‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 96 sur 108 · LETTRE DE BUSSY A MME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

LETTRE DE BUSSY A MME DE SÉVIGNÉ

De la plaine marchant et les jours et les nuits, Et par une chaleur mortelle Un de mes meilleurs amis (i)

M’engagea dans sa querelle.

Quoique rien ne fût plus léger Que le sujet qui nous put obliger De faire voir notre courage ,

Mon ami deux fois se battit.

La première j’eus l’avantage.

Mais comme seul à seul il revint au conflit,

11 fut tué, dont ce fut grand dommage.

A Bergue-Saint-Vinox on fit ces deux combats , On en fit même encore d’autres Que je ne vous conterai pas,

Comme moins sanglants que les nôtres.

Mais enfin Saint-Vinox privé de tout secours Ne dura pas plus de deux jours ,

Et de là de Mardick nous finies l’entreprise.

Si je voulois vous faire le portrait Des hasards que courut le prince avant la prise, Je n’aurois jamais fait.

Ce fut-là que pour mon bonheur,

L’ennemi rasant la tranchée,

Devant ce prince j’eus l’honneur De tirer une fois l’épée.

Ce fut en cette occasion Qu’il fit lui-même une action Digne d’éternelle mémoire;

Et que m’ayant d’honneur comblé ,

Il se déchargea de la gloire Dont il se trouvoit accablé.

Je ne vous saurois dire, ma chère cousine, combien M. le duc prôna le peu que je fis en cette sortie; mais ce qui la rendit plus considérable, ce furent les choses qu’il y fit, et la mort ou les blessures des gens de qualité qui s’y trouvèrent , et tout cela me fit honneur parce que je commandois.

(j) Le chevalier d’Isignv. Voy. Mémoires , t. 1“, p. l‘2 1 etsuiv.

APPENDICE

Mardick enfin s’étant rendu ,

Gaston se retira rempli de renommée:

Mais il n’emporta ni toute la vertu,

Ni tout le bonheur de l’armée.

Le prince, malgré ce départ ,

En eut encor une assez bonne part :

Car sans laisser reprendre haleine Aux ennemis qu’il insulta,

A la barbe de Caracène ,

Il prit Fume et l’accommoda.

Pendant qu’il fortifioit cette place, il prit ses mesures avec la cour et avec les Hollandois pour faire le siège de Dunkerque.

La Rochelle des Pays-Bas ,

Cette inexorable pueelle,

Eut pour mon prince des appas Qui le firent amoureux d’elle.

Cet amant , par mille travaux ,

Ota l’accès à ses rivaux

Tant sur la terre que sur fonde,

Et pressa la place si fort Qu’il fit douter à tout le monde S’il n’iroit point de Dunkerque à Nieuport.

Il est vrai que ce siège alla fort vite et que, sans le mauvais temps, nous aurions pu entreprendre encore quelque chose de considérable.

Sans les eaux, le froid et le vent,

Seules ressources de l’Espagne ,

Mon prince eut poussé plus avant Les merveilles de sa campagne.

Et moi je fmirois mes récits de combats Et l’éloge de son altesse En vous parlant de ma tendresse,

Si je n’étois un peu trop las.

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