‹ Mémoires de Roger de Rabutin, comte de BussyChapitre 97 sur 108 · TURENNE. — LA PARTIE DE ROISSY · texte numérisé non relu

TURENNE. — LA PARTIE DE ROISSY

Portrait de Tnrenne.

On trouve dans le Supplément aux Mémoires (t. Ier, p. 75) le passage suivant écrit par Bussy, en 1668, lors de la conversion de Tnrenne. — Il complète le portrait que l’auteur avoit déjà tracé du maréchal, dans ses Mémoires ( t. Ier, p. 344 et suiv. ).

Henry de la Tour, maréchal de France, vicomte de Turenne, étoit né huguenot, et sans avoir au fond de la religion il a fait longtemps profession de celle de Calvin, dans la pensée que ce parti-là n’ayant point de chef en France , en cas qu’il voulût remuer, le regarderoit comme une personne propre à l’être et que cela le feroit considérer à la cour; mais voyant le roi maître absolu de son État, les huguenots désunis, abattus, sans argent et sans places, il ne demeura plus dans cette religion que pour attendre une occasion propre à tirer quelque mérite de son changement. Enfin, au retour de la campagne de Flandre de 1667 , se voyant tout à fait tombé à la cour, tant par les offices des ennemis que son orgueil insupportable lui avait faits, que par la justice que le roi fit au prince de Condé de le considérer plus qu’il ne faisoit ; enfin , dis-je, ce grand politique changea de religion. Nous verrons bientôt après , par la promotion de son neveu d’Albret au cardinalat, que le chapeau fut une des conditions secrètes de son changement. Belle vocation et qui fait bien juger que faute d’être turc, la place de grand visir ne lui auroit pas échappé !

Relation de la partie de Roissy , par madame de Motteville,

Madame de Motteville parle avec quelques détails de cette fameuse partie de Roissy, qui fut la cause du premier exil de Bussy. Voici son récit où comme dans le reste

APPENDICE

de ses Mémoires, ainsi que nousFavons dit plus haut (p. 249), le nom de Bussy n’est pas prononcé.

La semaine sainte ensuivant, une troupe de jeunes gens de la cour allèrent à Roissy pour les jours saints, dont étoient le comte de Vivonne, gendre de madame de Mesmes, à qui appartenoit la maison; Mancini, neveu du ministre; Manicamp et quelques autres. Ils furent accusés d’avoir choisi ce tempslà par déréglement d’esprit, pour faire quelques débauches, dont les moindres étoient d’avoir mangé de la viande le vendredi saint ; car on les accusa d’avoir commis de certaines impiétés indignes non-seulement de chrétiens, mais même d’hommes raisonnables.

La reine, qui en fut avertie, en témoigna un grand ressentiment. Elle exila l’abbé Le Camus pour avoir eu commerce seulement avec des gens si déréglés, quoiqu’il ne fût pas avec eux les jours que ces choses se passèrent.

Le cardinal Mazarin , pour montrer qu’il ne vouloit pas protéger le crime , voulut punir tous les complices en la personne de son neveu, qu’il chassa de la cour et de sa présence, et, après avoir châtié celui-là. il pardonna à tous les autres (1), qui en furent quittes pour de sévères réprimandes que le roi leur fit. Cette action obligea toute la cour à louer le cardinal non-seulement en sa présence, mais en tous lieux. Comme il avoit souvent préféré l’intérêt à la gloire, il fit voir par sa conduite qu’il vouloit lui sacrifier le reste de sa vie. Il se voyoit au comble de la grandeur, et d’une grandeur assurée: si bien qu’il vouloit non-seulement posséder cette haute fortune dont il jouissoit, mais sans doute qu’il souhaitoit aussi de faire des actions publiques qui pussent faire connoître qu’il en étoit digne. Les crimes de ces jeunes débauchés avoient donné une occasion au cardinal de se signaler ; mais sa famille en souffrit un peu, car son neveu, comme je l’ai dit, fut exilé : et le peu de beauté de sa nièce fut célébré par un couplet qu’ils firent qui eut grande vogue, et qui n’étoit pas à sa gloire.

(1) Ceci est inexact. Voy. plus haut , p. 96.

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