‹ Mémoires de RussieChapitre 2 sur 18 · X • AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X • AVANT-PROPOS

les amenant à ne pas tenir cjmpte de l'opinion des BoJdats en face des mauvais exemples qu'ils ne cessaient de leur donner. Le respect que la troupe avait pour eux au début a diminué peu à peu ; les hommes ont commencé à juger leurs chefs, et à ne plus obéir qu'avec mollesse. Lorsqu'un beau jour on vint leur dire qu'ils étaient absolument libres, il est naturel qu'ils n'aient pas choisi, entre les formes de la liberté, celle qui les maintiendrait sous l'autorité d'officiers qu'ils estimaient peu, et sur un signe desquels il faudrait pourtant risquer sa vie. Ainsi donc, la dissolution de l'armée a pour cause directe un hiatus béant entre la troupe et ses cadres.

D'autre part, l'erreur de si nombreux officiers n'a été possible que parce qu'elle était un cas particulier de l'erreur sociale qui a été celle de presque toute la Russie cultivée, de l'incapacité oti se sont trouvés les représentants les plus qualifiés de la nation de se soumettre, dans la famille et dans l'ordre social, à une discipline intérieure, sans laquelle aucun peuple moderne ne saurait subsister.

Les considérations qui se dégagent de ce volume sont purement historiques : elles n'apportent ni prophétie ni remède s'appliquant à la situation présente du pays russe. Il semble pourtant que ceux qui auront pris soin de suivre l'auteur jusqu'au bout arriveront avec lui à cette conclusion qu'il ne faut pas s'imaginer n'avoir en face de soi, dans la (( Sovdépie » bolchevique, qu'un amas de brigands et de poltrons destinés à devenir tôt ou tard la proie de quelque aventurier armé d'un bon knout. En réalité, tant par la révolution que par le Bolchévisme et les guerres qu'il a suscitées, il: semble bien qu'il soit né une conscience populaire russe. C'est un fait mondial extrêmement important, qu'il conviendra, sans doute, d'étudier un jour avec prudence et avec conscience.

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