‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 33 sur 108 · EXIL DE BUSSY · texte numérisé non relu

EXIL DE BUSSY

m’assurant que vous satisferez, je ne vous ferai la présente plus longue ni plus expresse ; priant Dieu qu’il vous ait, monsieur le comte de Bussy-Rabutin, en sa sainte garde.

Écrit à Fontainebleau, le 10 juillet 1659.

Signé : Louis.

Et plus bas , le Tellier

Cet ordre me surprit extrêmement. Je n’y obéis pas sur l'heure, parce que j’avois quelques affaires à Paris ; et cependant j’envoyai un courrier au cardinal, par lequel je lui écrivis cette lettre avec la rage dans le cœur :

Monseigneur,

Je viens de recevoir une lettre du roi pour me retirer en Bourgogne jusqu’à nouvel ordre. Je vous avoue que ce commandement-là m’a surpris, et, qu’après avoir bien servi pendant vingt-cinq ans sans avoir eu aucune récompense, après avoir même contribué considérablement au gain de la bataille de Dunkerque, ainsi que Votre Éminence m’a fait l’honneur de me dire qu’elle en étoit persuadée ; après m’être déclaré votre serviteur depuis longtemps, et plus hautement dans le temps de vos traverses que dans celui de vos prospérités, je ne m’attendois pas d’être exilé. En effet, monseigneur, il faut de grandes fautes pour détruire le mérite de toutes ces actions-là; cependant tout le respect que j’ai pour les vôtres ne sauroit arracher l’aveu d'avoir mérité le moindre châtiment. Ce qui me console un peu , monseigneur, c’est que je crois que mon exil peut servir de quelque chose à Votre Éminence et que vous ayant offert souvent mon bien et ma vie, je puis bien vous sacrifier ma liberté. Je le fais donc de tout mon cœur, monseigneur, en vous suppliant toutefois de ne me pas oublier et de me donner moyen d’aller bientôt vous assurer moi-même que rien ne me peut empêcher d’être toute ma vie, monseigneur, de Votre Éminence, le très-humble et très-obéissant serviteur,

Bussy-Rabutin.

A Paris , ce 14 juillet 1659.

Pendant le voyage de mon courrier, je demeurai à Paris, caché, ne voyant que mes amis très-particuliers. Au bout de dix jours, il me rapporta cette réponse du cardinal :

Monsieur,

Vous n’ignorez pas qu’on avoit dit au roi et à la reine l’hiver dernier des choses contre vous dont Leurs Majestés doutoient : il faut que depuis mon départ elles aient été éclaircies pour avoir été obligées à vous envoyer chez vous. Je l'ai appris avec bien du déplaisir , et je vous promets qu’aussitôt que je serai auprès d’elles je m’emploierai volontiers à vous rendre office et à vous témoigner que je suis assurément, monsieur, votre très-affectionné serviteur,

Le cardinal Màzarint.

A Dau, ce 29 juillet 1659.

[Je ne sais pas qui étoient tous ceux qui avoient donné avis au cardinal de la conduite de Vivonne, mais assurément le comte de Soissons et le Tellier étoient du nombre, et l’on peut juger par une réponse du cardinal au Tellier, qui m’étoit tombée entre les mains, et dont voici l’article qui me regarde, que celui-ci avoit écrit contre moi] :

25 juillet 1659.

[ Pour M. de Bussy, il est vrai qu’il m’a écrit l’ordre qu’il avoit reçu de se rendre chez lui. A quoi je lui ai répondu que j’étois bien fâché qu’il eût donné sujet au roi d'en user ainsi à son égard et que, lorsque je seroîs auprès de Sa Majesté, si je reconnoissois de ne pas lui déplaire en lui parlant en sa faveur, je le ferois très-volontiers; mais ni ce qu’il m’a écrit ni ce que je lui ai répondu ne doit pas empêcher qu’il n’exécute la volonté de Sa Majesté avec le respect et la soumission qu’il doit, et je crois qu’il l’aura fait ainsi],

[11 est aisé de juger par cette réponse que le Tellier avoit mandé au cardinal qre je n’étois point parti de Paris,

Page 1