NI VOS K, AN X
Le a de chaque décade , le premier Consul reçoit les sénateurs; ils se présentèrent en assez grand nombre à son audience du i*. Il leur dit :
«Citoyens sénateurs, on m'a assuré que vous ne vouliez plus nommer de généraux ; cela serait d'autant plus extraordinaire, que c'est à la paix que vous devez leur donner des preuves de la reconnaissance nationale , et je puis ajouter de la vôtre en particulier. »
Le général Kellermann. — Je vous assure, Général-Consul, que je voulais donner ma voix au général Lamartillière. François-de-Neufchâteaii r mon collègue, que voilà, m'a fait donner mon suffrage à Grégoire, en m 'assurant que lamartillière serait
DE STANISLAS GIRARDIN. a/|f)
présenté par ie Corps-Législatif si nous nommions Grégoire.
Le Consul- — Je suis bien aise de savoir, citoyen François, que vous disposez du Corps-Législatif.
Fra#çois-de-Neufchâteau se trouble, et garde le silence.
Bonaparte. — Je sais que dans le moment actuel Un parti veut faire nommer un Grand-Électeur; que cette dignité doit être- conférée à un prince de la maison d'Orléans. Ce système a des partisans jusque dans le Sénat.
Syeyes rougit et se retire.
Le Consul continue, et après avoir mjs beaucoup de sénateurs hors de rangs il s'adresse à tous, et leur dit :
«Citoyens, je vous préviens que je regarderais la nomination de Daunou au Sénat comme une insulte personnelle. Vous savez que jamais je n'en ai souffert aucune ».
Les sénateurs humiliés se retirèrent. Plusieurs dirent que jamais des hommes n'avaient été traités ainsi; mais comme les assemblées depuis la révolution ont toujours eu peur de quelque chose, c'est aujourd'hui le Consul qui leur fait connaître ce sentiment. Jupiter avait froncé le sourcil, il fallut obéir; mais pour ne nommer ni Daunou ni Jourdan, voici comment les sénateurs s'y prirent: ils supposèrent que le message du Corps-Législatif qui annonçait la nomination de Daunou n'était pas parvenue au Sénat, quoiqu'il fût du 1 1, et que celui relatif à Lamartillière , du i3, était le seul
connu officiellement. En conséquence le 14 nivose ils nommèrent Lamartillière. Sur 54 votans, il eut 5a suffrages. Le 1 5 , le Sénat en fit part par un message au Tribunat.
La lecture de ce message jeta dans la stupéfaction tous les partisans de Daunou ; ils étaient furieux contre le Sénat. On fit le scrutin indicatif : Desmeuniérs obtint 4$ suffrages, Daunou n, et les autres furent divisés sur plusieurs personnes ; ceux donnés à Merlin et à Rœderer étaient évidemment sans but, car c'était quelques jours avant que le gouvernement avait nommé Merlin au Tribunal de cassation , et la veille , que Rœderer avait fait mettre dans le Journal de Paris un article sur et contre l'opposition.
DE STANISLAS OIRARDIN. s5l