I GG
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tourmente tant les autres. J’espère que vous aurez songé à moi et que je recevrai quelque consolation de votre part.
L’affaire de Lorraine ne s’étant pu accommoder, le roi résolut d’aller lui-même assiéger Marsal. Le maréchal de la Ferté Senecterre fut nommé général de cette armée, que le comte de Guiche et Pradel eurent ordre d’assembler. Je me préparai donc pour aller faire ma charge à cette expédition : et, comme je n’avois point d’argent, je suppliai très-humblement le roi, en prenant congé de Sa Majesté, de me faire avancer mes appointements pour quatre mois seulement qui restoient pour le temps qu’on avoit accoutumé de les payer. « Eh bien! Bussy, me répondit-il, il faudra voir. » Cette manière extraordinaire à mon égard de répondre avec un visage gai me persuada que mon affaire étoit faite , et d’autant plus que les officiers généraux recevant d’ordinaire en ces rencontres une gratification de la cour, je me contentois d’une avance de quatre mois de mes appointements. Je partis toujours avec quatre mille francs que je trouvai dans la bourse de ma cousine de Sévigné, et je laissai un de mes gens pour toucher mes appointements , que je croyois infaillibles ; cependant je me trompai. Et cela, avec les autres dégoûts qu’on me donnoit tous les jours , fait bien voir qu’on me vouloit réduire par la nécessité à me défaire de ma charge.
J’arrivai, le 26 août, au camp de Marsal dans mon carrosse avec Briord et Hauterive. J’y fus quinze jours à faire un bivouac fort exact par le plus mauvais temps du monde; et le roi étant arrivé à Metz et de là à Nomeny, le duc de Lorraine lui donna contentement : on lui rendit son pays et il rendit Marsal au roi. Après cela, Sa Majesté vit sa cavalerie en bataille au-dessus de Nomeny : elle étoit de quinze escadrons, faisant deux mille chevaux effectifs.
II est bon de remarquer dans cette rencontre que l’on n’avoit laissé dans mon régiment que la compagnie seule de mestre de camp général , et cette compagnie étoit réduite à trente maîtres dans le temps que la plupart étoient à cinquante.
[Si jeeroyois que toutes ces injustices m’eussent été faites par la haine du roi contre moi, je ne fqrois aucune difficulté de le dire à la postérité , ne prétendant pas que ces mémoires soient vus pendant ma vie; mais Sa Majesté, ne me connoissant que sur le rapport de mes ennemis , auxquels il avoit accoutumé de donner toute créance , il ne pouvoit s’empêcher de me traiter mal.]
Lorsque j’eus ramené la cavalerie dans ses garnisons aux environs de Marsal, j’écrivis au roi que je le suppliois très-humblement de se souvenir de moi lorsqu’il voudroit disposer du gouvernement de Marsal , et j’écrivis en même temps au Tellier que je le priois de m’adresser les ordres des garnisons de la cavalerie , à quoi il me fit cette réponse :
Monsieur,
J’aurois bien voulu vous pouvoir procurer la satisfaction que vous avez désirée, de recevoir les ordres pour le département de la cavalerie ; mais vous savez que, suivant l’usage, je n’ai pu m’empêcher de les adresser à M. le maréchal de la Ferté-Senecterre, qui commandoit l’armée en chef, et que c’est à lui à les distribuer ainsi qu’il jugera à propos. Vous devez croire que dans les choses qui dépendront de moi vous me trouverez entièrement disposé à contribuer à vos avantages, ayant beaucoup de passion de vous témoigner que je suis véritablement, monsieur, votre, etc.
A Paris, ce 19 septembre 1663.
Marsal fut donné à Favry, lieutenant des gardes du corps, qu’il n’y avoit qu’un an qui avoit acheté cette charge