EXIL DE MADEMOISELLE
Leroi étoit bien aise de faire avancer des troupes en Italie, pour donner chaleur à la négociation et faire les conditions meilleures, ou si les choses ne s’accommodoient pas , pour être plus tôt en état de se faire faire raison.
Dans ce même temps- là, le duc de Lorraine manquant à quelques articles du traité qu'il avoit fait a\ec le roi (1), Sa Majesté résolut d’envoyer en Lorraine cinq mille hommes de pied et trois mille chevaux. Je lui demandai où il lui plaisoit que j’allasse faire ma charge, en Italie ou en Lorraine, a Je vous conseille, me dit-il, d’aller en Lorraine; il y a trois mille chevaux, et il n’y en a que douze cents en Italie , le plus grand corps est le plus honorable. — Je le sais bien, sire, lui répondis-je; mais je ne regarde pas ce qui m’est le plus honorable , je ne considère que ce qui peut plaire davantage à Votre Majesté. » Le roi m’ayant dit que cela lui étoit égal, je lui répondis que j’irois donc en Lorraine.
Cependant Bellefonds partit en poste au mois d’octobre; la Feuiilade et Péguilin , maréchaux de camp sous lui, le suivirent de près, et tous trois joignirent les troupes commandées pour l’Italie sur la frontière.
Pour la guerre de Lorraine , on essaya de la terminer par un accommodement.
Le 15 octobre, Mademoiselle fut exilée à Saint-Fargeau (2), sur ce que le roi voulant qu’elle épousât le roi de Portugal , elle s’en étoit non-seulement excusée, mais elle en avoit écrit une lettre au roi d’Espagne, pour s’en faire de fête auprès de lui , laquelle on avoit interceptée. Je lui fis un petit compliment en cette rencontre et je reçus cette réponse d’elle ;
(1) Yoy. plus haut , p. 126.
(2) Cf. à ce sujet ses Mémoires année 1 GG2. Voy. sur le château de Saint-Fargeau , le beau livre de M. Chaillou des Barres : Les châteaux d’Ancy-le-Franc , de Saint-Fargeau , etc. , 1845, in-4° avec planches.
À Eli, ce 2 auûL 1652.
Monsieur de Bussy,
Vous dites si bien et en si peu de mots , que la crainte de dire mal en beaucoup fait que je me contente de vous assurer que je suis fort reconnoissante et parfaitement, monsieur de Bus-y, votre très-affectionnée amie.
Anne-Marie-Loüise d’Orléans.
Comme j’appris qu’elle étoit arrivée à Saint-Fargeau, je lui écrivis que si elle le trouvoit bon je lui manderois des nouvelles pendant le séjour qu’elle y feroit. Elle me fit cette réponse :
A Saint-Fargeau , ce 9 novembre 1662.
Je trouve non-seulement très-bon que vous m’écriviez, mais j’en serai fort aise, car je crois que le séjour que je ferai ici sera plus long que vous ne souhaitez. Si je n’avois peur de passer pour trop indifférente, je vous dirois que je ne m’en soucie guère : peut-être dirois-je vrai ; mais toutes vérités ne sont pas bonnes à dire. J’aimerois bien autant avoir ce que vous ferez que ce que vous saurez. Breauté m’a apporté quelque chose, mais il m’a dit que cela n’étoit pas achevé; envoyez-ie moi en son entier : ce sont de ces choses (quand on ouvriroit les lettres à la poste) où l’on ne pourroit trouver à redire et qui ne feroient pas souvenir que vous avez été exilé et que je suis exilée; car autrement les gens comme moi se conduisent à Saint-Fargeau comme au milieu de la cour : je crois que vous en faites de même.
A la fin de novembre 5 le roi ayant acheté Dunkerque du roi d’Angleterre cinq millions (1), voulut aller voir
(P Le 17 octobre. La ville fut livrée le 27 novembre.— Yoy. le texte du traité dans Lingard et la relation intitulée : Discours de Dunquer que, Villefranche, 16G8, in- 12.