BUSSY EN EXIL
ration en août 1 683. Je fus soixante-cinq jours au lit, après lesquels je me lis porter à Bussy.
Pendant ma maladie , je ne cessois point de faire des réflexions sur mon rappel à la cour, dont les belles apparences avoient duré si peu. Je me consolois assez de n'y pas demeurer; car je ne pouvois douter que Dieu, prévoyant ma fragilité en ce pays-là, n’eût exaucé ma demande, mais comme je ne lui avois pas demandé qu’il employât, pour m’en dégoûter, les rudesses que le roi m’avoit faites, elles m’étoient insupportables.
Ce fut en ce temps-là, mes enfants, que le roi exécuta le grand dessein qu’il méditoit depuis plusieurs années d’abolir dans son royaume la religion prétendue réformée, ou du moins de n’y souffrir que la véritable. Il commença par la révocation de l’édit de Nantes, et après il mit tout en œuvre pour faire que ses sujets huguenots ouvrissent les yeux à la vérité. Le zèle que j’ai toujours eu pour la religion catholique , dans laquelle Dieu m’a fait la grâce de naître, se redoubla alors en moi, si je l’ose dire, mes enfants, et je ne pus m’empêcher dans les rencontres de parler de controverses à ma manière. Je le fis surtout au regard du comte d’Olon, votre parent, et je lui écrivis une lettre que je suis bien aise de vous laisser (1).
Après avoir souffert cinq ans dans mon exil volontaire plus que je n’avois fait en dix-sept dans mon exil forcé, je pris la pensée de retourner à la cour en 1687 pour vos intérêts, mes enfants. A mon arrivée, le roi vous donna une abbaye, mon fils; et, quand je l’en remerciai, il eut la bonté de me dire que c’étoit bien peu de chose. Je fus trois mois à Versailles, pendant lesquels je représentai quelquefois au roi le misérable état de mes affaires, et qu’il
(1) Cette lettre, écrite le 8 décembre 1685, se trouvera à sa date dans !a Correspondance de Bussy.
m’étoit dû quatre-vingt-mille francs de mes appointements de mestre de camp général; mais Sa Majesté ne m’en parut pas alors touchée.
Le temps cpie je fus à Paris ce voyage-là. je le passai chez vous, ma fdle de Montataire; et je me souviendrai toujours de la manière obligeante et de la bonne réception que vous et votre mari me fîtes et du soin que vous eûtes de moi.
Je repartis de la cour en 1688 et j’allai chez vous à Coligny, ma fille, d’où, après la prise de Philisbourg par Monseigneur, voyant que la guerre alloit recommencer, j’écrivis au roi et je lui offris mes services , toujours en quelque qualité qu’il lui plairoit. 11 me parut enfin que mes offres avoient touché Sa Majesté; car peu de temps après il vous donna deux mille livres de pension, mon fils, et une compagnie dans un bon régiment de cavalerie, et le lendemain à votre frère un prieuré meilleur que son abbaye.
Je le remerciai humblement de ses grâces, mais en même temps je lui mandai que, ne vous donnant rien à tous deux , parce que je ne pouvois rien vous donner, ces bienfaits m’obligeoient sensiblement, mais qu’ils ne me soulageoient point.
Au commencement de 1689, le roi fit une promotion de chevaliers du Saint-Esprit; je fis souvenir de moi Sa Majesté en cette rencontre : cela fut inutile et je pris patience.
Au mois de septembre de la même année, j’écrivis au roi de chez vous, ma fille de Coligny, pour lui offrir mes services après la perte de Mayence, et au mois de janvier 1690 nous eûmes tous sujet de nous réjouir, mes enfants , de la bonne fortune de votre sœur de Coligny, qui recueillit en ce temps-là pour son fils la succession du comte de Dalets, son beau-père, qui laissoit de grands biens à son petit-fils de Coligny, votre neveu ; et ce fut alors que