‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 84 sur 108 · LETTRE DE BUSSY A LE TELL1ER · texte numérisé non relu

LETTRE DE BUSSY A LE TELL1ER

manière dont j’en écris à Sa Majesté dans la lettre que je vous envoie. Je vous supplie, monsieur, de la lui présenter, en l’assurant encore que je meurs d’envie de lui témoigner, par quelque action hasardeuse et remarquable pour son service, que je ne suis pas tout â fait indigne de ses bienfaits.

Le lendemain du jour que j’eus écris ces lettres , je reçus celle-ci du duc de Noailles :

A Fontainebleau , ce 8 août 1666.

Le roi m’a fait l’honneur de me dire qu’il vous permettoit d’aller chez vous rétablir votre santé. Je vous prie d’être persuadé que personne ne vous la souhaite plus parfaite que, etc.

Avant que d’avoir reçu cette lettre, j’écrivis celle-ci à M. le Tellier:

A Paris , ce 8 août 1666.

Après avoir souffert de très-grandes douleurs, les chirurgiens m’ont fait une petite opération qui m’a soulagé; ils n’ont osé en hasarder une plus grande à l’endroit où est la source de mon mal , parce qu’ils en ont jugé l’événement trop hasardeux. Ce qui a bien encore retardé ma guérison, monsieur, c’est l’extrémité où a été ma femme depuis quinze jours. Vous pouvez juger combien j’ai pâti dans la crainte de sa mort, quand je songeois que c’étoit moi qui en eusse été la cause. Je vous conte tous mes maux, monsieur, parce que je sais que vous êtes humain et que vous m’avez témoigné y prendre part. J’ai supplié très-humblement le roi d’en être touché et de me permettre d’aller chez moi prendre l’air de la campagne pour achever de me remettre. Je vous conjure d’appuyer mes prières et de me croire, etc.

Deux jours après, je reçus un paquet de M. le Tellier,

dans lequel étoient ces lettres et premièrement celle du roi :

Monsieur le comte de Bussy -Rabutin ,

Ayant su que, pour recouvrer entièrement votre santé , il seroit nécessaire que vous pussiez aller prendre l’air chez vous en Bourgogne, et étant bien aise de contribuer à votre guérison, je vous écris cette lettre pour vous dire que je trouve bon que vous partiez du lieu où vous êtes quand vous l’estimerez à propos pour aller en votre maison de Bourgogne , priant Dieu qu’il vous ait, monsieur le comte de Bussy- Rabutin, en sa sainte garde.

Écrit à Fontainebleau, ce 10 août 1666.

Signé : Louis.

Et plus bas, le Tellier,

Lettre de M. le Tellier:

Monsieur,

Le roi ayant trouvé bon de vous permettre d’aller chez vous en Bourgogne sur ce que Sa Majesté a appris que cela étoit nécessaire pour le recouvrement de votre santé, j’en ai fait l’expédition avec bien de la joie , et je l’accompagne de celleci pour vous témoigner la part que je prends à tout ce qui vous touche, monsieur, et le déplaisir que j’ai de la maladie de madame de Bussy et de l’état auquel vous êtes. J’espère que la liberté dont vous allez jouir ne vous sera pas un remède inutile. Je voudrois y pouvoir contribuer, étant autant qu’on le peut être, etc.

Dans le même paquet étoit encore cette lettre de du Fresnoy, premier commis de M. le Tellier, qui étoit fort de mes amis :

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