‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 67 sur 108 · COLIGNY · texte numérisé non relu

COLIGNY

Nous apprîmes alors que l'empereur, qui étoit sorti d’une méchante affaire qu’il avoit avec les Turcs , par la seule valeur des François, venoit de faire sa paix à l’insu de la France, ce qui parut malhonnête au dernier point (d).

Deux mois s’étant passés depuis mon éclaircissement avec le roi sans entendre parler de ma pension , j’en parlai à Sa Majesté comme elle entroit au conseil et lui en donnai un placet.

Deux jours après M. le Tellier, auquel j’étois allé demander la réponse du roi à mon placet, me dit qu’il n’en avoit point fait. Je me donnai patience quinze jours, au bout desquels je redonnai un autre placet à Sa Majesté, auquel elle ne fit non plus de réponse que la première fois.

Ce fut alors que je ne doutai plus que mes ennemis, enragés de me voir si glorieusement échappé de leurs pièges à Fontainebleau , ne m’eussent fait quelque nouvelle affaire auprès de Sa Majesté. J’en eus un chagrin extraordinaire et d’autant plus grand que je ne savois comment excuser mon maître, sur ce qu’il m’avoit promis de ne me jamais condamner sans m’entendre; et c’étoit bien le faire que de ne pas rétablir ma pension. Je cachai ma douleur, et voulant faire un petit voyage en Bourgogne pour m’éloigner du lieu où je recevois tant de déplaisirs, plutôt que pour autre chose , je pris congé du roi sans lui

(1) Le 10 août, àTemeswar, une trêve de vingt ans fut signée entre l’empereur et le sultan.

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