INTERROGATOIRE INÉDIT DE BUSSY
iN5
Interrogatoire inédit de Buts y -Rabat in, à la Bastille.
L’original de cette pièce fait partie de la collection de M. G. de la Marinière, qui a eu l’extrême obligeance de nous en donner communication. Elle sert à prouver , sur le point en question, l’entière exactitude du récit de Bussy. (Voy. plus haut, p. 222 et suiv. ) :
« Du dimanche 19 avril 1665, au château de la Bastille, où nous nous sommes transporté par ordre du roi, assisté de notre greffier ;
» Avons fait venir devant nous Roger de Rabutin, chevalier, comte de Bussy, mestre de camp général de la cavalerie légère, natif d’Espiri en Bourgogne, âgé de quarante-deux ans , lequel après serment de dire vérité :
» Si d’ordinaire il demeure pas à Paris?
» A dit que oui , et qu’il loge à l’année à l’hôtel de la Sourdière, rue Saint-Honoré.
» S’il hante pas souvent à la cour, et si son principal emploi est pas là?
» A dit que oui, et qu’il a été toute sa vie près du roi et à la cour.
» S’il n’est pas vrai qu’étant d’ordinaire près du roi et à la cour il s’est mêlé d’écrire et de composer plusieurs his¬
toires en manière de romans de ce qui s’y passoit, n’épargnant personne ?
» A dit qu’il y a trois ou quatre ans, ou plus , qu’étant à la campagne, à Bussi, en une de ses maisons, il écrivit pour s’amuser et sans aucun dessein de nuire à personne, l’histoire galante de madame de Châtillon et de madame d’Olonne, où il parloit de leurs amours ; reconnoît qu’il parloit un peu de M. le prince avec madame de Châtillon avec tout le respect qui est dû à sa naissance et à
APPENDICE
4 ci G
son mérite et à un grand prince comme il est; reconnoit aussi que dans la même histoire de madame de Châtillon il y avoit d'autres gens de la cour mêlés; qu’il a donné au roi l’original écrit de sa propre main, qu’il a fait relier ; et que, avant- hier, lorsqu'il fut arrêté, il mit entre les mains de M. le chevalier du guet ladite histoire, que le roi lui avoit fait rendre par M. le duc de Saint-Aignan, laquelle est écrite de sa main , et laquelle il avoit mise entre les mains du roi, sur ce qu’il apprit à Chartres que Sa Majesté avoit lu ladite histoire , qui étoit écrite autrement qu’il ne l’avoit composée en plusieurs endroits, ce qui l’obligea de donner la véritable histoire au roi, laquelle a été rendue par Sa Majesté à M. le duc de Saint-Aignan pour la lui remettre entre les mains, afin qu’il la puisse faire voir à M. le prince pour se justifier et lui faire connoitre qu’il n’avoit point manqué de respect lorsqu’il a parlé de lui.
A qui il avoit confié ladite histoire, tant de madame de Châtillon que de madame d’Olonne ? Et s’il sait par qui il y en a eu plusieurs copies débitées dans le monde, et si ça été et qui les a débitées?
A dit qu’étant arrivé il y a trois ou quatre ans de la campagne, où il avoit composé ladite histoire, il fa lue à M. le maréchal du Plessis , à madame la comtesse du Plessis et à madame de Montglas, et puis l’a relue encore une autre fois à madame la comtesse de Fiesque, et ensuite il l’a confiée à madame de la Baume, demeurant à la Miséricorde , faubourg Saint-Germain , laquelle Payant tenue vingt-quatre heures et copiée, lui rendit ; et que si ladite histoire a été vue, ça été madame de la Baume qui l’a fait courre; à laquelle ayant fait plainte de son infidélité et perfidie elle lui dit que cela n’étoitpas , et lui, répondant, ne se contentant pas de cela , elle fit en sorte d’envoyer quérir M. le comte du Lude pour l’apaiser, lequel dit à lui, répondant, qu’ils ne dévoient point se brouiller ensemble