INTERROGATOIRE INÉDIT DE BUSSY
et qu'elle avoit brûlé devant ledit comte du Lude ladite histoire, et que l’on n’en entendroit jamais parler : ce qui n’étoit pas pourtant vrai , ce qu’elle avoit dit au comte du Lude; et, s’il y a quelque chose de ladite histoire de différent d’avec l’original qu’il a donné au roi, il faut que cela ait été fait par la malice et ministère de ladite dame delà Baume, laquelle pour se venger contre lui, répondant, de l’emportement qu’il lui avoit témoigné, a pu y ajouter et mettre des choses auxquelles il n’a jamais pensé, pour attirer sur lui la haine de quelques personnes de condition. Ce qu’ayant appris à Chartres, et, pour se justifier, il remit l’original de ladite histoire entre les mains de M. le duc de Saint-Aignan, qui la donna au roi, et ensuite, après l’avoir vue, la remit entre les mains de lui, répondant, qui la donna au chevalier du guet lorsqu’il l’arrêta, et ayant appris que la dame de la Baume avoit dit ou écrit au roi que ce n’étoit pas le véritable original de l’histoire qu’il avoit donné au roi, et qu’il y avoit bien d’autres choses et de plus grande conséquence, et qu’il parloit du roi , de la reine mère, de Monsieur, de Madame et autres de la famille royale, cela l’obligea, pour justifier de la calomnie qu’on lui avoit imposée, de donner un écrit au roi, écrit et signé de sa main, « qu’il se soumettoit à toutes les » plus rigoureuses punitions qu’il plairoit à Sa Majesté de » lui ordonner s’il se pouvoit vérifier qu’il eût jamais » manqué en rien au respect qu’il devoit au roi, aux rei- » nés, à Monsieur, à Madame et à toute la maison royale, ü mais aussi qu’il demandoit très-humblement au roi » qu’il lui plût d’ordonner à ses ennemis la même punition » qu’il mériteroit, s’ils ne pouvoient le convaincre des » choses dont ils pouvoient l’accuser»; lequel écrit est entre les mains de Sa Majesté.
» À lui représenté un livre relié en carton blanc intitulé : l’Histoire amoureuse de madame d’Olonne, au-dessus duquel mot il y a des ratures assez considérables , et enquis il. 39
APPENDICE
ce qu’il y avoit d’écrit et s’il a pas écrit de sa propre main ladite histoire ?
» A dit, après avoir vu, tenu et considéré à son loisir ladite histoire, que c’est lui, répondant, qui a écrit et composé ladite histoire et qu’elle est écrite de sa main, et que ce qui est raturé en la première page sont ces mots « de Fiesque , de Madame. » Laquelle histoire lui avons fait parafer par premier et dernier feuillet avec nous, ne varietur.
» A lui aussi représenté une lettre commençant par ces mots : a II y a quatre ou cinq ans , » et finissant par : a m’empêche d’écrire. » Interpellé de reconnoître s’il n’a pas écrit ladite lettre?
» A dit, après avoir vu, lu et tenu à son loisir ladite lettre, qu’il la reconnoît pour l’avoir écrite de sa main et en avoir donné autant au roi, et laquelle l’avons aussi fait parafer avec nous , ne varietur.
» Lecture faite , a persévéré et signé.
» Tardieu. »
» Büssï-Rabutin.
Caractère du comte de Bussy-Rabutin , par Saint-Évremond (1).
Que peut-on penser sur le chapitre de M. le comte de Bussy que ce que tout le monde a déjà pensé ? 11 est homme de qualité ; il a toujours eu beaucoup d’esprit, et je fai vu autrefois en état de pouvoir espérer une haute fortune, à laquelle sont parvenus beaucoup de gens qui luiétoient inférieurs.
Il a préféré à son avancement le plaisir de faire un livre et
(1) OEuvres de M. de Saint-Évremond , Londres, 1725, t. VII, p. 281 et suiv.