‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 64 sur 108 · TRADUCTION D’OVIDE · texte numérisé non relu

TRADUCTION D’OVIDE

Vous aussi , belle Iris, que j’aime depuis peu , Donnez-moi souvent des alarmes ,

C’est avecque mes larmes Qu’on entretient mon feu :

C’est la façon de la nature humaine ,

( On n’en sauroit disconvenir)

Elle se lasse du plaisir,

S’il ne lui coûte de la peine.

Qui veut régner longtemps dans le cœur d’un amant 'Doit quelquefois le traiter rudement.

Pour moi je n’aime point le bien s’il ne me coûte. En arrive ce qui pourra,

La facilité me dégoûte Et toujours me dégoûtera.

Toi de qui la femme est fort belle Et qui t’assures trop en elle,

Commence dès qu’il sera nuit A fermer ta maison : et sur le moindre bruit Qui frappera ton oreille ,

Crois-moi, sois alerte et veille;

Regarde comme on le doit Les billets qu’on écrit et ceux que l’on reço ; Informe-toi pourquoi ta femme Quitte si souvent ton lit,

Que ce soin t’occupe l’âme Et t’exerce un peu l’esprit ;

Car enfin si tu continue,

En me laissant près d’elle tant d’accès ,

De me faciliter sa vue ,

Je la quitterai pour jamais.

Le bel amour que j’ai ! Je n’ai pas lieu d’écrire De me plaindre de mon martyre ,

Je ne crains ni ne soupire.

Depuis que de Philis je suis le favori ,

Tu ne m’as jamais fait dire :

La peste étouffe le mari .

Depuis assez longtemps je souffre ta foiblesse, J’avois toujours compté sur ta délicatesse,

Et c’est ce qui jusqu’à ce jour Avoit fait durer mon amour.

Mais le moyen qu’il dure davantage,

Il est fait comme un mariage.

Viens-çà, dis-moi, mari, des marisles plus doux ,

M’as-tu jamais réduit à perdre un rendez-vous?

Lorsque je commençai de brûler pour ta femme,

Je pouvois tromper aisément Le mari le plus clairvoyant.

Mais depuis ta souffrance infâme ,

Je n’ai plus l’esprit éveillé Et je me suis tout enrouillé.

Au sortir de tes mains, si j'ai d’autres affaires,

Je serai bientôt surpris ;

Car il n’est point de maris ,

A la cour comme à Paris ,

Qui soient autant débonnaires.

Cherche donc ailleurs un brutal,

Un amant dont l’indifférence

Puisse s’accommoder de cette patience.

C’est, selon mon humeur, un tourment sans égal.

Mais non, n’en cherche point; il est encore à naître.

Si tu sens du plaisir de m’avoir pour rival,

Tâche de m’empêcher de l’être.

Dès le commencement de cette campagne , le roi voulant faire connoître aux autres parties du monde le respect et la considération qu’on avoit pour lui dans l’Europe, avoit envoyé six mille hommes sous le commandement du duc de Beau fort, amiral de France, et de Gadagne, lieutenant général sous lui , pour faire une descente vers les côtes d’Alger et se saisir de quelque port. Ils mirent pied à terre à Gigery, s’y fortifièrent et en furent chassés au bout de quelque temps, avec perte de soixante-dix pièces de canon, de toutes les munitions de guerre et de bouche, et de tous les blessés et les malades. Je laisserai à l’histoire générale le détail de cette expédition, et je me contenterai de dire que si Gadagne eût été cru , elle eût été aussi utileet aussi glorieuse au roi qu’elle lui fut préjudiciable (1).

(1) Le duc de Beaufort s’empara le 22 juillet de Gigevi , que Gadagne fut forcé d’évacuer dans la nuit du 29 au 30 octobre. — Au retour, un vaisseau, la Lune, qui portait dix compagnies du régiment

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