CAMPAGNE DE FLANDRE
campés à la Bussière, et trouvant qu’il n’y avoit autre chose à faire que de se saisir du poste de Houdin, fit résoudre les Espagnols de le venir prendre. Il est vrai que nous ayant vu de loin dans leur marche , sur l’éminence de Houdin , ils furent fort surpris, et après une grande halte ils se vinrent poster entre nous et la Bussière.
Ils avoient un grand ruisseau à dos , lequel faisant un coude à leur droite la couvroit : elle nous approchoit plus que leur gauche, et de ce côté- là il n’y avoit rien entre eux et nous.
Notre aile droite étoit sur des hauteurs presqu’aussi inaccessibles que notre aile gauche; le même ruisseau de la Bussière étoit à notre dos, mais la tête de l’éminence que nous occupions étoit si étroite, et il y avoit si peu d’espace entre notre première et notre seconde ligne que cela nous eût pu préjudicier considérablement dans un combat.
Entre la gauche des ennemis et notre droite il y avoit de grands cavins (1) qui se défendoient d’eux-mêmes; de sorte que Ton ne pouvoit venir à nous que par notre gauche : cela obligea le maréchal à faire faire toute la nuit un retranchement de ce côté-là flanqué de petits redans.
Le 5, à la pointe du jour, nous nous préparâmes à la bataille et nous l’eussions eu si le prince de Gondé eût été le maître , mais les Espagnols crurent trop hasarder. Sur les huit heures du matin, ne leur voyant faire aucun mouvement, nous crûmes bien que nous ne nous battrions pas, et la croyance qu’ils nous marchandoient redonna à nos troupes la fermeté qui leur manquoit. Gela arrive d’ordinaire. Une armée qui après quelque échec craint les ennemis en leur absence, se rassure en leur présence, à moins qu’ils ne la combattent en arrivant.
Le 6, les ennemis ne bougèrent de leur camp.
(1) Cavin, fossé; chemin creux.
À. Àat
Le 7 , sur les cinq heures du matin , les Espagnols firent demi-tour à droite, et doublèrent sur les troupes du prince de Condé, lequel marcha sur la gauche et s’avança avec sa cavalerie dans une petite plaine d’où il ne bougea, que les Espagnols ne fussent bien loin en marche.
Le maréchal de Turenne s’avança du côté du prince avec quatre escadrons de la garde et me commanda de le suivre avec l’aile droite de sa cavalerie : mais après quelque légère escarmouche de gens qui regagnèrent à toute bride leur arrière-garde, nous nous retirâmes aussi de notre côté.
Le prince fit cette action en maître. On ne peut pas aussi mieux faire son devoir de grand capitaine que le fit le maréchal dans le choix du poste de Houdin.
Le lendemain du jour que les ennemis se furent retirés, nous décampâmes et nous vînmes loger à Aubigny.
Sur le bruit de la mort de Saint-André Monbrun, gouverneur de Nivernois, j’avois écrit de Lens au cardinal, que je le suppliois de demander au roi son gouvernement pour moi et j’avois fini cette lettre par le prier de faire payer l’état-major de mon régiment de mestre de camp général ; il me ht cette réponse que je reçus à Aubigny.
On ne vous a pas bien informé, quand on vous a mandé la mort de M. de Saint-André Monbrun, puisqu’il n’a pas même été blessé : si ce malheur-là fût arrivé, je vousaurois servi très-volontiers pour son gouvernement, comme je ferai en toutes les occasions où j’aurai lieu de vous témoigner que je suis.
Et de sa main :
J’ai fait payer l’état-major de votre régiment, et je vous prie d’être persuadé que je serai toujours, monsieur, votre très-affectionné serviteur,
Le cardinal Mazariny.
A Compïègne, ee 3 août 1656.