‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 5 sur 108 · SIÈGE DE VALENCIENNES · texte numérisé non relu

SIÈGE DE VALENCIENNES

grands capitaines (1). Cependant l’ordre est si bon parmi nous et nos troupes si bien intentionnées , que j’attends un bon succès de notre entreprise. Je ne doute pas que les ennemis ne fassent une attaque aux lignes : si c’est de notre côté, ils seront repoussés. Je ne vous dis pas cela comme un fanfaron et sans connoissance de cause. Par le premier ordinaire je vous manderai ce qui sera arrivé. Je sais quel plaisir on fait en donnant promptement des nouvelles sûres et d’importance comme celles-ci.

J’oubliois à vous dire que j’ai vu M. de la Trousse, qui se porte fort bien, aux enseignes qu'il me demanda un jugement pour un cavalier qu’il répétoit et que je condamnai.

[L’affaire du régiment de Saint -Abre est échouée pour la Châtre et pour Biscarat, et M. le cardinal ne la veut faire pour personne, à ce qu’il dit]. Adieu, ma belle cousine.

Mais, pour revenir à notre siège, il faut savoir que Valenciennes est une grande place sur l’Escaut, qui fait de grands marais au-dessus et au-dessous de la ville : les environs sont des plaines assez grandes du côté de Saint- Guillain, de Condé et du Quesnoy, qui toutes viennent aboutir en douce pente à la place. De l’autre côté de l’Escaut on monte tout d’un coup, et particulièrement du côté de Saint-Amand , et de ce côté-là étoit postée l’armée de la Ferté et celle de Turenne du côté du Quesnoy. A cellelà il y avoit deux attaques, qui toutes deux étoient du côté de l’armée de Turenne.

La ligne de circonvallation de Turenne commençoit à l’abbaye de Saint -Saume, du côté de Condé, sur le bord de l’Escaut, et finissoit à la même rivière, du côté de Bouchai n.

Le maréchal de Turenne avoit pris son quartier sur

(1) Don Juan d’Autriche, le prince de Condé et le marquis de Caracène.

l’avenue du Quesnoy, parce que c’étoit par ce côté-là que vraisemblablement les ennemis dévoient attaquer. J’y étois aussi campé.

Ce quartier étoit séparé de celui des Lorrains par un ruisseau qui faisoit une grande ravine.

Après les Lorrains étoit une partie de la maison du roi, commandée par le duc de Navailles, et ces troupes étoient campées jusqu’à la digue.

Cette digue étoit une espèce de pont, fait de fascines, sur le marais j usqu’à l’Escaut , et de là un pont de bateaux sur cette rivière pour la communication des deux armées.

Le comte deHenin, depuis duc de Bournonville, gouverneur de Valenciennes, se défendoit fort bien. Il venoit au-devant de nous par tranchées et par fourneaux, et il en fit jouer un entre autres, en plein jour, qui fit sauter un de nos logements avec Espiés, lieutenant général.

Le chevalier de Créquy y fut blessé à la tête.

Cependant, l’armée des ennemis se vint camper sur une éminence à la vue de nos lignes, près de l’Escaut, du côté du Quesnoy, et fit deux ponts sur la rivière pour être en état de passer promptement quand elle voudroit et pour nous donner jalousie de tous côtés.

Le 12, le 13 et le 14 juillet , nous eûmes, pendant la nuit, de continuelles alarmes , tantôt par des gens qui venoient tirer le coup de pistolet aux petits corps de cavalerie que nous avions hors des lignes, tantôt par de grands bruits que les ennemis faisoient dans leur camp.

Enfin, la nuit du 15 au 16, ils attaquèrent et forcèrent presque en même temps les lignes du maréchal de la Ferté. Nous ne pûmes faire passer de troupes sur notre digue pour l’aller secourir, parce que les ennemis qui avoient lâché leurs écluses àBouchain, avoient noyé cette digue, et le maréchal de Turenne y voulut inutilement faire passer les régiments de Rambures et de la Feuillade : ils ne purent aller guère plus loin que la moitié.

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