GG4] LETTRE DE COLIGNY A BUSSY
mon voisin et mon parent , qui avoit eu une grande part à cette action, celle que je prenois à sa gloire.
Coligny me fit cette réponse :
A Presbourg , ce 11 octobre 1664.
Vous êtes trop bon de vouloir un petit moment songer à moi. J’ai été si occupé toute cette campagne que je n’ai pu vous rendre compte de tout ce qui se passoit en Hongrie.
Le roi m’a envoyé un courrier exprès en toute diligence pour m’ordonner de partir avec le corps que je commande le 15 octobre pour retourner en France. Mais comme il y a bien des choses à ajuster pour nos routes, j’appréhende de ne pouvoir pas exécuter ponctuellement les commandements de Sa Majesté.
Nous allons bien pâtir dans une si longue marche et dans la plus rigoureuse saison, tandis que vous serez en ruelle auprès d’un bon feu à tirer une prime ou à faire quelque autre chose. Je ne vous porte point d’envie et je souffre mes peines de bon cœur : je voudrois même qu’elles eussent été plus longues. Nous avons été si sots que nous avons fait la paix de Hongrie. Il en est pour nous de cela comme M. de Bassompierre jugeoit quand la Rochelle seroit prise (1). J’ai pourtant affaire à un homme bien reconnoissant et qui me traite de la plus agréable manière du monde; ilm’avoit donné la disposition de toutes les charges de mon armée généralement , ce qui n’a jamais été fait à aucun général ; de sorte qu’au peu de temps que j’ai été ici j’ai donné deux compagnies de chevau-légers. J’ai été bien tenté d’en prendre une pour moi, en imitant celui qui se fit pape (2) ; car peut-être que je n’aurai rien de si bon. Outre que j’ai été dix-huit ans capitaine de cavalerie, j’aurois été bien aise d’avoir cela pour m’amuser; mais enfin je ne l’ai pas fait.
(1) Bassompierre avait dit : «Nous serons assez sots pour prendre la Rochelle. »
(2) Sixte V.
Vous croyez peut-être que je n’ai rien à faire parce que je vous fais une longue lettre, mais voici la quarantième lettre que j’écris de suite, parce que je dépêche demain le courrier du roi, et je serai bien aise qu’il vous porte des nouvelles fraîches de votre très-humble et obéissant serviteur,