DISGRACE DU DUC DE NA VAILLES
Quinze jours après que j’eus parlé au roi , M. le Tellier m’offrit de reparler de ma pension. Je le remerciai, et je lui dis que comme il étoit honnête à moi de ne pas témoigner d’empressement pour cela, de peur qu’il ne semblât ail roi que je n’eusse eu impatience de me justifier que pour avoir de l’argent ( comme il l’avoit témoigné à Madame) , Sa Majesté qui lui avoit dit qu’elle me donneroit ma pension, si elle étoit contente de moi , me la donneroit assurément sans que je la demandasse.
Dans ce temps-là , l’électeur de Mayence (1), notre allié, ayant quelques places rebelles dans son État, demanda au roi des troupes. Sa Majesté lui envoya trois mille hommes de pied et huit cents chevaux. Je le suppliai trèshumblement de m’honorer de cet emploi : il me dit qu’il verroit, et le donna à Pradel, capitaine au régiment des gardes.
Ce fut alors (en juin) que le duc de Navailles eut ordre de se défaire de ses charges , de celle de lieutenant des chevau-légers de la garde, entre les mains du duc de Chaulnes, pour cinq cent mille livres, et du gouvernement du Havre, pour trois cent mille livres, en faveur du duc de Saint-Aignan. La duchesse de Navailles eut commandement aussi de se défaire de sa charge de dame d’honneur de la reine régnante, entre les mains de madame de Montausier, pour cent cinquante mille livres (2).
de Picardie et le maréchal de camp La Guillotière, sombra en vue des côtes de France. — Voy. Montglas, année 16G4, in fine; Y Apologie pour M. de Gadaigne , Paris, 1G66, in-4, et deux Relations de l’expédition, l’une imprimée à Aix, 1GG4, in-4, l’autre insérée dans le Recueil de diverses pièces historiques, Cologne, 16G6, in— 1 2.
(1) Jean-Philippe de Schoenborn.
(2) La disgrâce du duc de Navailles et de sa femme, dame d’honneur de la reine, eut une cause honorable, suivant Saint-Simon. La duchesse avait sous sa surveillance les filles d’honneur et s’étant aperçue que le roi s’introduisait la nuit par une porte secrète dans la
La cour partit de Fontainebleau au mois de septembre et vint à Vincennes. On y reçut bientôt après la nouvelle que les Turcs ayant voulu passer la rivière de Raab au pont de Ferment à la vue de l’armée chrétienne, les François s’y étoient opposés si vigoureusement qu’ils avoient empêché ce passage; que deux jours après les Turcs avoient forcé le quartier des troupes de Bade au passage de la rivière à Saint-Godart, et que les François les avoient fait repasser avec perte de plus de douze cents hommes (1).
Les louanges que donna le roi à la Feuillade, jointes au malheur que Coligny avoit eu de se brouiller avec un intendant d’armée que M. le Tellier lui avoit fort recommandé, firent que non-seulement on ne lui donna point l’honneur de cette action , comme cela se pratique d’ordinaire , mais que même on le condamna un peu de ne s’y être pas trouvé (2). Un de ses bons amis lui manda qu’il avoit eu tort aussi de n’avoir pas envoyé au roi une relation du combat, et de l’avoir laissée faire à la Feuillade (3), qui n’avoit presque point parlé de lui. Pour moi, je ne laissai pas de faire compliment à Coligny sur cette rencontre. Je me réjouis aussi avec la Feuillade de sa bonne fortune, et je témoignai à Bissy, l’un des brigadiers de cette cavalerie.
chambre de ces filles , elle la fit murer. Le roi ayant su qui lui avait joué ce tour, s’en vengea immédiatement. Yoy. Mémoires , t. II, p. 381 et suiv. (édit. Chéruel). En mourant Anne d’Autriche obtint la grâce du duc et de la duchesse.
(1) Le combat de Saint-Gothard où Koproli fut vaincu, se livra le Vv août 1 GG4. Yoy, les Mémoires de Montglas et les Mémoires de Coligny ( 1844 , in-8) , p. 84 et suiv. Cf. Biblioth. hist. de la France , t. H, n°* 23893-94.
(2) Coligny y prit pourtant une part active. Yoy. ses Mémoires , p. 97-98.
(3) Cette relation était , suivant Fontette, conservée en manuscrit dans la bibliothèque du chancelier d’Aguesseau.