ROSE A BUSSY
coniposois même mon visage, en sorte qu’il n’y remarquât aucun chagrin , et je le faisois assurer de temps en temps par le comte de Saint -Aignan de ma résignation à ses volontés.
Une vie si désagréable et pleine de tant de mortifications me fit enfin tomber malade d’une fièvre tierce , qui me quitta le 29 septembre, après cinq accès; et, croyant me rétablir plus promptement en changeant d’air, je retournai à Paris , mais la fièvre me reprit en double tierce huit jours après, et j’en eus quinze accès.
Le -1er novembre 1661, la reine accoucha d’un tils, à midi sept minutes, à Fontainebleau.
Dans ce temps-là, j’appris qu’on parloit de faire des chevaliers de l’Ordre au jour de l’an prochain ; j’en écrivis au roi et à Rose (1), secrétaire du cabinet, pour présenter une lettre à Sa Majesté. J’écrivis au maréchal. de Turenne pour m’y servir, comme il me l’avoit offert. J’écrivis à M. le Tellier et à la Mesnardière, lecteur du roi. Voici les réponses que je reçus, et premièrement celle de Rose :
Une heure après avoir reçu votre lettre des mains de M. le marquis d’Arcy, j’ai été assez heureux pour trouver la conjoncture favorable de la remettre en celles- du roi. Je vous puis assurer, monsieur, de lui en avoir vu lire le commencement; mais, pour le reste, Sa Majesté m’ayant commandé quelque chose qui m’a obligé de sortir et de la laisser seule, je ne vous en puis rien dire , si ce n’est qu’il y a grande apparence qu’il aura achevé. J’aurois voulu , pour cette affaire seulement et sans conséquence, avoir assez de privauté pour lui demander ce qui en est; mais vous savez bien , monsieur,
(I) 11 était aussi président à la Chambre des comptes et mourut en 1701, âgé de 8G ans environ. Yoy, sur lui les Mémoires de Saint- Simon , 1. 111, p. 58 et suiv.
que je ne suis pas de cette classe-là. Il y a M. le Tell ier, qui est et puissant et obligeant, à qui j’estime que ce ne seroit pas mal fait d’en écrire un mot. Si vous jugez que je sois propre à quelque chose, vous n’avez qu’à commander. Je m’intéresse fort à vos avantages, et, si j’y pouvois contribuer, il n’y a rien que je fisse avec plus de joie, vous honorant parfaitement et étant, avec beaucoup de passion et de respect, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Rose.
A Fontainebleau, ce 4 novembre 1661.
Rose étoit un fort honnête homme et qui avoit bien de l'esprit.
Trois jours après, je reçus cette lettre du maréchal de Tu renne :
A Fontainebleau , ce 7 novembre 1661.
J’ai reçu la lettre qu’il vous a plu de m’écrire : il seroit bon que votre santé vous pût permettre de venir solliciter ici , car on parle d’exclusion pour beaucoup de gens. Vous avez de très-bonnes raisons et je les ferai valoir en tout ce que je pourrai. La présence est très-nécessaire.
Turenne.
Le lendemain du jour que je reçus cette lettre, je reçus celle-ci de M. le Tellier :
Monsieur,
Comme le roi distribue les grâces de son seul mouvement et par la connoissance qu’il a du mérite d’un chacun sans l’entremise de qui que ce soit , la voie que vous avez prise de vous adresser directement à Sa Majesté est l’unique qu’il y avoit à tenir pour faire réussir le dessein que vous avez d’être du nombre de ceux qui seront honorés de la dignité de chevaliers des ordres à la première promotion. Je souhaite de