‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 23 sur 108 · BRAVOURE DU ROI · texte numérisé non relu

BRAVOURE DU ROI

s’étoit fait à la tranchée étoit une sortie ou un logement. Je lui dis ce que c’étoit, et pendant qu’il me faisoit d’autres questions il avançoit toujours du côté de la ville et les halles de mousquet des décharges des ennemis qui n’étoient pas encore finies le passoient de beaucoup : cepen dant ce prince me parloit avec le sang-froid d’un brave soldat de fortune, lorsque le maréchal du Plessis poussant à toute bride me vint demander en colère où je menois le roi. Je lui répondis que le roi étoit le maître et que c’étoit lui qui menoit les autres. Le maréchal me répliqua que je voyois bien que le roi s’avançoit trop. J’en demeurai d’accord , mais j’ajoutai que j’avois eu peur, si je le disois à Sa Majesté, qu’elle ne trouvât mauvaise ma remontrance : Ne vous fâchez pas y M . le maréchal, lui dit le roi en riant et il tourna bride.

Le 29 juin, j’allai à la guerre avec un parti de sept cents chevaux , composé de cinquante maîtres choisis de chaque régiment, quatorze capitaines, autant de lieutenants , de cornettes et de maréchaux des logis et un brigadier qui étoit Genlis. J’avois eu avis que quatre cents chevaux des ennemis étoient logés à une lieue d’Armentières , mais je les trouvai logés sur la contrescarpe; de sorte qu’après une légère escarmouche, je m’en revins camper à Merville le 30 et le 1er juillet au camp.

Ce jour-là, le roi qui étoit campé à Mardick tomba malade. Le cardinal fut blâmé d’avoir tenu quelque temps Sa Majesté dans un lieu où les Anglois avoient passé l’hiver les uns sur les autres, et où les blessés et les malades de l’armée avoient été pendant le siège de Dunkerque.

Le 2 juillet , on emporta le roi à Calais couché dans son carrosse.

Le même jour, Bergues se rendit à discrétion et l’on en donna le gouvernement à Schombérg, homme de poids et de mérite, et dont le maréchal de Turenne faisoit cas.

Le 3, je reçus une lettre de ' service que j’avois de-

mandée , sur ce que j’avois appris que Castelnau ne pouvoit pas réchapper de sa blessure.

Le 4 juillet , j’écrivis au cardinal que je le suppliois trèshumblement, en cas que Castelnau vint à mourir, de me faire avoir le commandement de ses troupes ; que j’étois le plus ancien lieutenant général de l’armée et que je m’en rapportois à la voix publique si personne avoit mieux fait partout son devoir, et que personne n’étoit plus son serviteur que moi.

Ce jour-là , nous marchâmes à Dixrnude; j’étois de jour, et la place se rendit à moi en arrivant: ce n’est pas qu’il n’y eût quatre cents hommes dedans , mais il n’y avoit pas une palissade, point de rempart, le fossé ne valoit rien; quelques demi-lunes assez mal tenues : il n’y avoit que la contrescarpe de passable.

Le 0, du Bec-Crespin, comte de Moret, vint trouver le maréchal de Turenne de la part du cardinal pour lui dire que le roi étoit à l’extrémité et qu’il ne croyoit pas qu’il dut s’avancer davantage avec l’armée. Il me dit que le cardinal l’avoit chargé de m’assurer qu’il étoit mon ami et mon serviteur; qu’il s’altendoit à moi quand il auroit besoin de ses amis et qu’il me prioit de voir ceux qu’il avoit dans la cavalerie et de les lui faire savoir : qu’il n’avoit pas fait réponse à la lettre que je lui avois écrite à cause de l’embarras où le mettoit la maladie du roi. Voici ce que je lui écrivis là-dessus.

Monseigneur,

J’ai dit à M. le comte de Moret que Votre Éminence pouvoifc compter sur moi et sur mes amis quand tous ses serviteurs lui seroient infidèles. Je vous l’écris encore et je vous supplie très-humblement de-garder cette lettre pour montrer à tout le monde que je suis un homme sans honneur si je manque jamais à vous servir envers et contre tous , et d’être

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