‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 50 sur 108 · BUSSY A SAINT-FARGE AU · texte numérisé non relu

BUSSY A SAINT-FARGE AU

selle de Lausun, sœur de Péguilin, sur le pavé de Paris. Les laquais de Nogent lui aidèrent à tuer Alluye, et après cela il épousa la demoiselle.

Le désordre de mes affaires domestiques et les dégoûts que jerecevois à la cour m’obligèrent dans ce temps-là de faire un petit voyage en Bourgogne : et, comme je voulois avoir l’honneur de voir Mademoiselle en passant, j’en demandai la permission au roi. Il me répondit froidement qu’il ne le défendoit à personne, et là-dessus je fis mon voyage.

Mademoiselle me reçut le mieux du monde à Saint- Fargeau et, me parlant un jour du sujet de sa disgrâce, elle me témoigna son chagrin contre le maréchal de Turenne, qui étoit celui, disoit-elle, qui portoit le roi à la presser d’épouser le roi de Portugal. Elle me dit que l’intérêt de l’État étoit de lui faire vendre son bien en faisant ce mariage; qu’on en tireroit quinze millions, avec lesquels le roi de Portugal feroitla guerre à l’Espagne; mais que ce n’étoit pas là son compte, vu que si ce roi venoit à ne se pas maintenir dans le trône, il faudroit qu’elle revînt en France comme une misérable princesse sans royaume et sans bien ; qu’outre cela , ce roi étoit une espèce de fou, fort mal fait de sa personne : elle me demanda ensuite en riant s’il étoit honnête à elle de refuser un mari à cause qu’il étoit estropié (1). Je lui répondis qu’il n’y avoit rien de si honnête, et que, si elle n’eût pas voulu se contenter de son seul mari , elle ne se fût pas souciée comment il eût été fait.

Après avoir demeuré cinq jours à Saint-Fargeau, je m'en vins à Bussy, où ayant appris la mort de Saint-Pouange, beau-frère du Tellier, je lui en fis compliment. J’en reçus cette réponse :

(1) Marie d’Aumale, femme d’Alphonse YI, fit rompre, en 1GC7 , son mariage avec ce prince qu’elle accusait d’impuissance.

Monsieur,

Vous avez trop de bonté de prendre part à la douleur que la mort de M. de Saint-Pouange m’a donnée, parce que je n’ai jamais été assez heureux pour vous obliger par mes trèshumbles services à vous intéresser en ce qui me touche; mais si j’ai jamais occasion de vous en rendre aucun, je vous supplie très-humblement de croire que je vous témoignerai que je suis avec beaucoup de passion, monsieur, votre trèshumble et très-affectionné- serviteur,

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