‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 69 sur 108 · BUSSY EST REÇU A L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

BUSSY EST REÇU A L'ACADÉMIE

Bussy est nommé membre de l’Académie française. — Son discours de réception. — Histoire amoureuse des Gaules. — Madame de la Baume. — Le Tellier. — Voyage du roi à Chartres. — Bussy remet au roi le manuscrit de l' Histoire amoureuse. — Entretien de Bussy et de Saint-Aignan. — Sa déclaration au sujet des écrits qu’on lui attribue sur le roi. — Menaces contre lui. — 11 est arrêté chez lui. — Visite de scs papiers. — Il est mené à la Bastille. — 11 est interrogé par le lieutenant criminel Tardieu. — Assassinat de celui-ci. — Lettre de Saint-Aignan à madame de Bussy. — Bussy tombe malade. — 11 veut se défaire de sa charge. — Le B. Nouet. — Lauzun à la Bastille. — Requête en vers adressée au roi par Bussy. — Mort de Clérambault. — Lettres à Saint-Aignan et réponses. — Bussy fait l’apologie de sa conduite. — Lettre à Saint-Aignan. — Le P. Nouet et le P. Annat. — Souffrances des prisonniers. — Exil de la comtesse de Soissons. — Lettres de Bussy à Saint-Aignan, au P. Annat. — Instruction pour madame de Motteville. — Lettre à Saint-Aignan. — Lettre de madame de Motteville. — Chagrins et réflexions de Bussy. — Sa femme obtient la permission de le visiter. — Plaintes contre ses ennemis. — Visite de Louvois. — Sa haine contre Bussy. — Bussy se démet de sa charge. — Lettre de la reine mère au roi. — Lettre de la maréchale de Clérambault. — Lettres de Bussy à Saint-Aignan et réponses.— Infidélité de madame de Montglas.— Lettre à Mademoiselle. — Maladie de Bussy. — Ses lectures.

Au commencement de mars 1665 , le chancelier Séguier, le duc de Saint-Aignan et mes autres amis de l’Académie Françoise , me convièrent de prendre la place du célèbre Perrot d’Ablancourt qui venoit de mourir. J’y consentis ; et m’étant préparé à parler dans cette assemblée le jour que j’y serois reçu, comme c’est la coutume, je le fis en ces termes :

Messieurs,

Si j’étois à la tète de la cavalerie et que je fusse obligé de lui parler pour la mener au combat, la croyance où je serois

qu’elle auroit quelque respect pour moi et que de tous ceux qui m’écouteroient il n’y en auroit peut-être guère de plus habile, me le feroit faire sans être fort embarrassé. Mais ayant à parler devant la plus célèbre assemblée de l’Europe et la plus éclairée, je vous avoue, messieurs, que je me trouve un peu étonné , et que, si quelque chose me rassure, c’est que je crois que vous êtes trop justes pour ne pas excuser les fautes d’un homme qui a fait toute sa vie un métier qui véritablement donne de la réputation, mais qui d’ordinaire aussi ne donne guère de politesse. C’est donc dans cette confiance, messieurs, que je viens vous rendre mille grâces de l’honneur que vous m’avez fait de me recevoir dans une compagnie qui a un protecteur aussi illustre et d’un mérite aussi extraordinaire que celui deM. le chancelier, et de me donner moyen , par les connoissances que je pourrai acquérir avec vous , de me rendre plus digne de bien servir le plus grand roi du monde. Je sais bien, messieurs, qu’il aime préférablement à toutes choses les actions où il y a du courage ; mais je sais aussi qu’il estime fort les choses où il y a de l’esprit; qu’il s’y connoît mieux qu’homme de son royaume et qu’il fait cas enfin des habiles gens aussi bien que des braves. Pour moi, messieurs, après avoir fait jusqu’ici tout ce que j’ai pu pour mériter par la guerre l’estime de Sa Majesté, en attendant l’occasion de recommencer, j’essayerai avec vous de me rendre capable d’autres emplois qui, pour être moins brillants, ne laissent pas d’être aussi utiles à notre maître. Cette espérance, Messieurs, me flatte si fort, que personne ne recevra jamais avec plus de reconnoissance que moi l’honneur que je reçois aujourd’hui , et qu’on ne peut être plus que je suis, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

G'étoit le cardinal de Richelieu qui avoit composé l’Académie françoise des plus beaux esprits de son temps et qui en avoit pris la qualité de protecteur, à laquelle, après sa mort, le chancelier Seguier avoit succédé. Le nombre devoit être de quarante. Il y avoit toujours quelques personnes de naissance dans ce corps-là; il y en aura encore

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