‹ Mémoires de S. GirardinChapitre 32 sur 64 · PAR VOLNEY · texte numérisé non relu

PAR VOLNEY

ERMENONVILLE , l5 VENDEMIAIRE AN XII.

Je viens de lire le nouvel ouvrage de Volney. Son premier voyage en Egyptè a commencé sa réputation , il a eu un succès brillant et soutenu ; ce qui est bien plus rare, ce succès a augmenté depuis l'expédition d'Egypte: tous ceux qui en firent partie ont reconnu que Fauteur avait constamment dit la vérité. C'est l'éloge le moins commun , lorsque l'on parle d'un voyage , et c'est celui que doit chercber à mériter celui qui publie le récit des siens. Volney se propose toujours ce but en écrivant, et ce but donne de l'intérêt à ce qu'il écrit; il attache de l'importance à tout ce qu'il dit, cela fait que Ton trouve souvent qu'il en met trop aux petites choses ; mais on le lui pardonne parce qu'il traite les grandes avec le soin qu'elles méritent. Son style est toujours soigné , quelquefois recherché, l'on pourrait même dire précieux. Je ne sais si je m'abuse, mais il me paraît être sa vivante image; il rappelle son ton apprêté, sa manière sententieuse et lente de s'exprimer. L'on a prétendu qu'un auteur se peignait dans ses écrits: on peut

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«lire de Volney qu'il se peint dans la tournure de ses phrases. Ce que je viens de dire doit faire supposer que l'impression de ses œuvres est soignée , que le choix du papier et des caractères n'a point été l'affaire d'un instant. Tout ce qui tient à Volney , tout c'e qu'il a produit, doit avoir un caractère particulier, dont la recherche n'est jamais bannie. L'attention d'écrire les mots anglais, avec la prononciation française en est certainement une bien caractérisée. Il s'est proposé en prenant cette peine de prouver qu'il prononçait parfaitement la langue anglaise: cette preuve n'est pas toujours bien établie.

Volney a passé trois années aux États-Unis à dater de Tan III (1795). C'est bien assez pour connaître un pays, qui n'a de neuf que son sol; c'est la description exacte de ce sol qui est renfermée dans son premier volume : c'est une partie détachée, d'un immense travail, dont le plan est développé dans sa préface. Elle mérite d'être lue avec attention, elle contient quelques phrases ridicules, telles que celles-ci: « Une épidémie a" aniniositè con- « treles Français et la menace d'une rupture immé- « diate n% imposèrent la loi de me retirer d'Amè- « rique. — Ces grands mouvemens politiques appelés « révolutions, semblent avoir quelque chose a" auto - « matique. » Mais il en est beaucoup de très-remarquables et qui ne peuvent être trop répétées, entre autres les suivantes : « Le pouvoir absolu est « un principe radical de destruction et de désor- « dre , en ce qu'il n'exempte les gouvernemens ni

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a des passions, ni des erreurs, ni de l'ignorance « communes aux autres hommes : qu'il tend au « contraire à les produire en eux, à les exalter; a que la facilité de pouvoir tout, menant à vouloir « tout , a une tendance immédiate et directe à l'ex* « travagance, à la tyrannie. »

Volney annonce qu'il a eu à se plaindre des Américains , et ils n'auront pas beaucoup à se louer de son ouvrage ; il cherche à diminuer l'engouement que l'on a cherché à faire naître pour cette nation composée d'hommes de toutes les nations ; il a prouvé que les rives de la Seine étaient plus agréables que celles de l'Ohio. D'après ce qu'il en a dit, il faut croire que les dernières ne seront plus préférées aux premières, et que les marchands de terres américaines ne feront plus de dupes françaises.

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ÉPAULE DÉMISE. <gm

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