‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 16 sur 108 · SIÈGE DE SAINT-VENANT · texte numérisé non relu

SIÈGE DE SAINT-VENANT

son absence, nous jugeâmes qu'il vouloil faire sa cour au cardinal; ainsi personne ne le voulut dédire et se brouiller avec le premier ministre, et cela fut plaisant que Siron fut justifié par la raison qui auroit dù le perdre.

Le 22 août , le maréchal ayant envoyé les caissons charger à Béthune, les ennemis qui ne l’apprirent qu’après qu’ils furent passés, se tinrent prêts pour le retour, et poussèrent les régiments de Gesvres, la Villette et Chamboy, jusqu’auprès de la barrière de Robecque; ces trois régiments y firent fort bien leur devoir et ils y perdirent quelques officiers. Les commandants de Gesvres et de la Villette furent pris; le marquis de Renty, capitaine dans Villette, pris et blessé dont il mourut; le marquis d’Echauffourt, capitaine dans Ghamboy, tué : cependant le convoi entra dans le camp.

Ce même jour 22, l’armée d’Espagne s’avança et vint camper au Mont-Bernançon (I), à la portée du canon de nos lignes sur le chemin de Saint-Venant à Béthune.

Le 23 matin, il vint au camp un trompette du prince de Condé, sous prétexte de répéter des prisonniers, mais effectivement pour tâcher à engager entre Lenet et moi quelque conférence. Lenet me fit donc faire compliment par ce trompette, et me convia de me trouver à la tête de notre garde où il seroit ravi de m’embrasser. Après que j’eus demandé au maréchal s’il le trouveroit bon et su de lui ce qu’il vouloit que je dise touchant l’ouverture de notre tranchée, je m’en allai au rendez-vous où Lenet étant arrivé un moment après moi , nous nous fîmes mille amitiés et nous parlâmes près de deux heures. Il me dit entre autres choses que nous étions trop bien retranchés pour qu’ils nous attaquassent , mais qu’au moins nous ne prendrions pas Saint-Venant devant eux. Je lui répondis

(1) Monlbernenchon.

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que par la raison de nos bons retranchements, nous allions ouvrir la tranchée la nuit d’après, tout comme s’ils étoient à cent lieues de nous : cela le surprit, et après avoir fait quelque mine d'en douter, il me quitta assez vite.

Ce qui avoit obligé le maréchal à faire savoir aux ennemis qu'il alloit ouvrir la tranchée, étoit l’envie qu’il avoit de les éloigner de lui et de se délivrer par là de l’inquiétude que leur voisinage lui donnoit , et croyant qu’il auroit pris Saint-Venant avant qu’ils eussent pu réussir à quelque entreprise.

La nuit du 23 au 24 , nous ouvrîmes la tranchée , et on l’avança fort sans perdre de gens ; le chevalier de Maupeou, capitaine au régiment des gardes, y fut blessé au poignet. Le lendemain 24, le marquis d’Hocquincourt releva la garde avec les Suisses.

Ce même jour, les ennemis partirent de Mont-Ber n an çon à neuf heures du soir, et tirant du côté de Lillers, campèrent entre l’abbaye de Han et Fons (1).

Le 25, Poiliac , commandant les gardes à la tranchée de Turenne y fut blessé d’un grand coup de mousquet à l’épaule; cette nuit-là on avança le travail jusqu’auprès de la contrescarpe.

Le 26 , Humières entra en garde avec le régiment de Turenne et fit un fort beau logement qui coûta cher à ce régiment, soit en soldats, soit en officiers.

Ce jour-là, sur le midi, on eut avis que les ennemis avoient passé dans Aire le matin et qu’ils marchoient du côté d’Ardres. L’on détaclm aussitôt Romecourt, capitaine dans Villequier, avec un escadron de ce régiment pour s’y aller jeter, et le lendemain, à la pointe du jour, la Feuillée fut commandé de s’y jeter à quelque prix que ce fût.

(1) Fontes.

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