CAPITULATION DE CONDÉ
camp beaucoup de soldats, cavalerie et infanterie, qui s’étoient échappés des prisons des ennemis.
Le 12 août, je donnai mon attache à la commission de Banville, capitaine au régiment de Paloiseau. Elle étoit du 6 mai 1653.
Le meme jour , je donnai mon attache à la commission du vicomte d’Auchy, capitaine au régiment de Paloiseau. Elle étoit du 1er mai 1655.
Dans ce temps-là, le maréchal de Turenne se doutant que les ennemis vouloient prendre Condé par famine et dès-là nos gens prisonniers de guerre (parce qu’ils savoient qu’il y avoit dedans un grand nombre de troupes qui leur eût trop coûté à prendre de force) résolut défaire une diversion pour remplacer en quelque façon cette perte, ou pour obliger les ennemis à faire une honnête composition à Condé, afin d’empêcher notre représaille; et pour cet effet il partit le 14 août de Charlemont et vint camper au Cateau-Cambresis.
Le 15 août, l’armée campa près l’abbaye de Vaucelles; le 16 à Fampou, sur la Scarpe, à une lieue d’Arras; le 17 aux environs de Saint- Venant , que nous fîmes mine d’assiéger, mais les ennemis en ayant eu avis traitèrent aussitôt avec le Passage, gouverneur de Condé, à une honorable composition. Et pour nous, l’ayant appris, nous vînmes camper à Lens où je donnai mon attache du 2 août à la commission de Vaucouleur, capitaine au régiment du grand maître la Meilleraye. Elle étoit du 18 août 1655.
Nous séjournâmes huit ou dix jours à Lens, pendant lesquels il nous vint encore des recrues, et nos deux armées étant alors en assez bon état, le maréchal de Turenne disoit hautement que si les ennemis venoient à lui il feroit la moitié du chemin , et cela se répandant dans l’armée donnoit une grande confiance à tout le monde , lorsque nous apprîmes que les ennemis étoienf à Fampou. Cette-
nouvelle intrigua le maréchal : car d'attendre à son camp, dont la gauche étoit à Lens et la droite au ruisseau de Souché, c’étoit prêter le flanc aux ennemis : de s’aller poster à Souché du long du ruisseau , les ennemis s’y venant mettre aussi de l’autre côté, auroient eu l'éminence sur nous, les bords de ce ruisseau étant bien plus relevés du côté d’Arras que du côté de Lens ; de sorte que rien ne parut plus sûr au maréchal que de s’aller poster à la Bussière, à une lieue de Béthune; et pour cet effet, il tit marcher l’armée à l’entrée de la nuit du dernier août au 1er septembre. Ce mouvement à ces heures-là sur la nouvelle de l’approche des ennemis étonna l’armée et elle eut assez de confiance au maréchal pour avoir peur sur sa retraite, après avoir fait espérer des démarches plus hardies.
Les ennemis ayant avis de notre retraite passèrent le défilé de Souché et campèrent dans la plaine de Lens, d’où ils nous envoyèrent reconnoître. Le 3 septembre, sur les cinq heures du soir, on me vint avertir que les ennemis poussoient la garde qui étoit sur le coteau de Houdin. J’y courus, et ayant fait monter à cheval les régiments de cavalerie les plus proches de la garde pour la soutenir, je la trouvai qui s’étoit rapprochée du camp en bon ordre. Je la ramenai à son poste et j'appris dePaloiseau qui la commandoit que c’étoit un escadron d’ofticiers qui les avoit poussés. Je revins le dire au maréchal , lequel jugeant que si les ennemis se saisissoient du poste de Houdin ils nous ôteroient la communication d’Arras (notre seule ressource pour les vivres et pour les munitions de guerre) me commanda de faire marcher à l’heure même la cavalerie, et de me saisir de ce poste qui étoit à demi-lieue de notre camp, et ensuite il fit suivre l’infanterie.
Cette marche, qui se fit à l’entrée de la nuit du 3 au 4 septembre, acheva d’ôter à l’armée ce qui lui restoit d’assurance. Cependant le prince de Condé nous croyant