‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 8 sur 108 · BUSSY A MME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

BUSSY A MME DE SÉVIGNÉ

la Roque Saint-Chamaran, mestre de camp de cavalerie, pris ; Belsunce, mestre de camp de cavalerie, tué, et bien d’autres que nous ne savons pas encore. Le marquis d’Uxelles, ne voyant plus rien à faire, se sauva par la digue ; Bellefonds le fit aussi. Le débris de cette armée, qui pouvoit être de deux mille hommes, cavalerie ou infanterie , se retira à Condé. Notre armée marcha au Quesnoy sans ordre de bataille , nous y trouvâmes deux mille hommes qui venoient de France pour nous joindre.

Le lendemain 17, ayant fait revue, nous trouvâmes huit mille hommes de pied et huit mille chevaux dans l’armée de Turenne , et cinq cents chevaux et trois cents hommes de pied dans celle de la Ferté.

Le mardi 18, les ennemis se vinrent poster à notre vue de l’autre côté du Quesnoy, un petit ruisseau entre deux : leur dessein étoit, à ce que nous croyons, d’assiéger le Quesnoy si nous en eussions été éloignés, ou de nous attaquer si nous eussions fait devant eux une méchante démarche; mais malheureusement pour eux ils nous ont trouvés bien postés, fiers et témoignant ne respirer que la vengeance de la défaite de nos camarades. Ce matin ils ont décampé de devant nous et nous ont laissé douter deux heures durant s’ils ne vouloient point nous donner bataille ; mais enfin ils ont repris le chemin de Valenciennes et nous croyons qu ils vont assiéger Condé, que nous aurions bien de la peine de sauver. Voilà notre aventure, madame, que vous ne pouvez apprendre d’ailleurs plus véritablement.

Le 17, j’envoyai mon trompette savoir ce qu’étoit devenu la Trousse : il revint le lendemain sans avoir pu parler à lui, ayant appris seulement qu’il se portoit fort bien.

J’oublioisdevous dire que toute l’armée de la Ferté a perdu ses bagages, hormis Bellefonds qui a sauvé sa vaisselle d’argent.

Le 21 , je donnai mon attache à Prouille , capitaine au régiment de Meneville. Sa commission étoit du 4 janvier

Pour nous , nous demeurâmes au camp du Quesnoy jus-

qu’au 30 juillet. Pendant ce temps-là j’écrivis au cardinal que s’il lui plaisoit de prendre quatre compagnies d’infanterie qui me restoient de mon régiment et qui étoient en garnison dans la Fère, et les joindre à son régiment d’infanterie je les lui offrois de tout mon cœur.

Ce qui m’obligea d’en user ainsi fut que je crus faire plaisir au cardinal en lui donnant ce régiment que je prévoyois qui alloit dépérir sous mon nom, moi n’v pouvant pas , à cause de ma charge, donner tous les soins qui lui étoient nécessaires. Cependant, j’aurois mieux fait de le garder pour le donner à mon fils en entrant dans le service.

Le cardinal reçut mes offres et me fit cette réponse en m’envoyant les mille écus qu’on donnoit d’ordinaire aux lieutenants généraux au commencement de la campagne.

Monsieur,

Ce que vous m’écrivez sur le moyen de rétablir mon régiment ne sauroit être plus obligeant , et je vous en remercie de tout mon cœur. On vous envoie un petit aiuto cli cosla par le sieur Talon. Je suis fâché que les finances ne soient pas en état de vous pouvoir donner une assistance plus considérable et vous mieux témoigner combien je suis, monsieur, votre très-affectionné serviteur,

Le cardinal Mazariny. •

A la Fère, ce 29 juillet 1656.

Le cardinal mit mes quatre compagnies dans le régiment nouveau qu’il venoit de faire sous le nom du régiment dë la Fère.

Le 30 juillet, nous allâmes camper à Barlemont-sur- Sambre; nous y séjournâmes jusqu’au 14 août et pendant ce séjour le cardinal nous envoya des recrues pour rétablir l’armée de la Ferté dont il revenoit tous les jours au

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