G J ] LA MESNARD1ÈRE A BUSSY
tout mon cœur que votre demande soit exaucée , et que ma bonne fortune me fournisse des occasions de vous témoigner que je suis, monsieur, votre, etc.
A Fontainebloau , ce 8 novembre 1661.
Quatre jours après que j'eus reçu cette lettre, je reçus celle-ci de la Mesnardière :
A Fontainebleau , ce 1?. novembre 1661.
J’aurois répondu plus tôt, monsieur, à la belle lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, sans que j’ai été persuadé que c’étoit principalement par des effets qu’il falloit s'acquitter de ce devoir. J’ai tâché de vous le rendre, monsieur, le plus utilement qu’il m’a été possible, en prenant les biais que nous savons qu’il faut prendre ici pour faire réussir les choses de cette nature. Comme votre lettre est très-belle, je l’ai donnée en cette qualité à M. de Saint-Aignan pour la lire en particulier ; mais nous étions convenus qu’il en feroit adroitement son rapport devant notre maître. La chose s’est faite; ainsi l’on a parlé de vous, monsieur, comme de l’une des personnes du royaume qui écrivoient le mieux ; on a dit la plupart des endroits de votre lettre. Enfin elle ne pouvoit produire un meilleur effet, étantmêmelue tout entière :elle auroit néanmoins pu l’être et nous aurions appuyé un peu davantage là-dessus sans que nous connoissons l’extrême délicatesse du patron ; et que nous étions assurés qu’en lisant peut-être lui-même cet endroit où vous parlez des mauvais offices qui vous ont été rendus auprès de lui, il auroit cru que ce que nous lui aurions exposé de la sorte auroit été un dessein formel d’apologie, qui sans doute l’auroit empêché d’acquiescer, comme il a fait avec bonté, à tout ce qui a été dit à votre avantage.
Voilà, monsieur, le succès duquel j’ai différé à vous rendre compte jusqu’à ce que j’aie été en état de vous l’apprendre avec autant de vérité que de plaisir. Faites-moi , s’il vous plaît, l’honneur de croire que ce petit service n’est point le seul que je vous rendrois avec joie, et que votre extrême nié-
rite ne peut toucher qui que ce soit d’une estime plus respectueuse ni plus fidèle que celle avec laquelle je suis pour toute ma vie, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
La Mesnardière.
Celui-ci étoit un virtuose , qui a fort bien écrit de toutes manières et qui a laissé des ouvrages de lui sérieux et galants, dignes de beaucoup d’estime (1).
Mais pour revenir à mes affaires , il me parut, par la suite, que mes amis les moins puissants furent les mieux intentionnés.
[ Dans ce temps-là, le roi d’Espagne donna ordre à Watteville, son ambassadeur en Angleterre , de se retirer pour la satisfaction du roi , qui se trouvoit offensé de ce que ledit Watteville avoit maltraité l’Estrades , son ambassadeur, au sujet de la préséance (2).]
Pour moi , je résolus sur les lettres de mes amis d’aller à Fontainebleau. Je mis fis donc porter en brancard, et le lendemain que j’y fus arrivé, je l’envoyai dire au maréchal de Turenne et que j’eusse eu l’honneur de l’aller trouver si j’avois été en état de faire des visites. Il me vint voir aussitôt et me dit nettement qu’il ne pouvoit pas parler pour moi , parce qu’il s’employoit pour le maréchal d’Albret , son bon ami de longue main , qui étoit menacé de nôtre point chevalier de l’Ordre non plus que le maréchal de Clérambaut et qu’il les venoit de quitter tous deux quasi désespérés. 11 faut remarquer qu’il me disoit cela comme pour me consoler d’une exclusion. Je lui dis que ces mes-
(1) Hippolyte- Jules Pillet de la Mesnardière, poète, membre de l’Académie française, né à Loudun en IGlO, mort en 1GG3.
(2) Yoy. sur ce fait les Mémoires de Choisy, de Montglas, de madame de Motteville, les Mémoires historiques de Louis XIV, t. I, p. 1 1S et le curieux récit de Lingard.