’objet de la fureur populaire ; AI. de Gillier et sa soeur, ma femme et moi dans l une , M. de Alontchorel , vieux militaire , et Al Osmont, ancien avocat, avec trois femmes et huit enfans dans l'autre. Maintenant il faut vous dire les causes de cet orage : x'ous ne le croirez jamais , parce que vous ne counaissez point le peuple; moi-même, qui ai passé vingt ans à la campagnt*, je ne le connaissais pas. Quoi qu’il en soit , les voici.
AI. Osmont est un grand promeneur comme moi : arrivant de Normandie, où il n’avait vu que des plaines : un pays varié
368 KCLAIRCISSEMENS
par dp s monticules , et piquant par une foqle de points de vue ' très-divers , l’enchanta, et tous les jours son délice était d'arpenter les hauteurs, et de s’y promener des heures entières. Bientôt le peuple lot remarqua. Il était inconnu , d’une figure imposante et sérieuse ; il grimpait sans cesse sur des montagnes où J’on ne croyait pas qu’il y eût rien avoir.: tout cela était bien suspect. Enfin il portait des lunettes vertes , ou fies conserves, sur le nez , pour lire quelques brochures en se promenant. Ces lunettes pour lire furent appelées un télescope ; il avait tiré son crayon pour barbouiller peut-être quelques idées : voilà un homme qui lève des plans , voilà un espion qui prépare des moyens d'attaque aux Espagnols et aux Savoyards , dont les armées formidables sont assemblées pour empêcher la révolution, comme on le sait. Sur ces entrefaites, j’arrive dans ces mêmes lieux , et précisément avec les mêmes goûts que M. Osmont, c’est-à-dire me promenant tout l,c long du jour, et surtout sur les hauteurs que la Suisse m’a instruit à préférer à la plaine , portant livres et papiers en main , tirant quelquefois un crayon , et restant planté debout et immobile des quarts d’heure entiers à contempler : il ne me manquait que des lunettes ; mais lç peuple m’en tint quitte, et me voilà, comme M. Osmont, dans son esprit, un autre espion, levant des plans et des cartes pour les années dé la contre révolution. En même temps votre ami de Gillier s’avisa de faire venir de longs tuyaux de bois pour une' conduite d’eau. Aux yeux dû peuple, ce bois devint du fer, et ce# tuyaux furent des canons. La veille on m’avait apporté une grosse malle de voyage , carrée et très-bien faite, travaillée à l'anglaise. Cette malle était
pleine de pistolets, vous n’en doutez pas. Ainsi mes bas et
mes chemises devinrent pour le peuple des armes à feu ,
ewrnmc les moulins à vent parurent des géans à Don Quichotte.
M. de Montchorel a deux voitures, de Gillier en aune, et i’avais . r V J
la mienne aussi. Nous allions nous promener : on les envoya
à Romans chercher des connaissances qui voulaient dîner avec
nous ; aussitôt ces trois voitures en forment dix-neuf qui courent jour et nuit pour amener des aristocrates que l'on cache dans des souterrains. Enfin, pour mettre le comble, un M. de Senneville, ami de M. de Montcliorcl, arrivant d’Alger où il a conclu un traité de paix et de commerce, et sur le tout cordon rouge , pour ses péchés et pour les nôtres , vint passer deux jours chez M. de Montcliorel, en allant à Paris rendre compte de sa commission. Un cordon rouge est un cordon bleu, la chose est évidente, et tout cordon bleu- est M. le comte d'Artois. Qui pourrait en douter? Alors tout fut perdu; nous levions des plans pour les armées ennemies ; nous faisions des amas de canons et d'armes ; nous entassions des aristocrates dans des caves , et nous avions le chef des aristocrates, M. le comte d’Artois; il ne fut plus question que du plan d'attaque de ces deux maisons de conspirateurs. Nous étions redoutables : le comte d'Artois à notre tète , bien pourvus d'artillerie et d'ingénieurs, tels que cet avocat et moi, nous devions faire une vigoureuse résistance. Aussi avec une prudence admirable , dix-huit communautés se liguèrentelles. Le secret le plus profond fut commandé et gardé; la marche fuf'x’églée pour la nuit, et le rendez-vous assigné à cinq heures du matin , à la porte des deux maisons , à plus de deux mille hommes armés. C'est là, monsieur, que commença une scène qui dura huit heures , où les violences , les outrages , la violation de toutes les lois, et les menaces de la mort remplirent tous les momens. Je ne l'oublierai jamais, et jamais soldat vétéran n'a éprouvé , dans toute sa carrière , le quart des périls où ma femme et moi avons été exposés dans une journée. Je me propose d'en présenter le tableau à la France entière , à l’Europe , si je le puis : ce sera l’image la plus odieuse de la plus terrible anarchie ; et tout propriétaire , tout homme de bien , tremblera de ses périls en apprenant les nôtres. En attendant que je puisse recueillir les diverses pièces justificatves qui me sont nécessaires , je vous envoie la lettre circu- *
3 7 O KCLAIBCISSEMENS
laire que j’ai écrite à tous les officiers municipaux dont les hahitans avaient participé à cette horrible violence. Mais en lisantcette lettre, croyez qu’elle n'est que l’ombre delà réalité. Je n’y ai point dit qu’un de ces misérables me tira un coup de fusil de quatre pas, qui me tuait s’il n’eût fait faux feu ; qif un autre disait froidement à son voisin : Donne-moi vingt-quatre sous je lui mettrai mes deux balles dans le corps. Enfin je n’ai fait qu'esquisser ; mais ce que je dois vous dire d’avance, c’est que deux ou trois mille hommes armés ont marché avec des gardes nationales de dix-huit communautés, sans la réquisition, sansl'autorisation, sans la présence d’aucun officier municipal ; ce que je dois vous dire, c’est que l’ardeur du pillage et la soif du sang se sont emparées de l’âme du peuple, et que la dernière digue est prête à se rompre. Vous n’avez jamais voulu ftt'eu croire : peut-être ne me croirez-vous pas davantage , et Dieu veuille qu’un jour vous n’en gémissiez pas. L’assemblée nationale s’occqpe à régler et à prévenir les guerres étrangères que nous n’avons pas, et nous avons une guerre intestine, une guerre affreuse quelle n’arrête point. Oh ! monsieur, ce n’est plus à votre Ta ison que j*4 parle, c’est à votre cœur ; pour moi, que cette dernière aventure dégoûte absolument de laFrance,je tâcherai de trouver quelque espèce de tombeau où je puisse me coucher en rep s et à mon heure. C’est en vérité pour vous-même, pour tous ceux qui restent, que j’implopede meilleures lois , élj-surtout une Autorité puissante et vigilante. Adieu , monsieur; il y a biemty$f' l’apparence que nous ne nous reverrons pas : je pars ; quand votre dangereuse mission sera consommée, je pourrai vous apprendre où j’ai déposé ma chétive existence. Si cependant vo-* tre excellent cœur peut faire une réponse à ceci , vous pouvez
l’adresser à . . . Adieu, l’un des plus aimables
hommes que j’aie connus. Je m’aperçois que j’ai oubli^’uitecir^ constance singulière dans mon récit.. Par un bonheur rare ; M. de Griliiers avait été obligé de partir la veille pour un bap- ♦ tême où il avait été invité A Romans , sans quoi il était mort.
Sa vivacité l’aurait emporté , et mille coups de fusil y auraient * répondu. Voilà pourquoi votre ami (car il l’est réellement) vit encore ; il y a plus, ce fut lui qui se mit à la tête de la garde nationale, et qui, accompagné des chasseurs royaux du Dauphiné, vint nous arracher à ces brigands qui prirent l’épouvante à la vue des troupes réglées, et lâchèrent leur proie.
( Actes des Apôtres. )
Éclaircissement (N) , page 296.
Messieurs ,
Ma femme assistait, le 12 de ce mois, à la séance des amis de la constitution, lorsqu’un honorable membre lit la motion • du pillage de l'I^p tel de Castries. Aussitôt elle s’échappe de la tribune , recommande à son cocher de doubler le pas , et arrive tout effarée dans mon appartement.
Mon ami, me dit-elle, pourras-til croire ce que je viens d'entendre aux Jacobins ! — Rien de leur p^rt ne peut m’étonner.— Us ont fait la motion de piller l'hôtel de Castries. — Rs en ont fait et feront de plus fortes encore. — Et si les groupes, les cafés du Palais-Royal, et lès 4 , 000 disciples de l’abbé Fauchct , rassemblés au cirque, l’adoptaient ! — Ds l'adopteront; tout cela se communique et se meut par des fils qui partent d'un centre commun. — L'hôtel de Castries va donc être jgnllé , et tous les autres ensuite ! — Mais songe donc, ma pauvre femme, que le maire et le général sont là ; qu’ils sont dans l’instant informés de tout; que déjà peut-être ils savent la motion faite aux Jacobins ; qu’ayant la force en main , ils n’auront garde de souffrir un tel brigandage, ne fût-ce que parla crainte d’en être les victimes à leur tour. — Tù ne me rassures pas , mon bon ami ; partons, je t’en prie , je t’en conjure.
> Il fallut presque me fâcher pour faire entendre raison à ma
872 ÉCLàlRCISSBMENS
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' femme. Encore ne t'ai-je apaisée qu'en lui promettant de me prêter à sa fantaisie au premier exemple que la capitale fournirait de la violation des propriétés.
Le lendemain , vous le savez , la motion des Jacobins fat 'ponctuellement exécutée. C’est alors que ma femme a redouble de frayeurs et d'mstanees : ma parole était donnée ; je n’ai demandé que trois jours pour arranger mes affaires , et nous sommes partis , munis |du onze ou douze-centième des passeports délivrés par la municipalité depuis la grande victoire remportée par la nation sur les meubles de M. le duc de Castries.
- . •• ( Actes des Apôtres. )
Éclaircissement (O) , page 3a4-
Parlons du parti que j’ai pris ; il est bien justifié dans ma conscience. Ni cette ville coupable, ni cetta* assemblée plds ' coupable encore (1), ne 'mériteraient pas que je me justifie ; mais j’ai à cœur que vous, et les personnes qui pensent comme vous, ne me condamnent pas. Vous devez déjà m’avoir lu , et parce que j’ai dit, avoir jugé ce que je taisais. Ma santé, je vous jure, me rendrait mes fonctions impossibles ; mais, même en la "mettant de côté, il a été au-dessus de mes forces de supporter
plus long-temps l’horreur que me causaient ce sang , ces têtes , cette reine presque égorgée, ce roi amené esclave, entrant à Paris au milieu de ces assassins , et précédé des têtes de ces malheureux gardes. Ces perfides janissaires , ces assassins , ces femmes cannibales , ce cri : tous les évêques à la lanterne , # dans le moment où le roi entre en sa capitale avec deux évêques de son conseil dans sa voiture ; un coup de fusil que j’ai vu . tirer dans un des carrosses de la reine ; M. Bailly appelant cela
, -»• ; • fl
(1) C’est une nouvelle figure de rhétorique, par laquelle on emploie le tout pour la partie.
HISTORIQUES. 3y3
un beau jour; l'assemblée ayant déclaré froidement le matin qu'il '
n'était pas de sa dignité d’aller toute entière environner le roi ; M. de Mirabeau disant impunément dans cette assemblée que le vaisseau de l'état , loin d'étre arrêté dans sa course , s'élancait avec plus de rapidité que jamais vers la régénération; M. Bar nave riant avec lui quand des flots de sang coulaient autour de nous ; le vertueux Mounier échappant par miracle à vingt assassins qui avaient voulu faire de sa tête un trophée de plus : voilà ce qui me fit jurer de ne plus mettre le pied dans cette caverne d'anthropophages , où je n'avais plus la force d’élever la voix; où, depuis six semaines, je l'avais élevée en vain, moi, Mounier, et toutes les honnêtes gens ; où le dernier effort à faire pour le bien était d'en sortir ; aucune idée de crainte ne s’est approchée de moi ; je rougirais de m'en défendre. J'avais encore reçu sur la route , de la part de ce peuple , moins coupable que ceux qui l'ont enivré de fureur, des acclamations et des applaudissemens , dont d'autres auraient été flattés , et qui m'ont fait frémir. C'est à l'indignation, c'est à une horreur irrésistible , c'est aux convulsions physiques , que ce seul aspect me faisait éprouver que j’ai cédé ; on brave une seule mort, on la brave plusieurs fois, quand elle peut être ytile ; mais aucune puissance sous le ciel , mais aucune opinion publique ou privée , n'ont le droit de me condamner à souffrir inutilement mille supplices par minute, et à périr de désespoir, de rage, au milieu des triomphes du crime que je n'ai pu arrêter. Ils me proscriront, ils confisqueront mon bien ; je labourerai la terre, et je ne les verrai plus. Voilà ma justification. Vous pouvez la lire, la montrer, la laisser copier; tant pis pour ceux qui ne la comprendront pas ; ce ne sera alors que moi qui aurai eu tort de la leur donner.
( Lettre de M. de Lally-Tolendal , insérée aux Actes des Apôtres. )
éCLAIRCISSEMEHS
Éclaircissement (P) , page 3^4 •
Un repas donné le i ur octobre par les gardes du corps au régiment de Flandre (contre les ordpnnances militaires) a causé l’explosion de la capitale. L'affectation avec laquelle on
en avait exclus les dragons , connus par leur attachement à la liberté nationale , faisait déjà soupçonner le but de cette orgie. Elle a été marquée par des familiarités peu communes entre des personnages les plus considérables par leur rang , et les derniers des soldats.
* Quand les têtes ont été échauffées par un festin somptueux , par l'agitation d'une foule nomlfreuse , et la prodigalité des vins et des liqueurs , alors les conversations ont été sans mesure et sans frein : une idée chevaleresque a complété la folie. La reine, pour témoigner sa sensibilité aux hommages qu’on lui avait rendus , aux voeux qu'on avait exprimés pour elle , s’est montrée un instant , suivant les relations dix jour , à cette multitude exaltée ; l’enfant , héritier de la monarchie , porté dans les bras d’une mère dolit les regards attendris Remblaient implorer en sa faveur l’amour et le zèle des soldats , a égaré leur sentiment et produit un*
sorte de délire. Les cris de vive le roi ! vive la reine St ont re-
tenti de toutes parts. La musique a fait retentir cet air connu ,• et dont le choix ne pouvait être l’effet du hasard , O Richard , 6 mon roi ! P univers t'abandonne-, bientôt , dans cette * double ivresse , quelques voix , peut-être mercenaires , ont mêlé des imprécations contre l’Assemblée nationale. Un grenadier s’est élancé du milieu de ses . çamarades, ets’accusant d’avoir été infidèle à son prince , a voulu à plusieurs reprises se jpercer de son épée •, son sang a coulé , et la sensibilité portée à son comble, a produit des mouvemens presque convulsifs ; du sein de ces même9 militaires qui s’étaient refusés aux projets d'un
ministère coupable , sont sortis des insultes , des menaces ,
des cris séditieux ; la cocarde nationale , cet emblème des défenseurs de la liberté , a été déchirée , foulée aux pieds , un autre signe mis en sa place ; et, sous les yeux du monar- ,que même , restaurateur (les droits de son peuple , on a osé donner un signalement à une faction. Cette scène fut renouvelée le samedi 5 dans l'hôtel même des gardes du corps. Uu nouveau repas donné avec moins d’appareil que le précédent , mais probablement dans les mômes vues , et qui devait se répéter la semaine suivante , a naturellement accru les inquiétudes , ......
La pouvelle de ce qui s’était passé à Versailles ne fut répandue à Paris que deux jours après ; le dimanche 4 > des lettres circulaires , des attroupemens , des motions au Palais- Royal, et la disette du pain qui aggrave tout , excitèrent la plus vive fermentation.
Ces mouvemens engagèrent le commandant général à mettre à neuf heures du soir toute la milice sur pied. — Le calme paraissant renaître , le plus grand nombre fut congédié. • — Le lundi matin , une multitude de femmes se rendit à l'Hôtel-de- ViUe , en mit la garde en déroute , en força les portes , s'empara des piques et des autres armes qu’elle put trouver v se saisit des canons de la basoche , et prit le chemin de Versailles.
Le faubourg Saint-Antoine et le faubourg Saint-Marceau
lançaient des essaims d’hommes et de femmes qui se prépa-
raientà les suivre ; les uns pour tirer vengeance des gardes du
corps , les autres pour se plaindre au Roi et à l’Assemblée du
défaut des subsistances. Ce dessgin , né de la colère et de la
terreur , prit bientôt de la mesure et de la régularité. Le * - * tocsin ayant sonné , et toute la milice étant sur pied, ce ne fut
r plus un mouvement vague et tumultueux , mais une conduite
systématique «t décidée à 'laquelle il ne fut plus possible
de rien opposer. — Le commandant général , après s'être
ÉCLAIRCISSEMEHS
d'abord refusé à cette expédition , prit le sage parti de se métré à la tête de la milice , et de porter au roi le vœu de la capitale.
Pendant que l’effervescence croissait à Paris, l’Assemblée» nationale s'occupait tranquillement à délibérer sur la réponse du roi qui venait de lui être communiquée. . . .
Le comte de Mirabeau parla avec son énergie accoutumée de ces prétendues fêtes patriotiques , qui avaient eu lieu la semaine dernière , de celles qui se préparaient encore. Passant ensuite à la réponse du roi , il estimait qu’il serait à désirer, non que sa majesté retirât cette réponse , mais qu'elle y donnât les éclaircissemens nécessaires pour tranquilliser la nation. Après quelques réflexions sur les principaux avis qui avaient été ouverts dans la séance , il proposa le projet d’arrêté :
« L’Assemblée nationale ordonne que le président se retirera par devers le roi , à l’effet de le supplier ,
» i°. De donner des ordres exprès à tons les chefs de corps militaires , plus spécialement à ceux qui résident actuellement à Versailles , pour les maintenir dans la discipline et dans le respect dû au roi et à l’Assemblée nationale ;
» i°. D’interdire aux corps les prétendus festins patriotiques , qui insultent à la misère des peuples , et dont les suites peuvent être funestes ; $
» 5°. Que tout acte émané de sa majesté ne puisse être manifesté sans ki signature d’un secrétaire d’état ;
» 4°. Qu’il plaise àsamajestéde donner à sa réponse du 4 octobre un éclaircissement qui rassure les peuples sur l’effet d’une acceptation conditionnelle, et motivée seulement par les circonstances , et qui ne laisse aucun doute sur cette acceptation. » • ’ ‘4
L’abbé Maury cherchait à prouver qu'il n,'y avait ni obscurité , ni conditions , ni refus dans les réponses du roi. Il r$-
ilISTOUIQUES.- 377
présentait la déclaration des droits comme des axiomes de morale qui n’étaiènt pas susceptibles de la sanction royale.
Quelques autres membres ayant soutenu la même opinion , M. de Monspay demanda que M. Pétion mît par écrit la dénonciation qu’il avait faite , relativement à ce qui s'était passé dans les fêtes militaires dont il avait parlé , et qu’il articulât les faits dont il se plaignait , et qu’il les signât.
Aussitôt le comte de Mirabeau et M. Pétion s'étant levés : « Je commence par déclarer , dit M. de Mirabeau , que je re- * garde comme souverainement impolitique la dénonciation qui vient? - d’être provoquée. Cependant , si l'on persiste à la demander , je suis prêt à en ^fournir tous les détails et à les signer. Mais , auparavant , }é demande que cette Assemblée déclare que la personne du roi est seule inviolable , et que tous les autres individus de l’état, quels qu'ils soient , sont également sujets et responsables devant la loi. »
Cette interpellation soudaine et si justement appliquée , frappa d'étonnement l’Assemblée. M. de Monspay se bâta de retirer une motion qu’il eût mieux valu n’avoir pas faite , et
la délibération fut continuée
On est allé aux voix sur la priorité , et elle
a été accordée à la motion de M. de Mirabeau
. ....... L’Assemblée nationale a décrété que M. le président , accompagné d'une députation , se retirera aujourd'hui par-devers le roi , à l'effet de supplier sa majesté de vouloir bien donner son acceptation pure et simple à la déclaration des droits de l'homme et du citoyen , et aux articles de la constitution qui lui ont été présentés.
On s'occupa ensuite , ; sur une motion de M. Target , à renouveler et à fortifier le décret relatif à la libre circulation des ' subsistances.
Qn fut bientôt informé qu’un : bataillon de femmes , qui s’était toujours grossi dans sa marche , venait porter au roi des réclamations sur la disette du pain ; mais déjà le château était
5 jS ÉCLAIUCISSEMBNS
fermé ; les gardes du corps l'environnaient ; le régiment de Flandre était aligné sur la place ; tout était hérissé de soldats.
Une foule d'hommes armés de bâtons et de piques , des vaga bonds volontaires , espèces de sauvages que l’on trouve dans toutes les grandes villes , ajoutèrent aux alarmes, de Versailles. Cette multitude , après avoir entendu de quelques femmes * qu'on avait laissées parvenir jusqu’au roi , la réponse pleine de bonté qu'elles en avaient reçue , dispersée par le mauvais temps ,* s’est réfugiée peu à peu dans l’Assemblée nationale , dont les galeries o (Fraie ht le coup d’œil étrange d’une foule de piques et de bâtons ferrés ; mais les députés formaient* au: yeux de ces nouveaux auditeurs , un spectacle encore plu étrange et plus rare. Les hommes étaient assez calmes ; mais les femmes ne pouvaient se contenter d’un rôle passif. Celles qui avaient pris place à la barre avaient amené uh orateur ; il a représenté les besoins du peuple , et la nécessité de pourvoir incessamment aux subsistances. Il a exprimé les regrets de Paris sur les lenteurs des travaux de la constitution , et attribué ce délai aux oppositions du clergé. C'était l’évêque de Langres qui , en l’absence de M. Mounier, présidait l’ Assemblée. Un député lui a sauvé l’embarras de la réponse , en rappelant à l’ordre l’orateur de Paris , et à fait une sortie * très-énergique contre ceux qui se permettaic'nt de calomnier un corps respectable , qui avait donné plusieurs preuves de désintéressement et de patriotisme. L’orateur de Paris s’est justifié d’avoir manqué de respect à l'Assemblée , en alléguant qu’il ne faisait que rapporter fidèlement les bruits de la capitale. ‘ **
Au milieu de cette foule de témoins bruyant , les délibérations ne pouvaient guère être fructueuses. Le vice-président a levé la séance vers les dix heures du soir , sans attendre le retour du président qui était auprès du ro« :f
Ce qu’il y a eu d’ étonnant dans cette journée , c’est que rien n’était annoncé; on n’eut que des soupçons vagues , mais
HISTORIQUES. 3y()
aucune nouvelle positive de la marche de la milice nationale elle est arrivée à Versailles vers minuit , forte d'environ quinze mille hommes.
Aussitôt les députés ont été convoqués à l’Assemblée au son du tambour. M. de Mirabeau a prié le président de conserver la dignité de la délibération, en faisant retirer dans les galeries les étrangers qui occupaient la salle. Le président a rendu compte de la réponse du roi , conçue en ces termes : « J’accepte purement et simplement les articles de la constitution, et la déclaration des droits de l'homme que l’Assemblée nationale m’a présentés. » Versailles , le 5 octobre 1789. Signé Lovis.-
Le président a été rappelé par le roi sur la nouvelle de l’arrivée de la milice parisienne ; il s’est rendu auprès de lui avec un grand nombre de membres ; ils avaient été prévenus par M. de la Fayette qui avait apporté à sa majesté les assuran ces de la fidélité de la capitale , et l'avait tranquillisée sur l’objet de la marche des troupes.
Le président a rapporté à l’Assemblée , de la part du roi , qu’il n’avait jamais songé à la quitter , et qu’il ne s’en séparerait jamais. On s’est occupé ensuite des projets de réforme pour la jurisprudence criminelle ; mais nous ne rendons aucun compte de ccs discussions , parce qu’elles avaient plutôt pour objet de tenir l’Assemblée en activité que de traiter une matière qui demande tout le calme et toute la maturité des dé-
libérations..
■ La séance a été levée à trois heures et demie du matin , et remise à onze
L’assemblée a été informée que le roi devait se rendre à Paris pour y faire son séjour. C’était le vœu de ses habitans , et l’unique moyen de calmer leur effervescence et leurs alarmes. .
M. de Mirabeau- a proposé de décider que le roi et l’Assemblée nationale seraient inséparables pendant la session actuelle. lia observé qu’une saine politique devait la déterminer iâ
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faire librement un acte d’une si grande importance. M. Barnave a secondé cette motion : elle a passé unanimement. L’abbé d’Aymar , à la tète d’une nombreuse députation , a porté au roi la délibération de l'Assemblée : il a dit , « Sire , J’ai l’honneur de remettre entre les mains de votre majesté le décret par lequel l’Assemblée nationale vient de déclarer unanimement la personne de son roi inséparable des représentons de la nation pendant la session actuelle. Elle croit manifester un vœu digne du cœur de votre majesté , et consolant pour . elle dans toutes les circonstances. »
Le roi a répon du : « Je reçois avec une vive sensibilité les nouveaux témoignages de l'attachement de l’Assemblée ; le vœu de mon cœur est , vous le savez , de ne me jamais séparer d’elle : je vais me rendre à Paris avec la reine et mes enfans ; je donnerai tous les ordres nécessaires pour que l’Assemblée nationale puisse y continuer ses travaux. »
Le roi quitta Versailles à une heure après midi , suivi d’un cortège de députés et au milieu de la milice nationale ; il fit la route lentement pour s'accommoder au pas de la multitude innombrable dont il était escorté. A son entrée , M. Bailly , accompagné des représentai de la commune , lui remit les clefs de la ville , et l’assura de la fidélité et de l’attachement de tous les citoyens de Paris. .
Si l’on voulait recueillir tous les détails de quelques heures , on fournirait un volume aux mémoires particuliers ; mais ce qu’il importe le plus d'observer , c’est que , malgré l’irritation extrême des esprits , il se soit commis si peu de désordres et d’actes de cruautés Lorsque les femmes voulaient forcer les portes , un garde du corps eut l’imprudence de faire feu , vraisemblablement dans la seule intention d’effrayer , car on ne peut supposer qu’un militaire ait eu la lâcheté de. tuer une femme ce coup malheureux a été vengé par les volontaires dont nous avons fait la description : deux gardes du corps ont été tués, quelques-uns démontés , les autres se retirèrent. La
milice nationale de Versailles essuya dans cette retraite quelques coups de feu , qui^furent, de la part des gardes du corps, l'effet du dépit et de la colère ; les citoyens y répondirent vivement : un seul d’entre eux fut tué , mais quelques-uns de leurs adversaires en furent les victimes.
Vers le matin , quelques gardes du corps, détenus prisonniers , voulurent s’échapper , et se livrèrent à des emportemens qui occasionèrent une scène d’horreur. Deux d’entre eux furent massacrés dans la cour de marbre , sur les mardies mêmes du château , et leurs tètes portées en triomphe (i) Peut-on imputer au peuple la férocité d’un
petit nombre d’individus ivres de fureur? La conduite de la milice nationale a été non-seulement pure et irréprochable , mais à la gloire de la rapidité , à la sagesse de la discipline , elle a réuni le mérite de la douceur et de la modération après la victoire. Lorsque les gardes du corps ont été désarmés , et se sont rendus , elle les a consolés , encouragés , traités en frères ; elle a cherché ceux qui se dérobaient par la fuite ; elle en a conduit plusieurs auprès du roi , pour les l'animer, dans un moment d’humiliation , par quelque témoignage de sa bienveillance ; et les applaudissemens de toute la multitude ont fait sentir à ceux qui savent lire dans le cœur du peuple que la vengeance n'a qu’un moment , et que la générosité est l'instinct naturel de l'homme.
( Courrier de Provence. )
(i) Voyez sur ces odieux massacres , qu’on veut en vain déguiser, les Mémoires de Ferrières et ceux de madame Campan.
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Éclaircissement (Q), pflge 33 1 .
Avis secret donné à MM. les quinze à quarante-cinq entrepreneurs des Actes des Apôtres.
Messieurs ,
Vos annales sont devenues les pivots de la démocratie. Privé des anciennes fonctions que le despotisme m’avait confiées , j'ai su , à l'exemple immortel de M. de Chamfort , et de tant d'autres grands hommes , revenir à la cause sacrée du peuple , quand j’ai vu que le règne des aristocrates était fini ; je me suis donc résolu à combattre à vos côtés.
Une conspiration horrible se prépare ; son exécution est différée jusqu'à ce jour de plaisir où le Parisien oublie ses intérêts pour se livrer aux saturnales du moment. Voici comment ce projet a été découvert.
Un perruquier de mes amis , adjudant de la cinquième division , l’a tiré de la tete d'une de ses pratiques qui était du complot. La postérité le croira-t-elle ? Il ne fallait rien moins qu'une méprise de papillottes pour éclairer la France. Une feuille du journal de Paris , destinée à ce frivole usage , a été heureusement confondue avec le plan de l’affreuse trame ; quelques chiffres barbares ont fait soupçonner du mystère Jh. l’honnête citoyen actif ; son fer brûlant n’a fait qu'effleurer les perfides papillotes ; et les dépliant d’une main légère , il s’est rendu aussitôt chez moi , et m’a confié cet important dépôt , sans même exiger de partage dans les mille louis promis au dénonciateur. * y
De quel effroi n’ai-je pas été saisi , Messieurs, en déchiffrant ces coupables chiffons ! Une mascarade se préparai à rétablir la monarchie , et à lui ‘vendre sa tranquillité tyrannique.
Voici la marche du coin]>lot , telle que mes lumières cabalistiques me l'ont indiquée.
Les plus terribles aristocrates , tant fugitifs que ruinés , tant prêtres que princes du sang , doivent se rassembler au bal de l Opéra dans la nuit du mardi gras. Là, pour mieux exécuter leurs affreux desseins , Us doivent tous prendre la forme , les traits et la voix des vrais défenseurs de la patrie. Un aristocrate bel esprit doit se masquer en duc d'Aiguillon ;
. . . . - .«iç. le plus humain de
la bande se masquera en Barnave ; le plus vertueux en Mirabeau ; le plus savant en Montmorency ; le plus aimable en duc de Lnvnes ; le moins tranchant en Guillotin ; le plus fier en Robespierre ; le plus joli cavalier de l'aristocratie se défigurera en Gony d’Arcy ; un homme superbe s'anéantira en duc d'Aumont ; et, pour tout dire enfin , une femme charmante doit contrefaire madame de Staël. Quelle affreuse conspiration ! et quel citoyen ne sera pas la dupe de pareils dégnisemens ! Les ennemis de la France, toujours masqués, doivent séduire la garde nationale, par l'appât d'un superbe déjeuné ; le réveillon doit se donner à Rambouillet où le roi se rendra avec une permission de chasse.
On espère que l’armée reconnaîtra Louis XVI pour son chef, le ramènera à Versailles en cette qualité, et lui rendra la couronne de France. Il est possible même que les soldats citoyens, et les citoyens soldats, en se dégrisant, s’accoutument à l’autorité royale, et renvoient leurs officiers à leurs boutiques. Tout serait perdu alors , Messieurs ; et vous conviendrez que. si le militaire redevient fidèle, le peuple redeviendra sujet. Voilà l’horrible catastrophe qui menace l’IIôtel-de-Ville.
S. Par malheur je n’ai pu déchiffrer le nom d’un seul des conspirateurs. A l’exemple de MM. Morel et Turcati , j’en dénoncerais un tous les quinze jours, et ma fortune serait assurée. Faites , Messieurs, de cet avis l'usage que votre patriotisme Pt votre prudence* vous suggéreront. A défaut du profit que je
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vous abandonne , permettez-moi dn moins de m'associer à votre gloire. Nous aurions sans doute pu recevoir de M. Camille Desmoulins un morceau de pain , ou de M. Prudhomme une paire de souliers neufs , pour un avis aussi important • mais nous préférons , Messieurs , à ces deux avantages , celui d’être nommés dans vos actes immortels. Mon ami se nomme M. Crêpant ; et moi , Messieurs , toujours tout à vous , consilio mafiuquc ,
Votre admirateur et serviteur,
Foretin ,
ancien espion de police.
ti ■ * ....
Nota. A présent que le péril est passé , on peut juger du danger auquel on a échappé , et l’on voit par quelle sagesse l'Hôtel-de-Ville a mis de côté tout déguisement pour cette année. Cet événement nous achemine à la destruction de l'aristocratie des jours gras sur les jours de carême.
Il a été délibéré au comité des recherches de nous donner les mille louis pour prix de notre information ; mais quand nous avons su qu'il y avait trois années du produit des postes dévorées d’avance par les découvertes s du comité , nous nous j sommes bornés à réclamer l’estime de nos concitoyens.
Voilà pour nous. Quant à M. Fnretin , il allait être , pour prix de son zèle , nommé suppléant de M. Brissot de Warville, lorsqu’un district du Roule est venu ordonner au comité des recherches d’interrompre ses fonctions inquisitoriales , sous peine d’être promené dans la ville sur des bourriques T en remplacement du bœuf gras national qui a manqué à la nation cette année. *
t (Actes des Apôtres.)