‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 12 sur 108 · BUSSY A LA COUR · texte numérisé non relu

BUSSY A LA COUR

Bussy à la cour. — Bussy à l’armée de Flandre. — Levée du siège de Cambrai par Turenne. — Bonheur de Bussy au jeu. — Ses démêlés avec Gassion. — Sa lettre à madame de Sévigné. — Siège de Saint- Venant. — Siron et Turenne. — Prise des bagages de l’armée. — Conférence de Lenet et de Bussy.— Siège d’Ardres par les Espagnols. — Prise de Saint-Venant. — Voyage de Bussy à Ardres, à Calais et à Boulogne. — Siège et prise de la Motte-au-Bois. — Anecdote sur Ituraut, marquis de Vibrais. — Sa querelle avec Bussy. — Dîner de Bussy chez Turenne. — Siège et prise de Mardick. — Réconciliation de Bussy et de Créquy. — Fouquet. — Ses rapports avec Bussy et avec madame de Sévigné.

L’hiver de 1657 se passoit comme les autres, le matin réglement (1) ma cour chez le roi, de là à l’appartement du cardinal , mais seulement pour acte de mes diligences, car il étoit presque invisible ; ensuite quelquefois chez M. le Tellier et quelquefois chez le maréchal de Turenne. Mes amis particuliers, mes affaires, le jeu et les dames occupoient le reste du jour.

Cependant je faisois toujours la fonction de colonel de la cavalerie : et la manière dont le maréchal de Turenne avoit continué d’en user avec moi toute la campagne ne m’obligeoit pas de lui en faire la moindre civilité.

Le 16 mars, je donnai mon attache à la commission du marquis de Fleury de Ranes, capitaine au régiment Cardinal. Elle étoit du 13 du même mois , audit an.

Le 27 mars, je donnai une commission de maréchal des logis de la cavalerie dans l’armée d’Italie, commandée par le prince de Conti, à Jury, capitaine dans le régiment de ce prince.

(1) Régulièrement.

Le 6 avril, je donnai mon attache à la commission du comte de Brenne, capitaine au régiment de Manciny. Elle étoit du 26 mars 1657.

Le 16 avril , je donnai mon attache à la commission de Maupertuis, capitaine au régiment du Cardinal. Elle étoit du 12 avril 1657.

Le 17 avril , je donnai mon attache à la commission de Buzenval, capitaine au régiment Cardinal. Elle étoit du 14 avril 1657.

Cependant, le maréchal de Turenne ayant assemblé, au mois de mai, auprès d’Amiens l’armée qu’il devoit commander, et faisant mine de vouloir attaquer une place maritime de ce côté-là , aussitôt la descente des six mille Anglois que Cromwell nous devoit envoyer, s’avança jusqu’auprès d’Aire, à un village appelé Calonne, d’où il détacha , le 28 mai , Castelnau la Mauvissière avec trente escadrons pour aller investir Cambrai, par delà l’Escaut; et lui, avec quarante, marcha en si grande diligence que le lendemain , 29 , il arriva deçà l’Escaut devant la même ville, autour de laquelle il posta sa cavalerie attendant son infanterie qui suivoit assez vite. Cependant , le prince de Condé qui marchoit vers la rivière du Lys et vers la mer, apprenant par le grand bruit du canon de Cambrai que nous étions devant, résolut de s’y avancer.

Le maréchal avoit posté d’abord l’aile droite de sa cavalerie sur une grande avenue, mais deux heures après ayant fait réflexion que le prince, qui savoit que le moindre capitaine du monde seroit assez fin pour se poster en pareille rencontre sur un petit sentier plutôt que sur un grand chemin, auroit assez bonne opinion de lui pour croire qu’il feroit autre chose, changea de poste et vint prendre celui d’une petite avenue. Il est vrai que pour son malheur le prince jugea qu’il auroit fait la même réflexion , et venant avec près de trois mille chevaux par le

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