‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 80 sur 108 · LETTRES DE BUSSY A DIVERS · texte numérisé non relu

LETTRES DE BUSSY A DIVERS

très-humbles respects ; mais enfin, Sire, je vois bien que toutes les grâces viennent de vous, et c’est aussi à vos pieds que je me jette pour vous demander des marques de votre bonté et de votre radoucissement pour moi. Ne me les refusez pas, Sire, s’il vous plaît; je les demande de tout mon cœur à Votre Majesté , que j’ai bien aimée, que j’ai bien servie, que j’aimerai et que je servirai encore bien tout le reste de ma vie.

Pour le duc de Noailles :

De la Bastille, ce 23 mars 1666,

L’état où je suis, monsieur, m’oblige d’importuner le roi; je n’ai pas un quart d’heure dans les vingt-quatre heures du jour où je ne souhaite la mort pour avoir déplu à Sa Majesté. Le chagrin me tue, monsieur. Je voudrois bien que mon maître fût satisfait de toutes les peines que j’ai eues depuis un an ; qu’il voulût que ma mort servît de quelque chose à sa gloire et que je la reçusse par la main de ses ennemis. Vous savez bien , monsieur, qu’il n’a pas tenu à moi depuis trente ans, et que je n’ai pas toujours été un serviteur inutile; je vous conjure de m’aider à le faire connoître au roi et de me faire la grâce de présenter ce placet à Sa Majesté. Je m’adresse à vous en cette rencontre comme à mon ami , comme à un témoin de la plupart de mes services, et comme à un homme qui a de l’honneur et de l’humanité; aussi vous assurerai-je d’une reconnoissance éternelle.

Deux jours après , j'écrivis cette lettre à la duchesse de Montausier :

A la Bastille, ce 25 mars 1666,

Quelque besoin que j’aie eu jusqu’ici de l’assistance de mes amis, la discrétion m’a empêché de les fatiguer de mes prières; quelques-uns n’ont pas laissé de se demander à euxmêmes ce que je ne leur demandois pas, et de chercher les moyens de me servir sans que je les en pressasse, et je sais.

madame, que M. le duc de Montausier et vous êtes de ceuxlà : cela ne m’a point du tout surpris; j’ai l’honneur de vous connoître tous deux pour les plus honnêtes et les plus généreux amis du monde. Je vous supplie aussi très-humblement de croire que vous n’en aurez jamais un plus reconnoissant ni un plus fidèle.

Le lendemain, j'écrivis cette lettre à Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris :

A la Bastille, ce 26 mars 1666.;

Je vous demande pardon, monsieur, de ne vous avoir pas importuné jusqu’ici. Me croyez pas, s’il vous plaît, que je n’aie toujours compté sur vous comme sur un homme solide , généreux et que l’adversité de son ami réchaufferoit plutôt que de le rebuter ; mais la discrétion m’a empêché de vous employer dans les commencements. Aujourd’hui que letemps et les châtiments que j’ai reçus ont vraisemblablement satisfait à la justice du roi, je ne pense pas vous commettre que de vous supplier très-humblement de parler à Sa Majesté pour moi ainsi que vous le jugerez à propos. Ma femme vous dira le détail de mes affaires.

Deux jours après , j'écrivis cette lettre à M. le Tellier :

A la Bastille , ce 28 mars 1666.

Monsieur,

L’assistance que j’ai reçue de vous auprès du roi depuis que je suis en prison a redoublé dans mon cœur les sentiments d’amitié, de respect et de reconnoissance pour vous au point que je ne vous les puis bien exprimer. Je vous assure, monsieur, que si vous aviez besoin de ma vie je vous la donnerois de tout mon cœur ; je n’ai plus que cela à vous offrir en l’état où m’a mis la mauvaise fortune : ne m’abandonnez pas, monsieur. Vous êtes aujourd’hui le seul en France qui puisse rendre au roi un témoignage de mes services qui

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