MALADIE DU ROI
toute ma vie, monseigneur, de Votre Éminence, le très-humble, très-obéissant et très-passionné serviteur,
Büssy-Rabutin.
Du camp de Diimude , ce 6 juillet 1658.
En donnant cette lettre à Moret, je lui dis que tous les régiments de cavalerie des gens de la cour seroient dans les intérêts du cardinal , si les mestres de camp y étoient , et que pour les autres , je saurois ceux dont Son Éminence se pouvoit assurer et je les lui manderois.
J’eus encore une grande conversation avec le comte de Soissons qui s’en alloit à Calais avec deux compagnies de Suisses auprès du cardinal, dont il avoit épousé la nièce.
Trois jours après, je reçus cette lettre du cardinal qui étoit la réponse à la première que je lui avois écrite le 4 de ce mois.
Monsieur,
Le mauvais état de la santé du roi m’empêche de répondre aussi particulièrement que je voudrois à la lettre que vous avez pris la peine de m’écrire; mais tout ce que je vous dirai en deux mots, c’est que vous auriez grand tort de douter que je ne vous donne des marques de l’amitié que j’ai pour vous dans les choses qui pourront dépendre de moi. Je vous prie d’en être persuadé et de croire que je suis, monsieur, votre très-affectionné serviteur,
Le cardinal Mazariny.
A Calais, ce 7 juillet 1658.
Outre l’inquiétude que me donnoit la maladie du roi pour l’intérêt qu’y avoit le cardinal, sur la fortune et sur l’amitié duquel étoient fondées toutes mes espérances, j’avois encore en mon particulier du regret de perdre un maître aimable, qui me paroissoit, par tout ce qu’il disoit,
devoir faire cas un jour des honnêtes gens,
Cependant nous étions aux écoutes et dans le silence où met d'ordinaire l’attente d’un grand événement. Enfin le 1 1 juillet nous apprîmes que le roi étoit hors de péril, et par le même courrier je reçus cette lettre du cardinal :
Monsieur,
Je ne puis pas m’empêcher de vous dire, en réponse de la lettre que M. le comte de Moret m’a rendue de votre part, que j’estime au point que je le dois les protestations qu’il vous a plu de me faire de votre amitié, et que je n’oublierai rien pour vous donner des marques de la mienne et de mon estime, étant de tout mon cœur, monsieur, votre très-affectionné serviteur.
Le cardinal Mazariny.
A Calais , ce 9 de juillet 1658.
Avec cette lettre, je reçus celle-ci du comte de Soissons:
J’ai dit ce que vous m’aviez dit de dire à M. le cardinal, lequel m’a montré la lettre que vous lui avez écrite, de laquelle il est tellement satisfait que rien plus, et il dit que vous lui avez écrit comme un homme qui est résolu de faire ce qu’il dit, et là dessus il n’y a rien qu’il n’ait dit de vous. J’ai été fort aise , comme vous pouvez penser, de le voir dans ces sentiments-là, et je vous assure que je ne laisserai passer aucune occasion de l’y fortifier que je ne le fasse, comme aussi de vous assurer que je suis, monsieur, votre très-affectionné serviteur,
Eugène de Savoie.
Je vous prie de faire mes baise-mains à Ilumières et de l’assurer que je suis son serviteur.
Avec toutes ces belles assurances de l’amitié du cardinal je n’eus point ce que j’avois demandé, et Créquy eut